Mulan, une bonne raison de se mettre au cinéma Hong-Kongais.

De quoi ça cause ?

Mulan est une jeune femme versée dans les arts martiaux qui vit avec son père dans un petit village de Chine, et décide de prendre sa place à l’armée quand celui-ci est appelé à combattre dans la guerre contre les tribus Rouran. Elle se fait passer pour un homme, et fait illusion à deux exceptions près, montant les grades de l’armée jusqu’à devenir un général respecté et aimé de ses troupes. Elle apprend cependant qu’épargner une guerre à laquelle son vieux père malade n’aurait pas survécu est bien plus traumatique qu’elle s’y attendait.

Ce qu’on en dit.

Affiche de The Great Wall (Zhang Yimou, 2016)
Parce que pour ceux qui ne savent pas, le cinéma Hong-Kongais / Chinois n’a pas attendu Matt Damon pour exister.

AH, vous aviez cru en voyant « Mulan » qu’on parlerait de la version de Disney, n’est-ce pas ? Après tout, il faut dire qu’en Occident, c’est souvent à peu près tout ce qu’on connaît de Mulan, avec bientôt un film en live-action toujours produit par Disney (prévu pour 2018). Certains savent qu’il s’agit d’une très ancienne légende chinoise que l’on trouve à l’origine dans un poème qui date d’avant le VIème siècle du nom de La Ballade de Mulan, et que celle-ci est à peu près aussi connue en Chine que Jeanne d’Arc ou Le Petit Chaperon Rouge (la deuxième fait plus partie de mes références, j’avoue) en France. Mais avez-vous déjà été jeter un oeil aux adaptations cinématographiques qui en sont faites en Chine ?

Jaycee Chan et Chen Kun dans Mulan (Jingle Ma, 2009)
Les deux seules personnes à savoir que Mulan est une femme sont son ami d’enfance Xiaohu, à gauche (joué par Jaycee Chan, le fils de Jackie, eh oui!) et Wentai, à droite (joué par Chen Kun)

Aujourd’hui donc on va parler de Mulan, réalisé par Jingle Ma et sorti en 2009. Celui-ci ne dépayse pas vraiment quand on connaît la version de Disney, puisque la trame est la même, et pourtant son propos diffère. Il passe tout d’abord très vite sur l’arrivée du Mulan dans l’armée, là où on aurait pu penser que c’était un point central ; elle s’intègre vite, se fait passer pour un homme sans problème, et elle est déjà capable de mettre une raclée à mains nues au neveu du commandant, puisque son père l’a entraînée aux arts martiaux. Le film se concentre surtout sur Mulan une fois devenue général des armées, les difficultés que ça implique, et sa relation avec ses troupes et en particulier avec Wentai. Ce n’est même pas tant pour parler des difficultés qu’elle rencontre en tant que femme dans l’armée que pour réfléchir sur ce que veut dire être un général tout court, de se lier à ses hommes et de les perdre pendant les batailles.

Zhao Wei dans Mulan (Jingle Ma, 2009)
Le film insiste cependant beaucoup plus sur les exploits de Mulan en tant que général que sur le fait que c’est en jouant le rôle d’une femme auprès du Danyu qu’elle a mis fin à la guerre.

Les ennemis de la Chine ici sont les tribus Rouran, des nomades qui pillent les villages de la province de Wei. Leur prince, puis Danyu (qui est le titre du dirigeant des Rourans) espère cependant pouvoir envahir la province et s’y installer, épargnant à son peuple de continuer à piller pour survivre ; mais il veut également éradiquer les peuples qui y vivent pour arriver à cette fin, et décide également d’épouser sa demi-sœur pour garder une lignée pure. Celle-ci rêve de son côté de devenir une princesse de Chine, en épousant l’un des princes, afin d’apporter la paix à leurs deux peuples. C’est seulement là dans le film que le genre de Mulan devient important, puisqu’elle revêt des habits féminins afin de s’infiltrer dans le camp Rouran et aider la princesse à réaliser ce projet. Le film montre ainsi que c’est bien parce qu’elle est une femme qu’elle a pu parvenir à faire cesser la guerre, quand bien même son mérite en tant que général est indéniable.

Mulan (1998)
Pas de Mulan déchirée sur sa personnalité comme chez Disney cependant. Chez Jingle Ma, elle assume totalement d’aimer se battre et d’être stratège tout en étant une fille parfaite pour son père. Cependant le film ne se passe que dans des décors désertiques, et cela pourrait représenter la stérilité de l’héroïne, qui est vouée à n’être qu’ « une fille aimante, [et] un joli général » (d’après les termes de son père)

C’est pour ça que je dis que ce film est pas mal si vous voulez une introduction en douceur au cinéma Hong-Kongais et Chinois : vous connaissez l’histoire. Plusieurs détails que l’on trouve dans la version Disney se trouvent également dans le film, entre l’un des soldats qui imagine son épouse, Mulan qui se baigne et a peur d’être démasquée, ou encore la ruse finale qui consiste à s’habiller en femme pour défaire l’ennemi et le retour chez elle sans demander plus de gloire. Si vous avez peur de sauter le pas parce que vous ne voulez pas vous retrouver en terre inconnue, mais que vous avez assez de goût pour éviter les films « asiatiques » destinés à un public spécifiquement occidental (voir la première image de cet article) c’est le moment.

Mise en garde cependant : ce ne sont certainement pas les plus beaux combats que vous verrez, que ce soit en bataille rangée ou en arts martiaux (pour ce dernier point, préférez Ip Man de Wilson Yip, avec Donnie Yen). Ce n’est pas non plus la plus belle mise en scène du cinéma Hong-Kongais, et si c’est ce que vous recherchez, préférez n’importe quel film de Zhang Yimou SAUF La Grande Muraille. Mulan reste cependant très agréable, a tout de même de bonnes idées de mise en scène, et l’histoire vaut le coup. Le montage pourra vous étonner de temps en temps (le monteur semble être très fan du fondu au blanc, et on a le droit à quelques flash-backs un peu déroutants), mais rien qui nuise à la compréhension. Et puis mince, c’est Mulan, n’essayez pas de me faire croire que vous ne trouvez pas le personnage un minimum badass!

Le film arrive quand même à être magnifique par moments, n’allez pas croire que Zhang Yimou a le monopole de la belle mise en scène.

Manon.


Crédit images

Zhang Yimou, La Grande Muraille, Universal Pictures, 2016.

Jingle Ma, Mulan, Starlight International Media Group, 2009.

Tony Bankcroft & Barry Cook, Mulan, Walt Disney Pictures, 1998.

Bonnie and Clyde : Des gangsters pour sauver Hollywoood ? (Arthur Penn, Bonnie and Clyde, 1967)

Résumé :

Au début des années 30, alors qu’elle s’ennuie dans sa vie de serveuse dans un café, la jeune et jolie Bonnie Parker fait la rencontre de Clyde Barrow, un homme magnétique qui prétend survivre en pillant des banques. Les deux jeunes gens vont bientôt tomber amoureux l’un de l’autre et vivre une cavale sanglante à travers le sud des Etats-Unis, à mi-chemin entre héros romantiques et malfrats les plus recherchés du pays. Lire la suite de « Bonnie and Clyde : Des gangsters pour sauver Hollywoood ? (Arthur Penn, Bonnie and Clyde, 1967) »

La La Land – Le Billet du Mercredi

Si jamais vous êtes un peu du genre à suivre l’actualité cinéma, vous savez que le début de l’année est la période des cérémonies de remises de récompenses pour les films de l’année précédente. Cette année, une des œuvres à faire parler d’elle est La La Land, une comédie musicale où Emma Stone et Ryan Gosling se font les yeux doux dans la cité des Anges. Curieux comme je suis, j’ai donc mis ma plus belle paire de claquettes pour aller voir par moi-même ce qu’il en était de ce film que tout le monde vend déjà comme le meilleur long-métrage de l’année (2016 ou 2017, notez que personne ne prend la peine de préciser…). Lire la suite de « La La Land – Le Billet du Mercredi »

Alabama Monroe : du blues, de la poésie et encore du blues (Felix Van Groeningen, Alabama Monroe, 2012)

De quoi ça cause ?

Elise et Didier, elle artiste tatoueuse, lui chanteur et musicien dans un groupe de bluegrass, vivent une histoire d’amour passionnée. Alors qu’ils ne le voulaient pas, elle finit par tomber enceinte et ils doivent apprendre à devenir parents, mais cette expérience n’est que de courte durée quand le cancer emporte leur fille Maybelle et bientôt, le chagrin de ces deux amants va les déchirer tandis qu’ils tentent de trouver du réconfort dans ce qui leur reste : la religion et la science. Lire la suite de « Alabama Monroe : du blues, de la poésie et encore du blues (Felix Van Groeningen, Alabama Monroe, 2012) »

Mademoiselle, l’élégante libération de la femme (Park Chan-wook, Mademoiselle, 2016)

De quoi ça cause :

Dans les années 30, alors que la Corée est occupée par le Japon, un faussaire ambitieux met au point un plan pour infiltrer la maison d’un aristocrate japonais de la région et épouser sa nièce, héritière d’une fortune colossale. Pour l’aider dans son plan, il peut compter sur Sook-hee, une jeune voleuse qu’il a astucieusement fait placer au service de la jeune demoiselle. Lire la suite de « Mademoiselle, l’élégante libération de la femme (Park Chan-wook, Mademoiselle, 2016) »

Dracula : le célèbre vampire est-il un monstre romantique ? (Francis Ford Coppola, Dracula, 1992)

Résumé

A la fin du XIXème siècle, le comte Dracula décide de déménager à Londres pour pécho de la meuf parce qu’en Roumanie il n’y a plus personne, et qu’en plus les petites londoniennes à l’image de Mina Harker et Lucy Westenra sont bien bien chaudes. Pour s’assurer d’être tranquille pour son affaire, il enferme le fiancé de Mina, Thomas « Neo » Anderson, avec Monica Bellucci et deux autres femmes aussi bien dotées qu’elles pour qu’il se fasse sucer* par ces dames à longueur de journée, et ne parviennent pas à leur échapper.

*Le sang, bien évidemment. On parle d’un film de vampires, oh. 
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Une merveilleuse histoire du temps : fallait-il absolument que le personnage principal soit Stephen Hawking ? (Une merveilleuse histoire du temps, James Marsh, 2014)

Résumé

Quand Remus Lupin emmène en sortie ses petits élèves de l’université de Cambridge pour une conférence sur les trous noirs, l’un d’eux a soudainement une idée de génie sur la formation de l’univers. Ce petit malin est un certain Stephen Hawking, et sa théorie est applaudie limite avant même d’avoir été publiée, mais le film n’en a rien à foutre parce que sa copine est apparemment plus intéressante. Lire la suite de « Une merveilleuse histoire du temps : fallait-il absolument que le personnage principal soit Stephen Hawking ? (Une merveilleuse histoire du temps, James Marsh, 2014) »