La Mouche : l’homme peut-il surmonter la nature ? (David Cronenberg, La Mouche, 1986)

De quoi ça parle :

Jeff Goldblum incarne Seth Brundle, un scientifique introverti victime de mal des transports. Bien décidé à trouver une parade à ses nausées, et pourquoi pas à changer le monde par la même occasion, il met au point un système de téléportation. L’un de ses essais ne tourne cependant pas comme prévu et Seth Brundle voit son ADN fusionner avec celui d’une mouche qui trainait dans l’un des pods de la machine, le transformant en Brundlefly.

La recherche du surhomme

Seth Brundle, notre personnage principal, se trouve être l’archétype du scientifique brillant tel qu’il est décrit au cinéma. Comme beaucoup de personnages à QI élevé, il n’est physiquement pas très fort, son apparence est un peu négligée et il a tout le mal du monde à avoir des relations sociales avec d’autres individus. Sa faiblesse physique est même complétée d’un mal des transports assez violent que l’on nous présente relativement tôt dans le film. L’idée d’associer Brundle à de violentes nausées en voiture permet à la fois de compléter ce tableau selon lequel le personnage est faible physiquement, mais aussi de mettre en place certains pions qui serviront dans l’intrigue principale.

Un des macaques sur lequel Seth fait ses essais.
Outre le fait que notre personnage n’a donc absolument rien à faire de la protection, ces scènes nous enseignent aussi qu’il n’a aucune idée de comment gérer un budget : il pourrait faire ses tests sur des souris faciles à trouver en animalerie, mais non, lui il opte pour des singes.

C’est en effet pour trouver une solution à cette faiblesse que Seth Brundle s’est mis à travailler avec acharnement sur la téléportation, et au début du film, il est déjà allé plus loin qu’aucun autre savant avant lui car il est capable de téléporter des objets d’une cabine à l’autre. Lorsqu’il s’agit de téléporter des êtres vivants, le résultat est néanmoins tout à fait différent et il ne parvient qu’à téléporter des abats de chairs informes destinés à mourir dans d’atroces souffrance.

Une scène de l'épisode La Mouche de Breaking Bad
En voyant La Mouche, il est à peu près impossible de ne pas penser à l’un des meilleurs épisodes de Breaking Bad, et rien que ce souvenir a rendu mon visionnage plus agréable.

Durant le film, Seth Brundle va pourtant comprendre ce qui ne fonctionne pas avec sa machine et va la reparamétrer pour lui permettre de réassembler la chair correctement. Il va alors parvenir à téléporter son macaque, et, comme il est bourré, il va décider de se téléporter lui aussi. C’était sans compter sur la mouche qui donne son nom au film, laquelle vient tranquillement squatter le module de téléportation.

S’en suit alors la transformation que tout le monde attendait, puisqu’on sait qu’elle est au centre du film. Brundle et la mouche fusionnent en effet, leurs ADN étant combinés pour ne créer qu’un seul être mi-homme mi-mouche.

Dans un premier temps, Brundle ne comprend pas ce qu’il s’est passé et il est convaincu que le fait d’être recréé par une machine transforme les gens en être plus forts, plus endurants et plus agiles. Il hérite en effet des capacités physiques de la mouche, ce qui l’améliore physiquement de façon ultra impressionnante. Le petit scientifique maigrichon du début laisse place à une sorte de surhomme.

Jeff Goldblum torse nu dans la Mouche
D’ailleurs, c’est aussi à ce moment que Jeff Goldblum arrête de porte sa chemise et décide de passer tout le reste du film à moitié à poil. Mmmh… Ok j’imagine…

L’objectif de Brundle change avec lui : il n’est plus question de permettre aux gens de voyager sur de longues distances, il veut maintenant améliorer l’humanité en faisant passer les individus dans sa machine. Il pense être le premier d’une longue lignée de supers humains capables de dépasser leurs limites physiques grâce la science.

Une quête destinée à l’échec.

La transformation de Brundle n’est pourtant pas terminée. Ce dont le scientifique ne se rend pas tout de suite compte, c’est qu’il est en train de changer lentement.

Tobey Maguire dans Spider-man 3
Clairement, dans le genre, la morsure radioactive de Spiderman c’était ultra cool : il s’est pas retrouvé avec huit pattes à devoir manger des gens !

L’amélioration de sa condition physique n’est que le début de sa mutation. Petit à petit, son corps commence à se recouvrir de plaques et de poils. Même s’il ne fait pas réellement attention à ça au départ,  aveuglé qu’il est par ce qu’il pense être son destin de pionnier d’une humanité nouvelle. Il ne va commencer à se poser des questions que lorsqu’il va complétement détacher plusieurs de ses ongles avec ses simples dents. A partir de cet instant, Brundle réalise que la transformation est également visuelle : son corps se tord et se déforme et de nombreuses parties s’en détachent. Son corps se détruit lentement pour ressembler à celui d’une mouche d’1m80 de haut.

La destruction de son corps est clairement une réponse métaphorique à son arrogance. Comme une sorte de Vanités, David Cronenberg réalise un film où les aspirations des hommes ne sont confrontées qu’à l’implacable réalité de la vieillesse que suit bientôt la mort.

Un exemple de vanitas comprenant un crâne, un ensemble de livre et une bougie éteinte.
Pour rappel, les vanités, ce sont ces peintures qui dépeignent le côté éphémère de toute vie et qui rappellent à tout le monde que la mort n’est jamais très loin.

Le jeune homme ambitieux qu’était Brundle avait la tête plein d’espoirs fantaisistes pour le monde. Il se pensait imbattable, invulnérable, maître de la nature elle-même, ce qui n’est évidemment pas le cas. Comme un jeune homme voit son corps dont il peut être si fier se transformer au rythme des années qui passent et des maladies qui s’enchainent, Seth Brundle voit son physique dont il était si fier se changer en une sorte d’amas de chair et de bubons putrides.

Le scientifique ne peut qu’être curieux de la façon dont cela se produit, mais le spectateur n’a aucun doute sur la fin du film. La transformation, de plus en plus rapide, de Brundle ne peut mener qu’à sa destruction finale. Comble de l’ironie, dans La Mouche, cette destruction est totalement provoquée par le travail du personnage principal puisque c’est le téléporteur qui lui apporte finalement la mort.

Avec ce remake de La Mouche Noire, David Cronenberg parvient à nous montrer qu’il est possible de réinterpréter des histoires déjà existantes et justifie totalement l’idée même de remake. Construit sur le cycle de gloire et de chute de son personnage, le film est un résumé des 90 minutes de ce qui attend inévitablement toute personne. La seule nuance d’un individu à l’autre étant que plus haute sera l’arrogance, plus dure sera la chute quand en fin de compte, la mort viendra nous chercher.

La Mouche est donc définitivement un bon film culte à voir en ce mois d’Octobre en prévision d’Halloween.


Images :

David Cronenberg, La Mouche20th Century Fox, 1986.

Rian Johnson, Breaking Bad S3 E10 La Mouche, Sony Pictures Television, 2010.

Sam Raimi, Spider-man 3, Columbia TriStar Films, 2007.

 

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