Impitoyable, quand le passé ne pardonne pas.

De quoi ça cause :

William Munny est un éleveur de porcs à la santé fragile. Veuf et père de deux enfants, il tente de vivre sa vie tant bien que mal quand un jeune homme vient le trouver pour un contrat. Une prostituée du coin a en effet été défigurée par deux clients violents et une prime a été mise sur leurs têtes par les filles du bordel. Munny accepte  de s’engager dans une dernière cavalcade sans se douter que son passé d’assassin est sur le point de le rattraper.

Ce qu’on en dit :

Clint Eastwood est un réalisateur dont j’ai personnellement envie de vous parler depuis très longtemps, mais il m’est difficile de trouver un film pour le faire. Heureusement, ce mois de Juin voit ressortir Impitoyable au cinéma, et comme on ne dit jamais non à un Western de monsieur Eastwood sur grand écran, il ne m’en a pas fallu plus pour aller trouver refuge dans l’une des salles de cinéma climatisées qui diffusent ce long métrage.

Les posters de "Pour une poignée de dollars", "Et pour quelques dollars de plus" et "Le Bon, la Brute et le Truand", aussi appelés "La Trilogie du Dollar" de Sergio Leone
La trilogie du dollar, c’est ni plus ni moins que l’une des toutes meilleures trilogies du cinéma, donc vous n’avez aucune excuse pour ne pas la voir !

Sorti en 1992, Impitoyable est un film intéressant à plusieurs égard. Clint Eastwood a été révélé au grand public par ses rôles de voyageur mystérieux dans l’excellentissime trilogie du dollar de Sergio Leone, et aujourd’hui encore, le western est le genre qu’on lui associe le plus facilement. Impitoyable est l’un des derniers westerns classiques qu’a fait Eastwood et  on ne peut pas s’empêcher de repenser à son passé glorieux lorsqu’on le voit reprend la pause face au soleil, son visage plissé dans cette expression faciale reconnaissable entre mille.

Clint Eastwood plissant les yeux dans "Le Bon, la Brute et le Truand"
Cette expression là. Honnêtement, elle est aussi légendaire que les films eux-mêmes.

Il est évident que ce retour aux films de cowboy n’est pas anodin car le thème du passé est absolument partout dans Impitoyable, jusque dans le titre d’origine : Unforgiven. Traduit littéralement par « impardonné », il implique une notion de responsabilité, mais également de fardeau qui aurait tendance à nous suivre, et c’est exactement ce qui arrive à tous les personnages principaux de l’histoire.

La scène d'hallucination à la fin de Sorcerer
Munny est en quelque sorte l’incarnation du démon du destin évoqué par Friedkin dans Sorcerer : on peut le distancer, mais jamais tout à fait lui échapper.

Le passé semble toujours rattraper les protagonistes et ils doivent tous faire face aux conséquences de leurs actes passés. L’exemple le plus évident est celui des deux cowboys traqués par les héros. Coupables d’avoir « dégradé la propriété » d’un honnête propriétaire de saloon, ils ont été condamnés par le shérif local à le dédommager en lui offrant des chevaux. Aux yeux de la justice, l’affaire est réglée, mais les filles du bordel ne l’entendent pas comme ça et décident de leur faire payer pour leur violence et le peu de respect dont ils ont fait preuve. William Munny, joué par Clint Eastwood, est donc l’incarnation de ce passé qui revient pour les hanter. A son rythme de vieil homme, il va les traquer pour les frapper au moment où ils s’y attendent le moins.

Munny, comme les hommes qu’il pourchasse, essaye d’échapper à son passé. Retiré de sa vie de bandit depuis plus de dix ans, il a tenté de passer à autre chose en fondant une famille. Lorsqu’on l’interroge sur ses anciens faits d’armes, il révèle volontiers qu’il ne s’en souvient plus, comme s’il avait tenté de les effacer de sa mémoire. A l’inverse, nombreux sont les personnages qui vont se vanter de leurs aventures, quitte à embellir parfois leurs histoires pour s’y trouver à leur avantage.

Clint Eastwood pointant son arme vers le bord droit de l'écran. Au fond, visibles sous son bras tendu, ses deux enfants le regardent.
Jusqu’à la toute fin du film, on se dit que le gars chargé de traduire le titre s’est bien foutu de nous. Dans cette scène, Munny vide son arme sans toucher sa cible. Ce que nous dit l’image, c’est que sa nouvelle vie (représentée par ses enfants) l’empêche de redevenir l’homme qu’il était.

On constate alors qu’il y a toujours un décalage entre les faits et ce qui en est raconté et parfois, la légende dépasse la réalité. La preuve en est encore une fois avec le personnage joué par Clint Eastwood. Il est l’homme « impitoyable » évoqué dans le titre français, mais il est surtout dépeint comme un vieillard ayant du mal à tenir en selle, incapable de viser droit et à la santé fragile.

Clint Eastwood oblige, le film contient forcément un message fort pro-américain, mais il est cette fois traité avec tellement de distance et de recul qu’il évite assez bien de tomber dans un manichéisme malvenu.

Assez clairement, William Muny se pose en défenseur des faibles et des opprimés. La justice ne protège pas comme elle le devrait les femmes du bordel car elles ont « choisi » leur mauvaise vie. Personne ne se dresse pour les protéger, ce que va faire le personnage principal.

Clint Eastwood sous la pluie, un drapeau américain derrière lui.
Dans ce plan « subtil », Clint explique aux habitants de la ville que quiconque s’en prendra aux filles du bordel aura désormais à faire à lui. Il est pourtant intéressant de noter que le drapeau n’est mis en valeur que par une contre-plongée (qui a tendance à lui faire dominer le cadre), mais il est malmené par l’orage, comme pour signifier que protéger les faibles n’est pas toujours un travail glorieux.

Dans la confrontation finale d’une brutalité sauvage, le film nous fait comprendre « subtilement » que l’interventionnisme américain est nécessaire pour protéger les faibles de leurs gouvernements et institutions corrompues, mais que comme tout, cela a un prix. Très clairement, le film semble illustrer l’adage « la fin justifie les moyens », et Eastwood est assez perspicace pour comprendre que cet interventionnisme peut s’avérer très moche et dénué d’honneur. S’il survit à l’échange de feu final, ce n’est pas parce qu’il est talentueux comme on pourrait le faire croire dans n’importe quel autre western, c’est parce qu’il est chanceux. Il n’y a pas d’honneur à tuer des gens, même pour la bonne cause, mais il faut parfois avoir le cran nécessaire pour presser la gâchette et assassiner la bonne personne si sa mort signifie la survie d’un plus grand nombre.

Des fantassins dans Starship Troopers de Paul Verhoeven
Bien que moins cynique que Starship Troopers, Impitoyable explore donc la différence qui existe entre les faits tels qu’ils se sont déroulés et l’ « Histoire », souvent construite pour raconter ce qu’on a bien envie de raconter #RomanNationnal

Un panneau final nous rappel alors que de toute façon, l’Histoire se chargera de raconter ce qu’elle veut raconter. Peu importe la façon dont on procède, les gentils resteront les gentils et les méchants resteront les méchants. Munny a vécu le plus clair de sa vie comme un criminel, et ce n’est pas une bonne action qui suffira à redorer son image : on se souviendra de lui comme un criminel. De la même façon, les Etats-Unis doivent avoir le cran de faire ce qui doit être fait. Si c’est pour la bonne cause, leur image ne changera pas.

Guillaume


Images :

Clint Eastwood, Impitoyable, Warner Bros. 1992.

Sergio Leone, Pour une poignée de dollars, United Artists, 1964.

Sergio Leone, Et pour quelques dollars de plus, United Artists, 1965.

Sergio Leone, Le Bon, la Brute et le Truand, United Artists, 1966.

William Friedkin, Le Convoi de la Peur, Paramount Pictures, 1977.

Paul Verhoeven, Starship Troopers, Buena Vista International, 1997.

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