Get Out, un film d’horreur moyen mais nécessaire

De quoi ça parle

Chris et Rose forment un couple tout mignon. Cela fait quelques mois qu’ils sont ensemble et la jeune femme a décidé de présenter son amoureux à ses parents à l’occasion d’un week-end dans leur maison à la campagne. Seulement voilà, Chris appréhende un peu cette visite car il est noir il a peur que cela ne dérange la famille très blanche de sa chérie.

Ce qu’on en dit

Get Out est un film qui a fait énormément parler de lui à sa sortie il y a quelques semaines de ça. Vendu comme un film d’horreur et comme une satire sociale anti-racisme, il est devenu le nouveau film préféré de tout un tas de gens et il ne fallut pas attendre bien longtemps pour que Jordan Peele, le réalisateur, ne  soit comparé à George Roméro, l’homme qui révolutionna l’horreur au cinéma avec La Nuit des Morts-Vivants, faisant de Get Out un classique en devenir.

Parce que oui, on l’a vu à sa sortie et on a failli faire un billet dessus immédiatement, mais Tunnel sortait en même temps et était beaucoup trop bon et beaucoup trop passé sous silence pour qu’on ne partage pas notre amour avec vous.

Mais comme notre façon de penser sur ce blog, c’est avant tout de se faire notre opinion par nous-même, mais aussi que nous sommes curieux et amateurs de bons films de genre, il n’en a pas fallu beaucoup plus pour nous faire nous ruer dans la salle pour voir ce film.

Du coup, Get Out a-t-il VRAIMENT réussi son pari d’associer horreur et idées futées ?

Sans vous faire attendre plus longtemps, disons que le résultat est très mitigé.

Histoire de ne rien enlever à ce film, il convient de commencer par dire que oui, Get Out a des moments allant de très subtils à complètement brillants, notamment lorsqu’il aborde  le racisme ordinaire que subissent les noirs en occident. Le souci, c’est que ces moments alternent avec des scènes un peu plus dispensables et que le dernier acte dans lequel se concentre l’horreur est parfaitement ridicule.

Chris se faisant hypnotiser malgré lui
La scène dont est tirée cette image est l’un de ces moments vraiment bien pensés, avec juste ce qu’il faut de mise en scène pour piéger le spectateur.

Durant toute la première partie, alors que le scénario se met en place, Chris et Rose traversent différentes scènes les confrontant à des situations plus ou moins dérangeantes, voire carrément injustes, pour le jeune homme. Qu’il s’agisse des préjugés faciles sur les noires, leur sens du groove et la taille de leur membre, ou tout simplement du contrôle au faciès que subit Chris suite à un accident de voiture alors qu’il ne conduisait pas, les exemples sont variés. Si les spectateurs racisés peuvent se projeter assez facilement à la place du personnage principal, le spectateur blanc qui ne fera pas usage de mauvaise foi sera forcé d’admettre que le film marque point sur point : le monde est encore tellement plein de stéréotypes débiles qu’il est quasiment impossible de ne pas en connaitre au moins un, et même lorsque l’on s’en sert sur le ton de la plaisanterie, celui-ci peut s’avérer être lourd pour la personne à qui il est adressé car elle l’aura sans doute entendu toute sa vie.

Chris, seul au milieu d'un groupe de vieux blancs riches à la fête de la famille Armitage.
Le meilleure scène d' »horreur » de Get Out reste finalement celle de la réception à laquelle assiste le couple : ici, pas question de jumpscares cheapos ou de poches de sang, juste du quotidien dans ce qu’il a de plus glaçant, de quoi nous rappeler les plus grandes heures du cinéma australien.

C’est d’ailleurs le point qui est presque le plus intéressant avec ce problème de racisme car là où Rose est profondément outrée d’être témoin de toutes ces réflexions gênantes, Chris préfère les ignorer. Il s’en fout plus ou moins parce qu’il sait que c’est comme ça et puis c’est tout. Chris est pris dans un rapport unilatérale dans lequel il ne peut que subir tandis que les blancs lui rappellent constamment (et parfois même sans le vouloir) qu’il est différent. Cette indifférence est angoissante car on comprend que le personnage n’a plus envie de se battre ou de corriger ses interlocuteurs. Par son manque de réaction, il indique qu’il a déjà perdu et qu’il accepte son sort dans cette société qui, quoi qu’il arrive, ne parviendra pas à le voir comme autre chose qu’un « homme noir ».

Mais l’horreur dans tout ça ?

Et bien c’est là le principal problème de Get Out. Ce soi-disant film d’horreur est très mal construit et la partie « épouvante » est reléguée à la toute fin, comme si on s’était souvenu au dernier moment qu’il fallait contenter le public venu voir un film « qui fait peur ».

Durant les deux premiers tiers, les scènes les plus intéressantes sont entrecoupées de passages où l’intrigue tente grossièrement de se mettre en place, mais les ficelles sont grosses au point où ça en devient honteux. Il ne faut pas plus de 5 minutes et deux lignes de dialogues à partir du moment où le couple arrive dans la maison des parents de Rose pour comprendre où va le film. On tente alors de nous faire croire que quelque chose de louche se prépare, mais le spectateur n’est pas dupe et ne croit pas un seul instant à cette tension qui prétend se construire.

Rod Williams, le meilleur ami de Chris.
C’est tellement gros qu’il existe un personnage, side kick comique du héros, dont la seule fonction est de spoiler l’intrigue. Bien sûr, comme il est idiot, tout le monde se fout de lui. Mais plutôt que de créer une sorte d’ironie dramatique, ces scènes donnent surtout l’impression que Jordan Peele, le réalisateur et scénariste, se désolidarisait de sa propre histoire en mode « ouais j’avoue, c’est un peu n’importe quoi mon scénario ».

Finalement, dans son dernier acte, le film part dans une histoire aberrante juste pour tenter de justifier quelques scènes gores d’une pudeur risible. Les gros amateurs d’hémoglobines ne trouveront pas leur bonheur et les amoureux de films bien construits et cohérents ne pourront que se contenter de la frustration d’être passé à rien du tout d’une histoire correct.

Le plus agaçant avec ce dernier acte, c’est que toute la dimension sociale est balayée du revers de la main pour laisser la place à une vulgaire histoire de savant fou.

L'héroïne d'It Follow, retenue captive par un mystérieux jeune homme.
Sans être un grand film, It Follows, dont on n’a encore jamais parlé, est un film d’horreur vraiment sympa qui parvient à garder un bon niveau de tension du début à la fin tout en abordant la menace des maladies sexuellement transmissibles.

Get Out est donc tout sauf un film d’horreur intelligent. Malin oui, futée quelques fois, mais un futur classique ? Hélas non. Pour mériter la comparaison avec les films de Romero, où même avec les plus récents La Colline a des Yeux, It Follows ou Grave, il faut que les scènes intelligentes fassent peur, et que les scènes d’horreur proposent une réflexion. Dans Get Out, les genres ne se mélangent jamais. Les situations biens pensées sont montées à côté de scènes « d’horreur », mais ce seraient deux films différents que le résultat serait le même.

Gal Gadot dans Wonder Woman
Finalement, Get Out est assez similaire à Wonder Woman dans le sens où on est plus près à lui pardonner ses faiblesses pour la seule raison qu’ils représentent des combats trop peu évoqués au cinéma.

De là à bouder Get Out ? Non plus. S’il n’est pas excellent, ce film a le mérite d’exister et rien que pour ça il vaut qu’on s’y intéresse. Un film réalisé par un afro-américain et traitant des problèmes de la communauté afro-américaine, mais également noire en générale, est quelque chose de tellement rare qu’on ne peut que se réjouir de son succès en salle. Ok, il ne sera sans doute pas l’un des tous meilleurs films qu’on aura vu cette année, et il est très loin d’arriver au niveau de l’excellent Grave  qui, pour le moment, est LE film de genre de 2017. Mais si ses résultats aux box offices peuvent donner envie aux studios de produire plus de films fait par et pour les minorités trop peu représentées dans le cinéma grand public, ce sera déjà ça de pris.

Bref, il est un peu tard pour vous conseiller d’aller le voir en salle pour gonfler son résultat au box-office. De toute façon, il n’en a pas eu besoin. Mais si vous avez la possibilité de le voir, faites-le au moins pour les deux premiers tiers.

Guillaume


Images :

Jordan Peele, Get Out, Universal Pictures, 2017.

Kim Seong-hoon, Tunnel, Showbox, 2016.

David Robert Mitchell, It Follows, RADiUS-TWC, 2014.

Patty Jenkins, Wonder Woman, Warner Bros., 2017.

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