Mad Max: Fury Road : le retour à un cinéma plus épuré ? (George Miller, Mad Max: Fury Road, 2015)

Résumé

Max vit dans un monde post-apocalyptique dont on ne sait rien si ce n’est qu’une partie de l’humanité vit maintenant dans le désert, organisée en petites communautés isolées. Il est d’ailleurs capturé et emmené dans l’une d’entre elles, la Citadelle, dirigée par un seigneur de guerre dénommé Immortan Joe. Ce dernier dirige son peuple en tyran, asseyant son pouvoir sur son contrôle de l’eau, mais les choses semblent lui échapper lorsque l’une de ses lieutenants s’échappe avec les femmes de son harem. L’armée personnelle de Joe se met alors en route pour la rattraper, emmenant Max avec eux comme poche de sang ambulante.

Introduction

« Mais pardon ? Fury Road du cinéma épuré ? Avec toutes les explosions et l’action de gros bourrin ? Es-tu sérieuse, Manon ? C’est comme ça que tu reviens sur ce blog ? »
– Vous, vous allez vous calmer tout de suite !

Doucement lecteur, on se calme. Moi aussi je suis contente de te retrouver.

Coucou lecteur ! Ça faisait longtemps !

En fait je suis surtout contente de parler d’un de mes films favoris, je sais pas si te retrouver a quoi que ce soit à voir là-dedans, mais on va dire que oui parce que #LaPolitesse.

Ainsi , Mad Max: Fury Road, ou le meilleur film du monde, est le sujet de ce soir. Si vous n’appréciez pas le qualificatif très objectif de « meilleur film du monde, » cet article est là pour vous faire changer d’avis – ou du moins, si vous faites partie de ceux qui ne changent pas d’avis, de comprendre en quoi vous êtes dans l’erreur.*

Ceci dit je pense que tous les films de George Miller se passent dans le même monde après l’apocalypse nucléaire, et les animaux ont muté ce qui leur a donné la parole. Et la capacité de danser. #ToiAussiInventeDesThéories

Pour ceux qui ne le savent pas, Mad Max: Fury Road est une suite (certains ajouteront reboot, mais l’aspect pulp de la série rend cela peu nécessaire) à la trilogie Mad Max de George Miller, sortie entre 1979 et 1985. Si vous faites le calcul, Fury Road est sorti 30 ans après ce que l’on pensait être la fin des aventures de Max (joué alors par Mel Gibson, que nous avons déjà croisé dans Braveheart), ce qui a laissé le temps à notre réalisateur de réfléchir au film dont on va parler aujourd’hui, ainsi que de sortir les deux Happy Feet. Et Babe. Oui, c’est un homme aux multiples talents.

Beaucoup se souviendront de Fury Road comme d’un film consistant en deux heures de course poursuite, avec des personnages au look badass et une guitare lance-flamme. En somme, comme d’un film qui vaut peu leur attention, parce que ce n’est après tout qu’un blockbuster, donc sans grand intérêt. Et d’ailleurs, avec d’autant moins d’intérêt que le film n’explique pas absolument tout ce qu’il montre à l’écran – oui, il y a des gens qui n’ont pas aimé le film parce qu’ils n’ont pas compris une course poursuite de deux heures.

C’est donc peut-être le moment sur ce blog d’expliquer pourquoi, à notre sens, Mad Max: Fury Road fait partie de ces films qui font qu’on se retournera sur les années 2010 comme certains s’émeuvent quand on évoque l’année 1982.

Quelle belle journée pour parler de Fury Road ! Vous êtes prêts ?

*Evidemment, il s’agit là de sarcasme. On se calme, j’ai dit.

Un film raconté par l’image

Quand un film se résume aisément à « une course poursuite de deux heures dans le désert, » il n’est pas vraiment étonnant que celui-ci puisse perdre une partie des spectateurs parce que contrairement à beaucoup de blockbusters, et même comparé à la trilogie originale, Mad Max: Fury Road ne s’embête pas à expliquer son scénario en détail. L’introduction se contente d’un joli « salut, moi c’est Max, je suis fou, mais peut-être que les autres sont fous, et AH MON DIEU JE ME FAIS ENLEVER OSKOUR » et boum – on est entrés dans l’action. A partir de là on considère que vous avez assez d’éléments pour comprendre tout ce qui va suivre, parce qu’entre nous, si vous n’êtes pas trop bêtes, et que vous connaissiez Mad Max ou pas, vous les avez.

Non, je suis méchante, le premier Mad Max ne sert pas à rien. En plus, on y retrouve Hugh Keays-Byrne, qui jouait déjà le méchant 36 ans avant Fury Road.

Si vous aviez vu les films avec Mel Gibson, du moins Road Warrior et Thunderdome (parce que le premier ne sert à rien #Exagération), vous saviez en commençant Fury Road que ce que fait Max dans sa vie, c’est se balader de bastion en bastion dans un désert post-apocalyptique un peu au hasard, en aidant les gens qu’il croise sur sa route, si c’est dans son intérêt. Si vous ne le saviez pas, les premières minutes restent assez claires là-dessus – Max raconte vite fait sa vie, on voit des images de catastrophe nucléaire, on voit qu’il y a des refuges habités par des humains dans le désert, et comme on nous le présente comme le héros, on se doute qu’il va aider une des personnes qui nous sont introduites par la suite. De quoi peut-on avoir besoin de plus ?

« Mais et comment c’est arrivé, cette catastrophe nucléaire ? De qui est-ce la faute ? Qui sont ces gens ? Quel est le but du film, si les héros ne font que retourner à leur point de départ à la fin ? Et c’est quoi ces bestioles sur des échasses dans les marécages ? »
– Vous, vous avez trop pris l’habitude qu’on vous prenne par la main pour regarder un film je crois.

Charlie Chaplin dans "Charlot Boxeur" (1915)
Comme dans beaucoup de films d’actions, George Miller utilise parfois des ralentis. Mais il n’hésite pas non plus à accélérer l’image au besoin, créant un effet surexcité qui rappelle l’époque où les films ne comportaient que 16 images par seconde.

Le projet de George Miller, quand il a réalisé Fury Road, était de rendre hommage au film muet et de montrer que la narration par l’image est toujours possible. C’est d’ailleurs de là que vient la version Black & Chrome du film, dont vous avez peut-être entendu parler. Son constat était que le cinéma américain reposait beaucoup trop sur l’écriture, et notamment sur le dialogue, pour raconter une histoire. Or, la plume n’est pas propre au cinéma, mais plutôt à la littérature et au théâtre. Ce qui définit le cinéma, et ce qui lui permet d’exister comme art, c’est son montage. L’objectif pour George Miller était donc de réaliser un blockbuster dont toute la narration reposerait sur ses images et sur la façons dont le montage les faisait s’entrecroiser.

Le son n’a pas disparu de Fury Road. La musique, déjà très présente à l’époque du muet, habille les scènes d’action de façon très parlante. Le convoi de Joe incorpore d’ailleurs des musiciens qui cadencent la poursuite au rythme des tambours de guerre. Le thème de ce film est presque un personnage en soi.

Pour ce qui est des dialogues, ils sont rares, mais pas inexistants. Chaque personnage s’exprime pour évoquer le strict nécessaire. On ne fait jamais l’effort d’entrer dans le superficiel car le temps presse. Tout ce qui est important à la compréhension de l’intrigue est pourtant dit. Forcément, c’est étonnant quand on est habitué au style verbeux de réalisateurs comme Christopher Nolan dont les films décrivent plus qu’ils ne montrent, mais entre nous, si vous avez eu du mal à suivre l’histoire, demandez-vous donc d’abord si vous n’étiez pas en train de jouer avec votre téléphone en même temps. Pour n’importe quel film ça n’aide déjà pas, mais pour un film qui ne va pas vous parler constamment, c’est encore moins conseillé. Et si vous ne jouiez pas avec votre téléphone… eh bien finissez la lecture de cet article, et retournez voir Mad Max après !

D’ailleurs si vous avez l’occasion de voir la version Black & Chrome de Fury Road, il n’y a pas à hésiter, elle est absolument magnifique.

Toujours est-il que le film, en soi, ne cache rien au spectateur ; et au contraire, il lui montre l’essentiel. Savoir ce qui existe en-dehors de ce qui nous est montré n’a aucune importance Dans ce cas précis, le mystère qui entoure cet univers est d’ailleurs ce qui lui procure son aspect effrayant (imaginez, c’est comme si quelqu’un allait prendre le temps de faire des films pour expliquer ce que sont vraiment les Xénomorphes d’Alien… Oh…). Quant à savoir comment le monde s’est retrouvé dans l’état dans lequel il est, le film nous met carrément sur la piste, et cela plus d’une fois.

« Who killed the world ? »* : Mad Max contre le capitalisme

*  « qui a tué le monde ? », pour nos amis peu familiers avec la langue de George Martin.

Notez le mouvement de caméra qui donne la réponse à la question en même temps qu’elle la dévoile.

Cette phrase apparaît au début du film, lorsque le tyran Immortan Joe se rend dans son harem pour constater que ses (reproductrices) favorites se sont échappées avec Furiosa. Il est facile de ne pas y faire attention, mais la question est centrale à la compréhension du film.

Fury Road nous parle de trois villes importantes qui régissent la région grâce à leur contrôle des principales richesses : la Citadelle, où règne Immortan Joe, a le monopole de l’eau ; Gas Town contrôle l’essence ; et Bullet Farm  fabrique et vends armes et munitions. Les trois dépendent les unes des autres et tiennent le monde dans un équilibre fragile. L’eau de la Citadelle est nécessaire à la vie, et Joe la distribue jalousement à son peuple miséreux puisqu’il la conserve en priorité pour lui, les siens et le commerce. Le commerce de l’eau est très dépendant de la possibilité de se déplacer avec une citerne depuis la Citadelle vers Gas Town et Bullet Farm, et c’est ainsi que Gas Town mène son commerce. Les armes quant à elles servent à se défendre des éventuels pillards, et sont tout aussi nécessaires que l’eau et l’essence pour survivre dans cet environnement hostile.

Le problème, c’est que ces ressources sont l’objet d’un commerce qui ne profite qu’aux dirigeants de chaque ville. On ne le voit mis en oeuvre qu’à la Citadelle, où Immortan Joe ne distribue de l’eau qu’occasionnellement et en quantité très insuffisante; mais de même qu’il a un aspect monstrueux, les deux dirigeants des autres villes (qu’il nomme ses frères) sont tout autant des monstres.

Les War Boys sont des fanatiques, et ne vivent que dans l’espoir de mourir de façon spectaculaire pour la gloire d’Immortan Joe.

Pour ne parler que de la Citadelle, les War Boys, qui sont les enfants de Joe, jouissent d’un statut particulier : ils sont pâles, ont les yeux cernés, et sont globalement malades voire mourants, comme Nux avec ses tumeurs qui a besoin du sang de Max par transfusion. Ce ne sont également exclusivement que des garçons, et, fait notable, Joe les a élevés avec une obsession pour un Valhalla qui n’a rien de scandinave, et que le reste de la population ne partage pas. Les War Boys sont prêts à mourir pour le système d’Immortan Joe qui ne les favorise que du fait de leur origine, quand bien même celui-ci n’éprouve rien face à leur mort.

Je trouve que tout ceci n’est pas sans rappeler le monde dans lequel on vit actuellement : une minorité devenue monstrueuse (ici physiquement, narration par l’image oblige) détient les richesses, au détriment d’une majorité à l’aspect plus humain (par opposition aux cadavériques War Boys, qui sont déjà à moitié morts) qui n’ose se révolter, de peur qu’on la prive de ses ressources vitales. On ajoute à cela la reproduction sociale représentée par Immortan Joe qui se reproduit avec les femmes de son harem et ne laisse que les enfants nés de ces unions prétendre au rang d’héritier, et voilà, vous avez le tableau complet.

Voici le dirigeant de Gas Town, People Eater de son petit nom, qui est un bon exemple de puissant corrompu. Il est en costume, mais celui-ci a des trous aux tétons, qui sont percés, et sa peau est rongée par une maladie probablement vénérienne. Il porte le vice de sa position sur lui.

De là, on se rend compte qu’une grande partie du propos du film tourne autour de la nécessité de tuer les dirigeants de la Citadelle, Gas Town et Bullet Farm. Le premier à mourir est le dirigeant de Bullet Farm, qui est en gros un grand malade de la gachette tout droit sorti de la NRA (National Rifle Association, groupe très pro-armes aux Etats-Unis), et qui a décidé de partir seul avec ses piou-piou pour rattraper Furiosa et sa petite équipe. Il meurt hors-champ (son véhicule explosé d’une façon ou d’une autre par Max) après avoir d’abord été aveuglé par les compétences de cette dernière au sniper. Le chef de Gas Town est quant à lui utilisé comme bouclier humain par Max et tué sans état d’âme par Immortan Joe, qui est plus intéressé par l’idée de récupérer ses femmes plutôt que de protéger ses alliés. Ce dernier est d’ailleurs tué à la fin du film par Furiosa. A l’aide d’un harpon, elle accroche le respirateur du tyran, lequel respirateur est lié à ses organes, avant de bloquer le câble de l’arme dans les roues du véhicule. S’en suit un arrachage de mâchoire violent et sans doute douloureux. Mais c’est peut-être tout ce que ce monstre méritait.

Quand il meurt, son peuple qui l’adorait acclame Furiosa qui revient victorieuse avec son cadavre ; les War Boys les plus âgés hésitent sur la marche à suivre, mais les enfants, encore assez libres de toute corruption, forcent l’accueil dans la Citadelle de Furiosa et des femmes de Joe. Les femmes qui étaient utilisées comme des vaches à lait pour fournir du lait maternel aux War Boys (même à l’âge adulte) ouvrent alors les vannes de la Citadelle, ce qui permet au peuple d’accéder librement à l’eau qui leur était jusque là interdite.

Warren Beatty et Faye Dunaway dans Bonnie and Clyde (1967)
Le premier Mad Max est tout droit issu de la Nouvelle Vague Australienne, et c’est sans étonnement qu’on retrouve dans ce reboot des thèmes similaires à ceux abordés par le Nouvel Hollywood (émancipation de la femme, conflit générationnel, rejet de l’ordre établi, etc.)

Qui a tué le monde, donc ? Immortan Joe, et ses semblables. Le film semble pointer du doigt avec cette phrase le fait que c’est déjà ce système qui a provoqué un apocalypse nucléaire, et qu’il est revenu après l’apocalypse parce qu’il n’y a pas eu de remise en question. Une autre piste complémentaire nous est offerte par l’obsession des War Boys pour un Valhalla « chromé » qui les pousse à se sacrifier pour leur maître Immortan Joe. Cela n’est pas sans rappeler l’obsession des groupes d’extrême-droite divers et variés pour une mythologie scandinave fantasmée et adaptée à leurs goûts. L’histoire est en train de se répéter quand le film débute.

Mais qui donc se rend compte de cette déviance, et se soulève pour sauver le monde ? Les femmes.

Des femmes en colère pour sauver l’humanité

Le film a déplu à beaucoup d’associations dites masculinistes (des groupes d’individus convaincus que l’homme est et sera toujours supérieur à la femme), du fait de son féminisme évident et, apparemment, irritant. Les jeunes gens offensés en avaient surtout après le fait que Max n’est pas vraiment le héros du film qui porte son nom, puisque la vedette est volée par Furiosa, et ça, c’est au moins aussi sacrilège que de faire un reboot de Ghostbusters avec une équipe de femmes !

Furiosa sous bien des aspects pourrait rappeler Trinity dans Matrix. Seulement, Furiosa est l’un des rares personnages féminins de fiction à échapper au syndrome Trinity, c’est à dire à se révéler inférieure au héros en tout, se réduisant au rôle d’intérêt amoureux seulement. Désolée Trinity, Matrix a peut-être fait entrer le cinéma dans le XXIème siècle, mais t’es quand même un personnage décevant.

Effectivement, difficile de ne pas voir en Furiosa l’image de la féministe perçue par la société comme une femme en colère (d’où son nom), masculine (cheveux rasés et pantalon, contrairement aux femmes de Joe, en plus d’avoir un bras manquant), qui cherche à rejoindre une société uniquement composée de femmes pour se protéger elle et ses semblables de sexe féminin. Sa méfiance face à Max nous fait même nous demander si elle n’est pas carrément misandre (soit l’opposé de « misogyne », c’est à dire qu’elle n’aime pas les hommes #TheMoreYouKnow). Son grade d’Imperator au sein de la Citadelle montre qu’elle est parvenue à se faire respecter des hommes avec lesquels elle vit, mais pas en tant que « vraie » femme: on peut noter que le titre est suspicieusement masculin. Cela ne dérange personne, jusqu’à ce qu’elle entraîne à sa suite les jeunes et jolies favorites du harem d’Immortan Joe ; et d’ailleurs, on peut noter que la colère de ce dernier ne se dirige jamais contre ses femmes (qui ont pourtant choisi de fuir), mais contre Furiosa qui les aurait perverties, voire forcées à fuir.

Merlin l'enchanteur vu par les studios Disney
Peut-être n’avaient-t-ils rien retenu d’autre de Merlin l’Enchanteur

Bon, déjà, de quoi fâcher les masculinistes donc, puisque le héros d’un film de voitures testostéroné qui aurait du être à eux est en fait une héroïne. Mais ça ne s’arrête pas là – quand bien même je soupçonne leur raisonnement d’être resté coincé au stade « bouh les filles c’est nul. »

Le film laisse effectivement une place aux hommes dans son récit, mais une place à laquelle on est peu habitués : celle d’alliés, ou d’ennemi, au choix. Les ennemis, ce sont Immortan Joe et tous ceux qui le suivent ; les alliés, ce sont les War Boys qui laissent entrer Furiosa et ses compagnes dans la Citadelle à la fin du film, mais aussi Nux, un autre guerrier qui finit par s’allier à elles pendant le film, et surtout, Max lui-même.

Max d’ailleurs n’est pas de taille face à Furiosa : il lutte longtemps quand ils se battent l’un contre l’autre, ne sait pas se servir de son fusil, et a presque plus besoin d’elle qu’elle n’a besoin de lui. Son personnage sert surtout de point de repère au spectateur, et de prétexte pour suivre son trajet.

Si le développement de Nux est intéressant, parce qu’il se rend compte que sa vie a été bercée d’illusions et trouve un vrai sens à celle-ci auprès des femmes qu’il ne traitait que comme les propriétés de son maître, celui de Max l’est encore plus. Max est un personnage solitaire ; il ne suit que son propre intérêt, en essayant sur son passage de rendre le monde meilleur (on se souvient qu’il est un ancien (gentil) policier). S’il choisit d’aider Furiosa, ce n’est pas parce que « les ennemis de mes ennemis sont mes amis, » puisqu’il était parti pour lui voler son camion et la laisser se faire rattraper par les War Boys, mais parce qu’il a besoin d’elle pour lui aussi échapper à Joe.

Max n’intervient d’ailleurs qu’après un moment de désespoir évident de Furiosa, qui jusque là fait tout pour rester forte, mais est capable d’émotions.

Ainsi, Max et Furiosa se lancent dans un travail d’équipe dirigé par l’Imperator. Max ne fait que l’aider, sans jamais lui donner son avis sur la route… Jusqu’au moment où elle en a clairement besoin. Le duo et les femmes de Joe finissent par retrouver les femmes chez qui Furiosa est née avant d’être enlevée avec sa mère par les War Boys de la Citadelle. Malheureusement pour eux, les Green Lands qu’elles occupaient ne sont plus habitables. Furiosa s’apprête donc avec elles à traverser un désert de sel, et Max décide d’abord de les laisser faire, sans les suivre. Ce n’est qu’une fois qu’elle sont partie qu’il les rattrape pour leur dire que leur entreprise est inutile, que le désert qu’elles s’apprêtent à traverser n’a pas de fin, ou est du moins trop grand pour qu’elles espèrent en sortir. Il leur dit alors que leur meilleur moyen de survivre, c’est de retourner à la Citadelle avant Joe et de lui en bloquer l’accès.

Max et Furiosa discutant dans un désert de sel.
L’échange entre Max et Furiosa est une réelle prise de conscience. Le monde est mort et il serait idiot pour Furiosa de continuer sa fuite en avant. Si elle veut sauver les générations à venir, elle doit accepter ses responsabilités et prendre en main la construction d’un ordre nouveau.

C’est là que le film commence à montrer que Furiosa et les autres femmes du film ont besoin du soutien de Max (et Nux), le point culminant étant le moment où pour sauver Furiosa de la mort, Max improvise une transfusion de sang. C’est une vision du féminisme où les hommes, loin d’être exclus, peuvent être des alliés des femmes qui cherchent à se libérer. C’est à se rôle que choisi de se cantonner Max. Dans la dernière scène, alors que Furiosa monte dans la Citadelle et que les femmes de Joe restées pendant leur fuite ouvrent les vannes d’eau (gardant un rôle de mère nourricières), Max s’en va. Le personnage a toujours été écrit ainsi, du moins depuis Road Warrior : il refuse les honneurs que les personnes qu’il a aidées veulent lui donner, soit parce qu’il considère que c’était une chose normale à faire, soit parce qu’il ne se préoccupe pas plus que ça d’eux (ses motivations n’étant jamais claires). Et c’est exactement ce que le féminisme en tant que mouvement attend des hommes : du soutien, mais pas un chevalier blanc qui arriverait s’ériger en héros. Max laisse à Furiosa bénéficier de toute la gloire de la victoire qu’il l’a aidé à obtenir, tout simplement parce que c’est tout de même elle qui a fait le plus gros du travail. C’est son combat à elle et aux femmes qui se sont enfuies du harem, Max n’a fait que prêter main forte lorsque cela lui était possible.

Hommage au film muet, dénonciation du capitalisme, démonstration de féminisme : vous pensez toujours autant que Mad Max : Fury Road n’est qu’un blockbuster bourrin parmi tant d’autres ?

Manon.


9 commentaires sur « Mad Max: Fury Road : le retour à un cinéma plus épuré ? (George Miller, Mad Max: Fury Road, 2015) »

  1. Très belle analyse ! En plus tu prends le temps de définir les termes qui pourraient être méconnus en restant très impartiale (je salue ton calme face à la mention des masculinistes), tout en te permettant un petit clin d’œil à Prometheus.
    J’étais moi aussi restée sur ma fin avec le personnage de Trinity, pour la même raison que toi…
    Maintenant j’ai surtout envie de revoir Fury Road (en Black and Chrome cette fois-ci !).

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