Invasion Los Angeles : sommes-nous dirigés par des extra-terrestres ? (John Carpenter, Invasion Los Angeles, 1988)

John Nada est le genre de gars à ne jamais se poser de question. Il croit dur comme fer dans le rêve américain et se dit que s’il bosse sérieusement, il n’y a pas de raison pour qu’il ne réussisse pas. C’est en tout cas ce qu’il pense jusqu’au jour où il tombe sur une caisse de lunettes de soleil un peu particulières. Avec elles, non seulement il devient l’archétype du héros de film d’action badass des années 80, mais il voit également le monde sous son vrai jour, et ce qu’il voit n’est pas beau à voir.

Dans la série des réalisateurs qu’on adore mais dont on n’avait pas encore eu l’occasion de vous parler, je vous présente John Carpenter. Ce nom, vous l’avez forcément entendu, et si par hasard ce n’était pas le cas, alors vous êtes sans doute familier avec certains de ses films les plus célèbres. Le bougre est en effet considéré comme l’un des rois du cinéma de genre, et plus particulièrement du cinéma d’horreur avec à son actif des petits chefs-d’œuvre comme Halloween (rien que ça déjà) et surtout, mon film d’épouvante préféré : The Thing.

Pourtant aujourd’hui, il s’agit d’un long-métrage un peu moins connu mais tout aussi marquant, j’ai nommé Invasion Los Angeles, ou They Live dans sa version originale un peu plus simple.

Mélange savamment dosé entre film d’action bas de plafond des années 80 et film d’horreur existentialiste, Invasion Los Angeles est une série B de type « haut de panier », un petit régal pour les amateurs de l’âge d’or des héros musculeux à coupe mulet tout comme pour les aficionados de cinéma d’auteur alternatif.

Une casquette de la célèbre collection Obey
Je ne sais jamais comment réagir quand je tombe face à cette collection : je trouve son créateur particulièrement brillant pour avoir prouvé que le propos du film était réel, mais je ne peux que me sentir désespérés par les gens qui la portent sans comprendre qu’on s’est foutu de leur gueule.

Et je suis certain que certains d’entre vous sont encore persuadé que je suis en train de les entraîner dans un film absolument obscur comme presque tous ceux dont je traite depuis le début d’année. Mais à ces lecteurs, je répondrais que non seulement, mon exploration du cinéma d’auteur anglophone de la fin du XXe siècle est très loin d’être terminée, mais qu’en plus de ça, Invasion Los Angeles a eu un impact assez fou sur une partie de la population qui (assez ironiquement) ne l’a sans doute jamais vu, puisque c’est à ce film que l’on doit cette collection de vêtements particulièrement moches.

Mais puisqu’on en est à donner des conseils de style, c’est le moment d’enfiler vos plus belles lunettes, de sortir votre paquet de bubble gum et de plonger avec moi dans ce film qui va botter plus d’un cul.

John Nada, équipé de ses belles lunettes et d'un gros fusil, prêt à botter des culs et à macher du bubble gum.
Je sais pas si vous êtes prêts, mais John Nada l’est lui, et il pète la classe !

Consomme, dors et tais-toi

Avant d’entrer dans l’analyse en trois partie d’Invasion Los Angeles, je suis obligé d’en expliquer le concept un peu plus en détail à ceux qui ne seraient pas familiers avec le film.

John, notre héros au mulet impeccable, est donc un gars tout à fait moyen. Il est bosseur, mais c’est à peu près tout. Plus générique que ce bon monsieur, tu meurs. Il trouve pourtant un jour une boite pleine de lunettes de soleil et constate que lorsqu’il les met, des messages commencent à apparaître partout autour de lui. Ces messages sont des incitations à la consommation. En quelques mots brefs et incisifs, ces ordres cachés aux yeux de tous semblent inciter les gens à consommer, à obéir et à rester dans les rangs.

Le monde tel que vu à travers les lunettes de soleil du film : plein d'incitations à consommer
D’ailleurs, les pouvoirs de ces lunettes ne s’arrêtent pas là puisqu’elles font également passer le monde en noir et blanc et transforment les immeubles en maquettes !

Assez vite, John réalise qu’il y a un pattern, que ces messages n’apparaissent pas au hasard. Ainsi, ils sont dissimulés dans les journaux et les magazines, mais aussi sur les panneaux publicitaires, les affichettes ou même à la TV. En bref, tout support de publicité, tout média, se trouve être rempli de ces directives invisibles qui paraissent tenter de réduire les gens qui y sont exposés à l’état de moutons.

Le message est on ne peut plus clair pour le spectateur : il s’agit d’une critique de la société  de consommation. Et c’est pour cela que je parlais dans l’introduction de film d’horreur existentialiste. L’angoisse vient de ce que le film nous fait réaliser sur notre propre vie.

Un homme tenant une liasse de papiers sur lesquels est écrit "ceci est ton Dieu", les papiers étant à l'origine des dollars.
Cet insert sur une liasse de dollars vue à travers les lunettes ne laisse pas de doute sur le cynisme de ce monde nouvellement découvert : l’argent est Dieu, l’argent est tout puissant et doit être vénéré.

Bien évidemment, le film critique la publicité qui nous pousse à consommer. Nous nous enfermons dans un rythme bâtard où nous travaillons pour acheter  de façon presque boulimique, sans prendre le temps de réfléchir  ce dont nous avons vraiment besoin. En soit, si tout le monde avait les moyens de le faire, ça ne poserait pas particulièrement de problème. Mais le souci, c’est qu’une grosse partie de cette consommation maladive se fait par l’intermédiaire de crédit : des gens payent avec de l’argent qu’ils n’ont pas, s’enfonçant d’autant plus dans un système dont ils ne ressortent jamais vainqueur. Le film insinue que nous sommes les esclaves d’un système qui nous exploite et fait en sorte qu’on en redemande derrière.

Nous pensons qu’acheter nous ferait plaisir car acheter nous permettrait de briller en société grâce aux plus beaux vêtements, à la plus belle maison ou à la plus belle voiture. Mais qui nous a mis cette idée en tête ? La publicité elle-même.

Une image du plan d'ouverture de Wake in Fright montrant un bar/hotel au beau milieu du désert australien
Et là je vous pose une petite image du film Wake in Fright, un de mes chouchous, et un chef-d’oeuvre dans le genre de l’horreur existentialiste qui tourne la perspective d’un présent sans avenir en véritable cauchemar !

Carpenter est le roi de l’horreur appliquée au quotidien et Invasion Los Angeles en est la preuve. La peur que connait le personnage principal ne vient pas du fait qu’il soit poursuivi par un monstre ou qu’il soit confronté à un tueur fou à lier, mais bien de ce qu’il est contraint de réaliser sur le monde : sa vie ne lui appartient pas. Pire, elle est contrôlée par d’autres que lui. Il n’a donc aucune emprise sur son avenir et ne peut même pas compter sur le hasard ou la providence pour le sortir de cette situation !

John, comme tous les autres, est l’esclave de ces entreprises qui lui dictent sa conduite. A travers la publicité, on lui impose de consommer pour exister socialement : il doit payer pour être vu. Mais cela ne s’arrête pas là car les médias, comme la TV ou le cinéma, vont également lui imposer des valeurs. En choisissant les informations sur lesquelles communiquer, les grands groupes de presse et de télévision orientent la façon de penser de leur audience.

Des marines en rang pour l'entrainement dans Starship Troopers.
A ce sujet, je vous invite à (re)voir le génial Starship Troopers qui prend justement un malin plaisir à orienter l’avis que se fait le spectateur sur ce qu’il voit (ou croit voir) à l’écran en réutilisant notamment les codes de la propagande. En gros, il est la preuve que ce que dénonce Carpenter existe.

Le pire dans tout ça, c’est que ces groupes ont de l’argent et aux Etats-Unis, cela leur donne un pouvoir sans égal. A travers de nombreux lobbies, de grands groupes peuvent en effet décider de financer ou non la campagne de tel ou tel homme politique, selon ce qu’il décide de faire pour arranger leurs intérêts. Cette force de négociation illimitée place les grandes entreprises américaines dans une position de force inébranlable, ce qui semble inquiéter Carpenter car qui prend vraiment en compte les intérêts des individus dans ce genre de situation ?

Le personnage de Didier dans Alabama Monroe
Ce pouvoir des lobbies est l’occasion pour moi de vous reconseiller Alabama Monroe puisque c’est entre autre ce qui brise les espoirs de Didier, ce jeune papa endeuillé.

Invasion Los Angeles ressemble donc énormément à une dénonciation de ce rapport à l’argent tout puissant aux Etats-Unis, ce qui aura eu tendance à corrompre les hommes comme les idées. C’est d’ailleurs à cette corruption que nous allons tout de suite nous intéresser.

Un pouvoir aliénant

En effet, les lunettes de John ne se contentent pas de rendre visibles les messages cachés dans la presse et les publicités, mais également de voir certains individus sous leur vrai jour.

Équipé de ses lunettes de soleil, notre héros constate que la population a été infiltrée par une sorte de race extra-terrestre. Ces individus aux visages faméliques et aux yeux brillants et exorbités vivent au beau milieu des citoyens normaux. Ils interagissent avec eux, s’habillent comme eux et se comportent comme si de rien n’était.

Deux aliens en costume en train de lire le journal
« Fais comme si de rien n’était Francis, avec un peu de chance le lecteur va scroller pour continuer sa lecture et il nous aura bien vite oublié »

Là encore, il existe pourtant une règle assez précise dans la répartition de ces créatures dans la population. Bien qu’ils tentent de passer inaperçu, ces êtres mystérieux occupent toujours une position stratégique dans la société. Que ce soit parce qu’ils exercent un rapport d’autorité grâce à un poste de directeur d’entreprise, d’homme d’affaires ou de banquier, ou parce qu’ils contrôlent directement l’information en travaillant comme présentateur TV, ils sont tous dans des situations qui leur donnent l’avantage sur le commun des mortels.

Une créature aux yeux luisants et au visage dénué de peau, mais à la coup de cheveux impeccable.
Et c’est là que je me pose la question à 1 000 000 : à choisir entre être pauvre et au physique normal, ou riche et ressembler à un raison sec, vous choisiriez quoi vous ?

Ces aliens représentent évidemment les dirigeants de notre société que John découvre si imparfaite. Leur différence physique permet de représenter visuellement la prise de conscience symbolique du personnage : les gens qui dirigent le monde ne sont pas des gens ordinaires. Ils n’ont rien à voir avec les gens qu’ils dirigent, comme si le monde était composé de deux castes : celle des élites d’un côté, et tous les autres de l’autre.

Cette distinction en deux groupes clairement définis créé une frontière, comme si le pouvoir aliénait ceux qui l’exerce. On comprend que les créatures se reconnaissent entre elles et jouissent de privilèges qu’ignorent le reste de la population. En ça, la classe des dirigeants est représentée comme déconnectée.

La question se pose alors : sont-ils légitimes pour nous donner des ordres ? Ne régissent-ils pas le monde d’après une vision déformée qu’ils en ont ? Comment pourraient-ils savoir ce dont a besoin la population puisqu’ils n’en font pas partie ?

John Nada et son acolyte Frank Armitage, fusils automatiques en main, prêts à en découdre avec les aliens
« Tout ça c’est des biens jolies questions mais on a quelques pruneaux à distribuer nous autres et on a pas trop le temps d’allumer nos cervelles ! »

Toutes ces interrogations, notre bon John ne semble pas se les poser outre mesure et armé de ce qu’il trouve, il décide de se lancer dans une reconquête de son monde en éliminant tous les aliens qu’il croise sur son chemin. Il finira par rejoindre un groupe de résistants, convaincu comme lui que le pouvoir doit leur appartenir, mais c’est sans compter sur un élément nouveau : certains humains sont alliés à ces créatures.

Notre personnage principal et ses compagnons ne vont en effet pas tarder à se rendre compte que ce qu’ils pensaient être un réseau souterrains d’êtres tirant les ficelles est en fait bien connu de nombreux individus. Ceux-ci sont ceux qui ont réussi par leur acharnement, par leur travail rigoureux ou par jeux d’influences. Ceux qui ont réussi à se hisser au-dessus du peuple sont mis dans la confidence et invités à rejoindre les créatures sans pour autant en devenir eux-mêmes.

John Nada et ses camarades rencontrant un humain à la solde est aliens qui pense que John a réussi à intégrer leur camp.
« Mais enfin les enfants ! Si à 50 ans vous n’avez pas été contactés par une organisation secrète d’extra-terrestres pour contrôler le monde à leurs côtés, c’est que vous avez raté votre vie ! »

John et ses camarades réalisent alors que le pouvoir corrompt car ces humains influents sont des sortes de traîtres à leur espèce. Il est arrivé un moment dans leur vie où ils se sont plus reconnus dans cette race alien caractérisée par le pouvoir et la richesse que dans leur propre race pourtant physiquement plus similaire.

Le rêve américain brisé

Le mythe du rêve américain est au centre du film. Dès le début, John Nada est présenté comme un personnage convaincu qu’en travaillait dur sans se poser de questions, il finira par s’en sortir. On peut le trouver optimiste, mais le ton du reste du film tend à faire penser que cette naïveté affichée par notre héros est le fruit d’un bourrage de crâne qu’il a subit toute sa vie durant.

Il a en effet été établi que la classe dirigeante est totalement différente de la classe des travailleurs, mais aux vues des fonctions occupées, on comprend que les aliens ont besoin des humains et qu’ils exploitent ces derniers pour faire fonctionner une société qui leur profite. Le rêve américain peut alors être perçu comme une fable que l’on aurait racontée à ceux que l’on fait travailler pour leur faire supporter un peu plus longtemps le dur labeur qui est le leur.

Donald Trump présentant un dessin expliquant son plan pour prendre le contrôle du monde
Alors évidemment, le monde est plein de contre-exemples, et heureusement. Mais le gouvernement Trump et sa volonté de retirer l’accès à la santé à la classe moyenne montre quand même que ce film d’1h30, bien que forcé de faire quelques raccourcis, vise relativement juste.

Ce même rêve américain, celui qui part du principe que quiconque mettant suffisamment d’effort à la tâche peut s’en sortir, omet de prendre en compte un détail qui n’est pas des moindres : les gens au pouvoir, ceux qui ont réellement réussi à sortir du lot, feront toujours tout pour conserver ce pouvoir et se maintenir au-dessus de la classe moyenne.

Enfin, le fait que toute l’action se déroule à Los Angeles n’est pas anodin non plus. La Californie, par sa situation à l’extrême Ouest du territoire américain, représente le rêve classique des pionniers, ceux-là même qui ont inspirés le rêve américain. Dans leur conquête des grands espaces, et surtout après une traversée des pleine désertes de la région du Colorado, les paysages cultivables et le climat tempéré de cette terre du bout du monde paraissaient divins. Los Angeles est LA ville qui représente ce rêve. Mettre en scène le film dans les rues de la Cité des Anges n’est pas anodin car si le modèle de tout un pays est corrompu jusqu’à la moelle, c’est que les valeurs qui ont fait de cette ville un modèle sont elles aussi pourries.

Ryan Gosling et Emma Stone dans La La Land
Le thème de Los Angeles comme décor à de creuses illusions, c’est quelque chose qui a été repris récemment dans La La Land, un film bien moins joyeux qu’il n’y paraît.

L’ascenseur social semble alors brisé. Il ne s’agit que d’une idée semée par les plus riches dans la tête des plus pauvres. Rien de plus.

John Nada, fusil à la main, devant la porte d'un ascenseur fermée
« Bon bah si l’ascenseur est cassé, je vais prendre les escaliers moi ! »

Dans une fin plutôt optimiste, John parvient à faire ouvrir les yeux aux habitants de Los Angeles qui réalisent sans trop comprendre que quelque chose cloche. Cela ne se sera pourtant pas fait sans violence car ce n’est qu’à coup de fusils à pompe et de grenades que notre héros aura atteint son but. De là à dire que la seule solution face à ce genre de système véreux est la révolution armée, il n’y a qu’un pas. Mais Carpenter pouvait tout aussi bien vouloir dire que c’était le seul chemin possible pour son personnage que l’on ne décrit pas franchement intellectuel, à moins que son ambition n’ait été que de faire un bête film d’action se terminant sur une fin positive.

Et c’est là que réside, en tout cas à mon sens, l’une des vraies forces d’Invasion Los Angeles. Il s’agit d’un film à mi-chemin entre la série B un peu débile mais sympathique comme on en faisait en masse dans les années 80 et l’œuvre révolutionnaire, appelant le spectateur à remettre son monde en question et à s’interroger sur ses valeurs. Jusqu’à quel point accepte-t-on de sacrifier sa liberté en échange d’un peu de sécurité ? Où se trouve la limite au-delà de laquelle il devient criminel de se taire sur les agissements répréhensibles de la classe dirigeante ? Ces questions, le spectateur peut se les poser grâce à ce film, à moins qu’il ne préfère se détendre devant quelques bonnes scènes de fusillades et une poignée de répliques nanardesques.

Deux voitures pourchassant un camion citerne à travers le désert dans Mad Max Fury Road
Récemment, ce genre d’exploit a été réitéré avec l’incroyable Mad Max : Fury Road, un film que tout le monde s’évertue à qualifier de « bourrin » et « décérébré » mais qui porte pourtant un regard corrosif sur notre monde et qui amène à une réflexion bien plus aboutie que 90% des productions du XXIe siècle, le tout sans dialogues ou presque #TourDeMaitre

Ce genre de film de divertissement à double niveau est ce qui nous a fait créer ce blog à la base. Il est en effet tout à fait possible de trouver du sens dans un long-métrage qui ne se prend pas la tête pour autant. Le cinéma riche en sens n’est pas nécessairement inaccessible et je suis convaincu que tout le monde a déjà pris beaucoup de plaisir devant un film d’auteur sans même savoir ce dont il s’agissait.

Finalement, il existe deux façons de voir Invasion Los Angeles : au premier degré, sans trop se poser de question, ou comme John Nada, en mettant ses lunettes spéciales pour décoder ce qui est dit entre les lignes. Voilà pourquoi ce film est à recommander sans hésitation aux plus curieux d’entre vous.

Guillaume.

3 commentaires sur « Invasion Los Angeles : sommes-nous dirigés par des extra-terrestres ? (John Carpenter, Invasion Los Angeles, 1988) »

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