Grave – Le Billet du Mercredi

Il y a quelques mois de ça, un film faisait parler de lui sur internet pour les réactions excessives qu’il avait provoqué durant ses premières projections en festival. Ce film, Grave, racontant les mésaventures horrifiques d’une végétarienne devenue cannibale, avait prétendument envoyé plusieurs membres du public à l’hôpital à cause de sa violence graphique inattendue. Forcément, les amateurs de curiosités que nous sommes avions été intrigués par cette affaire et c’est avec une certaine fébrilité que je comptais les jours avant sa sortie. Ce week-end, j’ai enfin eu la chance de voir Grave, et le moins que je puisse dire, c’est qu’il vaut totalement le coup.

Film franco-belge, Grave est le premier long-métrage de Julia Ducournau, et la première chose que j’ai envie d’en dire, c’est « merci » ! On ne va pas repartir dans l’éternel laïus du problème qu’a la France avec le cinéma de genre puisque tout le monde sait à quel point la situation est désespérée, mais voir quelqu’un oser chambouler un peu les codes fait un bien incroyable.

Justine découvrant le poulet cru
« F*ck mes parents végétariens et leur éducation de bobos ! Moi ma viande, je l’aime crue ! »

L’histoire est celle de Justine, une jeune étudiante que l’on découvre tandis qu’elle intègre une école de vétérinaire en première année. Végétarienne, on la suit dans cet environnement nouveau tandis qu’elle découvre les animaux sous un nouvel angle (souvent de l’intérieur), ce qui va avoir tendance à remuer un peu son estomac. Mais le plus important est bien entendu sa découverte de la vie d’adulte autonome. Loin du cocon familial, elle confronte l’éducation de ses parents au monde réel et réalise qu’il existe une légère différence entre ce à quoi on l’avait préparée et le monde tel qu’il est vraiment.

Et c’est là que le film m’a vraiment captivé. Un film gore, c’est facile à faire. Il suffit de mutiler des personnages et de déverser des litres de sang pour produire un effet dérangeant. Mais ce genre d’artifices aura tôt fait de dégoûter certains spectateurs et n’intéressera que le public adolescent qui se déplace en groupe au cinéma pour vivre le film comme une sorte de rite d’initiation. Le cas de Grave est pourtant unique, puisque ce film parvient à réunir les deux facettes du cinéma d’épouvante. Dans ce cas précis, l’horreur sert une métaphore, un propos développé par l’auteur, mais cette métaphore étant celle de l’initiation des adolescents, le film montre qu’il a parfaitement compris tout ce que peut attendre le public de ce genre d’oeuvre, ce qui le place directement dans le haut du panier du cinéma d’horreur.

Justine subissant les différentes épreuves qu'ont préparé les anciens élèves pour leurs petits bizuts
Les soirées d’intégrations et autres beuveries étudiantes, voilà la véritable horreur pour nous autres petits nerds cinéphiles !

En effet, le rite de passage est au centre du film. Le fait que Juliette entre en école de vétérinaire permet de raconter l’histoire de son intégration, rythmée par les différentes soirées étudiantes et autres séances de bizutages. Le personnage suit une progression au sein de son cercle de connaissances, passant de jeune fille réservée à un membre à part entière de la vie étudiante.

Cette progression se fait en parallèle du développement du penchant cannibale de notre héroïne, et si on peut voir ça comme un rejet progressif de l’éducation de ses parents, et donc de son rôle d’enfant (puisque ce sont ses parents végétariens qui lui ont interdit de manger de la viande), il serait dommage de s’arrêter là.

Mina et Lucy parlant de leurs rêves érotiques dans Dracula de Francis Ford Coppola
Le fait de représenter la naissance de la libido à l’aide d’un appétit carnassier n’est pas neuf. On l’avait déjà vu dans Dracula de Coppola par exemple.

Juliette subit en effet une autre découverte durant ce film : celle de la sexualité. La jeune femme est vierge lorsque qu’elle arrive dans son école, et si cette information ne semble pas importante, elle permet de comprendre de nombreuses scènes où le personnage semble subir de violentes montées d’hormones.  Son cannibalisme est une métaphore de son appétit sexuel. La caméra s’attarde sur le corps de ses futurs repas pour les filmer de façon sensuelle et à plusieurs reprises, on ne sait pas si elle est intéressée par tel ou tel homme parce qu’il lui semble appétissant ou sexuellement attirant.

Seul reproche que j’ai à faire à ce film : l’utilisation du gore pour représenter la puberté et le passage à l’âge adulte n’est pas neuf. Des films comme Carrie ou L’Exorciste l’ont déjà fait il y a des dizaines d’années et le fait de retomber dedans en 2017 montre que la France est quand même sacrément en retard en termes de cinéma d’horreur. Mais Grave est bien fait et sa simple existence dans le paysage cinématographique francophone apporte tout de même comme un vent de fraîcheur.

Justine cachée sous un drap
Big up à cette scène de terreur nocturne qui parvient à piéger le spectateur dans une claustrophobie de dessous de couette.

Malheureusement, la distribution trop réduite de ce film l’empêchera de connaître un vrai succès au box-office et il y a fort à parier que l’industrie du cinéma français ne s’engage pas plus que ça dans cette voie ouverte par Julia Ducournau. Ceci dit, je suis maintenant assez curieux de voir ce que va faire cette jeune réalisatrice.

Quoi qu’il en soit, si vous avez l’occasion de voir Grave et que la violence graphique ne vous dérange pas plus que ça, foncez. C’est un film unique dans l’univers cinématographique français qui vaut vraiment 1h40 de votre temps.

Guillaume


Images :

Julia Ducournau, Grave, Wild Bunch, 2017

Francis Ford Coppola, Bram Stoker’s Dracula, Columbia Pictures, 1992.

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