T2 Trainspotting – Le Billet du Mercredi

Vingt ans après la sortie du film Trainspotting de Danny Boyle, on reprend les même et on recommence : vingt ans se sont également écoulés pour Renton, Franco, Sick Boy et Spud, et il est grand temps d’aller voir ce qu’ils sont devenus.

Une transcription du monologue de Mark Renton dans le premier Trainspotting (1996)
Le fameux monologue, que je vous conseille également d’aller écouter, si ce n’est pour la façon dont il est délivré au moins pour l’accent écossais d’Ewan McGregor.

Pour ceux qui ne connaissent pas, Trainspotting, c’est le film qu’un Écossais vous conseillera toujours si vous voulez avoir une vision moins « carte postale – OMG c’est si sôvâge » du pays de la Licorne, quand bien même Braveheart reste en bonne position dans leurs petits cœurs. Le premier film traite de l’histoire de cinq amis Edimbourgeois et gros consommateurs d’héroïne, à grand renfort de montage soutenu et de bons choix musicaux, et se termine sur leur séparation et Mark Renton (Ewan McGregor) qui délivre son monologue iconique. Le premier Trainspotting est un chef d’oeuvre au rythme effréné ; mais que vaut la suite ?

T2 Trainspotting est encore une fois une adaptation d’un roman d’Irvine Welsh, Porno, qui est lui-même la suite du roman Trainspotting. Que dire, si ce n’est que je suis bluffée ? C’est une suite parfaite – et je ne parle pas que par rapport au premier film, mais en général, c’est du très haut niveau. A mon sens il est difficile d’être déçu en sortant de la salle : le montage de Danny Boyle est toujours aussi énergique, la musique toujours aussi bien choisie, et les acteurs toujours aussi bons – vraiment, que demander de plus ?

Une image fonctionne mieux que des mots : admirez donc cette composition de plan de toute beauté.
Une image fonctionne mieux que des mots : admirez donc cette composition de plan de toute beauté.

Boyle s’amuse avec sa caméra comme jamais, avec parfois de très belles scènes – je pense à celle où Renton retourne chez ses parents, et s’assoit à table avec son père qui lui raconte la mort de sa mère; et l’ombre de Mark projette sur le mur contre la chaise vide qu’aurait du occuper sa mère une ombre qui donne l’impression d’être assise à table avec eux. Le réalisateur joue aussi avec le montage, et si je ne devais choisir qu’un moment pour décrire cela, c’est celui où Daniel (« Spud ») fait des travaux pour aider Simon (« Sick Boy »), avec de la musique extra-diégétique (extérieure au film, que les personnages n’entendent pas) pour rythmer la scène ; jusqu’au moment où Daniel décide de mettre en route le jukebox dans la pièce, et choisit exactement la musique qui passait à ce moment-là dans le montage et qui devient ainsi intra-diégétique (interne au film, et les personnages l’entendent). Ça paraît insignifiant comme ça, mais c’est généralement l’inverse qui arrive dans un film, et ça montre toute l’originalité dont sait faire preuve Boyle.

Les scènes ne sont jamais tout à fait répétées, ce sont des variations sur celles du premier, et qui dans la narration ont un lien direct avec celles-ci : les rappels au premier film ne sont jamais gratuits. TL;DR : c'est du meilleur fan service que Star Wars VII.
Les scènes ne sont jamais tout à fait répétées, ce sont des variations sur celles du premier, et qui dans la narration ont un lien direct avec celles-ci : les rappels au premier film ne sont jamais gratuits. TL;DR : c’est du meilleur fan service que Star Wars VII.

C’est également un exemple de fan service extrêmement bien maîtrisé, et quelque part plus impressionnant que dans Rogue One, par exemple. Dans ce dernier, le fan service se justifiait parce que l’intrigue se passe très peu de temps avant Un Nouvel Espoir ; dans le cas de T2 Trainspotting, on revoit beaucoup d’images du premier film, des scènes qui se répètent, des rappels, mais c’est justifié de la meilleure façon qui soit : les personnages restent prisonniers de leur passé, et soit ils se souviennent de leurs actions vingt ans plus tôt, soit ils retournent au même endroit, soit les images du premier film ne sont pas montrées mais un mouvement va se faire de la même façon. Dans tous les cas, cela colle parfaitement à l’histoire de ces quatre quarantenaires qui ont des comptes à régler les uns avec les autres à cause d’événements vieux de vingt ans, et dont la vie semble irrévocablement liée à Edinburgh, même pour Mark qui a essayé de s’échapper et qui y revient dans ce film.

Le premier se termine avec un Renton souriant, certes, mais qui devient flou à mesure qu'il avance vers la caméra et à mesure que son monologue continue. Il perd donc sa personnalité, et devient une personne parmi tant d'autres ; tandis que la fin de T2 le montre en train de danser dans sa chambre, et la caméra s'éloigne de lui pendant que sa chambre s'allonge à l'infini, parce que même s'il choisit de rester là où il est à la fin de celui-ci, Renton a encore une longue (et originale) vie devant lui.
Le premier se termine avec un Renton souriant, certes, mais qui devient flou à mesure qu’il avance vers la caméra et à mesure que son monologue continue. Il perd donc sa personnalité, et devient une personne parmi tant d’autres ; tandis que la fin de T2 le montre en train de danser dans sa chambre, et la caméra s’éloigne de lui pendant que sa chambre s’allonge à l’infini, parce que même s’il choisit de rester là où il est à la fin de celui-ci, Renton a encore une longue (et originale) vie devant lui.

Ça reste une comédie noire, donc non seulement on rit souvent au détriment des personnages, mais en plus la conclusion peut paraître sinistre [SPOILER : Mark, à 46 ans, retourne s’installer chez son père et passe ses week-ends à regarder la télé sur grand écran chez son meilleur copain Simon]. Je la trouve personnellement moins déprimante que celle du premier, puisque Mark nous dit qu’il va être « comme nous, » avant de faire la liste que je vous ai partagée plus haut – qui est rassurante, mais en total décalage avec le film et finalement très normée. Là, on pourrait se dire que les personnages ont tout raté, aucun ne repart avec l’argent qu’ils ont réussi à obtenir, ils sont tous seuls à leur façon, et pourtant ils ont juste l’air heureux. Ils ont une vie bizarre et décousue et selon les standards de la société ils ont tout raté (Mark est divorcé, licencié, fauché), mais ils ont réglé leurs différends et vont juste continuer à vivre, sans se fixer de but en particulier – parce qu’ils ne savent pas quoi faire de leur vie, à 45 ans passé, mais ça n’a plus beaucoup d’importance. Ça pourrait aussi bien être une fin malheureuse je vous l’accorde, mais on finit avec Ewan McGregor qui danse comme un ado en écoutant un vinyle dans sa chambre couverte de petits trains, donc c’est pas si triste, voilà.

Et mon université fait aussi une apparence, mais elle joue le rôle d'une grande école privée. C'est à dire que c'est pas simple de trouver une vraie école qui fasse prestigieuse, donc le Memorial Gate de l'Université de Glasgow a du sortir ses talents de comédien. #TheMoreYouKnow #VousAllezPouvoirFrimerAvecVosPotes
Et mon université fait aussi une apparence, mais elle joue le rôle d’une grande école privée. C’est à dire que c’est pas simple de trouver une vraie école qui fasse prestigieuse, donc le Memorial Gate de l’Université de Glasgow a du sortir ses talents de comédien. #TheMoreYouKnow #VousAllezPouvoirFrimerAvecVosPotes

Et sinon, mais là il s’agit plus d’expérience personnelle : le premier Trainspotting, si j’ai reconnu quelques éléments de ce que je connaissais de l’Ecosse, reste trop ancré dans les années 90 pour que je puisse vraiment tout reconnaître. Celui-ci, par contre, je vous garantis qu’il est très représentatif de notre époque, en Ecosse. Je n’ai encore jamais vu de film qui se passerait à Paris, par exemple, et qui arrive à me montrer exactement ce qu’on y perçoit. C’est très difficile à décrire, mais il y a un savant mélange d’éléments reconnaissables et un peu touristiques (à Edinburgh, le château et Arthur’s Seat; à Glasgow la statue du Duke of Wellington) et d’éléments plus banaux et faisant partie du quotidien ; mais en même temps, c’est exactement ce de quoi est faite la vie dans ces villes, on les voit ces éléments du décor, ils existent dans notre quotidien – mais Boyle les filme comme on les voit, et pas comme un touriste les verrait, ce sont des éléments du décor et rien de plus. De même, j’étais ravie de voir le logo de la Tennent (bière locale, très bonne et pas chère) aussi souvent dans le film que je peux le voir dans la rue, ainsi que trois bouteilles d’Irn Bru (une boisson énergétique que personne n’a le droit de critiquer face à un Écossais) dans l’appartement de Spud – ce sont deux boissons iconiques de l’Ecosse, j’ai presque envie de dire beaucoup plus que le whisky, et niveau couleur locale ça passe crème. Tout ça pour dire que j’ai pu comprendre en quoi les Ecossais pouvaient autant aimer Trainspotting et s’y retrouver : Danny Boyle sait filmer le quotidien d’ici, quand bien même l’histoire qu’il narre n’est pas quotidienne du tout.

Et c'est gratuit pour votre culture générale inutile : la statue du Duke of Wellington dont je parle plus haut. Oui il a un cône de chantier sur la tête. Oui, c'est pour ça qu'on connaît la statue maintenant. Bienvenue en Ecosse.
Et c’est gratuit pour votre culture générale inutile : la statue du Duke of Wellington dont je parle plus haut. Oui il a un cône de chantier sur la tête. Oui, c’est pour ça qu’on connaît la statue maintenant. Bienvenue en Ecosse.

Courez donc le voir, regardez le premier Trainspotting avant si vous ne l’avez pas vu, et enjoy.

Manon.


Crédit images

Danny Boyle, Trainspotting, Miramax Films, 1996.

Danny Boyle, T2 Trainspotting, Miramax Films, 2017.

Photo du Memorial Gate de l’Université (bizarrement, je n’en ai pas pris d’assez proche moi-même) trouvée à l’adresse <saintstravel.blogspot.com>.

Photo de la statue du Duke of Wellington par Manon.

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