La La Land – Le Billet du Mercredi

Si jamais vous êtes un peu du genre à suivre l’actualité cinéma, vous savez que le début de l’année est la période des cérémonies de remises de récompenses pour les films de l’année précédente. Cette année, une des œuvres à faire parler d’elle est La La Land, une comédie musicale où Emma Stone et Ryan Gosling se font les yeux doux dans la cité des Anges. Curieux comme je suis, j’ai donc mis ma plus belle paire de claquettes pour aller voir par moi-même ce qu’il en était de ce film que tout le monde vend déjà comme le meilleur long-métrage de l’année (2016 ou 2017, notez que personne ne prend la peine de préciser…).

En bref, l’histoire raconte une année dans la vie d’une aspirante comédienne qui croise un jour le chemin d’un aspirant jazzman. Les deux gus se battent au quotidien pour faire de leurs rêves une réalité dans cette magnifique ville de Los Angeles où ABSOLUMENT  tout le monde cherche à faire la même chose. La concurrence est rude et les déboires de nos personnages nombreux.

Ryan Gosling et Emma Stone au cinéma.
Le couple que forment Emma Stone et Ryan Gosling est juste parfait. Autant j’avais détesté la performance de ce dernier dans Drive, autant il est cette fois d’une justesse et d’une sensibilité dans égale.

De prime abord, tout parait très mignon. C’est la relation qu’entretiennent Mia (Emma Stonne) et Sebastian (Ryan Gosling) qui va leur permettre de progresser chacun dans leur domaine et de vivre leurs rêves. Ils puisent leur force dans la confiance de l’autre, et c’est vraiment adorable.

L'affiche d'Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton
Hollywood, cet endroit où le profit est roi, qui se nourrit de l’énergie des rêveurs pour leur vendre des produits dérivés…

Pour rester sur les choses agréables, la musique et les chorégraphies (au cœur du film tout de même, puisqu’il s’agit d’une comédie musicale) sont entraînantes et colorées. Il s’en dégage souvent une vraie joie de vivre. Pourtant, le spectateur avisé fera attention à ne pas se laisser prendre au piège des couleurs chatoyantes et des beaux sourires des acteurs. Cette joie est une façade, une positivité forcée pour dissimuler la vérité sur Hollywood. Ce monde merveilleux  de conte de fées est un endroit cruel et violent qui ne ménage personne. Irais-je donc jusqu’à dire comme beaucoup que La La Land est un film « feel good » ? Absolument pas. Tout l’inverse même.

Emma Stone allongée sur son lit, sous un poster géant d'Ingrid Bergman
La chambre de Mia a ses murs recouverts d’affiches de films classiques. Le visage que l’on devine sur cette image est celui d’Ingrid Bergman, l’actrice principale du film Casablanca, une des plus célèbres romances d’Hollywood. Elle rêve donc littéralement dans l’ombre des stars.

Durant toute la première partie du film, et alors que les personnages de Mia et Sebastian se battent pour décrocher des contrats, tout dans la mise en scène et les dialogues nous fait comprendre qu’Hollywood est une vieille machine pleine d’inertie où les rêves des jeunes n’ont pas leur place. Mia notamment vit littéralement écrasée par l’ombre que projettent sur elle toutes les grandes vedettes du 7e art. Elle tente de se démarquer dans un univers où cela n’est pas bien vu, et par quelques choix de compositions de plans, le réalisateur Damien Chazelle nous fait comprendre qu’Hollywood est une machine à formater les individus, à les prendre jeunes et innocents et à les hacher menu selon une formule bien rodée pour en faire des engrenages d’un monde dans lequel ils n’ont aucun pouvoir.

Ryan Gosling et Emma Stone dansant sous un ciel étoilé.
Toute cette scène évoque visuellement la toute petite taille des personnages dans le monde plein d’étoiles (« stars » en anglais) qui les entoure.

Mia dont les rêves sont vibrants se prend le système de plein fouet et parait vouée à rester sur le côté. Le problème de Sebastian est un peu différent. Il ne jure que par les classiques du jazz et rêve de rouvrir un club à l’emplacement exact d’un précédent établissement mythique. En ce sens, il incarne l’âme d’Hollywood, coincé dans un âge d’or de fiction mais incapable de prendre des risques. A force de rester fixé sur le passé, il se destine à ne pas avoir d’avenir du tout.

Ryan Gosling au piano d'un club de jazz.
La lutte du personnage de Ryan Gosling pousse le spectateur à s’interroger sur la place des classiques du cinéma : ils doivent être respectés, mais on ne doit jamais chercher à les imiter.

Finalement, comme je le disais plus haut, ils vont trouver dans leur relation la force de réaliser leur rêve, mais à force de presser leur couple pour en tirer toute l’énergie possible, il n’en reste plus rien.

La dernière partie du film nous montre nos deux personnages cinq ans après les aventures dans lesquelles le spectateur les a découvert, et la construction en miroir par rapport aux premières scènes semble signifier que nos charmants protagonistes ont triomphé. Il n’en est rien car ils ont rencontré le succès au prix d’un sacrifice ultime et leur renommée est construite sur une montagne de douleur. On retrouve là le cœur de Whiplash, le précédent film du réalisateur où un jeune musicien de jazz surmontait ses difficultés à intégrer un groupe grâce à la douleur physique.

Est-ce que je recommanderais d’aller voir La La Land ? Totalement. Je trouve ce film vraiment brillant. Attention cependant à ne pas l’interpréter de travers car y voir une histoire heureuse, c’est totalement passer à côté de son contenu. Prenez cela comme une version bondissante et coloré d’un drame à la Alabama Monroe : une pure tragédie.

Guillaume.


Images :

Damien Chazelle, La La Land, SND, 2016.

Tim Burton, Alice au pays des merveilles, Walt Disney Pictures, 2010.

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