Premier contact – Le Billet du Mecredi

Vous nous auriez demandé il y a peu quelle était la sortie SF de cette fin d’année, on vous aurait sans doute répondu Star Wars : Rogue One, un film qu’on attend assez impatiemment malgré la réelle déception qu’était Star Wars VII. C’était bien entendu sans compter sur le très discret Premier Contact, un film en apparence des plus classiques et pourtant unique en son genre.

Milo, héros de l'Atlantide de Disney, visiblement très heureux.
A peu de choses près la tête de Manon la linguiste en apprenant que sa future profession faisait fantasmer des auteurs de SF.

Premier Contact, c’est tout simplement l’histoire de l’arrivée d’une douzaine de vaisseaux visiblement extraterrestres sur Terre. L’humanité se réveille un peu abasourdie et très vite, on essaye de prendre les mesures que l’on pense les plus adaptées pour réagir à cette situation. Seulement là où la quasi totalité des films du genre relate les événements à travers les yeux de militaires ou d’astrophysiciens, le réalisateur Denis Villeneuve et  surtout son scénariste Eric Heisserer adaptent une nouvelle qui traite le problème un peu différemment en mettant en scène une linguiste.

L’idée derrière ce choix a priori incongru de personnage est que la chose la plus logique à faire au contact d’une nouvelle civilisation est d’essayer de communiquer pour comprendre ce que veulent les nouveaux venus. Ainsi, les aliens ne sont qu’un prétexte à faire une oeuvre traitant plutôt de la communication et du fait que nous sommes globalement lamentables dans cette discipline.

Le duo de présentateurs TV de Robocop (1987)
Le but premier de la communication est l’échange d’information, mais les médias en cherchant à susciter des émotions influencent les récepteurs de l’information et corrompent la communication.

Le film part du principe que le XXIe siècle est une époque fabuleuse et qu’Internet et les chaînes d’informations continues nous permettent plus que jamais d’échanger avec l’autre bout du globe. Le soucis, c’est que pour tout un tas de raisons, nous sommes particulièrement mauvais à cela. Forcément, l’arrivée des vaisseaux cause une certaine panique tout autour de la planète, et l’incapacité des militaires à communiquer sur la situation à cause du Secret Défense ne fait qu’aggraver les choses. Pire, les médias à la recherche de sensationnel déforment le peu d’informations qu’ils ont, attisant par la même occasion la colère et la peur des civils. Enfin, l’incapacité des Etats à travailler entre eux à cause de leurs agendas personnels pousse le tout à un résultat assez désastreux.

Amy Adams et Jeremy Renner en train de tenter de communiquer avec les extra-terrestres.
Comme dans tout bon film de SF qui se respecte, l’aspect fiction (ici les aliens) n’est qu’un prétexte pour nous faire réfléchir sur nous-mêmes. Et ça on aime.

Si on a parfois l’impression que le film progresse très lentement, on imagine que c’est aussi pour représenter la complexité de la tâche du personnage principal chargé de décrypter la langue des extraterrestres. Fait assez rare, l’approche de la linguistique se veut réaliste et Amy Adams est présentée comme ce qu’elle est : une scientifique. Pourtant, à l’inverse d’un Interstellar qui se vantait de son réalisme mais qui tombait surtout dans du charabia scientifique incompréhensible par le public, le choix des protagonistes empêche cela dans Premier Contact. Amy Adams est la seule linguiste à avoir du temps de parole et elle doit apprendre à s’affirmer entre un militaire et un mathématicien, tous les deux convaincus que le travail de la jeune femme est un travail de fumiste. De ce fait, elle passe énormément de temps à tenter de clarifier ses propos, à les rendre accessibles pour des gens qui pensent que les langues ne s’étudient qu’à travers la littérature. Ajoutez à cela qu’elle est également la seule femme parmi les personnages principaux et vous comprenez que ce cher docteur en linguistique doit se battre deux fois plus que n’importe qui pour se faire entendre. C’est bien simple, Amy Adams incarne là un des tous meilleurs personnages féminins d’Hollywood.

Amy Adams jouant l'héroïne dans Premier Contact
Etre scientifique, ce n’est pas forcément manipuler des chiffres, c’est effectuer des recherches sur la base d’observations et d’expériences, procédés sur lesquels repose la linguistique, une discipline qui permet entre autres d’en apprendre plus sur le comportement de l’homme comme individu et comme espèce en fonction de son emploi de la langue.

Premier Contact est en ça un film unique qui a a priori tout d’un film catastrophe, on a l’impression qu’il n’apportera rien de neuf. Pourtant, il fait tout l’inverse et  se révèle en fait être un chef-d’oeuvre de science-fiction, ce genre artistique qui nous permet de voyager loin au-delà des frontières de ce que nous connaissons pour nous amener à réfléchir sur nous-mêmes. Il risque malheureusement de souffrir en France de sa sortie rapprochée avec les prochaines aventures galactiques de Disney, mais si vous êtes un peu curieux, tâchez de trouver l’occasion d’aller le voir car il a tout pour être un vrai classique.

Guillaume


Images :

Dennis Villeneuve, Premier Contact, Sony Pictures Entertainment, 2016.

Gary Trousdale, Kirk Wise, Atlantide, l’empire perdu, Walt Disney Pictures, 2001.

Paul Verhoeven, Robocop, 20th Century Fox, 1987.

2 commentaires sur « Premier contact – Le Billet du Mecredi »

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