Taxi Driver : Travis, l’incarnation du malaise du XXIe siècle? (Martin Scorsese, Taxi Driver, 1976)

Résumé :

Travis Bickle, un vétéran du Vietnam, souffre d’insomnie. Pour s’occuper, il décide de prendre un emploi de chauffeur de taxi et arpente les rues de New York, une ville qu’il déteste, toute la nuit durant. Au fil de ses soirées, sa haine pour la métropole empire et il se prend à rêver qu’il peut contribuer à la nettoyer et à lui rendre sa gloire d’antan.

La semaine dernière a été riche en actualité, mais alors que tout le monde était en train de s’étonner de l’élection d’une perruque rousse à la Maison Blanche, moi, je profitais de la sortie de l’édition remasterisée de Taxi Driver pour me replonger dans ce classique.

Le pire, c’est que j’avais beau être persuadé que j’allais pouvoir m’évader au rythme des errances noctambules de l’excellent Robert de Niro, mon pauvre cerveau malade assoiffé de raisonnements n’a pas pu s’empêcher de faire le lien entre ce film et l’actualité politique. Ainsi, tandis que Facebook cherchait qui blâmer pour l’élection DÉMOCRATIQUE de Donald Trump, je trouvais la réponse dans un classique vieux de 40 ans, un film de jeunesse de Martin Scorsese qui, une fois de plus, me fait me dire qu’il n’y a pas une question qui ne trouve pas sa réponse dans le cinéma.

Aussi, voici un petit article sur Taxi Driver que j’espère assez intéressant pour vous amener à vous poser les bonnes questions à l’avenir quand vous irez voter.

Travis Bickle, ce gars sympa

Robert de Niro jouant un jeu Vito Corleone dans le Parrain 2
Oui, Heat n’est pas le seul film à pouvoir se vanter d’avoir ces deux mastodontes du cinéma à l’affiche, Coppola l’avait fait dès 1974.

Taxi Driver est un film qui s’intéresse donc à un “Taxi Driver”, ou chauffeur de taxi comme on dit par chez nous. Le chauffeur en question s’appelle Travis Bickle et se trouve être joué par un Robert de Niro encore jeune, mais qui n’en est pas à ses débuts puisque si vous êtes comme moi, vous l’avez remarqué et préféré à Al Pacino dans le Parrain 2 sorti quelques années plus tôt.

Travis Bickle est globalement un chic type, en tout cas il essaye. Il aime faire des cadeaux aux femmes, les emmener au cinéma, il apprécie les tartes aux pommes pour le goûter et il a même de bons goûts musicaux, même si son lecteur de disques est cassé.

Bruce Willis conduisant son taxi dans le Cinquième Element de Luc Besson
Suite à l’invention d’Uber, le métier de chauffeur de taxi est associable à l’univers de la fiction, voire de la mythologie. Ici, une image du Cinquième Elément qui voulait nous faire croire que chauffeur de taxi était une profession d’avenir.

Le problème de Travis Bickle, c’est que le monde autour de lui ne semble pas être aussi sympa que lui. Ainsi, Travis n’aime pas New York car c’est selon lui un égout à ciel ouvert. La métropole est infestée d’homosexuels, de transexuels, de prostituées, mais aussi de noirs et de tout un tas de minorités qui n’ont jamais fait de tort à notre ami, mais qui pourraient au moins être normaux comme lui, c’est à dire être des hommes blancs hétérosexuels.

D’ailleurs, en y réfléchissant bien, les femmes aussi sont des problèmes pour Travis. Depuis qu’elles ont commencé à s’émanciper, elles se permettent de résister à ses avances, voir même de le juger lorsque leurs goûts en terme de cinéma divergent. 

Le cinéma diffusant Sometime Sweet Susan, un film érotique auquel Travis amène Betsy
Alors effectivement, aller voir un film de boules, c’est pas le meilleur plan pour un premier rendez-vous…

En fait, quand il s’agit de parler de Travis, c’est encore Betsy, sa conquête amoureuse, qui trouve les meilleurs mots. Travis est une contradiction, et alors que ses scènes d’intimité le font passer pour un bon gars auprès du spectateur, sa façon de se comporter en société dérange. Le jeu de de Niro est parfait et ce chauffeur de taxi que l’on sait sympathique ne se rend jamais compte que son attitude est problématique. Il s’étonne de voir l’ouvreuse du cinéma appeler son manager quand il se montre trop insistant et il ne comprend pas la gène que son regard peut provoquer chez ses interlocutrices.

Une parodie d'affiche de campagne de Nicolas Sarkozy présenté avec un karcher
Ce moment où un ministre, futur président, emploi les mêmes arguments qu’un schizophrène paranoïaque… #LeMalaise

Selon lui, le problème ce sont les autres. Plusieurs fois, il le dit ou le pense. Il aimerait pouvoir nettoyer les rues à grande eau pour débarrasser New York de la population problématique qui l’habite. Pourtant, la caméra de Scorsese ne ment pas, et quelques plans un rien trop longs sur des groupes de noirs passant devant Travis nous font comprendre que l’homme est incapable de ne pas se retourner quand il en voit passer. C’est quelque chose de viscéral, il n’aime pas les minorités. D’ailleurs, il ne peut pas non plus s’empêcher de se retourner lorsqu’il croise la route d’une prostituée, et bien qu’il ait en horreur le monde de la nuit, son instinct de mâle lui fait considérer chaque femme qu’il croise comme une conquête potentielle.

Travis Bickle ne se rend pas compte qu’il EST le problème.

Assez clairement, le personnage de de Niro est présenté comme un acteur parmi tant d’autres de ce monde nocturne qu’il déteste tant. Il est un habitant de New York, et son attitude est aussi problématique que celle de nombreux personnages. C’est bien simple, si le film était tourné à travers les yeux de Betsy, la jeune militante politique que Travis tente de conquérir, le chauffeur de taxi serait juste vu comme un stalker flippant et pervers. D’ailleurs, lorsque la jeune femme le qualifie de contradiction, elle s’étonne de découvrir un homme sincère et gentil sous ses traits de prédateur sexuel insistant. C’est exactement l’inverse de ce qu’il se passe pour le spectateur qui lui a d’abord découvert le vétéran insomniaque et qui se rend compte que la personnalité du protagoniste est peut-être plus tordue et complexe qu’il n’y paraît.

Sylvester Stallone dans le premier film Rambo (First Blood)
Et nous on a vu Rambo, du coup on a tendance à penser que les vétérans du Vietnam sont les gentils !

Scorsese nous montre assez simplement que nous nous sommes fourvoyés sur Travis, que notre première impression n’était pas exacte, et que comme lui, nous ne voyons jamais qu’un seul aspect d’un problème, ce qui, si comme Travis nous manquons de curiosité, peut nous amener à avoir un avis erroné sur le monde dans lequel nous vivons. Ainsi, il est très facile de faire partie d’un supposé “problème” et de nuire aux belles valeurs de la ville ou du pays que nous pensons défendre. Le soucis, c’est que si nous faisons nous-mêmes partie du problème mais que nous refusons de l’admettre, il nous est impossible de changer quoi que ce soit.

Des étudiants coupant une branche sur laquelle ils sont assis
Parce que chercher à corriger le problème sans réaliser qu’on peut potentiellement en faire partie reviendrait à couper la branche sur laquelle on est assis, et tout le monde sait que c’est très con et totalement inefficace de faire ça.

Cet homme qui voulait être quelqu’un

On est d’accord pour dire que Travis, en refusant d’admettre qu’il a un problème EST un problème. Mais il y a quelque chose d’encore plus problématique que toute cette histoire, c’est que tout le monde s’en fout bien de savoir qui est Travis.

Samuel L Jackon jouant Elijah Price dans Incassable
L’angoisse de Travis est exactement celle du personnage de Samuel L Jackson dans Incassable : il a peur de ne pas trouver sa place dans le monde. Sauf que cette fois, il n’y a personne pour l’arrêter.

Le gars n’est littéralement personne. Le spectateur le connait un peu car il le suit depuis le début du film, et quelques personnages en apprennent sur lui, mais globalement, à l’échelle de ce dépotoir nauséabond qu’est New York, Travis ne vaut rien. Peut-être le sait-il d’ailleurs, peut-être cela l’angoisse-t-il de réaliser que quel que soit son avis, il ne compte pas car il est perdu au milieu d’un bordel sans nom où tout un tas de personnes gesticulent comme lui, noyant dans leurs sanglots le bruit de ses attentes à lui.

Hors, on l’a vu, ça dérange notre personnage principal de se dire qu’il est au même niveau que cette racaille qui dénature New York, aussi va-t-il se mettre en quête de quelque chose, n’importe quoi, qui pourra le faire devenir grand.

Ceci dit ça tombe bien car c’est exactement à ce moment là qu’arrive ce bon sénateur Palantine. Mais qui est cet homme providentiel ? Eh bien il est exactement ce qui me fait dire que Taxi Driver est plus que jamais d’actualité. Le sénateur Palantine est un homme politique avec pour ambition de devenir président des Etats-Unis. On ne sait pas trop quels sont ses plans pour la croissance, l’éducation ou la santé, mais ce qu’on sait, c’est que son slogan “We ARE the People” (nous sommes le peuple) se veut fédérateur et anti-élite. Un peu à la manière d’un Donald Trump des années 70, il surfe sur le fait que le peuple a trop longtemps été délaissé par ses dirigeants, et que plus jamais cela n’arrivera. Il promet de redonner le pouvoir à la foule pour faire des Etats-Unis une nation plus pure, débarrassée de la corruption des élites, qu’elles soient incarnées par des hommes politiques bien établis, ou par des chercheurs, des intellectuels, ou globalement quiconque gagne sa vie.

Les personnages principaux du film V pour Vendetta
Le problème avec Palantine ou les hommes et femmes politiques qui utilisent les mêmes arguments que lui est le même que celui évoqué dans notre article sur V pour Vendetta : tous proposent de détruire le système en place, mais personne ne sait quoi reconstruire après.

L’ironie de ce bon Palantine, c’est qu’il est visiblement issu de cette élite, et son équipe de campagne ne parait pas être sortie tout droit de la rue, mais comme cela a été le cas par deux reprises en 2016, le peuple se reconnaît dans son discours anti-système et est près à le suivre sans s’inquiéter des conséquences. 

Travis, dans sa grande schizophrénie, va voir deux choses en Palantine. Il a tout d’abord l’impression qu’enfin, quelqu’un le considère. Cela ne se voit que de façon très subtile, mais alors qu’il n’en a absolument rien à faire de cet homme politique au début du film, sa relation avec Besty (comprenez les deux fois où ils se voient) le force à s’intéresser un peu à lui. La jeune femme est en effet bénévole pour la campagne du sénateur et Travis apprend à le connaître à cette occasion. Peu à peu, on le voit cependant prêter un peu plus attention à ce que raconte l’homme, et il va même aller jusqu’à assister à ses meetings et à placarder des affiches de campagne dans son salon.

Travis faisant basculer sa TV dans son salon où sont accrochées des affiches pour Palantine
Notez la présence discrète des affiches de campagne dans le décor.

Seulement voilà, il ne faudrait pas croire que Travis se reconnaisse totalement dans le discours de ce sénateur. Il y voit certes un espoir pour lui, mais uniquement parce qu’il est égoïste et paranoïaque. La peur de Travis, c’est d’être un monsieur Tout-le-monde et de vivre et mourir dans l’anonymat. Si Palantine parle à son côté rationnel, il semble ne jamais vraiment adhérer au discours de l’homme, et c’est toujours à l’écart de la foule qu’il assiste à ses meetings, parfois même à l’abri de son taxi, son univers. Personnellement, j’ai le sentiment que Travis a peur du projet de Palantine de redonner le pouvoir au peuple. Si tout le monde accède au pouvoir, il sera bien plus compliqué pour un chauffeur de taxi comme lui de sortir son épingle du jeu. Il lui faut donc couper l’herbe sous le pied du sénateur.

Syndrome, le méchant dans le film Pixar Les Indestructibles
Oui parce que comme l’avait si brillamment expliqué Syndrome dans les Indestructibles : si tout le monde est super, alors plus personne n’est vraiment super !
Robert de Niro et sa coupe iroquois dans Taxi Driver
Selon Scorsese, la coupe iroquois de Travis a été inspirée par de vraies histoires de vétérans du Vietnam où les soldats se faisaient cette coupe avant de partir effectuer une mission dont ils ne reviendraient probablement pas.

Et c’est là que je constate que certains spectateurs, désireux d’idéaliser un personnage misérable auquel la caméra de Scorsese nous a forcé à nous attacher, sont totalement passés à côté d’une scène pourtant cruciale du film. Certains présentent Travis comme un héros, comme un personnage haïssant tellement le mal qui rongeait New York qu’il souhaitait commettre un acte positif, aussi minime soit-il. Mais ces gens sont passé à côté du fait que le plan de Travis était de TUER Palantine. Le crâne rasé, Travis tente de fendre la foule, un revolver caché sous sa veste, et d’atteindre le candidat. Il cherche à sortir de l’anonymat en devenant ce petit qui aurait terrassé un grand. Il se rêve David abattant froidement Goliath, non pas par gentillesse, mais par égoïsme pur.

C’était sans compter sur la lâcheté de  Travis qui prendra la fuite en voyant que les gardes du corps de Palantine l’ont repéré, ce qui le poussera à mener cet assaut suicide sur le repère du proxénète qui exploite une jeune Jodie Foster, faisant passer Travis du rang d’assassin potentiel à héros national. Mais ça, c’est pour une troisième partie.

La scène du hold up où Travis abat un noir par derrière.
La couardise de notre anti-héros est déjà évoquée dans une courte scène plus tôt dans le film. Alors qu’il fait ses courses dans une superette, Travis assiste à un hold up. Son premier réflexe est de se cacher, mais ce n’est que lorsqu’il voit que le braqueur est noir qu’il trouve la force d’intervenir, abattant le jeune homme d’une balle dans le dos dans un geste confus perdu quelque part entre bravoure et pure haine raciste.

Un monde qui se méprend

Ne reste donc que la fin, ce dernier scrolling sur le mur de Travis où sont placardés de nombreux articles de journaux narrant les exploits de ce misérable chauffeur de taxi, cet homme inconnu qui trouva le courage de défier seul un réseau de prostitution pour libérer une mineure retenue contre son gré. Par dessus ces images, la voix de notre personnage lit la lettre de remerciement des parents de la jeune fille. Grâce à lui, leur famille est à nouveau soudée, la jeune Jodie Foster a repris ses études et son avenir promet d’être brillant. Travis est leur ange gardien, leur héros.

Travis regardant dans son rétroviseur à la fin du film.
En plus, à la fin, le film nous offre un plan comme dans Drive ! Trop cool non? Tout le monde aime Drive !

Beaucoup de gens y ont vu une fin heureuse, d’autant que Travis se remet vite de ses blessures et reprend la route à bord de son taxi, comme un justicier en quête de nouvelles vies à sauver. Tout semble se terminer pour le mieux lorsqu’enfin, Betsy, celle que Travis voulait voir devenir son intérêt amoureux, monte dans son véhicule et accepte de recommencer à zéro avec lui.

Seulement voilà, croire que le film se clôture en happy ending, c’est ne rien avoir compris au film. Travis n’est pas un héros. L’acte qui l’a rendu célèbre, celui qui l’a aidé à s’élever au-dessus de la masse informe et fétide qui occupe les rues de New-York n’a été prémédité que quelques minutes avant la fin du film. C’est plus par dépit que Travis est allé se jeter dans ce repère de proxénètes, parce qu’il avait échoué à assassiner un homme politique juste avant.

D’ailleurs, la violente fusillade chaotique dans laquelle il s’engage n’a vraiment rien d’héroïque et le protagoniste tire à tout va, sans compter ses balles ni vraiment viser. Il a juste pour lui l’effet de surprise et le fait qu’il ait plus de munitions que ses adversaires. Finalement, il apparait déçu car il a survécu à l’affrontement et tente de se suicider, mais il n’a plus de balles. Il s’effondre alors en sang sur un canapé et lorsque les agents de police l’encerclent et découvrent par la même occasion les cadavres de ses victimes, il leur lance un sourire narquois car il pense qu’il est fini. Il mime le suicide avec ses mains recouvertes de son sang et de celui des hommes qu’il vient d’abattre.

Travis faisant mine de se faire sauter le crâne avec son doigt ensanglanté.
Rappelons que si Travis est devenu un “héros”, c’est parce qu’il lui manquait le courage nécessaire pour accomplir son plan vraiment prémédité : assassiner de sang froid un politicien.

La fin, si heureuse, n’en est que plus douce amère. La scène de massacre et le travail de Scorsese pour la filmer sont là pour nous faire comprendre qu’enfin Travis a pété un câble, qu’il est passé à l’action et qu’il se révèle être un véritable danger pour lui et pour son entourage. Mais le fait qu’il survive miraculeusement, et pire, que le monde l’acclame en héros est ironique. Il mériterait d’être condamné car il a tué trois hommes sans vraiment réfléchir à ce qu’il faisait. Par chance, aucun des trois n’était un client, tous étaient impliqués dans une sordide affaire de prostitution de mineures, ce qui suffit pour faire de Travis un “gentil”.

Betsy se rendant dans son bureau de campagne.
Le fait que l’inaccessible Betsy recherche finalement la même chose que Travis fonctionne comme une mise en garde : même les « meilleurs » d’entre nous n’échappent pas au racisme et aux préjugés.

Et Betsy dans tout ça ? On croyait qu’elle était un îlot de pureté dans la fange New-Yorkaise, c’est en tout cas comme ça que Travis la présentait. Mais le fait qu’elle ne se mette à s’intéresser vraiment à lui qu’une fois qu’il est passé pour un héros montre qu’elle ne vaut pas mieux que les autres. Comme Travis, elle cherche surtout à sortir du lot, à s’extirper au-dessus des simples gens, mais plutôt que de trouver le courage de faire quelque chose pour cela, elle semble prête à se contenter de sortir avec un héros, en espérant qu’un peu de gloire de ce modeste chauffeur de taxi finira par l’éclabousser.

J’ai été assez étonné de voir que de nombreux spectateurs n’avaient pas compris cette fin que Scorses pensait pourtant claire : Travis ne va pas mieux. Il est toujours fou, mais cette fois, le soutien de la presse va le conforter dans son idée qu’il est un héros, qu’il oeuvre pour la ville. Seulement voilà, une fois que la presse aura fini de s’intéresser à lui, il va replonger dans la paranoïa et sans doute se risquer à un nouvel exploi sanglant. Cette fois-ci pourtant, il n’aura sans doute pas la chance d’y survivre.

Duane Jones dans le rôle de Ben dans le premier film de George Romero
Souvenez-vous que l’incapacité de l’homme à vivre en société était au coeur de La Nuit des Morts-Vivants, notre article spécial Halloween.

En fin de compte, Taxi Driver s’avère être un film qui ne dresse un portrait ni noir ni blanc du monde, mais plutôt gris crasse. On aimerait nous faire croire que l’enfer, ce ne sont que les autres, mais l’enfer c’est aussi nous. La première chose à faire pour changer les choses, ce n’est pas de trouver des gens à blâmer pour les changer eux, ça c’est ce que proposent les candidats d’extrême droite. Non, il faut commencer par se changer soi, désapprendre ce que nous pensons savoir, remettre nos a priori en question et chercher à voir si nous ne sommes pas nous mêmes des Travis Bickle en puissance.

Travis jouant avec ses revolver devant le miroir.
Le fait que Travis soit érigé en héros souligne deux graves problèmes de cette société : elle juge sans connaître et pire, elle est tellement sans espoir qu’elle fait d’un psychopathe un modèle.

Il faut également se méfier des apparences, car comme Travis ou la presse dans ce film, nous sommes rapides à émettre des jugements sur des individus ou des situations sans connaître tous les détails qui gravitent autour. Les journalistes auraient-ils loués le comportement de Travis s’ils en avaient su autant que nous sur sa vie ?

Taxi Driver est un film important car il propose de réfléchir sur un malaise social qui est hélas toujours d’actualité, et en 2016, j’ai l’impression que ce chef-d’oeuvre essaye de nous dire qu’il faut se méfier des comportements anti-systèmes car ils sont souvent auto-destructeurs. D’accord, c’est la meilleure façon d’emmerder les gens qui se moquent de nous depuis des décennies, mais ils ne proposent rien pour l’avenir et c’est un pari risqué que de s’engager sur cette voie là.

Guillaume.


Images:

Martin Scorsese, Taxi Driver, Columbia Pictures, 1976.

Francis Ford Coppola, Le Parrain : Partie 2, Paramount Pictures, 1974.

Luc Besson, Le Cinquième Élément, Gaumont, 1997.

Affiche parodique de Nicolas Sarkozy trouvée à l’adresse : https://franceforte.wordpress.com/tag/karcher/

Ted Kotcheff, Rambo, Orion Pictures, 1982.

M. Night Shyamalan, Incassable, Buena Vista Pictures, 2000.

James McTeigue, V pour Vendetta, Warner Bros. Pictures, 2006.

Brad Bird, Les Indestructibles, Buena Vista Pictures, 2004.

George Romero, La nuit des morts-vivants, The Walter Reade Organization, 1968.

2 commentaires sur « Taxi Driver : Travis, l’incarnation du malaise du XXIe siècle? (Martin Scorsese, Taxi Driver, 1976) »

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