La nuit des morts-vivants , le papa des films de zombies.

De quoi ça cause ?

Barbara et son frère visitent la tombe de leur père quand un homme les attaque. Très vite, la jeune femme se rend compte que leur agresseur n’était pas seul et tente de trouver refuge dans une maison visiblement abandonnée tandis que le pays découvre que les morts semblent revenir à la vie pour se nourrir des vivants.

Ce qu’on en dit.

Les personnages de Nick Frost et Simon Pegg sur leur canapé, mangeant un Cornetto devant la télévision
Et si vous n’avez jamais entendu parler de Shaun of the Dead, sérieusement, allez le voir dès que vous aurez fini de lire cet article. Ce film fera encore parler de lui dans 50 ans.

Quand on a fait la liste des films d’épouvante dont on voulait parler pour ce mois d’Octobre, il nous a semblé presque obligatoire de parler de zombies tellement ces créatures sont à la mode. Assez naturellement, on a eu envie de parler de Shaun of the Dead, que tout le monde ou presque connait maintenant, mais qui est juste tellement parfait à la fois dans le registre comique et dans l’épouvante qu’on a tendance à considérer ce film comme le Saint-Graal du genre. Ceci dit, il y a un nom qui revient constamment lorsqu’on veut parler de ce film, c’est celui de George Romero, et après discussion avec quelques-uns de nos proches, on s’est rendu compte que ce nom ou celui de ses films n’étaient pas toujours connus de tout le monde. Du coup, ni une ni deux, et cela seulement quelques jours après notre article sur le roi des monstres, on a voulu rendre hommage au daron des films de zombies. Cet homme a signé de son nom quelques films majeurs du cinéma de genre avec un budget dérisoire mais dont l’impact a été tel que ses héritiers sont légions. Que vous soyez fan de Resident Evil, de Walking Dead, du Dernier train pour Busan voire même de la série de jeux Dead Rising cet article vous intéressera car vos films, jeux et séries préférés doivent tout à ce bon monsieur.

George Romero, le réalisateur du film
Le plus génial, c’est que ce type a révolutionné le film de monstres avec une bouille de grand-père adorable. #LeVieuxDeLaHautAvecUneBarbe

Ce qui étonne de prime abord quand on regarde La Nuit des morts vivants, c’est à quel point il nous semble, à nous spectateurs du XXIe siècle, peu original. On a l’impression de déjà tout connaître, et on rigole presque de l’innocence des personnages qui mettent une heure à comprendre ce que le spectateur sait d’avance : les mystérieux agresseurs sont des cadavres mangeurs de chair. Mais si cela aura tendance à ennuyer les plus impatients d’entre-vous, c’est en fait la conséquence du succès de ce long-métrage. Les films de zombies n’ont presque plus rien inventé depuis Romero, et le schéma reste le même.

La créature de Frankenstein incarnée par Boris Karloff
La prochaine fois que quelqu’un vous regardera de haut parce que vous aimez les zombies, rappelez-lui qu’il s’agit juste d’une version modernisée du mythe de Prométhée, ça le calmera sans doute.

La première pièce apportée par ce film et qui est ensuite revenue dans TOUS les films de zombies depuis est la culpabilité de l’espèce humaine dans ce qui lui arrive. C’est ce qui distingue d’ailleurs La Nuit des Morts-Vivants de la plupart des films de monstres sortis jusque-là : le surnaturel venu hanter les humains est né des activités des hommes et c’est une incarnation monstrueuse de leur culpabilité. En fait, ce film de zombies est une sorte d’adaptation moderne de Frankenstein de Mary Shelley, mais l’avidité des hommes et leur volonté de jouer avec la nature s’est cette fois étendue d’un individu à toute une société, ce qui entraîne une réaction nécessairement plus importante puisqu’on passe d’une créature monstrueuse à plusieurs milliers. Dans le cas du film de Romero, on n’est pas étonné d’apprendre que les morts se lèvent suite à la propagation dans l’air de radiations échappées d’un nouvel engin américain. Cette information, à l’époque du film, illustrait l’état d’esprit d’une bonne partie des contemporains du réalisateur,  à savoir que la fin des hommes viendrait du nucléaire. En 1970, la Guerre Froide était à son apogée et à travers ce film de genre modeste, Romero exprimait son inquiétude quant à l’avenir.

Une partie des survivants du film avec Duane Jones incarnant Ben en premier plan
Premier héros noir de film d’horreur, l’acteur Duane Jones donne d’ailleurs son nom à un personnage de The Walking Dead #TheMoreYouKnow

Mais la culpabilité des chefs d’états et autres industriels n’est pas le seul sujet de dénonciation. Ainsi, pour des raisons principalement budgétaires, le film se trouve être un huis clos, et de l’invasion zombie, le spectateur ne voit que ce que les personnages voient par les fenêtres de leur abri. Ce genre de situation a été souvent repris dans tout un tas d’œuvres du même genre, et si chaque saison de The Walking Dead se déroule dans un endroit fermé différent, c’est notamment parce que c’est de cette manière que se déroulaient les films de monsieur Romero. Mais ce choix de mise en scène amène à une écriture intéressante, car on se retrouve alors avec un groupe de personnages que rien ne lie en dehors du fait qu’ils sont piégés ensemble dans un endroit confiné et qu’ils sont en état de stress en raison des événements surnaturels de l’extérieur. Et là encore, on doit beaucoup à notre ami George, puisque le danger ne vient que rarement des zombies et plus souvent des survivants eux-mêmes. Une thématique qu’on aurait bien aimé voir dans un film comme Sunshine de Danny Boyle, si vous vous souvenez de cet article.

La horde de morts-vivants incarnée par des figurants au maquillage amateur
Quand on voit la tronche des revenants, on comprend qu’ils ne sont là que pour donner une bonne raison aux personnages de s’enfermer ensemble.

Le film oppose ainsi différents caractères, du chef de famille raciste et autoritaire à la jeune femme déboussolée en passant par le jeune homme sportif, l’enfant chétif et bien entendu, puisqu’on a un raciste, d’un personnage noir qui tente de rationaliser la situation. Nécessairement, et à mesure que les heures passent et que la horde aux fenêtres croît, les esprits s’échauffent. Les premiers morts arrivent vite mais sont provoquées par le manque de contrôle des hommes et si finalement, ce sont les zombies qui dévorent les survivants, ils ne le peuvent que parce que les survivants se sont mis eux-mêmes dans une situation impossible. Cette fois encore, il faut comprendre que c’est de la faute des individus, dont les intérêts personnels ne sont que rarement compatibles, si leur société ne tourne pas rond, et si les morts-vivants sont là pour le spectacle, le propos n’en est pas plus stupide qu’une pièce de théâtre de Sartre. La variété des caractères confinés dans un espace clos a pour but de représenter la société, et en l’occurrence une société confrontée à une situation inconnue. Ce que nous dit le film, c’est que la société est inadaptée à gérer ce qu’elle ne comprend pas, et les survivants ne se comprenant pas entre eux, la société est inadaptée à se gérer elle-même.

Jean-Paul Sartre, auteur de la célèbre maxime "l'enfer c'est les autres"
Si Prométhée ne suffit pas, vous pouvez donc aussi balancer le nom de Jean-Paul Sartre dans la conversation.

Ainsi, sans réellement s’attarder sur la culpabilité des puissants, Romero dénonce notre incapacité à vivre en paix avec nos pairs. Il s’attarde sur le fait que chacun d’entre nous, à un moment donné, est un danger pour les autres. Dans une conclusion amère, le réalisateur nous confirme que des monstres arpentent réellement notre monde, puisque NOUS sommes des monstres. Même une fois l’invasion visiblement sous contrôle, les hommes continuent de s’entre-tuer pour des raisons absurdes comme la simple couleur de nos peaux.

Voilà pour La Nuit des Morts-Vivants. J’avais vraiment très envie de vous parler brièvement de ce film, ne serait-ce que pour votre culture générale (même si je suis certain qu’une partie d’entre vous le connaissait déjà). Cet article peut vous avoir paru assez prévisible car l’influence de ce long-métrage dans notre pop culture est juste ENORMISSIME, et si le nom de Romero ressort de temps en temps dans une conversation, assez peu de gens continuent de parler de ce classique. Bien sûr, le monsieur ne s’est pas arrêté là et il a réalisé plusieurs autres films sur le même thème. Il ne les considère pas comme des suites, aucun des personnages ne revenant vraiment d’un opus à l’autre, mais la récurrence de sa thématique et l’utilisation de zombies dans ses films suivants ont contribué à faire de George Romero une légende du cinéma d’épouvante et si vous voulez vous cultiver devant un classique, celui-ci est aussi bon qu’un autre.

Guillaume


Images :

George Romero, La Nuit des Morts-Vivants,  Laurel Productions, 1968.

Edgar Wright, Shaun of the Dead, Universal Pictures, 2004.

4 commentaires sur « La nuit des morts-vivants , le papa des films de zombies. »

Qu'en pensez-vous ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s