Dracula : le célèbre vampire est-il un monstre romantique ? (Francis Ford Coppola, Dracula, 1992)

Résumé

A la fin du XIXème siècle, le comte Dracula décide de déménager à Londres pour pécho de la meuf parce qu’en Roumanie il n’y a plus personne, et qu’en plus les petites londoniennes à l’image de Mina Harker et Lucy Westenra sont bien bien chaudes. Pour s’assurer d’être tranquille pour son affaire, il enferme le fiancé de Mina, Thomas « Neo » Anderson, avec Monica Bellucci et deux autres femmes aussi bien dotées qu’elles pour qu’il se fasse sucer* par ces dames à longueur de journée, et ne parviennent pas à leur échapper.

*Le sang, bien évidemment. On parle d’un film de vampires, oh. 

Gif des ascenseurs baignés de sang dans Shining de Stanley Kubrick
Qui veut de la grenadine ?

Les films d’horreur qui font peur ou qui sont versés dans le gore, c’est cool, on est d’accord. Mais personnellement, j’aime bien aussi pouvoir dormir la nuit sans avoir peur de l’éventuel cadavre dégueulasse sous le lit, et c’est toujours agréable de pouvoir apprécier de la sauce tomate sans repenser aux litres de faux sang du film de la veille. Ouais, je suis une fragile, et je pense à tous les fragiles du monde. On a le droit de voir des films estampillés « horreur » nous aussi !

Du coup, comme Guillaume est au courant de ma fragilité extrême, il m’a reparlé de ce film qu’il avait vu petit (ce qui me choque encore aujourd’hui), le fameux Dracula de Coppola. Parce que comme j’avais adoré le roman, et que pour lui c’était une adaptation fidèle, je ne pouvais qu’adorer ce film et ça ferait un film d’horreur pas trop effrayant à ajouter à ma liste des films que je peux regarder pour la période d’Halloween !

Dracula et Lucy en train de forniquer sur un banc, dans le Dracula de Coppola.
Un loup-garou-vampire qui prend une rousse sur un banc dans un labyrinthe…

J’ai détesté le film au premier visionnage, parce que comme je m’attendais à une adaptation fidèle, le film m’est apparu comme la version soft porn de Dracula. Avec tous les fantasmes possibles : trois femmes (dont Monica Bellucci) pour un homme, petite scène lesbienne de jeunes britanniques en chaleur et en petite chemise transparente, baisers langoureux, suçage du téton de Gary Oldman… J’ai vérifié que ça n’avait pas été produit par HBO, à tout hasard, puis j’ai rangé le DVD sur son étagère en pensant ne plus jamais le ressortir parce que c’était un peu pourri du coup.

Affiche du court-métrage Captain Eo.
Un film produit par Kodak, une marque que les moins de vingt ans ne connaissent pas

Sauf que si je vous en parle, c’est que je l’ai ressorti finalement, eh oui. Parce qu’entre temps, en en reparlant avec Guillaume (qui était tombé d’accord avec moi après avoir revu le film, à savoir : c’est beaucoup trop bizarre), on a été forcé de se souvenir du nom du réalisateur. Francis Ford Coppola a peut-être pondu Captain EO pour les parcs Disneyland, mais le monsieur n’est quand même pas réputé pour faire des films au hasard. Et du coup, il a bien fallu redonner une chance à ce film qui a lancé une petite mode de vampires sexy au cinéma, puisque Entretien avec un Vampire a été adapté seulement deux ans plus tard – et vous connaissez la suite, les paillettes, les nuits d’amour torrides, tout ça.

D'ailleurs si vous aimez les vampires, Entretien avec un Vampire est un bon film - avec une toute petite Kirsten Dunst. Et les livres d'Anne Rice sont une référence du genre, donc allez-y !
D’ailleurs si vous aimez les vampires, Entretien avec un Vampire est un bon film – avec une toute petite Kirsten Dunst. Et les livres d’Anne Rice sont une référence du genre, donc allez-y !

Donc, Dracula, si tu n’es pas un film érotique, qu’es-tu donc ?

Un rêve érotique

Ah bah oui, bravo, c’est malin ça. J’ai pas l’air bête avec ce titre.

Ceci dit, je ne fais que citer ce que Coppola a lui-même dit de son projet, à savoir qu’il l’imaginait justement comme une sorte de rêve érotique, et à vrai dire ça commence déjà à prendre du sens. Le côté érotique est non seulement voulu et assumé, mais il n’est en plus pas gratuit – yay pour le film !

Tom Cruise dans Entretien avec un Vampire (1994)
D’habitude Tom Cruise et moi c’est le gros osef, sauf là. Je sais pas ce que je dois en penser d’ailleurs.

Par rapport au sujet, autrement dit Dracula, au départ pour ceux qui auraient lu le livre ça peut paraître un peu bizarre. Parce que certes, Anne Rice a peut-être réinventé le vampire dans les années 70 avec ses romans, mais avant la naissance du joli Lestat, les vampires étaient à peu près aussi sexy que n’importe quel zombie sorti de Walking Dead : en gros, c’étaient des cadavres qui marchaient, donc pas vraiment cool.

De même pour Gary Oldman. D'habitude, osef, sauf là #PourLePlaisirDesYeuxDeNosLecteurs
De même pour Gary Oldman. D’habitude, osef, sauf là #PourLePlaisirDesYeuxDeNosLecteurs

Tout ça pour dire que dans le roman, Dracula est un monstre qui a plus souvent l’apparence d’un vieil homme que du magnifique Gary Oldman. S’il attire les jeunes Lucy et Mina, c’est parce qu’il a d’abord commencé à les vampiriser, et que, selon Bram Stoker qui en soit peut être considéré comme le spécialiste de la question puisqu’il a plus ou moins fait entrer le vampire dans l’imaginaire collectif, il a le pouvoir d’attirer irrésistiblement ses victimes – dans le sens de l’aimant plus que de l’attirance charnelle.

Mais y aurait-il déjà plus qu’il n’y paraît chez Bram Stoker ? N’y a-t-il pas un côté déjà un peu érotique dans le roman du fait que les seules victimes de Dracula que l’on croise soient deux jeunes femmes, une tout juste mariée (pour Mina, contrairement au film) et l’autre en train d’hésiter sur lequel de ses trois prétendants sera l’heureux élu ? Alors même qu’il avait sous la main Jonathan Harker dans son château, et qu’il a préféré le laisser à ses trois concubines… Concubines que Jonathan désire très fort et très explicitement pour le coup. Oui je sais, dans le film c’est moins sûr, mais je vous rappelle qu’on est face à Keanu Reeves et qu’on sait jamais trop s’il est content ou pas. Sauf quand il vient d’apprendre le kung fu.

La réaction de Keanu Reeves face à la poitrine dénudée de Monica Bellucci.
La réaction de Keanu Reeves face à la poitrine dénudée de Monica Bellucci.

Toujours est-il qu’il y a une ambiguïté, tout simplement parce que même si Stoker avait voulu faire de son Dracula un cadavre sexy, il n’en demeure pas moins un homme du XIXème siècle… Et donc un peu frileux niveau mœurs, d’autant qu’il n’était pas Français – je dis ça parce que pour le coup de notre côté c’est la fête du slip en littérature à ce moment là. Mais ça c’est bien parce que l’ère victorienne ne concernait pas la France. Pour faire court, sous le règne de la reine Victoria, le Royaume-Uni avait un gros balai dans le fondement, et si on voulait faire des blagues graveleuses dans sa prose il valait mieux très bien la cacher. Pas comme sur ce blog donc.

Mina Harper et son amie Lucy en train de regarder un livre d'images erotiques.
Cette version de Dracula fait très soft porn dans bien des aspects.

Quoi donc de plus logique pour un réalisateur intelligent (sérieusement, regardez la trilogie du Parrain si vous en doutez) que de jouer sur cette limite très présente à la fin du XIXème siècle ? Nos personnages masculins dans le film sont plutôt calmes de l’entrejambe, mais sûrement parce que de tout temps on en a jamais vraiment voulu à ces messieurs d’avoir certaines pulsions la puberté venue, et qu’après tout, s’ils trouvaient un moyen discret de les soulager, c’était tout aussi bien. Pour les filles, c’est autre chose : la première fois que l’on voit Mina, jouée par Winona Ryder, elle est en train d’écrire son journal intime pour dire à quel point son fiancé lui manque et qu’elle est triste que leur mariage soit repoussé… En jetant deux trois coups d’oeil à un exemplaire du Kamasutra qu’elle garde à côté d’elle. En 2016 elle aurait eu son petit dossier caché avec toutes ses images préférées sur son ordinateur, mais bon, en 1897, on fait comme on peut. Elle est à la fois dégoûtée et fascinée par cette vision, parce que d’un côté la société lui dit que c’est sale pour une femme, et de l’autre ses hormones sont devenues hyper bruyantes.

Dracula (joué par Gary Oldman) et Elisabetha (jouée par Winona Ryder), dans le film Dracula (1992)
Dans le film, Mina est la réincarnation de la femme de Vlad Tepes, qui est la raison de sa damnation – pour faire court, elle s’est suicidée en le croyant mort #DraculaEtJuliette, et lui a dit à Dieu d’aller se faire voir parce que son prêtre refusait de l’enterrer parce que, comme elle s’est suicidée, même si elle était l’être le plus pur du monde, elle ne pouvait pas entrer au paradis.

Et de l’autre côté, sa meilleure amie Lucy est beaucoup moins timide sur la question. Elle en rêve la nuit, elle aime bien regarder les images d’Indiens dans des positions plus qu’équivoques, et elle a hâte de se marier pour EN-FIN pouvoir passer à l’acte – et c’est limite si elle ne choisit pas son mari rapport à la taille estimée de ses attributs. Ce qui explique que Lucy, et non Mina, soit la première victime de Dracula alors que c’est Mina qui l’intéresse. C’est Lucy que Dracula en forme de loup-garou-vampire va se faire sur un banc dans un labyrinthe : pourquoi donc ?

Dracula et Mina
Cela correspond également au moment où Mina est prête à accepter de rejoindre Dracula dans son immortalité, et c’est pour cela qu’elle adopte sa couleur. Par la suite, on la verra surtout en gris ou noir.

Parce que Dracula devient dans ce film une incarnation de la tentation sexuelle, mais que, de même qu’il faut inviter un vampire à entrer chez soi pour qu’il puisse pénétrer votre demeure, il semblerait qu’il faille que la victime du Comte tentateur soit déjà un peu corrompue et frivole pour qu’il puisse avoir un pouvoir sur elle. Et Mina est justement tout le contraire de ça : fiancée, au début du film elle porte toujours des robes  vertes à haut col, les cheveux bien attachés, et défaille à la simple idée d’embrasser son Jonathan. Lucy quant à elle a les cheveux détachés (ce qui ne se faisait absolument pas en dehors de la vie intime), et porte des robes décolletés dans des tons roses, puis assez vite rouges. Et ces couleurs sont importantes, puisque la très pure Elisabetha (la femme de Dracula) portait du vert, tandis que la couleur constamment associée aux costumes de Dracula est le rouge. Et, quand Mina commencera à tomber sous le charme du comte, on la verra porter lors d’une soirée avec lui une robe rouge sang avec un décolleté devant et derrière, et les cheveux détachés – un signe visuel qu’elle cède à la tentation.

Pourtant, Mina survit à son aventure avec Dracula contrairement à Lucy – peut-être parce que ses amis sont mieux préparés à la protéger, mais peut-être aussi parce qu’elle demeure plus pure, ne couchant jamais avec le vampire qui n’ose quasiment pas la toucher, tout amoureux transi qu’il est. Il y a peut-être aussi une sorte de morale à cela – Mina étant une réincarnation de la femme de Dracula, il est presque normal qu’elle cède à son premier mari, et que ce soit lui qu’elle préfère à Jonathan au moment de faire un choix, ce qui lui permet d’être sauvée, là où Lucy n’aime pas son fiancé (elle l’a choisi lui plutôt qu’un autre parce qu’il était Lord et possédait des terres) et ne cherchait dans le couple que du sexe et non de l’amour. Je sais, ça semble dur comme morale, surtout pour les adeptes du plan cul, mais eh, c’est le film !

Et puis si vous devenez un vampire vous pourrez continuer à coucher tout le temps, les gens vous trouveront irrésistibles, donc vous plaignez pas.

Dracula ou le purgatoire

Dracula est une allégorie de la tentation sexuelle, on l’a compris. On a pas mal parlé de ces dames, mais qu’en est-il de ces messieurs, et en particulier du rôle-titre ?

Anthony Hopkins en Van Helsing avec les trois têtes des femmes de Dracula dans la main.
« Je ne suis pas bizarre, je suis juste Anthony Hopkins ! »

Ne nous mentons pas, les hommes dans le film sont plutôt ennuyeux ; les trois prétendants de Lucy sont plus ou moins des clones, Jonathan est complètement paumé quoiqu’il fasse, et Van Helsing est cool mais vraiment bizarre. Du genre, il se comporte à moitié comme Dracula, mais n’est visiblement pas un vampire – mais la bizarrerie de Van Helsing n’a pas été inventée par Coppola ou par son interprète, Anthony Hopkins, donc passons.

Le véritable intérêt du film, c’est bien évidemment son personnage éponyme. Dans le roman, Dracula est très clairement l’antagoniste, et c’est resté le cas dans les précédentes adaptations comme par exemple Nosferatu. Ici, comme dans le roman, on commence par suivre Jonathan puis Mina au travers de leurs lettres et journaux intimes : on peut dire que les véritables héros du film sont nos deux jeunes tourtereaux, et plus particulièrement Mina. Cependant, une grande différence entre le Dracula de Coppola et les autres (jusqu’à Dracula Untold qui reprendra d’ailleurs la même backstory), c’est que celui-ci donne les motivations de Dracula. On sait pourquoi il est devenu un vampire, et on sait pourquoi il part à la poursuite de Mina en particulier – et du coup le spectateur commence à se lier à lui, un peu comme on arrive à se lier aux Firefly dans The Devil’s Rejects.

Dracula provoque la mort de Lucy – ou plutôt sa transformation en créature de la nuit – et parvient à détourner Mina de son mari ; et puis plus globalement, on sait qu’il a tué pas mal de monde. A la fin du film, le but de nos héros évidents est de le tuer, et on espère bien qu’ils y parviendront, car il en va de la survie de Mina – autrement elle connaîtrait le même sort que sa meilleure amie, et la décapitation c’est pas franchement cool. En cela, Dracula nous apparaît comme le « méchant » : c’est le personnage à éliminer, tout séduisant qu’il puisse être, car il est dangereux pour les personnages que l’on suit dans le film.

Dracula et un loup blanc
Ainsi que sa capacité à rendre amicaux des gros loups blancs échappés du zoo de Londres, de sorte que la fille qu’il est en train de draguer aie le loisir de leur faire des câlins #RelationshipGoals.

Pourtant, comme on l’a dit, on connaît son histoire et ses motivations pour tenter de (re)gagner le cœur de Mina. L’aspect séduisant de Dracula est également bien maîtrisé au point que le spectateur lui-même se laisse charmer par son petit accent, ses bouboucles et ses petites lunettes bleues. Mais en plus de cela, on lui découvre un côté très humain et touchant à partir du moment où il voit Mina pour la première fois dans la rue : il a un sourire sincère, les yeux qui brillent, on voit qu’il a peur d’effrayer la jeune femme, qu’il essaie de lui faire plaisir… Et quand il a enfin réussi à la séduire, et qu’il reçoit la lettre de sa bien-aimée qui lui dit rejoindre Jonathan pour l’épouser, on le voit même pleurer, et on ne peut pas s’empêcher de ressentir de la sympathie pour lui.

Alors que pourtant, faire des doigts à son dieu, ça a l'air de bien marcher pour d'autres. Crôm doit juste être plus cool.
Alors que pourtant, faire des doigts à son dieu, ça a l’air de bien marcher pour d’autres. Crôm doit juste être plus cool.

Le traitement de la religion dans le film pousse encore le spectateur à voir Dracula comme un personnage nuancé : il est certes un monstre renié par Dieu, mais on le voit au tout début du film comme un soldat du Christ, très pieux, et il ne se détourne de la religion que parce qu’il considère que son Dieu l’a trahi du fait que le prêtre refuse d’enterrer son épouse en terre consacrée – et peut-être du fait de la mort de sa femme en premier lieu. Il a à la fois provoqué son malheur, et est victime d’une injustice. Le film se termine d’ailleurs sur un Dracula repenti, qui au moment où il a enfin réussi à totalement séduire Mina et à récupérer son épouse, refuse de voir cette incarnation de la pureté maudite pour de bon, alors que c’est justement parce qu’elle avait été jugée comme impure à tort selon lui qu’il est devenu un non-mort.

L'image qui clôture le film : pas de doute, il s'agit bien des personnages tels qu'on les avait vus au début du film.
L’image qui clôture le film : pas de doute, il s’agit bien des personnages tels qu’on les avait vus au début du film.

La dernière image du film donne d’ailleurs une sorte de résolution à l’histoire de Vlad Tepes en répondant à deux questions : Elisabetha était-elle donc impie du fait de son suicide ou non ? Dracula, qui au moment de sa mort semble avoir été pardonné par Dieu, a-t-il vraiment trouvé le salut ? Le film termine sur une peinture au plafond de la chapelle où Dracula meurt (et où il a été maudit au début du film) qui représente les époux qui semblent s’envoler vers le ciel. La rédemption serait donc possible pour les suicidés comme pour ceux qui sont passés par la case vampire – ce que semblait dire Van Helsing au moment de tuer Lucy d’ailleurs, mais on ne pouvait pas être sûrs que ce n’était pas simplement pour rassurer les trois prétendants de la jeune femme. Cela laisse également penser que Mina, malgré son début de transformation, n’est pas condamnée non plus : voire même qu’elle n’est peut-être plus la réincarnation d’Elisabetha, si l’âme de celle-ci a été libérée, mais je trouve cette interprétation plus douteuse vu la réaction de la jeune femme à la mort de Dracula. Il me semble plus intéressant de penser qu’elle restera à jamais marquée par la découverte de son ancienne vie et de son ancien amour, et qu’elle demeurera toujours plus la femme de Dracula que celle de Jonathan.

Une occasion de parler de cinéma

« Oui enfin tu as peut-être été choquée par le côté érotique, mais moi ce qui me choque dans ce film c’est à quel point les effets font vieux ! »

– Toi, le lecteur, là. Oui, toi, je t’ai entendu.

Même si le vampire qui se cache derrière sa cape, ça vient aussi de Plan Nine From Outer Space (du réalisateur Ed Wood), qui a vu Bela Lugosi mourir pendant le tournage alors qu'il y reprenait le rôle de Dracula. Pour cacher la misère, son remplaçant se cachait dans sa cape #TheMoreYouKnow
Même si le vampire qui se cache derrière sa cape, ça vient aussi de Plan Nine From Outer Space (du réalisateur Ed Wood), qui a vu Bela Lugosi mourir pendant le tournage alors qu’il y reprenait le rôle de Dracula. Pour cacher la misère, son remplaçant se cachait dans sa cape #TheMoreYouKnow

Oui, c’est vrai, il y a quelque chose que je n’ai pas mentionné à propos de Dracula, et c’est son aspect visuel. Je vais passer assez vite sur les costumes dessinés par Eiko Ishioka qui sont simplement magnifiques, au point que le film a gagné un Oscar juste pour ça. Ils ont l’avantage de ne faire référence à aucun moment aux vieux films – pas de grande cape noire derrière laquelle Dracula cache ses petites dents -, ce qui contribue à rendre celui-ci vraiment reconnaissable esthétiquement comparé à ses prédécesseurs.

Sauf qu’évidemment, quand on s’attaque à une légende comme celle de Dracula, surtout en termes de cinéma, il y a des références à faire un peu partout.

Déjà, Coppola se fait le plaisir de rappeler dans le film qui se déroule en 1897 (tout comme le roman, sorti cette année-là) que le cinématographe venait d’être présenté par les frères Lumière tout juste deux ans auparavant, et que cette technologie est alors une nouveauté à Londres. Cela lui permet peut-être de faire un clin d’œil à son art de prédilection, mais surtout de continuer sur le thème de la tentation et de la « pureté » – le vampire pousse Mina à l’accompagner jeter un œil au cinéma, ce qu’elle rejette au départ (tout comme elle rejette le concept de sexualité en un sens) parce que c’est un loisir trop bas, avant de céder au charme de Dracula. Sauf que comme on l’a dit plus haut, le traitement de Dracula n’est pas manichéen ; il est à la fois un repoussoir et un personnage plein de noblesse. Le cinéma, c’est un peu la même chose : à la fois loisir populaire, que Mina rejette parce que seule la littérature compte pour elle, mais un art malgré tout. Peut-être une façon pour Coppola de dire que son film vaut autant en tant qu’art que le roman qu’il adapte ?

Keanu Reeves avec une carte de la Transylvanie projetée sur sa tête.
« J’aimerais qu’on voie une carte de la Transylvanie sur le visage de Keanu. Roman ? Amène-moi un rétroprojecteur s’il te plaît. » – Coppola, pendant tout le tournage de Dracula.

Evidemment, il n’y a pas que ça en termes de références au cinéma – ce serait trop simple. Si les costumes ne réutilisent pas les codes des anciennes adaptations de Dracula, il serait naïf de penser qu’il n’y a aucun autre clin d’œil de fait. Le plus impressionnant, surtout pour un spectateur en 2016, est la volonté dont a fait preuve Coppola pour ne réaliser son film qu’avec des effets datant des débuts du cinéma, notamment celui de George Méliès. Pour faire court, la post-production est quasi-inexistante dans le film, et ce qu’on voit à l’écran a été réellement filmé d’une façon ou d’une autre. Il tenait d’ailleurs tellement à cela qu’il a viré sa première équipe d’effets spéciaux pour n’engager que son fils Roman qui s’est chargé de toutes les petites astuces techniques du film. Les femmes de Dracula doivent apparaître comme si elles sortaient du lit où se trouve Jonathan ? On appelle un magicien pour qu’il apprenne à faire un tour de passe-passe. Dracula doit pouvoir rattraper une bouteille que Mina laisse tomber sans donner l’impression de se pencher ? Facile, une doubleur bras derrière Gary Oldman et on en parle plus. On veut que les ombres bougent indépendamment des acteurs ? On filme d’abord les ombres, puis on projette cette image sur le mur derrière eux, et voilà ! Un effet que la première équipe visuelle jugeait impossible à faire sans avoir recours à la CGI. Ce qu’il y a d’intéressant à cela c’est qu’on redécouvre le cinéma d’une certaine façon, dans le sens où on oublie vite que la CGI n’est vraiment pas une nécessité maintenant qu’on l’utilise à outrance. Je pense notamment à toi, Le Hobbit, sorti quinze ans après la trilogie qui a fait découvrir les paysages Néo-Zélandais au monde entier, et qui est presque exclusivement filmé sur fond vert.

Nosferatu (1922)
D’ailleurs, l’ombre des doigts de Nosferatu qui s’allongent est également un effet présent dans Dracula.

Et, évidemment, avec un personnage aussi légendaire que Dracula, faire des références à d’autres films était inévitable. Ainsi, le fait que Dracula semble glisser sur le sol vous semble étrange, voire grotesque ? Jetez-donc un oeil à Nosferatu, réalisé par F.W. Murnau en 1922, et notamment la scène très connue où l’on voit son ombre qui monte les escaliers de façon étrangement fluide… Aussi fluide que la façon dont Dracula se déplace dans un film sorti 70 ans plus tard ? Oui ! C’est une référence à ce qui peut être considéré comme LE film de vampire culte au cinéma, avant les Draculas de Bela Lugosi ou Christopher Lee. De même, la ligne de dialogue « Je ne bois jamais… de vin », que les fans du Donjon de Naheulbeuk comme moi connaissent bien #CultureInternet, est en fait assez vieille dans l’histoire des films sur Dracula, puisque sa première apparition remonte à 1931.

Je dois admettre que, n’ayant pas vu tous les films à propos de Dracula, je n’ai probablement pas saisi toutes les références qui sont sûrement parsemées dans celui-ci. Le mieux que je puisse vous conseiller ? Regardez Bram Stoker’s Dracula (de son nom complet) pour Halloween, et jouez à trouver tous les clins d’œils faits au cinéma en général qui y sont fait, parce que c’est à la fois amusant et enrichissant.

L’avantage de faire ça, c’est que Dracula vous changera des films qui font trop peur pour que vous ne puissiez pas le regarder autrement qu’entre vos petits doigts (oui, c’est mon cas, j’ai pas honte de le dire). C’est un film qui peut être un peu déstabilisant au départ mais qui en vaut vraiment la peine – et vous pouvez me croire quand je dis ça parce que c’est rare que je revienne sur un film que je n’ai pas aimé au premier visionnage.

Manon.

Christopher Lee en Dracula.
Et surtout, passez un bon Halloween !

Crédit images

Stanley Kubrick, The Shining, Warner Bros., 1980.

Francis Ford Coppola, Bram Stoker’s Dracula, Columbia Pictures, 1992.

Francis Ford Coppola, Captain Eo, Disney Pictures, 1986.

Neil Jordan, Entretien avec un Vampire, Warner Bros. Pictures, 1994.

Lily & Lana Wachowski, Matrix, Warner Bros., 1999.

John Milius, Conan le Barbare, Dino De Laurentiis Corporation, 1982.

Ed Wood, Plan Nine From Outer Space, Valiant Pictures, 1959.

F.W. Murnau, Nosferatu, Prana Films, 1922.

Terence Fisher, Dracula, Hammer Film Productions, 1958.

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