Ring : les japonais sont-ils les rois de l’horreur ? (Hideo Nakata, Ring, 1998)

Résumé :

A l’époque lointaine des VHS, d’innocents adolescents décident de regarder une vidéo que personne ne devrait voir… Le contenu de celle-ci, maudit, tue mystérieusement toute personne l’ayant visionné dans un délai de sept jours. Une journaliste tombe sur cette cassette et décide de mener l’enquête, parce qu’elle pense que ça peut lever la malédiction, comme ça, sans soucis. OKLM.

Cette semaine, on continue avec vous notre découverte du cinéma d’horreur bien foutu et, vous l’avez sans doute vu venir à des kilomètres, nous étions obligés de nous arrêter une fois de plus au pays du Soleil Levant.

La J-Horror est un sous-genre du cinéma d’horreur à part, déjà parce qu’il n’est réalisé que par des japonais, mais aussi parce qu’il repose sur des codes que nous avons assez peu l’habitude de voir. Alors que les années 80 et 90 étaient dominées par les slashers movies où de charismatiques tueurs en série abattaient violemment d’innocents adolescents sur grand écran, la fin de ce soyeux millénaire fut marquée par la sortie quasi simultanée de deux films : Le Projet Blair Witch en occident et Ring au Japon. Si le premier a lancé la mode du Found Footage (comprenez par là “l’enregistrement trouvé au pif qui pour une fois ne raconte pas les vacances chiantes d’un gros au camping, mais en fait la façon dont un groupe d’ados (ENCORE PUTAIN) est mystérieusement décédé dans des circonstances mystérieusement mystérieuses”, mais comme c’est long, on dit “Found Footage”), il partageait avec le second, premier du genre J-Horror, son impact plus psychologique sur le spectateur. L’horreur n’était pas filmée, elle était suggérée et c’est la petite imagination anxieuse du spectateur qui fait tout le travail.

Le Scooby Gang riant aux éclats
Le casting de la Cabane dans les Bois se moquant joyeusement parce que « lol, un film d’horreur sans tout plein de monstres partout, ça peut pas être un vrai film d’horreur MDR »

Donc sans plus attendre, on remet son kimono et on s’envole en robot mécha-géant vers le pays des sushis et des ninjas #PasDAmalgames.

L’indicible horreur de l’entendement dépassé

Si ce titre vous rappelle les écrits d’auteurs comme ce bon Lovecraft, c’est parce que Ring et les films qui se sont inspirés de lui par la suite reposent sur les mêmes mécaniques d’horreur : la psyché.

Sadako jaillissant lentement du poste de télévision
Et ladite apparition dans cette scène désormais iconique se fait tellement lentement que même là, le spectateur occidental manque de repère. Pour une fois, on aimerait un bon jumpscare putassier plutôt que de devoir voir la créature s’approcher lentement mais surement de nous, jusqu’à la révélation finale.

Ring est souvent considéré comme l’un des films d’épouvante les plus traumatisants, et généralement, en occident, les films d’horreur japonais sont perçus comme beaucoup plus marquants que leurs homologues Hollywoodiens. Pourtant, après visionnage du film de cette semaine, j’étais surpris de me rendre compte que pendant près de 90 minutes, je n’avais vu la créature au cœur du mystère qu’une fois, et cela lors d’une toute petite scène, une fois le reste du film désamorcé. Ce procédé est à la fois étonnant et rafraîchissant pour le spectateur habitué à des films usant de plus en plus d’effets numériques pour nous faire jaillir au visage des monstres bien flippants. Mais du coup, comment fonctionne Ring ?

Ce film est tout simplement brillant. Tout repose sur la certitude que quelque chose va se passer, sur l’attente qui découle de cette certitude, et enfin sur la frustration qui naît de cette attente.

L'une des premières victimes de la VHS quelques instants avant de décéder.
Ce visage est celui de quelqu’un qui vient de voir quelque chose qui n’aurait pas dû être vu… A partir de là, je laisse les plus tordus d’entre vous imaginer ce qui se passe hors champ.

Le film est construit comme un immense crescendo, et bien que la vidéo nous soit présentée avant l’introduction des personnages principaux, nous ne la voyons pas tout de suite, pas plus que nous ne voyons la cause de la mort des premières victimes. Pourtant, ces victimes, nous les voyons mourir, elles décèdent à l’écran sous nos yeux de spectateur, mais le cadre, à cause de ses limitations, limite notre regard, il le dirige sur le visage épouvanté des personnages mourant. Hideo Nakata, le réalisateur, sait que nous voulons voir ce que voient les victimes, mais il nous l’interdit en jouant avec sa caméra car notre tour n’est pas venu. Au lieu de ça, nous sommes contraints de contempler les regards horrifiés des personnages qui fixent un point hors-champ, donc inaccessible. Cela, en plus de nous rappeler que devant un film d’horreur nous sommes à la merci du réalisateur, nous laisse penser que si nous ne voyons pas la créature, c’est qu’elle n’est peut-être pas faite pour être vue des simples mortels que nous sommes. Notre imagination commence à faire son travail, à nous suggérer les pires atrocités qui existent, comme arrivait justement à le faire Lovecraft avec ses écrits. Tout ce que nous savons, c’est que ce monstre n’est pas de notre monde et qu’il vaut peut-être mieux ne pas avoir à le voir en fin de compte.

Pourtant, le film doit avancer s’il ne veut pas que le spectateur s’ennuie. Il nous présente donc un personnage principal, une journaliste qui commence son enquête en interrogeant de jeunes collégiennes qui connaissent toutes quelqu’un qui a entendu parler d’un grand dont le cousin connaissait un adolescent qui avait vu la cassette. D’entrée de jeu, le film nous confirme que rien de ce que nous savons de cette VHS ne doit être cru à ce stade de l’histoire, et avec la journaliste, nous allons devoir apprendre à faire la différence entre les rumeurs de cours d’école et les faits concrets.

Reiko Asakawa, le personnage principal répondant a un mystérieux appel anonyme.
Heureusement pour moi, le téléphone n’a pas sonné pour me prévenir qu’il ne me restait que 7 jours, comme il le fait dans ce film. Ceci dit, je suis persuadé que c’est la meilleure blague à faire à quelqu’un qui découvre Ring pour la première fois.

C’est en suivant cette journaliste que nous découvrons enfin la cassette, exactement en même temps qu’elle. Mais cette fois encore, afin d’impliquer le spectateur, Hideo Nakata nous force à regarder ce que nous ne voulons pas voir. Le montage du film intègre la vidéo, comme si nous venions de la mettre dans notre magnétoscope, et pendant quelques instants, nous ne regardons plus un film, mais nous regardons la VHS maudite.

Le puits d'où sort Sadako dans la VHS maudite
La VHS s’arrête juste au moment où notre œil comprend que le monstre est sur le point de sortir du puits, jouant à nouveau avec notre frustration. On sait que la réponse à notre question est juste là, devant nous, mais nous n’avons pas encore le droit de la voir.

Commence alors un décompte de sept jours, soit le laps de temps qui nous sépare de l’apparition de la créature. Les personnages s’échinent à remonter la piste de cette VHS, à comprendre ce qu’elle dit et finalement, quand la semaine d’attente s’achève pour notre héroïne, lorsqu’on sait que le monstre va enfin apparaître pour venir la chercher, mais aussi pour venir nous chercher nous (puisque nous avons vu la vidéo avec elle)… Rien… Jusqu’à ce que la situation se désamorce, qu’on ne s’attende plus à voir le monstre et qu’il surgisse enfin, comme pour récompenser le spectateur qui serait resté pendant ces sept jours d’attente.

Une image du premier film The Conjuring de James Wan
L’utilisation de ce genre de techniques est notamment ce qui rend les films de James Wan aussi bons : le réalisateur arrive à jouer avec nos attentes pour nous prendre à son piège lorsque nous sommes le plus vulnérable.

Le film joue avec brio avec nos nerfs. L’ambiance sonore est ultra importante dans ce jeu de tension et la musique toujours discrète mais pesante nous fait comprendre que quelque chose devrait arriver. Tout dans la réalisation est somptueux et la maîtrise dont fait preuve le réalisateur du début à la fin est tout simplement magistrale. En soit, cela aurait suffit à faire un article pour ce film, mais nous n’avons pas encore évoqué les thèmes au centre de l’intrigue, et c’est là que l’on réalise que Ring est un très grand film.

Le buzz, ce fléau du XXIe siècle

Beaucoup de critiques ont analysé le film sous le spectre de la viralité, de l’importance croissante et incontrôlable que prenait la technologie dans nos vies, et bien que ma compréhension du film va au-delà de ça, j’étais obligé de vous faire une partie sur le sujet, parce que ce serait se mentir à soi-même que de nier l’importance de cette thématique dans Ring.

Un truc qui m’a amusé par rapport à l’intrigue, c’est que Ring est en gros un film d’horreur sur une chaîne MSN se réalisant pour de vrai. Pour ceux un peu trop jeunes ou au contraire trop vieux et qui n’ont pas expérimenté le début de l’ère digitale durant leur jeune adolescence, je vais m’expliquer.

Une image tirée d'une pub Alicebox
Alice, c’était la meuf chiante qui essayait de vous vendre des trucs avant la naissance de Cerise de Groupama, mais que tout le monde aurait quand même bien voulu voir sortir à quatre pattes de la télé.

Au moment où Internet commençait à pénétrer dans tous les foyers, donc au moment où il devenait plus facile de communiquer tous ensemble, et cela à travers le monde entier, est né la chaîne MSN. Un beau matin, alors que tout pimpants, vous vous connectiez sur l’ordinateur familiale pour profiter de l’ADSL illimité de cette bonne Alice, vous tombiez sur l’un de ces mails étranges, vous racontant comment une jeune personne était morte dans des circonstances mystérieuses et comme cela pourrait vous arriver à vous aussi. Heureusement, le mail vous expliquait que pour ne pas succomber à la terrible malédiction du spambot, il fallait partager ce mail avec au moins 30 contacts dans la journée, éloignant ainsi la malédiction de vous.

Dans Ring, la malédiction autour de la cassette suit le même principe, au point que j’en suis sérieusement à me demander si la toute première chaîne MSN ne serait pas née de l’esprit tordu d’un cinéphile passionné par ce film.

Presque toutes les victimes sont des adolescents ayant vu la cassette en groupe. Le problème de cette histoire, c’est que les adolescents curieux ayant entendu parler de cette mystérieuse vidéo se lancent le défi de la voir à leur tour, s’exposant ainsi au courroux de la maudite VHS. Heureusement, la fin du film nous explique que la seule façon de survivre au visionnage est de partager la vidéo avec quelqu’un d’autre, exactement comme pour les chaînes. Le contrecoup de cette solution providentielle est qu’elle permet ainsi à la malédiction de se répandre rapidement à travers tout le pays.

Une VHS
Ouais moquez-vous les plus jeunes ! Mais il fut un temps, ce genre d’engin, c’était le futur !

Quand je disais que beaucoup de critiques avaient compris que le film voyait d’un œil mauvais les nouvelles technologies, c’est parce que l’interprétation générale du public a été de croire que la technologie, incarnée par la VHS, allait signer la fin de la culture japonaise. On l’a souvent répété sur ce blog, le Japon est coincé le cul entre deux chaises, entre respect des traditions ancestrales et ouverture au monde du futur de la technologie du XXIe siècle.

Pour beaucoup de gens donc, ce film traite de l’inexorable disparition des valeurs traditionnelles japonaises, sacrifiées sur l’autel du progrès et de la mondialisation. Les jeunes, plus sensibles à la culture occidentale, mais aussi plus ignorants des valeurs fortes du Japon, finiront pas causer la perte du pays en intégrant peu à peu des éléments étrangers à la culture nationale. L’horreur décrite par Ring ne serait donc pas seulement celle mise en scène par son réalisateur, mais aussi celle suggérée par la fin ouverte du film où une mère de famille impliquée se précipite pour sauver son jeune et innocent bambin de la malédiction. Parviendra-t-elle à le préserver de cette foutue VHS pour l’éduquer correctement ? Le film ne le dit pas, mais les nuages sombres qui voilent l’horizon laisse présager un avenir funeste pour le pays.

Le plan final du film où une voiture file sur une route vers un horizon nuageux.
Hou le ciel il est tout noir ! Y a-t-il encore de l’espoir pour le Japon ? La technologie de la bande magnétique va-t-elle pervertir l’innocente jeunesse nippone ?

Ring est totalement pessimiste et cynique quant au message qu’il adresse, et l’implication du réalisateur, à la fois soigné dans la mise en scène de son histoire mais également dans la portée de celle-ci, force le respect car définitivement, ce long-métrage, premier d’un genre, est un chef-d’oeuvre.

SAUF QUE !

Image du camion dans Pokemon Rouge et Bleu
Pour ceux n’ayant jamais entendu parler de cette sordide affaire, une légende urbaine racontait que quiconque parviendrait à bouger ce mystérieux et unique camion présent dans les premiers jeux Pokemon découvrirait en-dessous le Pokemon Mew, une créature aussi puissante que rare. Il a été démontré par la suite que cette rumeur était fausse, et le camion, bien que sa présence soit toujours inexpliquée, est absolument impossible à mouvoir.

Les journalistes ayant interprété ce film n’avaient JAMAIS joué à Pokémon Rouge et Bleu, et personne n’avait JAMAIS comparé la fin de ce film au fameux épisode de Mew et du camion !

L’explication donnée dans le film, justifiant la survie de certains personnages par le fait qu’ils aient partagé la vidéo n’est pas à prendre comme une information certaine. Elle nous est donnée par l’intermédiaire d’une voix-off par une étudiante totalement étrangère à l’intrigue du film, une étudiante qui, comme celles du début de l’histoire, a sans doute entendu parler de la VHS par le biais d’une demi-douzaine de personnes. L’explication sur laquelle se base l’interprétation du film n’est rien d’autre qu’une rumeur de cours d’école, une légende urbaine invérifiable. Ce qui est vérifiable cependant, c’est le langage du réalisateur, c’est son cadrage impeccable et sa mise en scène soignée déjà longuement louée lors de la première partie et qui laisse présager que le film doit être compris EXACTEMENT à l’inverse de ce qui en a été dit.

Les adolescents ne sont pas responsables du déclin à venir du Japon, les adultes sont en fait coupables de son déclin passé.

Une jeune femme nue s'amusant avec des tentacules.
En plus c’est vrai que la jeunesse occidentale n’a pas DU TOUT été corrompue par leurs VHS à eux ! Des VHS produites par des adultes tout à fait SAINS dans leurs têtes.

TOP 10 des parents qui échouent dans leur rôle de parents

Les adolescents sont effectivement les principales victimes du fléau décrit dans le film, mais justement, ce ne sont que des VICTIMES. A chaque fois qu’un groupe de jeunes gens s’exposent à la VHS, ils le font en l’absence de leurs parents.

La fine équipe de Johnny Depp dans Cry Baby
« Nou lé jenne ont nés D rebel »

Alors oui, effectivement, comme le dit l’adage, quand le chat n’est pas là, les souris dansent, et ces saloperies d’adolescents en rébellion profitent de l’inattention passagère de leur parents, forcés de travailler tard pour gagner leur vie, pour faire des conneries et couler le pays. Mais justement, pourquoi ces jeunes sont-ils si souvent livrés à eux-mêmes?

A chaque fois qu’un personnage adulte nous est présenté, il l’est à travers son métier. Les premières victimes communiquent avec la mère de l’une d’entre elles par téléphone, mais celle-ci est décrite comme une aubergiste occupée par son établissement, ce qui justifie son absence. Le personnage principal est d’abord une journaliste chargée d’interroger des adolescents sur la mystérieuse vidéo avant d’être le personnage principal, et son ex-mari (joué par Hiroyuki Sanada), père de son jeune garçon est un professeur d’université avant d’être un père de famille. En fait, le cas de ce personnage est tellement particulier qu’on n’apprend son identité que tardivement, et on n’est pas bien certain que le petit garçon en question soit au courant que cet homme soit son géniteur.

Hiroyuki Sanada, l'acteur jouant l'ex-mari dans Ring, ici affrontant Hugh Jackman dans Wolverine
En même temps, nous on savait que c’était pas forcément le meilleur des pères, on l’avait déjà vu dans Wolverine : le combat de l’immortel cet acteur.

Comme dans Blade Runner, les protagonistes ne sont pas importants pour leur personnalité mais plutôt pour leur fonction dans une société qui les utilise comme des pions. La responsabilité de l’adulte est de travailler, d’effectuer le métier pour lequel il est payé. Cette vision du monde est totalement en adéquation avec l’ère de compétitivité et de rentabilité dans laquelle nous vivons, mais notre expérience de la chose, à nous autres occidentaux n’est rien à côté de l’expérience de la société japonaise, coincée dans un patriarcat culturel qui justifie que les individus n’ont pas d’importance, il n’y a que leur participation à la vie économique du pays.

Un carton de VHS pornos homosexuelles
Et encore, les protagonistes de ce film sont chanceux, les années 90 étaient remplie de VHS bien plus traumatisantes que celle de ce film.

Mais pendant que les adultes se tuent à la tâche, qui s’occupe d’effectuer les fonctions parentales ? Bah plus personne. Les jeunes, par définition ayant besoin d’être encadrés un minimum parce qu’ils sont immatures, sont livrés à eux-même plus souvent qu’ils ne le devraient, ce qui les amène à se mettre en danger comme lorsqu’ils visionnent une vidéo maudite.

C’est d’autant plus visible avec l’enfant du personnage principal qui, du propre aveu de sa mère journaliste, est habitué à passer ses soirées seul. Pourtant, quand on constate que le jeune garçon doit avoir 6 ans au grand maximum, on se dit que quelque chose cloche. Et c’est à cause de la négligence de sa mère que ce pauvre bout de chou va regarder la vidéo que sa maman laissait traîner dans son sac à main, à la portée de ses petites mains. #Irresponsabilité

 Yōichi Asakawa, le fils de la journaliste, regardant la vidéo en pleine nuit
Alors que lui, pauvre innocent, il devait s’attendre à ce que ce soit Pocahontas, ou un truc du genre.

La quête du personnage principal, ce n’est ni plus ni moins que l’histoire d’une maman qui apprend à retrouver son rôle de maman. Lorsque son fils est exposé par sa faute à la malédiction, elle décide d’utiliser tout le temps qu’il lui reste pour le sauver. Elle va s’investir à fond pour protéger sa progéniture, et c’est ce qui va la sauver.

En effet, on n’a pas encore parlé des motivations de cette mystérieuse créature et de sa VHS maudite. Au fil de l’enquête, nous apprenons en même temps que les personnages que Sadako, la jeune fille de la cassette est en fait une victime de l’état d’esprit des adultes qui courent après l’argent. Sadako, comme sa mère, est née avec des pouvoirs psychiques qui en faisaient des bêtes de foire dans leur village natal. En comprenant qu’il y avait de l’argent à se faire grâce à ces dons extraordinaires, certains hommes du villages décident de donner la mère de Sadako en spectacle, mais une représentation se passe mal et Sadako, paniquée car voyant sa mère violemment prise à partie par ces hommes tue pour la première fois grâce à ses pouvoirs.

Les deux femmes sont alors traitées comme des monstres et destinées à vivre hors de la société. La jeune fille va vieillir en voyant cette situation ronger le moral de sa mère, laquelle finira par se suicider. Son père adoptif, effrayé par ses talents et décidé à l’éloigner de ce village, lui tend un piège et l’emprisonne au fond d’un puits. Ce n’est qu’une fois morte, seule et sans repère au fond de ce puits qu’elle reviendra hanter le Japon quelques décennies plus tard, en utilisant les nouvelles technologies, symboles du développement du pays, mais aussi de sa poursuite continue de la rentabilité à tout prix.

La classe de Battle Royale horrifiée par le fait que leur ancien prof vienne de causer la mort de deux des leurs
Ring, comme Battle Royale sorti à la même époque, nous explique donc que les jeunes sont victimes des mauvaises décisions prises par leurs aînés.

Sadako puni donc le pays car celui-ci n’a pas su la canaliser, il n’a pas su prendre soin de la jeunesse qu’elle représente. Si les adolescents sont les victimes de la cassette, c’est pour symboliser que comme elle, ils sont les victimes d’un système imparfait, dirigé par une génération qui refuse d’assumer ses responsabilités mais qui est pourtant bien derrière l’effondrement d’un pays. L’avenir est incertain comme le suggère effectivement le dernier plan du film, mais pas parce que les nouvelles générations sont irresponsables. L’avenir est incertain parce que les nouvelles générations n’ont pas les connaissances nécessaires pour passer après leurs ainés et arranger leurs erreurs.

Elsa, personnage central de la Reine ds Neiges
Ring, c’est en gros l’histoire d’Elsa si elle n’avait pas été écrite par Disney… et si elle avait été écrite par des gens talentueux

La période à laquelle le film est sorti est d’ailleurs importante, car la fin des années 90 représente au Japon une grave crise économique résultant de l’éclatement d’une bulle de spéculation financière. C’est l’irresponsabilité des travailleurs japonais qui condamne les plus jeunes à grandir dans un monde instable.

L’ex-mari de l’héroïne, malgré son implication dans la résolution de l’enquête a abandonné son fils. Il a quitté sa femme alors que leur enfant devait être très jeune et n’a pas assuré ses fonctions de père. Sadako voit là un parallèle avec son père adoptif l’ayant laissée mourir au fond d’un puits et vient le chercher à la fin du film, malgré ses efforts tardifs.

Deux plans issus du film montrant le père de Sadako et l'ex-mari de l'héroïne dans la même position, penchés au-dessus du puits
Ce parallèle est expliqué par la mise en scène soignée du film et en deux plan successifs, on comprend que le fameux professeur d’université ne survivra pas à la vengeance du fantôme de Sadako.

Mais le père meurt également parce qu’il est un homme et qu’il représente par son sexe l’état d’esprit patriarcal du Japon. Il incarne une société où les hommes décident et prennent les décisions, c’est de la faute des hommes qui cherchent à tout prix à faire valoir les traditions du pays que le pays est voué à s’effondrer. A force de promouvoir des valeurs datées, le Japon se révèle incapable de s’adapter au XXIe siècle, et c’est aussi pour ça que la technologie représente dans ce film la mort inévitable de la société.

Un cadavre explosé issu du film Destination Finale
Alors forcément, ce film ne fera pas nécessairement le bonheur des amateurs d’hémoglobine et de jumpscares, mais pour une fois, mettez de côté vos Saw et autres Destinations Finales et contentez vous d’apprécier une oeuvre d’art.

C’est pour cette double lecture que propose le film, mais aussi pour la réalisation impeccable qui rend ces lectures si claires que Ring est un des plus grands films d’épouvante jamais réalisés. Le simple fait que des journalistes aient interprété le film comme une oeuvre décrivant la mort de la société japonaise par la technologie prouve que la deuxième lecture est justifiée. Ces journalistes sont les mêmes adultes que le film critique, ceux qui, à cause de leur étroitesse d’esprit et de leur réticence à s’ouvrir au monde moderne condamnent le Japon à sombrer.

L'héroïne serrant contre sa poitrine le corps de Sadako
Et certaines personnes pourraient argumenter que l’héroïne est sauvée car elle retourne à sa place « naturelle » de mère, donc que le film est contre le progrès, mais si c’était le cas, le père survivrait aussi car il assure sa fonction « naturelle » de travailleur. Hors, il décède car il a négligé son fils au profit de sa carrière.

Ring est un film sur le progrès, mais plutôt que de le condamner, il l’encourage et par son succès international, il a paradoxalement contribué à faire du Japon un acteur majeur du cinéma d’horreur moderne. Ce film est finalement semblable à la vidéo de Sadako, mais là où cette dernière incarnait la décadence de la culture nippone, Ring lui donne une nouvelle jeunesse en devenant un phénomène, un film viral dont tout le monde ou presque a entendu parler. Il est une espèce de VHS bénie destinée à sauver le Japon, à l’aider à survivre à la transition du nouveau millénaire, preuve ultime s’il en est que ce film est décidément un bijou.

Un chien déguisé en fantôme
« Booouh spectateur ! Maintenant que tu as lu cet article, tu es toi aussi maudit ! Si tu ne veux pas qu’un esprit vengeur vienne te lécher les pieds dans ton sommeil, tu dois partager cette critique sur les réseaux sociaux de 10 de tes amis dans la prochaine heure ! Booouuuuuh ! »

Guillaume.


Images :

Hideo Nakata, Ring, Toho, 1998

Joe Ruby and Ken Spears, Quoi d’neuf Scooby-Doo, Hanna-Barbara productions, 2002-2005

James Wan, Conjuring : Les Dossiers Warren, Warner Bros. Pictures et New Line Cinema, 2013.

Satoshi Tajiri, Pokemon, Nintendo, 1996.

John Waters, Cry Baby, Imagine Films Entertainment 1990.

James Mangold, Wolverine : le combat de l’immortel, 20th Century Fox, 2013.

Kinji Fukasaku, Battle Royale, Toei Company, 2000.

Chris Buck & Jennifer Lee, La Reine des Neiges, Walt Disney Pictures, 2013.

James Wong, Destination Finale, Metropolitan FilmExport, 2000

2 commentaires sur « Ring : les japonais sont-ils les rois de l’horreur ? (Hideo Nakata, Ring, 1998) »

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