The Devil’s Rejects, un film d’horreur un peu différent.

De quoi ça cause ?

La famille Firefly, tueurs en série sévissant dans un coin paumé des Etats-Unis, se voit contrainte de partir en cavale quand la police découvre enfin leurs méfaits. A partir de là, le film suit bien naturellement la famille de psychopathes, parce qu’après tout, pourquoi pas ?

Ce qu’on en dit.

Vous l’avez compris dès fin septembre (avec Vorace, que je vous invite à aller lire), on a décidé de fêter un peu Halloween sur ce blog, et du coup de profiter de l’occasion pour parler de films d’horreur – et à vrai dire, c’est l’occasion pour Guillaume de me forcer à en voir, un peu. Mais parler de films d’horreur à la mode, c’est pas drôle : du coup on est allé chercher des petits trucs un peu obscurs pour que tout le monde s’amuse.

Notre réalisateur, qui se trouve aussi être un cinéphile bloqué dans les années 70 - période à laquelle se déroulent ses films.
Notre réalisateur, qui se trouve aussi être un cinéphile bloqué dans les années 70 – période à laquelle se déroulent ses films.

The Devil’s Rejects, film d’horreur réalisé par Rob Zombie, fait suite à La Maison des Mille Morts dans le même genre et du même réalisateur (et chanteur aux pantalons si soyeux). De fait, pour ceux qui ne connaissent pas le monsieur, ne vous attendez ni à du film d’horreur à jumpscare, ni à du psychologique : ces deux films sont gores (étrangement sans tomber dans l’excès), et font beaucoup usage d’un humour noir assez particulier. Je n’ai donc pas envie de dire « âmes sensibles s’abstenir » parce que je me considère comme sensible moi-même (a.k.a. jamais de ma vie je ne regarde un film d’horreur japonais à la Ring), mais attendez-vous à être désarçonnés et un peu perdus. Du fait de l’humour et des meurtres, mais pas seulement.

Eh oui Cry Baby, tu n'es pas subversif quand tu parodies avec mauvais goût des films musicaux déjà auto-parodiques. #Fail #JaiHontedAvoirAiméCeFilmAdo
Eh oui Cry Baby, tu n’es pas subversif quand tu parodies avec mauvais goût des films musicaux déjà auto-parodiques. #Fail #JaiHontedAvoirAiméCeFilmAdo

Dans les deux films, la mort est souvent traitée avec humour, et la famille Firefly n’a rien de votre psychopathe ordinaire façon Patrick Bateman : ils s’amusent réellement à faire ce qu’ils font, et ont vraiment l’air fous (et pas juste en plein burn-out à la Patrick Bateman #AmericanPsychoIsOverrated). Ce qu’il y a de particulier à The Devil’s Rejects cependant, c’est que le film fait réellement suivre la famille de tueurs, là où le premier se focalisait tout de même sur les victimes. C’est ce qui fait que le film est réellement subversif : on s’intéresse plus à ceux qui pourtant sont les méchants classiques qu’à ceux qui habituellement sont les héros du film. Et pourtant, les Firefly ne sont pas présentés comme de gentilles personnes, et ils apparaissent comme une famille à peu près aussi sympathique et fréquentable que la famille Manson : certes, ils sont soudés et tiennent les uns aux autres, et ont en cela un côté attachant et humain, mais on ne parvient jamais à être de leur côté. Ou alors si c’est votre cas, vous me le dites, que j’arrête de vous fréquenter. Mais ce qui fait qu’on ressent une sorte d’empathie pour eux, c’est que contrairement à d’autres vilains comme Michael Myers ou Freddy Krueger, on passe beaucoup de temps avec eux, on les voit rire, pleurer, douter… Et inévitablement, on finit par avoir un attachement particulier à ces personnages.

Il y a pourtant quelque chose que je trouve d'assez intéressant dans le film par rapport à son titre, et la réflexion s'applique aussi au premier, c'est qu'en tant que "Devil's Rejects", ou "Rebuts du Diable", ils ont une sorte de rôle de diable, dans le sens où ils attaquent des gens qui ont quelque chose de mauvais malgré tout. Dans le premier film, le groupe de jeunes qu'ils kidnappent sont insupportables ; ici, le père de la famille se laisse beaucoup trop facilement séduire par Baby Firefly, et lui ainsi que sa famille ont été présentés comme des personnes assez antipathiques avant de devenir des victimes.
Il y a pourtant quelque chose que je trouve d’assez intéressant dans le film par rapport à son titre, et la réflexion s’applique aussi au premier, c’est qu’en tant que « Devil’s Rejects », ou « Rebuts du Diable », ils ont une sorte de rôle de diable, dans le sens où ils attaquent des gens qui ont quelque chose de mauvais malgré tout. Dans le premier film, le groupe de jeunes qu’ils kidnappent sont insupportables ; ici, le père de la famille se laisse beaucoup trop facilement séduire par Baby Firefly, et lui ainsi que sa famille ont été présentés comme des personnes assez antipathiques avant de devenir des victimes.

Il n’y a qu’à la toute fin du film qu’on craint pour eux et qu’on se sent réellement entièrement de leur côté : en effet, ils ne sont pas seulement poursuivis par la police, mais plus particulièrement par le frère d’un policier qu’ils ont tué et qui cherche à se venger. Celui-ci finit par devenir aussi fou que ceux qu’il poursuit et se montre aussi monstrueux qu’eux – au point d’utiliser leurs méthodes. Deux des membres de la famille se trouvent attachés dans leur propre maison en flammes, tandis que Baby, jouée par Sheri Moon Zombie, est forcée de ramper devant son assaillant alors qu’elle a une balle dans le mollet et qu’il joue avec elle. Pourtant, on ne parvient pas à les voir comme des victimes, puisque ce policier sadique est à la fois le reflet et le produit des héros de ce film.

Le film se finit aussi en laissant au spectateur un sentiment de sympathie pour cette famille de fous, qui semblent vivre selon la logique du "Vivre libre ou mourir"
Le film se finit aussi en laissant au spectateur un sentiment de sympathie pour cette famille de fous, qui semblent vivre selon la logique du « Vivre libre ou mourir »

Et malgré tout, ce n’est pas la fin de la famille Firefly, puisque le policier se fait tuer par un mini (#CeuxQuiComprennentSavent) Deus Ex Machina. Ils trouvent cependant la mort en fonçant dans un barrage de police en voiture, ce qui donne quand même un certain sens de justice au tout. Ce n’est pas la policier fou qui a eu sa vengeance, et nos « héros » ne seront pas jugés, mais ils sont punis d’une certaine manière quand même.

Pourtant, j’aurais quand même quelques réserves sur le film, mais je pense qu’il s’agit d’une question de goûts plutôt que de réels défauts. J’ai tout simplement préféré La Maison des Mille Morts, qui a une trame plus classique, et qui pourtant m’a semblé beaucoup plus imaginatif et fou dans sa réalisation que celui-ci – et quelque part plus dérangeant aussi, parce qu’il m’a énormément fait rire alors que ce qu’il se passe à l’écran est monstrueux. Pourquoi parler de The Devil’s Rejects, du coup ? Parce que déjà, je pense à nos lecteurs plus sensibles – à la fin de La Maison des Mille Morts j’en avais quand même la nausée, et il est beaucoup plus violent -, mais aussi parce que cet aspect de road movie où les tueurs sont ceux auxquels la caméra s’attache a quelque chose d’intéressant et d’original, et qu’on voulait en parler.

De plus, on apprend à mieux connaître les Firefly en regardant La Maison des Mille Morts, plus que dans le film qui leur est explicitement dédié.
De plus, on apprend à mieux connaître les Firefly en regardant La Maison des Mille Morts, plus que dans le film qui leur est explicitement dédié.

Du coup, mon conseil si vous cherchez à regarder un film d’horreur à la fin du mois, de ceux que Rob Zombie a réalisé ce serait sûrement La Maison des Mille Morts (notez que je n’ai pas vu les autres, 31 compris), juste parce que je l’ai préféré et que la bande son est trop bien (je ne suis probablement pas du tout objective quand je dis ça). Mais si vous voulez quelque chose qui soit différent autrement que parce qu’il s’agit de l’univers de Rob Zombie, donnez sa chance à The Devil’s Rejects.

Ou mieux que ça : regardez les deux, parce que vous passerez une bonne soirée.

Manon.


 Crédit images

Rob Zombie, Never Gonna Stop (clip), Geffen Records, 2001.

John Waters, Cry Baby, Universal Pictures, 1990.

Rob Zombie, The Devil’s Rejects, Lions Gate Films, 2005.

Rob Zombie, La Maison des Mille Morts, Lions Gate Films, 2003.

3 commentaires sur « The Devil’s Rejects, un film d’horreur un peu différent. »

  1. L’affiche du film se pose quand même là avec l’ersatz de la Cène, version psycho-dingos… J’ai toujours trouvé l’ambiance particulièrement crade et pas vraiment agréable à regarder, donc j’avais un peu zappé l’idée de le voir en entier. Mais c’est le genre d’articles qui me donne un regain d’intérêt pour M. Zombie bloqué dans les années 70 🙂

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