Vorace : votre banquier est-il un loup-garou ? (Antonia Bird, Vorace, 1999)

Résumé

Héros de guerre malgré lui, ce lâche de John Boyd se voit promu au grade de capitaine de l’armée américaine, mais ses officiers supérieurs ne sont pas dupes. Pour ne pas s’encombrer d’un officier couard, ils décident de l’envoyer au fin fond des montagnes neigeuses de Californie, dans un avant-poste où personne n’aura jamais besoin de lui. Sauf que comme c’est les années 1840, Boyd n’a ni Internet ni télévision pour s’occuper et très vite, il se rend compte que certains locaux ont des pratiques pour le moins déviantes.

Le général Bison de Street Fighter exprimant sa joie en deux beaux "YES" passionnés
Ma réaction en constatant qu’Octobre était à nos portes !

YES ! YEEEEES ! Le début du mois d’Octobre annonce le début de ma période préférée de l’année. Le début de l’automne, c’est la promesse de journées passées auprès du feu à lire de bons livres ou à voir de bons films en buvant un délicieux thé ! Mais c’est aussi le début de la période des fêtes avec Noël, bien évidemment, qui n’est plus si loin, la preuve en est ce premier magazine de jouets reçu fin Septembre, mais aussi et surtout HALLOWEEN !

Je ne sais pas ce qu’il y a qui me plaît autant avec cette fête, mais la perspective de me promener dans des rues aux vitrines décorées de fausses toiles d’araignées et de citrouilles lumineuses me remplit de joie. C’est aussi la meilleure période de l’année pour forcer les gens que vous aimez à voir des films d’horreur, et des bons films d’horreur, il y en a en fait une tonne.

L'équipe de personnages cliché du très cliché "La Cabane dans les Bois"
Et non, juré, on ne va pas vous parler de « faux bons films d’horreur » comme La Cabane dans les Bois. Cet épisode est derrière nous maintenant.

Ce mois-ci, vous l’aurez compris, nous allons essayer de parler de long-métrages d’épouvante bien différents les uns des autres, mais tous intéressants sur leur façon de percevoir la peur, cette émotion primaire s’il en est.

Et justement, comme on ne fait pas notre travail à moitié, c’est un film traitant de pulsions animales qui aura l’honneur d’ouvrir notre sélection de films horrifiques. Vorace, réalisé par Antonia Bird et sorti en 1999 est un western horrifique à tendance humoristique (selon certains sites pour qui trois ou quatre plaisanteries douteuses suffisent pour faire une comédie…), mais qui a surtout su conquérir notre coeur pour sa capacité à échapper aux clichés de l’horreur pour raconter une vraie histoire…. L’Histoire de l’Homme avec DEUX grand H !

Le texte "This is Halloween" devant une guillotine découpant une citrouille dans "l'Etrange Noël de Monsieur Jack"
YES !

Un film pour le moins… étrange.

Conan le Barbare
« Mmmh… Commencer un film en citant mon poto Nietzsche, moi aussi j’avais utilisé cette technique à l’époque. Ça fait tout de suite plus intello ! »

De prime abord, Vorace étonne. Si vous êtes curieux et que vous faites quelques rapides recherches sur le film, vous constaterez qu’il a des notes assez mitigées sur la plupart des sites de critiques, et c’est compréhensible. Le film s’ouvre sur deux citations sur fond noir, la première de Nietzsche, la deuxième d’Alice au Pays des Merveilles. L’association des deux citations fait s’interroger le spectateur, parce qu’on ne sait pas trop si on va se lancer dans une oeuvre psychologique ou quelque chose de plus psychédélique (on en vient même à craindre l’oeuvre sans âme et mercantile quand, comme moi, on garde un souvenir trop vivace du passage de Tim Burton au Pays des Merveilles), et c’est avec curiosité qu’on voit le film vraiment commencer sur une petite musique guillerette et des officiers américains en train d’avaler goulûment de la viande au grill, comme ça, sans accompagnement ni sauce.

Yvette Horner et son accordéon
J’avoue que quand je pense « mélodie de film d’horreur », je pense pas forcément à l’instrument fétiche d’Yvette Horner… comme quoi j’avais tort.

Très vite, on réalise que le ton du film est faussement léger. Si la musique à base de guimbarde et d’accordéon est l’un des points forts du film, notamment lors des scènes de tension, il n’en reste pas moins que sa mélodie enjouée a tendance à égayer les scènes d’exposition au point qu’on se demande si le film se prend au sérieux.

Ce sentiment n’en est que renforcé par le méchant du film, un dandy cannibale joué par Robert Carlyle avec un goût prononcé pour les jeux de mots sanglants. Alors effectivement, le tout parait un peu étrange comme ça, et quand on s’attend juste à voir un film d’horreur gore on se trouve embêté par ces instants “comiques” (notez les guillemets puisque personnellement, j’y ai plus vu les fantaisies d’un auteur de dialogues un peu excentrique qu’un vrai effort pour faire du film une comédie).

Robert Carlyle jouant le méchant dans Vorace
En tout cas, Robert Carlyle a l’air hyper content d’être dans ce film !

Seulement voilà, Vorace est un film qui part du principe que le spectateur de film d’horreur est un grand, qu’il n’a pas besoin de ses parents pour aller au cinéma, et qu’il peut donc comprendre par l’image, le ton ou la suggestion des messages développés en sous-texte. Parce que oui, Antonia Bird semble être convaincue que le cinéma d’horreur est un cinéma tout aussi intelligent que le drame familial et comme beaucoup après elle, elle fait de son film un hommage au cinéma de genre du XXe siècle, à l’époque où des artistes comme Craven, Carpenter ou Coppola avaient recours aux monstres et à l’hémoglobine pour traiter de sujets adultes et pas seulement pour divertir une bande d’adolescents.

Sissy Spacek dans Carrie (1976)
Alors que paradoxalement, l’adolescence est justement traitée comme un sujet adulte par certain réalisateurs de films d’horreur, comme Brian de Palma dans Carrie ou Guillermo del Toro dans le Labyrinthe de Pan.

En effet, si vous avez lu notre article sur Molière, vous avez peut-être encore en tête suffisamment d’éléments de réflexion pour comprendre que le ton léger du film, loin d’être en contradiction avec le genre de l’horreur, est en fait là pour faire du film une satire.

Mais avant de développer tout ça (puisque cela fera l’objet de la dernière partie), il faut noter qu’un dernier point vient contribuer à l’univers un peu étrange de ce film : son côté fantastique.

Un des soldats explorant l'antre des cannibales dans ce qui pourrait bien être la meilleure scène du film.
D’ailleurs, le fait de savoir que le danger vient de l’homme est, selon moi, ce qui rend les scènes de tension si bonnes : il ne s’agit pas d’une lutte pour survivre face à un monstre, il s’agit d’une lutte pour survivre face à potentiellement n’importe qui !

En effet, alors qu’on suit notre personnage, on comprend très vite que le cannibalisme va être le sujet au centre des préoccupations de nos soldats isolés dans le froid, et on s’attend donc à voir un film ancré dans notre monde où le danger vient d’un homme normal qui s’attaque à des hommes normaux. Seulement voilà, sans prévenir personne, madame la réalisatrice tord le cou aux lois de la nature et introduit des éléments limites surnaturels.

Alors effectivement, comme elle est talentueuse, elle le fait avec beaucoup de subtilité au début, et ces événements sont tout d’abords évoqués brièvement dans un dialogue, comme si les personnages n’y croyaient pas tout à fait. Et puis des choses se passent, comme l’incroyable résistance de méchant qui se relève après avoir pris une balle. Bien entendu, on prend cela comme un hommage à Halloween et à son tueur en série invulnérable, et on accepte. De même qu’on tolère ce qu’on croit reconnaître comme une facilité scénaristique quand la jambe brisée du héros se soigne miraculeusement et sans infection alors qu’il s’est juste fait une attelle en branche de sapin, perdu en pleine montagne. Et le temps qu’on réalise ce qui est en train de se passer, le film nous a déjà fait avaler plusieurs guérisons qui relèvent du fantastique.

Leonardo DiCaprio dans The Revenant
« Ah ouais… soigner une jambe brisée juste avec une branche de sapin, le gars est un bon ! »

A ce stade, j’ai l’impression que les avis sur Internet se divisent en deux catégories : ceux qui ont accepté le surnaturel pour voir où ça menait (puisque visiblement, je le rappelle, le film n’a RIEN de fantastique, c’est un huis clos d’horreur, un thriller qui confronte un psychopathe tout ce qu’il y a de plus humain à ses victimes humaines), et ceux qui ont crié à l’univers incohérent et bidon, qui ont arrêté de prendre le film au sérieux parce qu’il partait sur du surnaturel alors qu’il ne le faisait pas jusque là.

Robert Carlyle faisant une moue d'approbation.
Robert visiblement satisfait de mon explication garantie sans mauvaise foi.

Et là, je vous vois venir avec votre comparaison à ma réaction devant la Cabane dans les bois. J’avais effectivement reproché à ce film son revirement soudain dans le genre du fantastique avec l’apparition de dieux maléfiques vivant au centre de la Terre. Mais là où ce revirement de situation venait nuire au propos du film (qui se prétendait au-dessus des slashers idiots pour adolescents mais qui tombait en fait en plein dedans), l’étrangeté de Vorace sert son discours. Pour ma part, j’aime à penser que Vorace est un film de monstres sans maquillages ni prothèses. Il montre les monstres sans les cacher derrière des masques.

Un film de loup garous sans loups… et sans Garou…

Vorace décide donc de faire du fantastique en épargnant les effets spéciaux impressionnants. Si sur le papier ça semble étrange puisqu’on a l’impression que le film ne va pas dans son délire à fond, en réalité, c’est juste le choix le plus intelligent qu’il aurait pu faire. Et vous savez comment il justifie ça ? Grâce à une mystérieuse malédiction indienne ! C’est génial non ?

“Non c’est cliché.”

-Vous qui avez visiblement déjà vu des films d’horreurs américains.

Les chapeaux clonés de Hugh Jackman dans le Prestige
C’est ce qui fait qu’on va croire à un film aussi improbable qu’Inception mais que la résolution SF de l’histoire de Hugh Jackman dans le Prestige, un film sur le fait que le fantastique n’existe pas, gâche en partie l’oeuvre.

Ce qui est le plus important lorsque l’on parle de cohérence de l’univers d’un film, ce n’est pas tant de savoir si ce qu’il se produit dans le film est physiquement possible, mais de savoir si cela est justifié dans l’histoire en question. Le fait de se satisfaire d’explications données dans le film et de les trouver logiques s’appelle la suspension d’incrédulité. En gros, le spectateur fait l’effort de croire à ce qu’il sait ne pas être possible car il devine que cela sert l’oeuvre. C’est ce qui fait par exemple qu’on tolère les films de loup-garous sans gueuler parce que “bouh, les loup-garous, ça existe même pas en vrai !”.

Une image du trailer parodique Werewolf Women of the SS
Encore que… ne soyez pas trop prompts à juger de la non-existence des loup-garous… Nous avons retrouvé la trace d’un reportage jamais terminé dévoilant la vérité à propos du plan diabolique d’Hitler pour créer une race de femmes surhumaines avec l’aide de Fu Manchu #WerewolfWomenOfTheSS

Dans le cas présent, on sait très bien que la capacité de guérison de certains personnages est totalement irréaliste, mais le scénario vient l’expliquer en s’appuyant sur la légende indienne du Wendigo. Dans le film, un personnage indien qui ne sert qu’à ça prend le temps d’expliquer aux soldats qu’il existe dans son peuple une légende sur un homme qui aurait mangé de la chair humaine, ce qui l’aurait transformé en monstre plus fort et plus endurant, mais ce qui l’aurait aussi rendu fou et dépendant à la viande d’homo sapiens. Je vous l’accorde, c’est ultra cheap comme explication, et le fait que ce soit ENCORE une légende/malédiction indienne rend le tout un peu kitch. On a presque envie de rire au nez de ce pauvre bougre et de lui dire que tout ça, c’est du bidon, que ça n’existe pas.

George joué par Joseph Runningfox.
C’est d’ailleurs ce que fait le film, avant que ce troll de George l’indien ne rétorque que si ça existe, puisque les blancs vont à l’église tous les dimanche manger le corps du Christ. Haha ! Sacré George !

En fait, on peut s’étonner de constater que le mythe du Wendigo est très proche du mythe du Loup-garou. En effet, dans les deux situations, l’individu sujet à la malédiction se voit prêter une force et une résistance surhumaine. Capable de venir à bout de n’importe quel être humain à la force de ses membres, mais aussi de résister à la plupart des armes conventionnelles, le loup garou, tout comme le Wendigo du film, se voit en revanche devenir plus faible mentalement à mesure qu’il devient dépendant à la chair et qu’il perd donc le contrôle sur sa propre vie.

Un renard humanisé par Yamavu.
En soit, ce sont juste des furries vénères quand on y pense.

En fait, la lycanthropie (soit le fait d’être un loup-garou) est une vraie maladie psychiatrique. Le terme, dérivé de la fiction, sert à décrire la pathologie de certains individus convaincus que leurs corps se changent en corps d’animaux, et notamment de loup. C’est un cas fascinant de perte de contrôle sur la réalité car on n’est pas bien sûr de savoir qui de la légende ou de la maladie mentale est arrivé le premier. Est-ce que les premiers malades se sont convaincus tout seuls qu’ils étaient des loups-garous après en avoir entendu parler pour la première fois ? Est-ce que les légendes sont basées sur le comportement singuliers d’individus malades ?

La transformation du loup-garou du film "Le loup-garou de Londres"
On ne pouvait pas parler de loup-garous sans évoquer cette fameuse scène de transformation qui a valu au film « Le loup-garou de Londres » le tout premier Oscar du meilleur maquillage en 1982.

Quoi qu’il en soit, la lycanthropie est un état dans lequel l’individu civilisé qu’est l’être humain perd le contrôle de son être et cède à ses pulsions animales. Bien entendu, dans les œuvres de fiction, cette transformation mentale est représentée visuellement par une transformation physique. Dans le cas de Vorace cependant, point question de changement spectaculaire. Le cannibalisme est abordé comme une maladie mentale. Les personnages qui s’y essaient perdent peu à peu toute volonté de résister, et si dans un premier temps, leur sens moral leur indique qu’ils doivent lutter, leur instinct de survie les pousse à céder à la tentation : manger de la viande humaine pour devenir plus fort.

Liam Neeson jouant le maitre jedi Qui Gon Jin
Comme nous l’a si joliment enseigné Liam Neeson dans Star Wars I, il y a TOUJOURS un plus gros poisson #RIPInPeaceQuiGon

Et c’est là que le film d’Antonia Bird devient un vrai film d’auteur, puisque le parallèle sur la pulsion primitive va bien au delà de la maladie mentale. De son propre aveu, le film ne parle absolument pas de cannibalisme, et ça l’embête un peu quand on résume son travail à ce détail. Ce qu’Antonia Bird voulait faire, c’était un film sur notre monde. Vorace est en fait un film sur l’instinct de survie et sur les atrocités qu’il pousse à commettre. Cet instinct qui nous dit que dans le monde, soit on grossit au détriment de son prochain, soit on se fait manger par plus gros que soit.

C’est aussi simple que ça, Vorace est étrange parce qu’il est une métaphore, et ses choix particuliers s’articulent tous pour faire du film une oeuvre avec un propos engagé et assumé sur le capitalisme.

La loi du plus fort.

Guy Pearce le visage barbouillé de rouge.
« C’est bon, j’ai mangé tout le mercurochrome ! » #LePansementDesHeros

Chacun des personnages s’adonnant au cannibalisme dans le film commence à le faire par nécessité. Si ces premiers pas dans ce monde ne sont montrés que pour un seul d’entre eux, l’histoire des autres nous est racontée et c’est toujours pour échapper à la mort que le personnage s’est mis à manger un bout de ses copains. Là où dans la vraie vie, les cas de cannibalisme n’ont permis que la survie du cannibale, dans le film, les effets vont un peu au-delà. En effet, et comme on l’a évoqué précédemment, il y a une création de dépendance, mais surtout une amélioration de la condition physique. Littéralement, les cannibales du film améliorent leurs conditions de santé au détriment des autres.

Et c’est là qu’on se met à comprendre le réel enjeu de nous montrer des guérisons fantastiques dans un univers qui nous paraît être le nôtre. Les blessures qui se soignent de façon surnaturelle le font seulement lorsqu’un personnage mange de la chair humaine. Bien entendu, cela n’est pas réaliste, mais ce qu’Antonia Bird cherche à nous dire en traitant la légende du Wendigo de cette façon, c’est qu’une minorité de gens créé sa richesse au détriment des autres.

Le célèbre meme du "Oh my god" tiré du film d'horreur "troll 2"
Réaction de l’auteur de cet article durant le visionnage du film. (Reconstitution.)
Anthony Hopkins dans son rôle d'Hannibal Lecter
C’est assez intriguant que dans la culture populaire, et notamment grâce au personnage d’Hannibal Lecter, le cannibale soit souvent associé au bon vivant…

Le film nous montre alors les cannibales s’organiser en une espèce de petit cercle de personnes privilégiées. Dans ce qui est, pour le coup, une vraie scène de comédie noire, le film nous présente le héros forcé de s’associer avec les autres cannibales. Leur condition de prédateur les empêche de se mêler aux gens “normaux” car ils sont un gibier pour eux, et c’est leur addiction pour la viande humaine qui les pousse à se retrouver en petite communauté. Ils n’ont pas le choix, ils doivent maintenant manger de la chair humaine, autant le faire avec des compagnons à leur table puisqu’il leur est difficile de se faire des amis sur le long terme dans leur situation.

Une fois qu’on comprend la critique qu’adresse ce film, on comprend également une partie de l’imagerie. La légende indienne ? Les Etats-Unis se sont créés au détriment des peuples indiens qui vivaient déjà sur le continent. Les officiers américains qui mangeaient de la viande à peine cuite avec un appétit d’animaux ? Même idée, ils représentent l’impérialisme américain qui pousse le pays à se nourrir des ressources naturelles d’autres pays plus faibles qu’eux. Pourquoi un Western ? Parce que la conquête de l’Ouest représente le moment où les Etats-Unis, tout comme le personnage principal, ont commencé à se nourrir des ressources des autres (les Indiens) pour survivre.

Guy Pearce visiblement en plein doute quant à ce qu'il doit manger ou non.
Le film prend un point d’honneur à souligner que c’est rarement par choix que les personnages vont commencer à  manger de la viande humaine, c’est pour survivre. Ce n’est qu’une fois l’habitude prise qu’ils vont se mettre à en consommer plus que de raison.

Tout comme l’a fait le remake de La Colline a des Yeux, Vorace dresse un portrait assez peu élogieux de notre monde de consumérisme et nous rappelle que toutes les richesses que nous avons, nous les avons au détriment du confort de quelqu’un d’autre. Le système de production et de consommation des Etats-Unis, mais aussi de la plupart des pays du monde repose sur un principe simple : quelqu’un travaille dur pour créer un bien de consommation qui va améliorer la vie de quelqu’un d’autre.

Mais alors pourquoi le cannibalisme en particulier ?

La princesse "Mononoké"
Après, Antonia Bird a juste comparé le « cannibalisme » au « monde dans lequel nous vivons ». On peut aussi y voir un message écolo où l’espèce humaine grossit en « mangeant » les ressources naturelles de la planète, un peu comme dans Princesse Mononoké, mais l’hémoglobine en plus.

Parce que l’homme est un loup pour l’homme. Une partie de l’espèce vit en se nourrissant sur le dos de l’autre. Les inégalités que nous avons créées avec notre système de production sont déraisonnables si nous pensons à l’échelle d’une espèce : non seulement l’être humain s’est développé au détriment des espèces animales et végétales, mais il a continué de le faire au détriment de lui-même. Ce choix est un choix dangereux car il a créé une profonde inégalité au sein de l’espèce humaine et personne n’est tout à fait capable de nous dire si ce déséquilibre peut durer indéfiniment. Mais plus dangereux encore semble être le destin de cette “élite cannibale” lorsqu’elle se sera nourrie de toutes les ressources dont disposait le reste de la population. De quoi va-t-elle se nourrir ensuite ? Comme semble l’indiquer la fin du film, la situation ne sera pas tenable éternellement et viendra un moment où les cannibales seront forcés de se manger entre eux, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un… et ensuite plus aucun.

Voilà donc pour Vorace, un film d’horreur passé totalement inaperçu (en même temps il a fait quelque chose comme 30.000 entrées en France à l’époque, ce qui est TRES peu) mais qui dispose quand même d’énormes qualités. Si comme moi vous êtes en train de réaliser une liste de films d’épouvantes à voir pour célébrer Halloween comme il se doit, jetez-y un coup d’oeil. Vorace est clairement un film qui mérite d’être vu, ne serait-ce que pour son étrangeté.

Guillaume.


Images:

Antonia Bird, Vorace, 20th Century Fox, 1999.

Drew Goddard, La cabane dans les bois, Lionsgate et Mutant Enemy, 2012

John Milius, Conan le Barbare, Dino De Laurentiis Corporation, 1982

Photo d’Yvette Horner trouvée sur BrainMagazine http://www.brain-magazine.fr/article/interviews/10323-Yvette-Horner—Yvette-Hors-norme

Brian de Palma, Carrie, United Artists, 1974.

Alejandro G. Iñárritu, The Revenant, 20th Century Fox, 2015.

Christopher Nolan, Le Prestige, Warner Bros. 2006.

Rob Zombie, Werewolf Women of the SS, The Weinstein Company, 2007.

Dessin de renard anthropomorphe par Yamavu.

John Landis, Le Loup-garou de Londres, Universal Pictures, 1981.

George Lucas, Star Wars, épisode I : La Menace fantôme, Lucasfilm, 1999.

Claudio Fragasso, Troll 2, Metro-Goldwyn-Mayer, 1990.

Ridley Scott, Hannibal, Universal Pictures, 2001.

Hayao Miyazaki, Princesse Mononoké, Toho, 1997.

2 commentaires sur « Vorace : votre banquier est-il un loup-garou ? (Antonia Bird, Vorace, 1999) »

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