Dune, ce film étrange à voir.

De quoi ça cause ?

De Dune, et c’est super bien, mangez-en. Allez, salut !

Non d’accord, on va faire un vrai résumé. C’est l’histoire du jeune Paul Atreides qui quitte sa planète natale pour aller vivre sur l’hostile Arrakis, planète d’origine de la denrée rare qu’est l’épice, que son père doit à présent diriger à la demande de l’Empereur (pas Palpatine) alors qu’elle était auparavant aux mains de leurs ennemis jurés, la famille Harkonnen… Et c’était un piège, qui force Paul à devenir un homme en rejoignant les Fremen, où il devient leur messie, Usul (NON, pas celui du 3615 Usul).

Ce qu’on en dit.

Pour voir Dune, de David Lynch, on a décidé avec Guillaume qu’on ferait une petite expérience : l’un d’entre nous aurait lu le livre du même nom, écrit par Frank Herbert (je vous donne l’info pour que vous alliez l’acheter, donc prenez des notes), et l’autre non. Si on a fait ça c’est pas juste parce qu’on est un peu tordus, c’est aussi parce que la première fois que Guillaume a essayé de voir Dune il y a quelques années de cela, il n’avait pas réussi à rentrer dans le film. Du coup on a décidé qu’il fallait être persévérant dans la vie, et que je serais celle qui aurait lu le roman, tandis que lui devrait réessayer sans cela (mais avec un minimum de mes explications à côté parce que quand même).

L’idée, c’est que comme on aime réfléchir au processus d’adaptation – qui doit produire un film agréable et jouissif autant pour les lecteurs que pour les simples spectateurs, ce qui n’est pas le cas de tant d’adaptations que ça -, on voulait voir si Dune avait réussi son pari ou pas. Eeeet… C’est presque ça.

Les Harkonnen, qui vivent d'ailleurs sur du fond vert sans incrustation.
Les Harkonnen, qui vivent d’ailleurs sur du fond vert sans incrustation.

Presque, parce que l’histoire est bien là, ils ont essayé de caser tous les personnages mais sans hésiter à les rendre plus « cinématographiques » – je pense ici aux Harkonnen qui sont tous roux dans le film (même les gardes qui ne sont pas de la famille, TOUS ROUX), alors que ce n’est pas le cas dans le livre, et particulièrement au Baron qui ici a une sorte de maladie cheloue qui lui fait des pustules (ce qui le rend moche, donc on sait qu’il est méchant) et qui a des jets packs intégrés à ses vêtements alors que dans le livre, il est juste gros et dans un fauteuil qui flotte. Les étapes principales du récit sont également là, et donc, effectivement, quand on connaît le roman d’origine on s’y retrouve vraiment bien.

"Bonjour, je suis Max von Sydow. Les auteurs de cet article se sont probablement déjà moqué de moi dans Vercingétorix ou encore Conan le Barbare, que je vous conseille d'aller lire après cet article."
« Bonjour, je suis Max von Sydow. Les auteurs de cet article se sont probablement déjà moqué de moi dans des articles tels que Vercingétorix ou encore Flash Gordon, que je vous conseille d’aller lire après cet article. »

Mais il y a évidemment un problème qui découle presque toujours du désir d’avoir tous les personnages du livre présents dans le film : c’est que certains en deviennent inutiles, voire frustrants. Je pense aux trois hommes au service de la famille Atréides que sont Duncan Idaho, Gurney Halleck et Thufir Hawat : on voit le premier dans deux scènes, le deuxième c’est Patrick Stewart, et le troisième on a l’impression qu’il est inutile. Alors que les deux premiers sont les plus fidèles des fidèles à la famille Atréides qui chacun vont retrouver Paul à un moment de sa fuite chez les Fremen, et le troisième est un maître de guerre qui se retrouve à travailler pour les Harkonnen par erreur. Ceci dit, le personnage le plus symptomatique de cette frustration est celui qui est joué par Max von Sydow, c’est à dire le Dr. Kynes : il joue normalement un double jeu, en tant qu’allié de l’Empereur, mais aussi [Attention, spoiler] comme premier guide des Fremen, Liet, ce qui en fait un personnage complexe mais aussi très important dans l’histoire, même s’il meurt relativement rapidement [Fin du spoiler, ouf !]. Liet est d’ailleurs mentionné dans le film, puisqu’il est le père de l’amoureuse de Paul, mais rien ne permet de faire le lien entre les deux noms.

"Mais l'Empereur, la planète désertique... Je pensais que c'était une suite à Star Wars môa !" - le spectateur lambda, 1984.
« Mais l’Empereur, la planète désertique… Je pensais que c’était une suite à Star Wars môa ! » – le spectateur lambda, 1984.

A cela s’ajoute un autre problème qui est sûrement lié à ce dont on parlait au-dessus : le film a un rythme très étrange. Il semble vouloir à la fois se dépêcher d’arriver au cœur du récit tout en voulant prendre son temps pour chaque scène, afin de pouvoir poser le décor et apprécier l’histoire. Du coup, ayant lu le livre, je me retrouve à dire « Ah mais oui, le film se dépêche de… Ah bah non pas tant que ça, mais pourquoi s’attarder autant ici ? » – et c’est en partie ce qui peut déranger quelqu’un qui n’a pas lu le roman. Il est assez clair que le film a été pensé avant tout pour un public de fans de Dune plutôt que pour les quelques curieux qui se sont dit en 1984 : « Cool, j’avais bien aimé Star Wars, on va aller voir ce que ça donne ! » – je pense que ces derniers ont potentiellement été bien déçus. Le film se laisse regarder, évidemment, mais je suis sûre que beaucoup de choses peuvent facilement échapper à notre ami le spectateur curieux.

"Mais moi je voulais manger des Knackis..." - la voix off fait juste exactement comme nous dans 50% des légendes sur ce blog : faire dire des trucs inutiles aux personnages.
« Mais moi je voulais manger des Knackis… » – la voix off fait juste exactement comme nous dans 50% des légendes sur ce blog : faire dire des trucs inutiles aux personnages.

Autre symptôme du film qui veut se dépêcher : il est très verbeux… On a le droit à une assez longue introduction de la part de la Princesse Irulan – qui fait écho, une fois de plus, aux introductions des chapitres du roman -, pour poser le décor, ce qui est déjà assez artificiel. Oui, plus que le panneau au début des Star Wars : parce que là on a juste la tête de la princesse qui flotte dans le vide de l’espace, sans musique, et, bizarrement, ça passe moins bien. De même – et ça c’est beaucoup plus gênant -, il y a ÉNORMÉMENT de voix off utilisée dans le film, notamment pour traduire les pensées des personnages… Sauf que souvent, ça peut se faire en un seul regard, et que du coup la voix off est assez dérangeante parce qu’on sait qu’il y avait moyen de le faire de manière plus cinématographique – puisque le cinéma, c’est avant tout l’art de montrer, plutôt que de dire.

Maintenant, faut-il éviter Dune ? Non, clairement pas. Ça reste un film qu’on est contents d’avoir vu chez Laqvs, mais il vaut mieux au préalable se munir d’un.e ami.e qui connaît déjà l’histoire si vous avez envie d’apprécier toute l’epicness d’Arrakis. Ou de lire le roman, parce que même si vous n’aimez pas lire, je pense que vous ne le regretterez pas #PropagandePourLaLecture.

Manon.


Crédit images

David Lynch, Dune, Dino de Laurentiis, 1984.

George Lucas, Star Wars IV, 20th Century Fox, 1977.

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