Battle Royale : un week-end normal dans la vie d’un adolescent ? (Kinji Fukasaku, Battle Royale, 2000)

Résumé :

Dans une société en crise où les étudiants sèchent les cours et disent des gros mots, un gouvernement a décidé de discipliner les adolescents en votant la loi “Battle Royale”. Une fois par an, une classe de lycéens est choisie au hasard et est amenée sur une île déserte pour jouer à une version un peu hardcore de Koh Lanta où tout le monde doit s’entre-tuer jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un.

Les rayons d'une boutique VideoFutur, une chaine de location de films
#TEsUnAncienSiTuTeSouviens #VideoFutur #PartageSiTEsTriste

Battle Royale, aussi loin que je m’en souvienne a toujours été comparé à un classique. Déjà à l’époque de sa sortie, alors que le petit garçon de même pas 10 ans que j’étais découvrais tout juste le cinéma avec Matrix et le Seigneur des Anneaux, j’avais entendu parler de ce film japonais qu’un de mes camarades devait avoir emprunté au Vidéo Club local. Il n’en fallait cependant pas beaucoup pour convaincre un jeune public de la qualité d’un film, et puisque Battle Royale, c’était un film avec des gens qui se tuaient à coup de mitraillettes, c’était forcément un chef-d’oeuvre.

J’ai pourtant été surpris d’entendre ce nom rejaillir lorsque le premier volume de la trilogie Hunger Games a été adaptée au cinéma en 2012. Comme le film était clairement un film pour adolescents, et que les films pour adolescents, c’est forcément de la merde (sauf Harry Potter parce qu’il parait que c’est ultra sérieux Harry Potter, faut pas dire du mal d’Harry Potter sur Internet), la critique n’a pas trouvé d’autre façon de résumer ce succès pour jeunes adultes autrement qu’en le qualifiant de “Battle Royale mais en moins bien”.

Les deux équipes de chasseurs de fantômes des films Ghostbusters
Soudainement, la critique s’est mise à défendre un film dont elle n’en avait jusque là rien à foutre, juste pour râler sur la nouveauté, exactement comme dans le cas de Ghostbusters en fait…

“Diantre !” Me disais-je. Quel est la probabilité pour que le public fan de Hunger Games ait déjà entendu parler de ce film d’action japonais qu’était Battle Royale ? C’était la pire comparaison du monde. Et puis, ça sous-entendait quand même vachement que Battle Royale était un chef d’oeuvre, ce que n’était visiblement pas l’adaptation des romans à succès de Suzanne Collins. Ceci dit, j’avais assez aimé ladite adaptation, et j’étais curieux de voir Battle Royale que toutes les critiques du monde, même Valentin, 10 ans et alors élève à l’école primaire Henri Wallon qualifiait de merveille du 7e art. Si The Hunger Games était appréciable, il y avait fort à parier que je prendrais une claque monstre devant “l’oeuvre originale”.

Heureusement, comme les marketeux sont des gens malins, je n’ai eu aucun mal à trouver de DVD Battle Royale puisqu’il était joliment estampillé d’un petit “le film que les critiques du monde entier comparent à Hunger Games”. Déjà, ça commençait mal. Quand James Cameron qu’on ne présente plus est obligé de se voir ajouter le titre de “réalisateur d’Avatar” sur l’affiche de sa version 3D de Titanic, je trouve ça triste, mais que le nom de Hunger Games sur lequel tout le monde crache soit imprimé sur le boitier d’un DVD soyeux de ce trésor du cinéma japonais qu’est sensé être Battle Royale, je vois personnellement ça comme une insulte.

Une affiche promotionnelle de Battle Royale le comparant à Orange Mécaniques de Stanley Kubrick
Après j’ai un peu de mal à ne pas prendre les critiques de Battle Royale pour des faux-culs, parce que malgré ses évidentes qualités, le public occidental n’en avait rien à carrer de ce film avant sa ressortie DVD et Blu Ray  en… 2012… bah tiens, comme par hasard…

Mais maintenant que vous en savez un peu plus sur moi, ma vie, mon histoire et surtout, ma curiosité pour Battle Royale, vous voulez peut-être savoir ce que j’ai à en dire ? Oui ? Non ? Bon, bah pour les deux qui sont restés jusque là, on commence.

Boum ! Boum ! Taratata ! Tsoin ! Tsoin !

Comme évoqué dans mon introduction, Battle Royale, c’est l’histoire de jeunes avec des mitraillettes qui se tirent dessus sur une île déserte. Voilà.

La couverture de la première édition du roman Battle Royale (1999)
Et ça m’embête vraiment de ne pas encore avoir pu lire ce roman parce que je suis convaincu qu’une partie des soucis du film (comme le manque de développement des personnages où de tangibilité du monde) vient du fait qu’il s’agisse d’une adaptation assez courte d’un pavé littéraire.

J’en vois qui se crispent parce qu’ils voient déjà où je veux en venir, mais avant d’aller plus en détail, j’aimerais juste rappeler que nous parlerons ici exclusivement du film et de son contenu et que je n’ai malheureusement pas eu le temps de lire le roman dont ce film était adapté, et que je n’ai pas non plus fait de recherches sur le contenu de celui-ci. Oui je sais, oui c’est honteux, mais “bouuuh” vous-mêmes, on reste un blog de cinéma ici, pas de littérature. Ceci dit, j’ai largement assez de matière pour régaler les amateurs de sous-texte qui nous lisent et le film est bien assez riche comme ça. Alors pouet !

Mais je me suis interrompu dans ma réflexion. Aussi disais-je “Voilà”. Je suis assez surpris par l’univers de ce film. En réalité, le scénario n’entre jamais vraiment dans le détail et je me suis retrouvé comme une andouille devant plusieurs scènes à ne pas comprendre comment les personnages, le pays et le monde en général en étaient arrivés là.

Il parait que les jeunes dans ce monde ne respecte plus rien. Alors d’accord, on dirait le Japon, tout est tellement codifié là-bas et le respect de la hiérarchie est tellement important dans leur société qu’un taux d’absentéisme de 98% au lycée et que des élèves qui attaquent leur prof à coups de surins ça leur paraît post-apocalyptique. Je veux bien y croire si on me dit que c’est comme ça tout le temps, dans tout le pays et que la jeunesse japonaise est condamnée à échouer. Seulement le spectateur n’a jamais plus d’information que ça car il est forcé de suivre une classe particulièrement dissipée et c’est tout. Aucun topo n’est fait sur l’état du pays et lorsque soudainement, la classe d’excités que l’on suit se retrouve à devoir s’entre-tuer, la première réaction qu’on a c’est plus de la surprise qu’autre chose. Est-ce que forcer des étudiants à se massacrer, c’est vraiment une solution ?

Une photo de classe de la quarantaine d'étudiants de Battle Royale
Alors que c’est juste la même classe que toutes celles dans lesquelles vous avez été : la pire classe de tout le lycée selon le prof, pas de quoi en faire un drame.
Image de Misha chanteant "I play Pokemon Go everyday" (source : video youtube)
Peut-être que la population étudiante est tellement décadente qu’elle passe toute sa journée à jouer à Pokemon Go au lieu de regarder les pubs à la TV !

Le pire, c’est que les étudiants en question sont aussi surpris que nous. Visiblement, c’est la première fois qu’ils entendent parler de « Battle Royale » et face à la mine déconfite de cette quarantaine de jeunesl’ qui n’a jamais regardé la TV, on a envie de féliciter le gouvernement qui a mis cette loi en place parce que visiblement, ça sert à rien et tout le monde s’en branle, même les jeunes qui sont les premiers concernés.

Mais la logique de ce monde continue de surprendre quand on se rend compte qu’en fait, si les jeunes n’ont jamais entendu parler de Battle Royale, c’est peut-être parce que l’événement n’est pas couvert par les médias et que personne ne semble en parler tout court. C’est un peu surprenant puisque le film commence sur des équipes de télévision attendant la gagnante d’une édition précédente à la sortie de l’ile, mais après tout, comme on ne revoit plus aucun journaliste de tout le film, on se dit que c’était peut-être pour l’édition du 13h que Jean-Pierre Pernaut avait fait réaliser un petit reportage sur cette tradition exotique du massacre d’enfants, mais que personne en dehors des chômeurs et des retraités n’est devant la TV à cette heure là, donc personne ne sait ce qu’est vraiment Battle Royale.

On se demande donc vivement quel peut être le but d’une loi forçant les jeunes à se battre si personne n’entend jamais parler du massacre en question et encore moins de la loi. Au moins, dans The Purge ou Hunger Games, la population est directement confrontée aux lois inhumaines qui encadrent leurs vies, ce qui produit un vrai impact sur leur comportement en société, mais à quoi bon rendre obligatoire un service militaire sous stéroïde si personne n’est au courant ?

Dennis Nedry, l'informaticien chargé de la sécurité dans le premier film Jurassic Park
Sérieusement, je ne serais pas étonné d’apprendre que le gars responsable de la sécurité de Battle Royale soit le même mec que pour Jurassic Park…

Le problème, c’est que la logique du truc est vraiment foutue n’importe comment. Plusieurs fois pendant le film, on s’étonnera de voir que la sécurité de l’île a été pensée par un amateur. Ainsi, il suffit de quelques heures et de pièces détachées à un jeune garçon pour pirater le système informatique qui permet la surveillance de l’île et les militaires qui encadrent l’événement sont là pour impressionner plus qu’autre chose puisque, et cela alors que le système de surveillance a été, je le rappelle, désactivé, ils se contentent de la parole d’un participant qui leur dit que “ça y est, j’ai gagné” pour qu’ils le croient en se cassent de l’île en le laissant derrière eux. Bah oui quoi, pourquoi vérifier que le règlement a été suivi jusqu’au bout quand on est justement payé pour s’assurer que le règlement soit suivi jusqu’au bout ? Personnellement, si la jeunesse a un soucis avec l’autorité, c’est à mon avis que la figure suprême d’autorité qu’est l’armée a quelques petits problèmes tout court.

Monsieur Kitano, le professeur encadrant Battle Royale, donnant quelques conseils aux étudiants.
« Bon les enfants, normalement, vous êtes sensés vous tuer jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un, mais comme on est des branleurs et que ce soir, il y a foot, exceptionnellement, l’armée et moi, on quitte l’île à 17h. Après vous faites ce que vous voulez, c’est pas mon problème. Pensez-juste à éteindre la lumière en partant. »

Au premier visionnage de Battle Royale, j’étais donc plutôt de l’avis de Valentin, étudiant de CM1 pour qui Battle Royale c’était bien parce qu’il y avait des gens qui meurent.

Un soucis de communication.

J’étais bien embêté car voilà longtemps que je voulais voir ce bijou d’ultra violence qui dépeignait de façon si cynique notre société. J’avais envie de me sentir supérieur aux simples adorateurs de Jennifer Lawrence qui, pauvres fous, n’avaient même pas vu Battle Royale !

Un étudiant venant de planter une hache dans la tête de son ami et lui demandant s'il va bien.
Je vous avoue, au premier visionnage, je suis un peu passé à côté de l’aspect métaphorique de la chose…

Mais en y réfléchissant un petit peu, je me suis rendu compte que Battle Royale était peut-être un de ces films qui, plutôt que de suggérer des idées fortes au détour d’une ligne de dialogue un peu énigmatique ou d’un plan poétique était plutôt une métaphore du début à la fin. Ainsi, en le regardant en premier degré, on a un divertissement sympatoche avec quelques bonnes scènes de tension, mais en remettant un peu le tout en contexte, on pouvait effectivement avoir accès à un sous-texte pertinent.

Parce que Battle Royale, si on n’entre pas dans les détails, ça parle de quoi ? En gros, c’est une bande d’adolescents qui doivent suivre les règles que leur imposent des personnes plus âgées sans comprendre pourquoi. Ils n’ont jamais entendu parler de Battle Royale et on ne leur dit jamais que c’est pour discipliner la nation que la loi a été passée. On attend juste que l’obéissance des jeunes soit aveugles, un point c’est tout.

Un groupe d'étudiants portant un collier explosif autour du cou.
Visuellement, l’emprise des adultes sur les jeunes est représentée par ce collier piégé que portent les participants. Il est théoriquement impossible d’échapper à la volonté des aînés.

En continuant de raisonner comme ça, on se rend compte que le reproche fait plus tôt à l’absence de logique de la loi du au manque de communication autour est en fait un effet voulu. Le gouvernement, cette entité invisible et intouchable qui semble régir le monde des adultes, et par extension celui des plus jeunes, est imparfait car sa loi ne sert à rien. Personne n’est au courant de son existence et elle ne règle de ce fait aucun problème. Les adultes semblent donc avoir une vision fantasmée du monde qui n’est pas en accord avec la réalité du Japon de tous les jours. Le gouvernement vit totalement déconnecté de la réalité.

Il existe un fossé entre les générations, l’une imposant ses règles à l’autre sans savoir se justifier, et on réalise que si les jeunes sont aussi perturbés, c’est parce qu’ils sont déboussolés par ces règles qui ne collent pas à leur logique, à leur perception du monde. D’accord on leur demande de faire ceci ou de faire cela, mais pourquoi ? C’est la question de l’innocence par excellence ce “pourquoi ?”, celle que posent les jeunes enfants quand ils apprennent à parler parce que naturellement, ils veulent tout saisir du monde dans lesquels ils progressent. Mais les adultes, incapables de trouver quoi dire à ce “pourquoi ?” leurs répondent par une violence absurde et injustifiée, ce qui ne fait que renforcer la frustration des jeunes, lesquels finissent par faire un bon gros “fuck it” à l’autorité et à l’envoyer chier.

Le robocop du film de 2014
Ce cercle de la violence n’est pas sans rappeler celui de Robocop (2014), un film qui, n’en déplaise à certains, n’a pas besoin d’effets gores pour être violent.

Evidemment, on imagine le cercle vicieux dans lequel est tombée la société. La classe politique se sert des médias pour exprimer son incompréhension des jeunes décidément de plus en plus violents parce que c’était pas comme ça à leur époque, mais personne ne réalise que ces jeunes ne sont pas nés violents mais qu’ils le sont devenus parce que personne n’a su les encadrer ni les rassurer. Au final, dans un monde où personne ne se comprend puisque personne ne communique, on pointe les jeunes du doigt en les accusant de ne pas respecter leurs aînés. Mais si on prend deux secondes, on se souvient que ce ne sont pas les jeunes “irrespectueux”, “agressifs” et “dangereux” qui ont voté une loi pour forcer des groupes d’adolescents à se mettre des coups de machettes dans la tronche, mais les hommes politiques qui leur servent de modèle.

Le respect que doivent les jeunes aux personnes plus âgées n’est pas inné et les aînés doivent le gagner par leurs actes et leur expérience, pas juste par le fait qu’ils sont vieux, donc ils ont raison. Ce genre de raisonnement con, c’est la même chose que si je citais Darwin qui t’explique qu’en gros, la sélection naturelle, c’est ce qui fait que les plus faibles meurent les premiers pour justifier que comme je suis encore en vie mais pas Bruce Lee, bah je suis plus fort que Bruce Lee. #CPasMoiCDarwin

Bruce Lee et Chuck Norris en venant aux mains dans Way of the Dragon (1972)
Toi aussi tu peux maintenant prouver grâce à Charles Darwin que Chuck Norris est EFFECTIVEMENT plus fort que Bruce Lee, et ça malgré ce que le lobby du cinéma asiatique tente de nous faire croire depuis 1972.

Le problème de compréhension entre les générations est donc au centre de ce film, mais vous savez de quoi parle vraiment Battle Royale ? Vous savez ce que représentent les mitraillettes, les massacres et tout le bloubiboulga d’hémoglobine ? Et bien c’est en vérité très simple car, là où Valentin ne voyait dans ce film qu’une histoire de massacre, le cinéphile averti (et un chouilla cynique) réalise assez vite qu’en fait, Battle Royale est un film sur le fait de devenir adulte et responsable.

Tuer ses rêves de gosses à la kalashnikov

Tuer ses rêves de gosses à la kalashnikov. Non, il n’y a pas d’erreur de mise en page, j’ai bien répété ce titre pour que vous le lisiez deux fois. Sérieux il est trop beau ce titre, il rime, il est rythmé, il envoie le pâté. On croirait du Booba tellement c’est swaggé.

Mais trêve de bavardage, qu’est-ce que j’avais en tête pour écrire un si beau morceau de poésie ?

L'affiche du film Pop Redemption
Et quel autre film dont on a parlé traitait du passage de l’adolescence à l’âge adulte avec un ton décalé ? Pop Redemption, sorti lui aussi en 2012… comme par hasard…

Bah tout simplement que Battle Royale, en fait, c’est juste l’histoire de jeunes qui deviennent adultes dans un système un rien trop élitiste. On a déjà évoqué dans la partie précédente que l’ultra violence quotidienne des jeunes ne leur avait été inspirée que par la société qui les a fait grandir : ils ne font que reproduire ce qu’ils connaissent de la vie. Mais cette société décrite dans le film ne serait-elle pas qu’une version un peu poussée à l’extrême de la société japonaise ?

Le Japon est un pays construit autour d’un sentiment d’élitisme fort, et cela à plusieurs niveaux. Si on avait déjà parlé dans The Wolverine de la hiérarchie qui existe entre les Japonais et les étrangers, on a oublié de parler de la hiérarchie sociale responsable de nombreuses inégalité au pays du soleil levant.

Pour éviter de se retrouver dans le groupe des “nuls” qui gagnent pas leur vie, ce qui n’est pas tellement cool pour l’image de la famille, les étudiants sont obligés de donner le meilleur d’eux-même dans un système éducatif reposant sur la compétition entre élèves. Dès le plus jeune âge, les enfants sont soumis à des cours du soir ou des classes préparatoires pour devenir encore plus excellents que leurs voisins, leur quotidien scolaire étant régi par une pensée simple : il n’existe qu’une place de premier de la classe.

Albus Dumbledore donnant des conseils de vie.
« Oui parce qu’évidemment, placer de jeunes enfants dans une situation de compétition constante en fait des adultes équilibrés. Personnellement, j’isole mes étudiants selon des traits de caractères bidons et je leur lave le cerveaux pour redéfinir leur personnalités. Près de 25% de mes anciens élèves sont ainsi devenu des néo-nazis « 

Ce système de compétition extrême est en fait représenté dans le film à travers ce jeu de massacre qu’est Battle Royale. Pour réussir à l’école, et après ça dans la vie, il faut savoir sortir de ses caprices d’enfants, se détacher de ses connaissances les plus encombrantes (car pas assez fortes à l’école, donc inutile pour une carrière réussie) et battre les meilleurs avant qu’ils ne nous battent.

Battle Royale, ce n’est donc qu’une représentation un peu plus visuellement parlante d’un système oppressant dans lequel, si on veut s’en sortir, on doit s’assurer d’être le dernier debout.

Le film tente comme il le peut de nous présenter chaque individu de la classe, de nous faire comprendre quelles sont ses relations avec d’autres personnages et parfois, il nous offre même un petit flash-back pour nous montrer de qui il était secrètement amoureux, qui étaient ses copains et qui étaient ses pas-copains. On a l’impression que tous les personnages ont des relations ultra simplistes entre eux, entre les “je te boude parce que tu as dis mon secret” et les “on dirait qu’on est des copains parce qu’on fait la même taille”, les personnages sont obligés de revoir leurs relations les uns avec les autres à mesure que quelqu’un amène un fusil à pompe dans l’équation.

Le père du héros, pendu dans son appartement et laissant derrière lui un message à son fils, lui demandant de réussir là où il a échoué.
Ce père qui se suicide, c’est à la fois une représentation violente de la peur de l’échec social et l’aveu d’une génération qui s’excuse d’avoir échoué à laisser derrière elle un monde stable et en paix.

Mais le plus évocateur (et à vrai dire, c’est peut-être la seule image vraiment évocatrice du film), est le flash-back que semble avoir régulièrement le personnage principal et qui nous montre le papa de notre héros qui a préféré se pendre plutôt que de continuer de se battre dans ce jeu de massacre inhumain qu’est la vie. C’est la vision de son père, ce « naze » comme semble le sous-entendre le film, qui va aider le jeune garçon à survivre car il a envie de réussir là où son géniteur a abandonné, à savoir faire face à la vie.

Rocky Balboa s'entrainant contre de la viande froide
Visiblement, ce monsieur était encore quelqu’un qui n’avait pas assez regardé Rocky !

Finalement, le film se conclut sur non pas un, mais deux survivants. Le système idéal que tentent d’imposer les adultes n’est pas parfait et les règles du jeu ont été contournées grâces à de nouvelles idées plus novatrices. Mais les deux survivants, conscients qu’ils ne peuvent rien faire contre un monde entier forgé à l’image de ce jeu de massacre auxquels ils ont échappés de justesse décident de fuir et de ne jamais réintégrer la vie en société. Ils tentent d’échapper à leur monde et au destin qui les y attend tout comme ils ont tenté d’échapper à l’île où ils étaient retenus prisonniers. Tout cela, parce que tant que les règles du jeu seront imposées par des personnes à la façon de penser obsolète et rigide, le massacre ne peut pas vraiment s’arrêter.

Furiosa et Max s'entraidant pour survivre.
Battle Royale, c’est un peu comme Mad Max Fury Road, certain n’y verront qu’un truc con mais fun à regarder, d’autres sauront lire entre les lignes pour y découvrir des propos assez engagés.

Du coup, Battle Royale, ça vaut quoi ? Bah loin d’être un chef-d’oeuvre absolu, il s’agit d’un film totalement divertissant dans la gratuité de sa violence mais qui s’offre un second niveau de lecture vraiment intéressant et malheureusement ultra sinistre.  Est-ce qu’il faut impérativement le voir ? Pour votre culture sans doute, parce qu’il parait qu’il est culte,  même s’il faudra faire l’effort de lui pardonner ses problèmes de narration et le manque de contexte. Ceci dit, maintenant que vous avez lu cet article, vous pouvez vous aussi frimer en soirée sans avoir vu les films ou lu les livres et prétendre que “Hunger Games, c’est quand même un gros plagiat de Battle Royale”.

Sauf que pas du tout.

Batman et Robin surpris dans leur film de 1966;
« Nom d’un pétard ! Ça c’est un cliffhanger de petit margoulin ! »

Guillaume.


Images :

Kinji Fukasaku, Battle Royale, Toei Company, 2000.

Ivan Reitman, SOS Fantômes, Columbia Pictures, 1984.

Paul Feig, Ghostbusters, Sony Pictures, 2016.

Image du clip de Misha « I play pokemon go everyday » https://www.youtube.com/watch?v=vfc42Pb5RA8

Jurassic Park, Steven Spielberg, Amblin Entertainment & Universal Pictures, 1993.

José Padilha, Robocop, Columbia Pictures, 2014.

Bruce Lee, La Fureur du Dragon, Concord Production Inc. et Golden Harvest, 1972.

Martin Le Gall, Pop Redemption, Les Films d’Avalon, 22h22, 2013.

John G. Avildsen, Rocky, United Artists, 1976

George Miller, Mad Max: Fury Road, Warner Bros, 2015.

Leslie H. Martinson, Batman, 20th Century Fox, 1966.

Chris Columbus, Harry Potter à l’école des sorciers, Warner Bros. 2001.

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