Une merveilleuse histoire du temps : fallait-il absolument que le personnage principal soit Stephen Hawking ? (Une merveilleuse histoire du temps, James Marsh, 2014)

Résumé

Quand Remus Lupin emmène en sortie ses petits élèves de l’université de Cambridge pour une conférence sur les trous noirs, l’un d’eux a soudainement une idée de génie sur la formation de l’univers. Ce petit malin est un certain Stephen Hawking, et sa théorie est applaudie limite avant même d’avoir été publiée, mais le film n’en a rien à foutre parce que sa copine est apparemment plus intéressante.

Stephen Hawking avec un nounours dans les bras (parce que c'est trop bien)
Pour les gens qui vivent dans une grotte, Stephen Hawking, c’est ce monsieur.

J’aime bien la vulgarisation scientifique – surtout dans des domaines comme la physique et autres « sciences dures » (je mets des guillemets parce que les sciences humaines ne sont pas molles pour autant). C’est tout un monde auquel je ne comprends rien et auquel on me permet d’accéder en l’expliquant simplement. Il se trouve que Stephen Hawking est un grand nom de la vulgarisation scientifique, et que le film d’aujourd’hui qui devrait parler de son travail tire d’ailleurs son titre de son premier grand ouvrage de vulgarisation, Une brève histoire du temps. Que je n’ai pas encore lu, mais quoi de mieux comme introduction que d’avoir un résumé de sa recherche en format film avant de se lancer ?

Malheureusement je vais devoir me lancer sans le film, parce que celui-ci a beau avoir été adulé par la critique, avec un Eddie Redmayne qui a eu tout plein de récompenses pour sa performance dans le rôle principal, il ne parle pas de Stephen Hawking le scientifique. Ça parle de Stephen Hawking, le monsieur tout le monde, et c’est pas si intéressant que ça en fait.

« Quoi ? Mais c’est Stephen Hawking, il a traversé tout plein d’épreuves dans sa vie en fait parce qu’il a une maladie rare qui le paralyse ! Tu es cruelle, Manon ! »
– Vous, qui vous choquez trop vite ce soir.

Chhhh, ami lecteur. On va parler de tout ça, histoire de comprendre pourquoi ce film n’est pas aussi bien que tout le monde le dit.

Gif de personnes (dont Batman et la princesse Peach) et d'animaux choqués.
Vous vous choquez tous un peu trop vite pour rien, quand même.

Les bons points du film

Parce que sinon je le sens, vous n’allez pas me lâcher avec vos petits yeux accusateurs, vous qui avez aimé Une merveilleuse histoire du temps.

Comparaison entre Stephen Hawking à son mariage et Eddie Redmayne dans le rôle.
Bon et puis ils se ressemblent pas mal, ça aide beaucoup.

Oui, Eddie Redmayne a mérité son Oscar, c’est indéniable. Il est assez bluffant, d’autant qu’il doit jouer la paralysie – ce qui ne veut pas dire ne pas bouger, mais être limité dans ses mouvements, comme Hawking. Redmayne joue un Stephen Hawking qui passe de valide à non-valide, étape par étape, qui se paralyse petit à petit – jusqu’au point où il peut encore avoir quelques expressions faciales limitées et bouger un doigt. Et puis, vous connaissez Hawking, au moins de vue, vous savez qu’il n’est pas juste posey dans son fauteuil ; il est bloqué dans une position qui doit être assez dure à tenir sur toute une scène pour un valide comme Redmayne. Le film se permet même un petit plaisir à la fin où Stephen s’imagine soudainement redevenir valide en pleine conférence, et il se lève de son fauteuil – ce qui permet à Eddie Redmayne de « débloquer » petit à petit chaque partie de son corps, en « défaisant » son handicap, et si la scène en question déclenche surtout un « Non mais là c’est cliché putain », ça reste impressionnant niveau capacité de jeu d’acteur. Bref, bien joué Eddie, ça devait pas être simple et on y croit quand même.

De même, l’histoire que veut raconter le film reste belle – surtout dans ses intentions. On s’intéresse apparemment à la vie intime de Stephen Hawking : donc de sa rencontre avec sa première épouse Jane Wilde en passant par leur mariage, les enfants, leurs problèmes de couples et la maladie de Stephen qui avance, et le début de la fin de leur couple. L’idée, c’est que derrière l’image de génie en fauteuil roulant qu’on a de Stephen Hawking, il y a un homme normal. Qui a la même vie banale que tout le monde avec son lot de problèmes, parce qu’il n’est pas si différent du commun des mortels.

Eddie Redmayne et les deux jeunes acteurs qui jouent les enfants de Stephen Hawking
Et c’est effectivement bien de rappeler que oui, la vie de Stephen Hawking est normale sous bien des aspects – notamment avec ses enfants.

Et puis l’autre idée derrière ce film c’est de montrer que Hawking a réussi à surmonter plein d’épreuves dans sa vie, malgré son handicap – James Marsh a voulu faire un film qui soit un message d’espoir pour quiconque rencontre des difficultés dans sa vie, notamment à cause d’un handicap, et montrer que si Stephen Hawking a pu le faire, eh bien vous pouvez le faire aussi.

DiCaprio dans The Revenant
« Ah bon ? J’ai eu un Oscar ? »

RAAH mais non déjà, ça sonne faux. On le S A I T que Stephen Hawking est handicapé et que ça ne l’a pas empêché de devenir l’un des plus grands scientifiques de sa génération. Il EST un message d’espoir vivant à lui tout seul. Le film n’est qu’une redondance à ce niveau là, un peu comme si on vous faisait un film sur la persévérance de Leonardo Dicaprio qui arrive enfin à la fin du film à avoir un Oscar. Ok cool, mais on le sait déjà qu’il a réussi à avoir son Oscar, en fait. Il suffit de se renseigner sur la personne dans la vraie vie pour s’en inspirer – et c’est d’autant moins compliqué quand cette personne est super connue et encore vivante.

Le personnage de Rosie dans Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson.
C’est comme si on vous racontait le Seigneur des Anneaux (les films du moins) du point de vue de Rosie qui reste dans la Comté sans avoir de soucis.

Donc OK, l’intention est belle, le message est beau, tout ça – mais « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, » déjà, c’est la conclusion la plus chiante qu’on puisse donner à un film (et que James Marsh lui donne, donc, en le faisant prononcer par Redmayne), mais en plus… Il y avait pas un meilleur moyen de le faire ? Parce que là on peut regarder Intouchables, je pense qu’on en sortira avec plus de choses. D’autant que la dimension de lutte de la part d’Hawking est vraiment minime dans ce film, il ne donne pas vraiment l’impression d’être malheureux de tout le film, sauf au tout début quand il apprend qu’il est malade. Sinon il reste souriant et jovial tout le temps, il n’y a pas UNE SEULE scène où on le voit réfléchir à sa situation ou quoi que ce soit. Difficile donc de se dire qu’il y a un combat de mené, et une victoire mentale contre la maladie, puisque rien ne semble se passer de ce côté là chez le personnage de Stephen Hawking.

Fausse citation inspirante, le texte dit : "Le sachiez-tu? Le sable est grossier, agressif, irritant. Pas comme toi. Toi tu es douce et tendre."
A ce compte-là, c’est comme si tout le monde pouvait y aller de sa citation de merde pour inspirer les gens.

Un film sur l’ex-femme de Stephen Hawking

Le gros problème est là : le film ne s’intéresse absolument pas à Stephen Hawking, pas le moins du monde. Il est adapté de Travelling to Infinity: My Life with Stephen, de Jane Wilde Hawking, l’ex-femme du scientifique donc, et, on peut le comprendre, le livre parle de son expérience personnelle. Maintenant, je trouve que vendre Une merveilleuse histoire du temps comme un film sur Stephen Hawking devient de la publicité mensongère et honteuse une fois que l’on sait cela. On n’apprendra rien d’autre sur Stephen Hawking que le fait que sa femme trouvait dur de s’occuper d’un handicapé – ce qui est compréhensible, mais merde, vous auriez pas pu trouver une autre excuse pour réaliser un film qui raconte exactement la même chose, sans nous faire miroiter le scientifique génial que l’on ne verra pas ?

Eddie Redmayne et Felicity Jones sur un manège
Et quand c’est pas larmoyant, c’est cliché façon Instagram #Bonheur #Blessed #SoRomantic #MaVieEstSiParfaite

Vous voilà donc embarqué dans l’histoire larmoyante de la petite catholique pratiquante qu’est Jane Wilde, qui est tombée amoureuse d’un physicien valide qui finit handicapé, et qui, Ô misère, ne croit pas en Dieu, du coup ça la fâche beaucoup. Le moment le plus fort du film ? Quand elle tombe dans les bras du prof de la chorale de l’église (joué par Charlie Cox, et donc son prof de chorale est en fait Daredevil), probablement parce que lui ne défie pas ses croyances et son petit mode de pensée en lui parlant de comment l’univers a pu être créé. Autre moment fort : quand elle est partie faire du camping avec ses enfants et Jonathan le prof de musique, et que Stephen contracte une pneumonie alors qu’il est en France et qu’elle est OBLIGÉE, la pauvre, d’écourter ses vacances pour aller le voir à l’hôpital, et ça la fait pleurer. ET APRES, elle pleure quand Stephen lui annonce qu’il doit aller aux Etats-Unis et préfère être accompagné par son infirmière, lui annonçant donc leur rupture à l’amiable.

Une merveilleuse histoire de la femme de Stephen Hawking qui pleure la moitié du temps, je suis sûre que c’était ça le titre du film au départ.

Felicity Cox dans The Amazing Spiderman 2.
D’ailleurs, c’est l’assistante du méchant de The Amazing Spiderman 2. Et je ne m’en souviens absolument pas, mais pour moi elle a la tête d’une mauvaise méchante, du genre la méchante de Mortal Kombat : Annihilation. Ouais, c’est comme ça.

Alors oui, être marié à un handicapé ne doit pas être de tout repos, d’autant plus quand celui-ci est un génie. Mais encore une fois, ne nous vendez pas le film comme un film sur Hawking. Pire, n’essayez pas de faire croire à qui que ce soit que le premier rôle est tenu par Eddie Redmayne, alors qu’en fait c’est Felicity Jones qui le tient.

Mais en soit, le film aurait pu être sur une random femme d’handicapé, et ses problèmes à gérer le quotidien avec lui, ça aurait été pareil. Le mari dans le film n’a de Stephen Hawking que le nom et l’apparence, mais sinon rien.

En effet, le film ne parle quasiment pas des travaux de Hawking. On aborde très vite son PhD (doctorat, pour nos amis non habitués au système anglo-saxon), on sait qu’il mène des recherches, et à la fin du film il a écrit un livre. Sur quoi ? L’univers, vite fait, et ça plaît pas à sa femme parce que « OMG tu ne crois pas en Dieu Stephen, tu es trop méchant » – et on se concentre BEAUCOUP PLUS sur ce que sa femme en pense que sur ce que le monsieur a à dire.

Edith Tolkien et son époux dans leur jardin.
Ceci dit, on apprendrait quand même que les Tolkien vivaient un peu comme des Hobbits, ce qui en ferait un film plus cool que celui dont un parle aujourd’hui. Encore que, si c’était traité comme Une merveilleuse histoire du temps, on comprendrait pas en quoi c’est cool parce qu’on saurait à peine qu’il a écrit le Seigneur des Anneaux.

Pire : à la fin du film, je pense que la question qu’on peut se poser, c’est : « Mais c’est qui, Stephen Hawking ? » – parce qu’on nous dit qu’il est célèbre, mais le film n’aborde jamais la raison de cette célébrité. Là comme ça il pourrait juste être célèbre dans le milieu scientifique – comme beaucoup de chercheurs peuvent être connus dans leur milieu, mais pas en dehors. Imaginez un film sur J.R.R. Tolkien et sa vie de famille, qui vous parle un peu (mais pas trop) de ses travaux en tant que linguiste, et qui s’arrête à la publication de Bilbo le Hobbit. ET surtout, ne pas aborder l’éducation de ses enfants à grands coups de contes scandinaves et d’histoires écrites par le papa (#ParentingGoals) pour en faire un film qui ne s’occuperait principalement que de la petite vie de sa femme. Et franchement, Edith Tolkien qui est jalouse de l’amitié entre son mari et C.S. Lewis (l’auteur de la série des Narnia), bah c’est pas le plus intéressant dans la vie de Tolkien, vraiment vraiment pas. A la fin du film, vous seriez tous en train de vous dire que finalement Tolkien était un gars comme un autre – ce qui est évidemment vrai, mais il y a quand même deux-trois trucs exceptionnels à raconter sur le monsieur malgré tout. Et ceci valait également pour Stephen Hawking, mais James Marsh n’avait pas l’air d’être au courant.

Parce que du coup, quand Hawking sera mort depuis dix ans et que les plus jeunes générations regarderont ce film, ils n’apprendront rien de cette personne. Ce sera un gars comme un autre, dans un film qui pourrait très bien être une simple fiction, et pas forcément excellent avec ça.

Une exécrable histoire de la temporalité

Ajoutons au fait que le film ne s’intéresse pas à Stephen Hawking un énorme problème : la temporalité, qui n’est absolument pas bien gérée. Comme Guillaume et moi sommes loin d’être des spécialistes de la vie du monsieur, on a été obligés de garder Wikipedia ouvert à côté pour suivre ce qu’il se passait et à quel moment.

Parce que personne ne vieillit pendant le film. On assume au début de l’intrigue que les deux personnages principaux ont vingt ans, et du coup on a l’impression qu’ils ont toujours vingt ans pendant les vingt-cinq ans que couvre le film. OUI, IL SE PASSE VINGT-CINQ ANS. Là comme ça juste en regardant le film j’aurais dit « allez, il se passe douze ans grand max, quand tu regardes l’âge de ses enfants et tout. » Manque de bol, l’aîné a vingt-et-un ans à la fin du film. Dommage.

Comparaison début - fin du film.
A gauche, le début du film, à droite, la fin du film. Très franchement, est-ce qu’ils ont une tête à avoir un enfant de vingt-et-un ans à la fin du film ? Non, pas plus qu’au début.

C’est dû au fait que pour une raison farfelue, le film décide, je ne sais pas pourquoi, d’être flatteur avec Felicity Jones qui joue Jane, et de ne pas la vieillir, ni par un changement de coupe de cheveux, ni de style de vêtement, et pas de maquillage. Au pire à la fin du film, quand elle est censée avoir 44 ans, on lui donne une petite trentaine (l’âge de l’actrice, donc). Et pour Hawking, sa maladie progresse, donc on voit qu’au moins lui change, mais comme on ne sait pas à quel rythme la maladie progresse, on n’est pas plus avancés sur le temps qui passe. Donc, vraiment, à moins d’avoir un résumé de la vie de tout ce petit monde en permanence sous les yeux, on est juste paumés dans la temporalité du film sans vraiment savoir où on est. D’autant plus que pour arranger tout ça, le film se permet des ellipses dans tous les sens sans jamais indiquer qu’elles sont là, donc on passe de « Le premier enfant des Hawking vient de naître » à « Il a sept ans et il est grand frère ! » limite d’une scène à l’autre. Et c’est très con de se planter sur l’expression du temps, dans un film sur Stephen Hawking, qui est un peu connu quand même pour avoir théorisé le temps de façon scientifique.

Image de Monster Squad.
Des gosses habillés comme ça de nos jours, c’est que leurs parents ont un sens de l’humour douteux.

Mais voilà, c’est un film dont le début se passe en 1963, et qui est plutôt cohérent pour cette période, et qui se finit en 1988 avec des personnages qui s’habillent toujours comme en 1963. Alors que bon, on a tous vu des photos de famille, c’était pas vraiment les mêmes délires vestimentaires – et même quand on a pas vu de photos de famille, on est au courant qu’en vingt-cinq ans, les gens changent de façon de s’habiller. Amis des années 90, souvenez-vous de vos magnifiques pulls de l’époque et constatez le changement.

Du coup, que retirer du film ? Pour ma part, que ce n’est définitivement pas quelque chose que je reverrai. Pour ceux qui ne l’ont pas vu, que ce n’est pas la peine de le voir, probablement, parce que si vous voulez une belle histoire d’une personne avec un handicap qui surmonte les épreuves de la vie, il y a un meilleur film : Forrest Gump, que je vous conseille même si j’ai sept très bonnes raisons d’en vouloir à Robert Zemeckis (B-e-o-w-u-l-f, comptez, ça fait bien sept). Forrest Gump raconte une histoire fictive, certes, et pas d’un grand scientifique avec ça, mais est bien plus inspirant qu’Une merveilleuse histoire du temps, qui pourtant essaie très fort à grands coups de fauteuil roulant.

Extrait d'un sketch de Jeremy Ferrari où l'on voit Guillaume Bats en fauteuil roulant réclamer un vingt au jury d'On ne demande qu'à en rire.
Eddie Redmayne et son producteur face au jury des Oscars. (le très bon sketch d’origine est de Jeremy Ferrari, que vous pouvez trouver ici.)

Manon.


Crédit images

James Marsh, Une merveilleuse histoire du temps, Universal Pictures, 2014.

Gif « Ohmagad » par Manon.

Photo de Stephen Hawking trouvée à l’adresse <http://home.bt.com/news/news-extra/stephen-hawking-says-he-fears-for-todays-young-academics-with-disabilities-11363984070742>

Alejandro G. Iñárritu, The Revenant, 20th Century Fox, 2015.

Peter Jackson, Le Seigneur des Anneaux, New Line Cinema, 2001-2003.

Marc Webb, The Amazing Spider-Man 2, Columbia Pictures, 2014.

Photo des époux Tolkien trouvée à l’adresse <http://www.catholicgentleman.net/2015/07/tolkien-speaks-the-secret-to-a-happy-marriage/>

Fred Dekker, The Monster Squad, TriStar Pictures, 1987.

Sketch de Jeremy Ferrari pour On ne demande qu’à en rire « L’adoption pour les nuls », France 2, 2012.

2 commentaires sur « Une merveilleuse histoire du temps : fallait-il absolument que le personnage principal soit Stephen Hawking ? (Une merveilleuse histoire du temps, James Marsh, 2014) »

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