Nerve – Le Billet du Mercredi

Au détour de nos sorties cinéma, nous sommes tombés sur une bande-annonce pour le moins intrigante : celle de Nerve. Les extraits choisis pour le trailer semblaient montrer un film sur la notoriété que peut gagner un individu sur les réseaux sociaux, mais également sur la pression sociale que peut éprouver ledit individu s’il n’est pas préparé, et ça en soit, c’est un sujet trop peu étudié au cinéma, donc c’est cool.

Le duo de présentateurs TV de Robocop (1987)
Non parce que les dangers de la TV, les journalistes, la télé réalité, ça a inspiré beaucoup de films (C’est arrivé près de chez vous, Truman Show, Night Call, Robocop, etc.), mais Internet, c’est un sujet vraiment nouveau et peut-être bien plus d’actualité.

Le soucis, c’est que qui dit réseaux sociaux dit adolescents. Même si ceux-ci ne sont pas les seuls à utiliser Facebook ou Instagram, ils sont les plus actifs sur ses plateformes, et il était évident qu’un film sur le sujet ne pouvait pas faire autrement que de s’intéresser à de jeunes adultes. Seulement voilà, allait-il aussi se contenter d’être un bête film pour créatures pubères comme tant d’autres (ceux dont on parlait par exemple quand on s’intéressait à Dragon Ball Evolution, à savoir des divertissements sans trop de profondeurs juste funs à regarder en bande) ? A l’inverse, le duo de réalisateurs derrière la caméra allait-il prendre sa cible adolescente pour ce qu’elle est vraiment, à savoir une cible de jeunes gens pleins d’énergie et en quête de réponses, de challenges intellectuels et d’avis sur le monde ? Oui parce qu’un adolescent a beau être une créature étrange, il n’en demeure pas moins qu’il commence tranquillement à mettre sa curiosité d’enfant à l’épreuve de la vie et c’est là, à cet instant précis, qu’il commence à comprendre les choses par lui-même. Autant dire qu’un réalisateur a tout intérêt à soigner son discours quand il s’adresse à des ados.

Vee et Ian dans une situation inconfortable.
Oh lol ! L’inévitable scènes des héros à poil, sauf que cette fois, elle ne va absolument nulle part !

Dans le cas de Nerve… hélas, c’est un peu des deux. Mais avant de faire le point sur les bonnes idées du scénario et sur ses quelques lacunes, revenons sur le thème du film.

Nerve est adapté d’un roman pour adolescents publié en 2012. Il raconte l’histoire d’une jeune fille nommée Venus qui va se mettre à jouer au dernier jeu communautaire à la mode : Nerve. Le principe du jeu est archi simple : les joueurs sont suivis par une communautés de spectateurs qui vont leur lancer des défis. Chaque défi est individuel, c’est à dire que les spectateurs vont choisir une tâche à accomplir pour un participant donné. L’objectif est de remplir le plus grand nombre de défis, chaque succès étant récompensé par une somme d’argent. Au moindre échec, le joueur est disqualifié, perd l’argent qu’il avait gagné pendant la soirée, et le gagnant du jeu est le dernier à être en lice.

Warning, Social Media Challenges Ahead
Déjà que certaines personnes se mettent en danger juste pour un peu de notoriété, mais si en plus vous leur proposez des gros chèques, vous êtes sûrs d’aller droit au désastre.

Vous le sentez déjà le concept bien cool du thriller ? Avec un postulat de base comme ça, c’est évident que quelque chose va finir par partir en cacahuète et effectivement, ça ne manque pas.

Bien entendu, comme il s’agit du tout nouveau jeu social à la mode, la plupart des participants sont des adolescents. Chacun participe à Nerve pour sa propre raison, que ce soit pour se faire de l’argent, pour devenir célèbre dans son bahut ou juste pour s’amuser entre potes à se lancer des défis. En ce qui concerne Venus, l’héroïne, il se trouve qu’elle manque un peu de confiance en elle, ce qu’une de ses amies passe son temps à lui rappeler. Bien décidée à prouver à cette amie que non, elle n’est pas destinée à rester dans l’ombre mais qu’elle peut elle aussi prendre sa vie en main, elle décide de s’inscrire et de répondre aux challenges que lui lancent la communauté.

Venus parvient à remporter quelques défis, non sans avoir reçu de l’aide d’un autre joueur mystérieux dont elle a croisé le chemin, et les deux semblent se rapprocher lentement mais sûrement de la finale.

Je vous rassure, je ne vais pas vous raconter la fin du film. Je ne suis pas convaincu que la mise en scène, les dialogues ou encore le jeu des acteurs soient de suffisamment bonne qualité pour parvenir à apprécier ce film en en connaissant la fin, donc je vais me retenir de spoiler.

Globalement, Nerve est assez cool, mais il souffre de ne pas aller assez loin dans la façon dont il s’adresse aux adolescents. Je ne sais pas si c’est parce qu’il a voulu rester trop proche du roman qui, peut-être, avait lui-même des problèmes à traiter son public comme un public adulte, mais j’aurais à reprocher à Nerve une espèce d’immaturité, pas tellement dérangeante, mais bien là quand même, ce qui empêche peut-être de prendre totalement son pied devant le film.

Henri Joost et Ariel Schulman, les deux réalisateurs, avaient pour envie de réaliser un film sur Internet et de raconter une histoire autour qui ferait prendre conscience que le Web et les réseaux sociaux ne sont pas mauvais en soit, mais que l’usage que l’on en fait peut parfois être dangereux. Malheureusement, je n’ai pas l’impression que ce soit réussi car j’ai ressenti tout l’inverse, notamment à la fin.

Sans spoiler (parce que je vous l’ai promis), le dernier acte parait vraiment étrange quand les protagonistes se rendent compte que le jeu a un sombre secret et qu’ils commencent à croiser des individus masqués désireux de les voir se lancer des défis à mort.

Ian suivit par une dizaine de fans qui regardent le jeu.
C’est dommage de voir que le film commence à aborder le thème du harcèlement en intégrant de plus en plus de fans en arrière-plan avant de totalement abandonner et de les remplacer par une menace masquée.

En fait, on comprend que les individus masqués, de plus en plus nombreux au point de représenter une vraie foule, incarnent visuellement la menace anonyme qui peut exister sur Internet : ils représentent le cyber-harcèlement. C’est donc un choix de mise en scène pour représenter quelque chose d’intangible (un peu comme le ferait un V pour Vendetta qui filme lui aussi une foule masquée pour représenter la voix du peuple). Sauf que ce n’était peut-être pas le choix de mise en scène le plus judicieux car en faisant sortir les cyber-harceleurs dans la rue et en les faisant agresser physiquement les protagonistes, on perd le côté cyber. Le film aurait gagné à représenter la foule de façon disparate, en mode chacun chez soit à jouer innocemment devant un écran. Il le fait d’ailleurs pour quelques plans, mais ne va pas plus loin, montrant une fois encore en nous proposant deux représentations du même thème qu’il n’a pas su vraiment se décider entre une mise en scène simpliste et une mise en scène plus soignée…

Un joueur de Nerve prêt à tout pour gagner la partie.
Big up à l’antagoniste principal qui, j’imagine pour des soucis de facilité scénaristique, se coltine un costume de méchant de Mad Max alors qu’il est juste un mec tout à fait normal.

Non et puis, niveau « Internet n’est pas en soit mauvais, ce sont les gens qui sont dessus qui le sont », désolé mais c’est raté. Représenter les joueurs en ligne avec des cagoules et des battes de baseball, ça donne au tout un côté ultra menaçant. On a l’impression de voir ces personnages sortir d’un des films The Purge, ce qui est parfaitement inutile. Le film n’a pas pu s’empêcher de filmer des “méchants” alors que c’était justement tout son propos de dire que de tels individus n’existent pas.

Ian et Vee s'embrassant lors du premier défis de cette dernière.
On ne sait pas si c’est un oubli où si les auteurs du film étaient trop frileux pour aborder ce sujet, mais Nerve passe totalement à côté de la dimension « obsédés sexuels » d’Internet, comme si le Web de l’univers du film était une version bisounours du nôtre où un jeu comme Nerve aurait viré au viol en 15 minutes…

Le concept du jeu ressemble énormément à l’application Periscope qui permet à ses utilisateurs de filmer et de diffuser en direct des moments de leur quotidien. En soit, l’application n’est pas mauvaise car c’est juste de la vidéo. L’usage qui en est fait par certains utilisateurs en revanche est dangereuse et effectivement, comme dans le film, il a été observé des cas où les spectateurs lancent des défis aux utilisateurs. En filmant l’héroïne dans son quotidien, en la voyant monter du statut d’inconnue à celui de célébrité sur le jeu, et en voyant les impacts sur son quotidien (des joueurs qui la reconnaissent dans la rue, mais peut-être aussi des situations de harcèlement), et en voyant le personnage perdre peu à peu le contrôle, le film aurait bien mieux réussi le défis qu’il s’était lui-même lancé.

Le problème du scénario vient aussi que tout se passe sur une nuit, les personnages n’ont donc pas réellement le temps de faire face aux conséquences de leurs actes et finalement, le film s’arrêtant tout de suite à la fin du jeu, on a l’impression que tout va revenir comme avant, sans parler du fait que le personnage principal a risqué sa vie à plusieurs reprises pour de l’argent et a été vue par des centaines de milliers de personnes. Comment croire que ça ne va pas affecter sa vie, au moins sur le court terme ? Bien entendu que Venus va se faire emmerder avec ce qu’elle a fait, et pendant des mois.

Finalement, on a à faire à un film qui avait le potentiel de faire plus, qui avait lancé des idées, mais qui n’a pas forcément su comment les exploiter au mieux. On se contentera d’un divertissement correct et globalement assez intelligent dans les deux premiers tiers mais qui succombe à la facilité d’un dénouement peut-être mal mis en scène.

Guillaume et Manon


Images :

Henri Joost et Ariel Schulman, Nerve, Lionsgate, 2016.

Paul Verhoeven, Robocop, Orion Pictures, 1987.

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