Moonraker, ce James Bond indispensable.

De quoi ça cause ?

James Bond, le fameux agent secret ici interprété par Roger Moore, continue ses aventures d’espionnage dans ce film. Au programme : méchant sous-fifre japonais moustachu triste et en kimono, besoin de se vider les bourses toutes les trois heures, et le plan le plus diabolique de toute l’histoire des méchants de films, tous genres confondus.

Ce qu’on en dit.

Méchant japonais Tout triste de son méfait Encore un cliché.
Méchant japonais
Tout triste de son méfait
Encore un cliché.

Pendant fort longtemps et jusqu’à il y a peu, si vous demandiez à Guillaume pourquoi il ne s’était jamais vraiment intéressé à James Bond avant Casino Royale, sa réponse était la suivante : Moonraker. Ça rassemble à la fois l’aspect très kitsch des aventures de 007 (parce que Guillaume n’a découvert son amour du kitsch qu’avec Flash Gordon, ou presque), et le fait que l’intrigue soit parfois assez difficile à suivre, entre les voyages d’un pays à l’autre et les déductions dignes du plus grand détective du monde (interprété par Adam West ; mais si, vous savez, Batman, le film des années 60 !).

C’est par un après-midi pluvieux et plein d’ennui que nous avons décidé de voir ce qu’il en était réellement de Moonraker, le James Bond qui finit dans l’espace. Et… C’est quelque chose à voir, quand même, parce qu’il n’est pas sans plaisir.

Jean-Pierre Castaldi in Moonraker (1979)
En vrai je parie que le film a eu ce succès grâce à la phénoménale performance de Jean-Pierre Castaldi.

Déjà, oui, James Bond termine dans l’espace : ce n’est pas dans le roman Moonraker, ce n’est pas dans les autres films, c’est juste un délire propre à celui-ci. Pourquoi ? Si je vous dit qu’il est sorti en 1979, ça peut vous paraître plus clair ; et pour les trois du fond qui ne suivent toujours pas, Star Wars est sorti en 1977, et comme ça a été un gros succès, beaucoup ont jugé bon de faire des films dans l’espace. La franchise James Bond, aussi délirant que cela puisse paraître de nos jours, était alors dans une mauvaise passe, et cherchait à regagner l’intérêt de son public. Faire se dérouler une partie de l’intrigue dans l’espace n’était pas une plus mauvaise idée qu’une autre, et elle a même payé : Moonraker fut le plus gros succès de la franchise James Bond à sa sortie, rapportant $210,300,000 au box office mondial, succès qui ne sera dépassé qu’en 1995 avec Goldeneye. Pour ce qui ressemble franchement à un gros nanard, c’est quand même fort, avouons-le – même si, rassurez-vous, les critiques ont été plutôt mitigées, et qu’en soit c’est juste le même phénomène que Batman v. Superman ou Suicide Squad : globalement la critique est mauvaise, mais comme tout le monde était curieux d’aller le voir il y a une grosse rentrée d’argent qui se fait.

"Il y a deux sortes de gens dans le monde : les vrais cowboys, et les copieurs. Et toi, James, t'es un p'tit copieur."
« Il y a deux sortes de gens dans le monde : les vrais cowboys, et les copieurs. Et toi, James, t’es un p’tit copieur. »

Ceci dit, contrairement aux deux films cités au-dessus, il y a quand même un certain plaisir à regarder Moonraker – si vous aimez les films kitschs et un peu nuls parce que vous les trouvez touchants, évidemment. On sent le désespoir des producteurs dans ce film qui, non content de se passer dans l’espace pour faire pareil que les films plus populaires, multiplie les références à d’autres films. On notera là-dedans le personnage de Jaws (qui était déjà présent dans L’Espion qui m’aimait, en 1977), qui ne sert à rien à part faire peur avec sa grande bouche et sa mâchoire d’acier, et qui est un peu débile… Comme le requin des Dents de la Mer, ou Jaws en VO, sorti en 1975 – et d’ailleurs, en VF, le Jaws des James Bond se nomme Requin, #LaDiscretion. Autre référence un peu perturbante, celle qui nous semble être faite au film Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone, et – de manière plus certaine – au genre du Western : Bond, de nulle part, trouve un cheval, un poncho et un chapeau de cowboy, et se rend dans un monastère pour y trouver de l’aide. Et à la scène d’après on oublie tout ça et on revient à la fin des années 70, plus personne ne parle de cet interlude. Un bon jeu à faire serait de retrouver toutes les références à de meilleurs films dans Moonraker, je pense.

Mais je suis méchante : il a quand même quelque chose d’extraordinaire, c’est le plan du méchant, Drax.

Mais non, pas ce Drax.
Mais non, pas ce Drax.
Ce plan est donc littéralement le scénario du jeu Duke Nukem, ni plus ni moins.
Ce plan est donc littéralement le scénario du jeu Duke Nukem, ni plus ni moins.

Drax est le plus méchant des méchants du monde et de l’univers de la fiction, parce qu’il veut utiliser toute sa thune pour aller dans l’espace, mais pas seul : il veut enlever toutes les plus belles femmes du monde pour créer une race supérieure loin de la Terre, tuer tous les moches restés sur la planète bleue avec un gaz qui n’est mortel que pour les humains (les animaux sont beaucoup trop différents, même les singes), et VOILA. C’est vraiment le plus terrible de tous, surtout pour un James Bond joué par Roger Moore qui oscille entre le harceleur de rue et le mec éternellement en chien dans ce film.

Piou piou ! Les rayons lasers dans l'E S P A C E !
Piou piou ! Les rayons lasers dans l’E S P A C E !

Et c’est pas tant le plan du méchant qui est beau, c’est ce qu’il implique : des scènes dans un satellite en orbite autour de la Terre, avec des gens qui ne savent pas jouer l’apesanteur mais un réalisateur qui leur demande de faire semblant. Donc : ils jouent au ralenti en levant TREEEES haut et TREEEES lentement leurs jambes, les bras en l’air, pour faire comme s’il n’y avait pas de gravité, tout en marchant quand même sur le sol. Parce qu’ils sont dans l’espace mais le système de gravité artificiel ne marche pas tout le temps dans le film, sûrement pour essayer de faire plus réaliste que Star Wars. Mais bon, on a gardé les lasers, cependant n’ayez crainte : pas de tireurs aussi mauvais que les Stormtroopers à l’horizon, juste des tirs qui touchent sans faire aucun effet à leur victime. Diabolique.

Du coup, que faire d’autre que de vous conseiller de visionner Moonraker, un jour où vous aurez envie de laisser votre cerveau éteint devant un film joyeux ? Il correspond à la vision que je me fais d’un nanard à gros budget, en plus d’être un film complètement kitsch – et, quelque part, un James Bond qui a l’air bien différent de ce à quoi on s’est habitués, ce qui est toujours sympathique quand on aime se rafraîchir de temps en temps.

Et puis, c’est limite un devoir de mémoire, parce que c’est aussi ça James Bond : je rappelle que c’était LE plus gros film de l’histoire de la franchise avant les années 90, donc pendant longtemps, James Bond, c’était Moonraker.

Manon.


 Crédit image

Lewis Gilbert, Moonraker, United Artists, 1979.

Sergio Leone, Et pour quelques dollars de plus, United Artists, 1965.

James Gunn, Les Gardiens de la Galaxie, Marvel Studios, 2014.

George Broussard & Todd Replogle, Duke Nukem 3D, Apogee Software & FormGen/GT Interactive, 1996.

3 commentaires sur « Moonraker, ce James Bond indispensable. »

  1. Roh mais mince, j’en ai jamais entendu parler de celui-là… Bon, eukay, je suis pas spécialement une fan de l’univers de James Bond à la base, mais un espion qui termine dans l’espace parce qu’un milliardaire a des envies de harem de luxe, niveau scénario, c’est limite de l’art. Je me le note immédiatement.

    J'aime

Qu'en pensez-vous ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s