Suicide Squad – Le Billet du Mercredi

L’heure est grave. Autant on peut rigoler méchamment de films comme Star Wars VII ou Batman vs Superman, autant un film comme Suicide Squad fait prendre du recul sur pas mal de chose et on est obligé d’admettre que le dernier film adapté des comics DC est un genre de mauvais film dont on n’avait pas encore parlé : les films COMPLÈTEMENT ratés.

Le Joker annonçant qu'il désire faire souffrir Harley Quinn
Ce que personne n’a compris, c’est que cette réplique face caméra était en fait un message de la direction de Warner aux fans et que le véritable Escadron Suicide, ce sont les spectateurs assez fous pour payer une place de cinéma pour voir ce film.

Quand on s’énerve sur la fainéantise du scénario et le fan service de Star Wars, ou quand on s’agace du bordel ambiant qu’est Batman vs Superman, c’est parce qu’on sait que ces films ont, sur le papier, un potentiel monstrueux. On est exigeants avec eux comme on l’est avec un enfant qui aurait des capacités mais qui les gâcherait à rien foutre de la journée. C’est parce que Star Wars dispose d’un univers riche qu’on lui reproche son manque de prise de risques, et c’est parce qu’on sait que Batman vs Superman pouvait être idéologiquement pertinent qu’on lui reproche d’échouer. C’est une conversation qu’on a déjà eu avec plusieurs personnes : à notre sens, mieux vaut un film qui n’a pas de grandes ambitions et qui s’avère juste divertissant qu’un film trop gourmand qui n’arrive à rien.

Et puis il y a Suicide Squad, un film visiblement sans grandes ambitions (en tout cas, il ne paraissait pas en avoir) et qui se plante quand même totalement au point, il faut l’avouer, que le tout devient presque fascinant.

DC Comics, l’éditeur à l’origine des histoires de la Suicide Squad est une maison d’édition qui brille tant pour ses héros (comme Superman, Batman, Wonder Woman ou Flash) que pour ses méchants. Tout le monde sait que si l’univers de Batman fonctionne aussi bien, c’est notamment grâce à son large panel de criminels incroyablement variés et hauts en couleur, et si Warner devait tenter de se distinguer de Marvel, c’était justement là-dessus. Les bad guys des films Avengers ne sont pas connus pour êtres très intéressants (à l’exception de deux ou trois, dont Loki et le Mandarin d’Iron Man 3) et le DC Universe pouvait marquer des points en plaçant ses super-vilains et anti-héros.

Du coup, l’idée d’un film Suicide Squad décrivant les aventures de cette équipe d’intervention de la dernière chance exclusivement composée de parias, de criminels et de psychopathe est logique, et c’est vrai que ça peut être super cool à voir au cinéma. Et puis il y a eu ça…

L'équipe de criminels de Suicide Squad
On a beau me dire que ce sont les plus dangereux criminels du monde, je suis désolé, je vois qu’une bande de jeunes en échec scolaire qui trainent devant un kebab de Saint-Denis…

La vue de ce commando grisâtre et sans charisme nous a fait un peu flipper c’est vrai, ça et le fait que les bandes annonces ne nous montraient rien du film, ne laissaient rien filtrer de l’intrigue et se contentaient de nous remettre en boucle les quelques mêmes scènes sans qu’on ne comprenne vraiment ce que le film essayait de nous vendre.

Harley Quinn et son marteau.
Suicide Squad pousse le fan service à un stade jamais atteint jusque-là avec sa scène des « boites à références » : pendant 10 minutes, tous les personnages sont filmés en train de sortir des vêtements et accessoires de boites à leur noms, accessoires qui ne servent pas dans le film mais qui ne sont là que pour rappeler les comics et séries animées…

Mais maintenant que le film est sorti, ça y est, on sait pourquoi la communication n’allait nulle part : parce que le film lui-même ne va nulle part.

Suicide Squad est une bande-annonce… Une bande-annonce monstrueusement longue et qui n’a aucun but. C’est même pas une blague, le film a été en partie remontée par la boite responsable du montage des trailers. Au final, on se retrouve avec un enchaînement de scènes qui ne sont jamais raccord entre elles, de coupures et de plans qui font des allées et retours entre les scènes et surtout, des transitions inexistantes. Impossible de suivre la temporalité du film. On ne sait pas si les premières scènes se déroulent trois heures, trois jours, trois semaines ou trois ans avant celles qui suivent. On se retrouve à suivre un personnage qui fait des trucs et bam, dans la scène d’après, sa barbe vient de pousser d’un coup, comme s’il lui avait fallu dix jours pour rentrer chez lui après sa journée de travail. Heureusement, il a le temps de se raser avant le plan suivant et le film continue comme si de rien n’était, sans que personne ne se pose de question sur l’espace-temps visiblement fragile de l’univers.

Le personnage de Diablo capable de manipuler le feu à volonté.
Aucun des personnages n’est vraiment intéressant, pas tant à cause des acteurs qui s’en sortent tous globalement, mais plutôt à cause de leurs histoires qui sont toutes les mêmes : J’aime ma famille mais je ne peux pas profiter d’eux parce que je suis un méchant #PasGentilDEtreMechant

Tout le film n’est pas comme ça, mais le début est particulièrement gratiné. Comme chez Warner on s’est dit que c’était une bonne idée de nous présenter une entière équipe de nouveaux personnages dès le TROISIEME film, on se retrouve avec la lourde tache de devoir expliquer qui est qui et surtout, qui fait quoi dans l’équipe. Comment faire donc pour éviter que ce soit trop lourd ? Un flash back par personnage. Le film répond à ce problème en faisant un foutu flash-back par personnage et en les mettant les uns à la suite des autres, comme ça, d’entrée de film. Pendant 20 minutes, l’histoire n’avance pas, on a juste une nana qui discute des recrues potentielles de l’équipe, et à chaque fois qu’elle évoque un nom, on se coltine 5 minutes de flash back. Après, comme tout est bien fait, certains protagonistes sont jetés comme ça à la gueule du spectateur, on lui dit qu’eux aussi sont des bad guys, il est forcé de répondre “d’accord” et c’est parti, sans plus d’explication. Mais pas de soucis, leur histoire sera elle-aussi expliquée dans un flash-back trop long arrivant au pire moment, comme en plein milieu du climax par exemple…

Les fesses d'Harley Quinn filmées en gros plan
Comme l’équipe de montage est pleine de gens talentueux, le cul de Margot Robbie est un personnage avec plus de temps d’écran que certains acteurs « principaux ».  (ps : cette scène est un exemple flagrant de scène inutile puisqu’à part un plan cul et une blague quelconque, elle ne propose rien et ne s’intègre pas du tout dans l’histoire qu’elle coupe comme ça, gratuitement).

Le pire dans tout ça, c’est que ces monteurs de génies ont décidé que comme ils avaient tout plein de droits pour des chansons pop ultra cools pour les bandes-annonces, ils allaient habiller le film en remettant TOUTES ces chansons. Alors autant dans Watchmen ou Les Gardiens de la Galaxie, ça marche assez bien de coller des chansons sympas à des scènes un peu grave, autant là c’est fait au pif total. Pendant tout le début du film, les chansons se succèdent sans temps mort entre elles au point qu’on a l’impression de se retrouver devant MTV plutôt qu’un film. Le gars responsable de la musique a du se dire que le spectateur, s’il était confronté au silence, se rendrait compte que le film n’avait rien à dire, et il s’est acharné à faire entrer un maximum de tubes sans rapports les uns avec les autres et surtout, sans rapport avec la scène. De tête, comme ça, on se retrouve avec du Black Sabbath, du Rolling Stones, du Queen, mais aussi du Eminem ou encore The Animals. Toutes ces musiques sont tops, mais lancées comme ça, on croirait avoir à faire à un mec bourré en soirée qui décide de faire sa propre playlist avec le début de toutes ses chansons préférées. A défaut de proposer un bon film, laissez au moins les musiques en entier ! Qu’on sorte satisfait de quelque chose.

Apocalypse dans X-men Apocalypse (2016)
De manière générale, quand on compare un film à X-Men, c’est pour en dire du bien, sauf dans le cas de X-men Apocalypse et de son méchant. Vilain Suicide Squad, très vilain !

Au milieu de tout ce fatra de scènes qui se superposent sans rapport entre elles et de musique random, on tente tant bien que mal de suivre l’histoire et finalement on se rend compte que Warner vient peut-être de faire le premier vrai blockbuster sans scénario. En gros, une ancienne divinité en CGI est revenue des morts pour se venger des méchants humains et décide de tout casser. Si vous pensiez que les scénaristes n’étaient pas inspirés, dites-vous qu’ils n’ont même pas fait l’effort de nommer leur méchant. Du coup nous on l’appelle ApocalOups! .

Flash sur le point d'arrêter Catpain Boomerang
Certains flash backs sont un peu cools et nous donnent un peu plus de Batman et de Flash à nous mettre sous la dent, mais face à ses scènes, on se rend compte qu’on préférerait un vrai film Batman ou Flash plutôt qu’un Suicide Squad qui n’est là que pour nous faire patienter…

Le problème, c’est que comme Superman est soit-disant mort et que le méchant n’est pas encore à Gotham City, aucun super-héros ne pointe le bout de son nez, mais ça tombe bien, parce que le gouvernement américain venait pile poil de mettre en place une équipe d’intervention (je dis ça parce qu’on dirait que c’était 20 minutes plus tôt, mais c’est pas impossible qu’il ne se soit pas passé 2 ans en fait). Quand on réalise que Suicide Squad vole son méchant à X-Men Apocalypse, on a déjà un choc, parce que c’était pas la meilleure partie de ce dernier X-Men, mais quand on se rend compte qu’en plus, tout est de la faute des “gentils”, on se dit que tant pis, on va pas faire l’effort de s’intéresser au scénario, parce qu’encore une fois, tout ce qui arrive aux gens leur arrive parce qu’ils sont trop cons. Oui parce que SPOIL, ApocalOups! est invoqué par un des membres de l’équipe qui ne veut pas se faire manipuler par le gouvernement… OK… Donc si le gouvernement n’avait pas tenté de mettre en place son équipe, personne n’aurait invoqué ApocalOups! et on n’aurait jamais eu besoin de la Suicide Squad… De là à dire qu’il s’agit d’un film/équipe qui ne sert à rien, il n’y a qu’un pas.

“Mais heureusement, il y a le Joker non ?”

Vous qui n’avez pas vu le film et qui espérez.

La couverture d'Empire avec The Joker
Comme prévu, la présence du Joker dans ce film n’a servi qu’à faire de la communication autour du projet, juste pour vendre le films aux gens qui ont aimé The Dark Knight, et ça c’est putain de moche.

Bah oui mais non, dans ce foutoir qu’est Suicide Squad, on apprend que la plupart des scènes du Joker ont été coupées au montage final et quand on voit ce qui reste, on se prend à espérer que TOUTES les scènes du personnage aient connu ce sort. L’espèce de sous-intrigue avec lui ne sert absolument à rien dans le film et progresse encore une fois avec des scènes casées maladroitement entre deux scènes du commando. Il est finalement expédié sans aucune considération d’un revers de la manche et hop, c’est fini, mesdames et messieurs c’était le Joker. 

Le pire, c’est que Jared Leto n’est même pas particulièrement bon. On aurait du mal à lui reprocher car le montage rend impossible le fait de s’intéresser à lui plus de 2 minutes par 2 minutes, mais sa performance reste perdue quelque part entre l’imitation/hommage à son prédécesseur Heath Ledger (notamment dans le rythme de ses phrases et ses intonations) et Marilyn Manson. Sa ressemblance avec le chanteur lui avait été reprochée au moment de la révélation de son look, mais c’est surtout dans son comportement de diva que ça se voit. En fait, on n’a jamais l’impression de voir un vrai clown psycopathe, mais plutôt un mafieux assez commun avec un goût prononcé pour le maquillage. Ajoutez à ça que toutes ses scènes sont ultra convenues (c’est à dire qu’on sait exactement ce qu’il va se passer et comment ça va se passer) et vous obtenez le Joker le plus prévisible (et le plus mauvais?) de l’histoire du personnage sur petit et grand écran, ce qui est quand même ultra frustrant quand on sait que c’est son imprévisibilité qui le rend dangereux.

Marilyn Manson dans le clip de sa reprise Tainted Love
D’ailleurs si vous voulez un aperçu du Joker de Jared Leto sans avoir besoin de voir le film, on vous conseille vivement le clip Tainted Love de Marilyn Manson : la gestuelle de Leto est EXACTEMENT celle du chanteur, le thème de la relation abusive entre Harley Quinn et Joker est déjà là entre Manson et une de ses admiratrices et en bonus, il y a même Chris Evans (Captain America) qui fait de la figuration. En bref, on se rend compte que Marilyn Manson fait un bien meilleur Joker que Jared Leto. Changement de casting, please ?

C’est un véritable gâchis car dans la dernière demie-heure, une fois que tous les flash-backs sont passés et que le film se concentre sur un combat entre les “héros” et le “méchant” avec un montage beaucoup plus classique, on finit par entrer un peu dedans et on ressort du film en se disant que le réalisateur avait peut-être tourné des scènes de qualité, mais qu’on ne les verra jamais parce qu’un sagouin est passé derrière lui pour foutre le bordel dans son long-métrage.

Autant dire qu’après nos énormes réserves sur Batman Vs Superman, Suicide Squad nous a mis une sacré claque quant à nos attentes pour l’univers DC au cinéma. On croise fort les doigts en espérant que Wonder Woman, le prochain film annoncé, soit épargné par la moulinette du studio ; et si ce n’est pas le cas, et que Warner continue de se précipiter pour « rattraper » son retard, on se met en PLS parce qu’on sera obligé d’admettre que les films Marvel sont les meilleurs films de super-héros du moment, pas parce qu’ils sont particulièrement bons, mais parce que tous ceux des concurrents sont ratés. 

Deadpool étendu sur une peau de bête devant un feu de cheminée.
A l’exception peut-être de Deadpool qui, si on reprend nos arguments du début de cet article est plutôt dans la catégorie de ces films qui ne tentent rien en particulier mais qui sont quand même divertissants et cools. Merci Deadpool.

En attendant, si vous voulez aller au cinéma pour voir un blockbuster sympa, on vous conseille d’éviter Suicide Squad comme la peste et de vous tourner vers Ghostbusters qui est LA bonne surprise du moment.

Guillaume et Manon

5 commentaires sur « Suicide Squad – Le Billet du Mercredi »

  1. Le plus gros pétard mouillé que j’ai vu de ma vie, je pense. Autant de médiocrité dans un seul film, j’avais rarement vu ça… Alors qu’il y avait enfin de la matière pour apporter un petit vent de fraîcheur dans le monde des blockbusters de Mr Muscles qui font tout péter pour la beauté du geste. Mais non.

    Jared Leto est une immense blague (bien malgré lui), je comprends toujours pas que quelqu’un ait pu valider ce look… Et surtout qu’on piétine aussi allègrement le personnage et sa folie totale en en faisant une sombre petite fiotte AMOUREUX d’Harley. Les dessins animés de mon enfance décrivaient leur relation de manière bien plus crédible (et pas édulcorée pour un public biberonné à Twilight et 50 Shades of Grey), c’est quand même un comble…

    J'aime

Qu'en pensez-vous ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s