The Strangers – Le Billet du Mercredi

S’il y a un cinéma dont on parle encore moins sur ce blog que le cinéma français, c’est bien le cinéma asiatique. Alors oui, on a déjà parlé UNE fois de films d’animation japonaise avec Princesse Mononoké, mais c’est tellement peu représentatif de la pléiadede long-métrages produits en extrême orient que je m’en voudrais de vous laisser ignorant du film d’aujourd’hui.

Gokseong, ou The Strangers en français (oui en « français », parce que quand on traduit un titre, on le fait dans une langue qui n’est pas la nôtre…) est un thriller/film d’horreur/film fantastique coréen réalisé par monsieur Na Hong-Jin et c’était sacrément bien !

Une fois n’est pas coutume, je vais éviter de spoiler. Ce serait dommage de vous raconter la fin, c’est déjà pas le genre de film qu’on va voir en Europe alors si en plus je vous donne le twist, je suis certain que personne ne fera l’effort de le découvrir.

Le film se situe à notre époque dans une ville de campagne en Corée du Sud. Le personnage principal est sergent de police, trouillard et pas tellement débrouillard. Bien loin du super flic quoi. Tout commence comme un film policier traditionnel. La ville se réveille en découvrant une scène de meurtre assez affreuse où un couple s’est fait charcuter par un jeune garçon du coin lequel, visiblement bien perché, a été retrouvé au milieu des cadavres. Si ce n’est la violence du meurtre, rien à signaler.

Kwak Do-won incarnant un sergent de police dans le film
Et visiblement, la violence du meurtre suffit à elle seule à étonner notre courageux enquêteur.

Seulement voilà, à mesure que les jours passent, la police est amenée à enquêter sur de plus en plus  de morts violentes : tantôt des meurtres, tantôt des « accidents », tantôt des suicides. Comme c’est le cas dans des petites villes où tout le monde se connait, les premières rumeurs ne se font pas attendre et assez vite, un homme est pointé du doigt, un japonais arrivé quelques mois plus tôt.

Le film commence à poser ses pions tranquillement et pour qui sait les apercevoir, il commence également à prendre une tournure intéressante. La problématique de l’étranger que l’on accuse parce qu’il est différent n’est pas neuve, néanmoins on ne sait pas si le japonais désigné coupable dès la première demi-heure de film sera effectivement le meurtrier, auquel cas le film va tenter de prouver sa culpabilité, ou si il sera innocent et se révélera dans un twist final. Tout ce qu’on sait, c’est qu’à travers les yeux de notre personnage principal un peu crédule, il est l’assassin tout désigné, mais pas seulement.

Jun Kunimura dans le rôle du suspect principal : le japonais.
Na Hong-Jin est, à l’image du suspect, un pêcheur habile : il s’est contenté de jeter l’appât avec talent et le spectateur qui se laisse prendre au jeu ne peut que mordre à l’hameçon.

En effet, les habitants de la bourgade, influençables, sont particulièrement choqués par la violence des morts et on attribue une dimension surnaturelle à cette affaire. A travers la caméra de Na Hong-Jin, on voit l’enquête se transformer petit à petit en chasse aux sorcières. Le génie du réalisateur, c’est de nous perdre. Il montre des images que le spectateur n’est pas capable d’identifier au premier coup d’œil : est-ce réel ? est-ce un rêve ou une hallucination du personnage principal qui, pleutre qu’il est, a tendance à croire toutes les histoires de fantôme qui circulent sur le suspect ?

Hwang Jung-min jouant le chaman, ici en pleine incantation.
Dans leur désespoir, les personnages vont se fier à des prêtres et des chamans, mais plutôt que d’aider, leur influence sera corrosive.

A mesure que le réalisateur nous perd dans les récits d’ivrognes et les cauchemars de poltrons, on se laisse happer nous aussi par la dimension fantastique. On ne sait plus ce qu’on est venu voir et on assiste à des scènes surnaturelles en attendant le dénouement que l’on espère le plus rationnel possible. Comme le héros, on se retrouve perdu au milieu de tellement de croyances et de rumeurs qu’on ne sait plus à qui faire confiance et le film termine par culminer dans une espèce d’impasse mexicaine géniale où on réalise le sens du film.

L'impasse mexicaine à la fin de Reservoir Dogs de Quentin Tarantino
Une « impasse mexicaine » est une situation où au moins trois personnages se retrouvent dans une situation de duel un peu particulière. Du fait de leur nombre si l’un des participants décide de faire face à l’un de ses adversaires, il s’expose à l’autre, d’où le principe d’impasse.

En prettant foi aux superstitions et croyances, les personnages perdent leur sens critique et laisse des tierces personnes, ces « Strangers », ou « étrangers » du titre français, prendre le contrôle de leur vie. L’histoire de possession dont il est a priori question n’est pas tant celle d’un démon qui jette une malédiction sur un village, mais plutôt celle d’hommes qui manipulent des êtres naïfs.

Le propos du film est assez violent finalement pour quiconque croit en Dieu, Bouddha ou au pouvoir malveillant du Vendredi 13 : il n’y a pas de bonne croyance car croire, ça n’est pas savoir. Pourtant, si vous êtes curieux de vous initier un peu au cinéma coréen avec un film à l’ambiance savamment maîtrisée, quelque part entre l’Exorciste et Usual Suspects, Gokseong vaut totalement le coup. Attention cependant, il ne sera pas dans toutes les salles, mais si vous avez accès à une grande ville, il y a des chances que vous tombiez sur une séance et OH ! BONHEUR, elles sont toutes en VO !

En attendant, restez curieux et allez passer l’été au cinéma !

Guillaume


Images :

Na Hong-Jin, The Strangers, 20th Century Fox, 2016.

Quentin Tarantino, Reservoir Dogs, Live America Inc., 1992

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