Alice de l’autre côté du miroir – Le Billet du Mercredi

Ça y est, il est sorti, le deuxième film qui «  » »adapte » » » (oui il faut beaucoup de guillemets) l’univers de Lewis Carroll. Après s’être attaqué à Alice au pays des merveilles en 2010 avec Tim Burton à la réalisation, voilà que Disney veut raconter Alice Through the Looking Glass. Le film a en commun avec le roman d’être une suite. FIN.

Alice Through the Looking Glass, allégorie.
Alice Through the Looking Glass, allégorie.

Bon, la vraie question, c’est : le problème du premier film était-il Tim Burton, ou Disney ? C’est vrai, Through the Looking Glass pourrait, après tout, avoir mieux saisi l’univers absurde du pays des merveilles (ou des égouts des merveilles, puisque ça s’appelle Underland en VO), et du coup être mieux, ne serait-ce qu’un peu. On va répondre tout de suite : c’est pire. Sans Tim Burton, il n’y a même plus d’imagination, ni de fantastique, ni de direction d’acteurs. C’est le vide.

Le film commence sur sa meilleure scène : celle où Alice est capitaine de bateau en pleine attaque dans le détroit de Malacca, qui est là pour vous rappeler à quel point Pirates des Caraïbes est un meilleur film que celui que l’on s’apprête à voir. Oui, c’est juste pour ça que c’est la meilleure scène.

Et après le passage du bateau, le film sombre inexorablement.
Et après le passage du bateau, le film sombre inexorablement.
Mais voyager dans le temps, ça veut dire voyager dans le personnage Temps ? Mais du coup, pourquoi le temps a-t-il besoin d'une machine pour voyager dans lui-même ?
Mais voyager dans le temps, ça veut dire voyager dans le personnage Temps ? Mais du coup, pourquoi le temps a-t-il besoin d’une machine pour voyager dans lui-même ?

Le scénario est du niveau Dora l’Exploratrice : le Chapelier est tristoune parce que peut-être que sa famille (oui. Il a une famille. Apparemment il en a déjà parlé à moult reprises) n’est pas morte, en fait, mais tout le monde lui dit que c’est impossible qu’ils soient en vie. Pour le soigner de sa tristounesse, Alice décide donc d’aller chercher la famille du Chapelier et se rend chez le Temps, joué par Sacha Baron Cohen qui dans ce film est complètement oubliable. Et elle lui vole une machine à voyager dans le temps – sachant que dans ce pays, on ne peut pas changer le passé, donc en somme, ça ne sert à rien parce que même si les parents du Chapelier Fifou étaient morts, bah elle ne pourrait pas les sauver, du coup. Donc on sait qu’ils sont vivants et que voyager dans le passé est juste une excuse pour avoir un film, en fait.

Disney en est d’ailleurs au point de rajouter des scènes qui ne servent à rien, soit juste pour allonger le film, soit parce qu’il y a une guest star dedans. Ceux qui ont vu la bande annonce, vous vous souvenez de la courte scène de l’asile ? Ouais, celle qui fait dire « eeeh, il y en a qui ont joué à American McGee’s Alice ! Allez, ça peut être intéressant, du coup » ? Eh bah en fait c’est juste le temps de montrer Andrew Scott qui fait « Bonsoir, je suis Andrew Scott, vous m’avez probablement déjà vu dans la série Sherlock et le dernier James Bond, ah ah ! » et c’est fini. C’est d’autant plus nul que ça arrive alors qu’Alice est dans les égouts des merveilles depuis longtemps, et elle en sort pour cette scène somme toute très courte, pour y re-rentrer aussitôt et reprendre ses aventures exactement où elle en était, en échangeant simplement sa tunique Desigual pour une chemise de nuit. On en est là.

"Johnny, je crois qu'on s'est trompé de plateau là, ils tournent un film d'époque, ça ressemble pas du tout au pays des merveilles..."
« Johnny, je crois qu’on s’est trompé de plateau là, ils tournent un film d’époque, ça ressemble pas du tout au pays des merveilles… »

Sinon, la plupart des scènes dans le pays des merveilles se déroulent soit sur un fond vert dégueulasse, soit dans le palais du temps qui ressemble juste à un délire de décorateur fan de cathédrales gothiques (en plus d’un niveau de jeu vidéo), soit… Dans un village de campagne avec un petit château, une place de marché, des boutiques et des petites fleurs de taille tout à fait normale et classique, petites routes pavées et ponts en bois. Tout ce que n’est pas, donc, le pays des merveilles. C’est là que vivait Chapelier dans sa jeunesse, mais aussi Tweedletim et Tweedleburton qui sont aussi chiants enfants qu’adultes, et le chaton du Cheshire, et le chien, et surtout les deux petites princesses que deviendront la reine blanche et la reine rouge. Dans un putain de village de n’importe quelle campagne de n’importe quel pays d’Europe. A un moment je me suis cru dans La Reine des Neiges tellement c’était bateau, le coup de la sœur blonde et de la sœur rousse dans leur ville chiante à en mourir avec des parents totalement irresponsables. Guillaume de son côté se demandait quel était l’état économique du pays, leur religion (parce qu’ils ont une église), leur monnaie, s’ils faisaient du commerce, avec qui, du commerce de quoi… Parce que quitte à ne pas être du tout dans le pays des merveilles, et que ce soit chiant, autant développer tout ça.

Quant à Sacha Baron Cohen, on va le ranger dans sa boîte bien sagement (oui, je meurs d'envie de faire cette blague depuis ce matin).
Quant à Sacha Baron Cohen, on va le ranger dans sa boîte bien sagement (oui, je meurs d’envie de faire cette blague depuis ce matin).

Quant aux acteurs, j’aurais bien supplié Timmy de revenir, parce qu’ils sont tous en roue libre totale. Anne Hathaway en particulier a un petit problème avec ses mains qu’elle ne peut plus s’arrêter de bouger, et jette des grands yeux morts sur tout ce qui passe ; Helena Bonham Carter est là à contre-coeur et aurait probablement préféré qu’on recaste son rôle ou juste qu’on s’en passe (oui parce que, comme on adapte quand même Alice au pays des merveilles, je rappelle qu’il n’y avait pas besoin de faire de lien entre les deux films, ni de faire du sens). Johnny Depp a l’air sur le point de mourir mais pas juste parce que c’est son personnage qui veut ça, et il n’y a que Mia Wasikowska qui fasse encore des efforts désespérés au milieu de tout ce plantage, peut-être parce qu’elle est un peu plus l’héroïne du film que dans le précédent.

Mais ce ne sont pas ces raisons qui ont failli nous faire sortir de la salle en plein milieu du film. Non. Il y a beaucoup, beaucoup de raisons qui ont fait qu’on a pensé sortir. Ces raisons ?

Les blagues sur le temps. « Le temps s’envole », « le temps joue contre nous », « le temps c’est de l’argent », « pas de temps à perdre » et j’en passe, qui constituent la majorité des dialogues du film. Et les personnages sont complètement morts de rire, et à n’en pas douter les scénaristes l’étaient aussi, sauf que merde, c’est pas drôle du tout ! On s’est dit que c’était destiné aux plus jeunes dans la salle, sauf que… Silence de mort pendant toute la durée du film. Ou silence gêné, peut-être.

Parce qu'avec Burton c'était très loin d'être parfait, mais au moins c'était un peu dépaysant quand même, les merveilles étaient pas totalement absentes.
Parce qu’avec Burton c’était très loin d’être parfait, mais au moins c’était un peu dépaysant quand même, les merveilles étaient pas totalement absentes.

En bref, c’est nul. Il n’y a même pas de quoi s’énerver, déjà parce que c’était relativement prévisible, et ensuite parce que le film est tellement creux que c’est la seule impression qu’il laisse en sortant de la salle : du vide. James Bobin était là sur son premier gros film (jusque là, il avait réalisé Les Muppets, le retour… Ouais, c’est pas glorieux), mais a su prouver à tout le monde très vite qu’il n’avait rien d’un bon, et encore moins d’un grand réalisateur.

Alice de l’autre côté du miroir réalise ainsi l’impossible : être plus mauvais qu’Alice au pays des merveilles.

Alice se prend la tête dans les mains
« Mince, j’ai encore fait n’importe quoi… »

Manon et Guillaume.


Crédit image

« Le vide », par Manon.

James Bobin, Alice Through the Looking Glass, Walt Disney Studios Motion Pictures, 2016.

Gore Verbinski, Pirates des Caraïbes : La malédiction du Black Pearl, Walt Disney Pictures, 2003.

Tim Burton, Sweeney Todd : The Demon Barber of Fleet Street, Dreamworks Pictures & Warner Bros Pictures, 2007.

Tim Burton, Alice au pays des merveilles, Walt Disney Pictures, 2010.

4 commentaires sur « Alice de l’autre côté du miroir – Le Billet du Mercredi »

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