Robocop : Un reboot aussi culte que l’original ? (José Padilha, Robocop, 2014)

Les Etats-Unis sont la première puissance militaire du monde et leurs robots de combats assurent la sécurité de tous les citoyens de la planète. Tous ? Non, car une loi interdit à OmniCorp, l’entreprise à l’origine de ces machines, de les commercialiser sur le sol US. Seule solution pour eux : conquérir l’opinion public grâce à Robocop, mi-homme, mi-machine, 100% reboot.

Les séries Robocop produites en 1988, 1994, la série Robocop Alpha Commando de 1998 et la série Robocop Prime Detective de 2001.
Perso moi c’était plutôt Robocop Alpha Commando de 1998 (en bas à gauche), mais il y avait aussi la série de 1988, celle de 1994 et plus tard, celle de 2001.

Dans la famille des personnages cultes, je demande le cyborg Robocop. Comme beaucoup de héros de films d’action de l’époque, tels que John Rambo ou Indiana Jones par exemple, le bougre n’a pas eu droit à tant de film que ça, mais ceux-ci étaient suffisamment cultes, déjà à leur sortie, pour lui donner le droit de figurer dans quatre séries, de manière à ce que même les enfants trop jeunes entre 1987 et 1993 puissent s’approprier ce super policier du futur grâce aux rediffusions à rallonge.

Si vous vous tenez informés de l’actualité de notre blog, vous n’êtes sans doute pas passé à côté de notre article sur Mr. Holmes et si vous l’avez effectivement lu, vous vous souvenez certainement de ce que nous y disions sur les personnages populaires, sur le fait qu’ils appartiennent à tout le monde et qu’on avait tous notre aventure préférée. Seulement voilà, le film du jour n’est pas juste une suite ou une aventure random, il s’agit d’un reboot, et ça, les gens n’aiment pas, parce que ça veut dire qu’on fait comme si tout ce qu’ils aimaient du personnage n’existait plus.

Robocop, version José Padilha, a donc immédiatement été pointé du doigt comme un film raté, et ça des mois avant sa sortie cinéma. En effet, non seulement le film se permettait de revenir sur un classique de la Science-Fiction (parce que oui, le film de 1987 est tellement riche que c’est indéniablement un classique), mais en plus, il se permettait des problèmes de production, ce qui signifiait forcément qu’il serait raté.

« Houuu ! COMBO X2 ! »

Internet.

Mais qu’en est-il vraiment une fois la nostalgie et la mauvaise foi mises de côté ? Le Robocop de 2014 est-il vraiment une stratégie marketing feignante pour regagner de l’argent sur le dos d’une légende, où s’agit-il d’une bonne seconde jeunesse de cette série ?

On se propose de répondre à cette question, et pour le coup sans que notre jugement soit faussé par notre amour du personnage puisque nous n’avions vu aucun long-métrage Robocop avant 2014.

Robocop determiné à se servir de son arme dans le film de 1987
« Vous serez puni pour ce crime ! »

Du calme Murphy ! Ça a été corrigé depuis. Attends au moins de voir ce que je vais dire de cette saga avant de me juger coupable !

Des films qui frappent où ça fait mal

Robocop, en 1987, c’était littéralement une claque. Ce film, plus que ses deux suites, était violent, tant dans ses images que dans son propos. Alors qu’il nous proposait de voir des flics et des criminels s’exploser les uns les autres à coup d’armement militaire sur son lit d’hémoglobine, Paul Verhoeven, le réalisateur d’origine, avait construit son long-métrage sur un critique acerbe et pertinente des médias, mais aussi de l’obsession des Etats-Unis pour l’ordre et la sécurité. Le pays en proie à la criminalité s’était transformé en véritable enfer et c’était à une vraie guerre que les autorités se livraient contre les malfrats. En gros, imaginez que tout le pays soit dans l’état lamentable de Gotham City, pas la version d’Adam West  ou Batman et Robin, mais plutôt Batman Begins ou la toute fin de Dark Knight Rises.

Un bâtiment abandonné dans un quartier de détroit, photo de Ann Hermes (2013)
Ouais, ou à Detroit, la ville où l’action se déroule qui est considéré comme la pire grande ville des Etats-Unis…

Le plus fort avec le premier Robocop, c’est que contrairement à de nombreux films de SF des années 80, il a très (trop ?) bien vieilli, et tous les thèmes abordés dans ce film nous semblent encore aujourd’hui étrangement d’actualité. C’est d’ailleurs la force de ce film qui, il y a déjà presque trente ans, dépeignait un monde chaotique similaire en de nombreux points avec celui post 11 septembre dans lequel nous vivons (bien entendu, le monde de Robocop reste quand même beaucoup plus traumatisant que le nôtre, mais dans l’idée c’est pas si loin que ça de la réalité).

Adonis Creed, héros du film Creed sorti en 2016 en France
« CREED ! » (oui, j’ADORE ce film <3)

Comment envisager un reboot d’un film qui n’a donc pas pris une ride ? Les fans, à juste titre, ont vu dans l’annonce de Robocop 2014 un simple coup marketing pour vendre des places de cinéma sur le dos d’une licence qui avait déjà fait ses preuves. Dans le meilleur des cas, le film ne parviendrait qu’à répéter le brio de son aîné toujours à jour, et ce meilleur des cas arrive rarement dans les reboots américains (sauf pour Creed, vous connaissez Creed ? Il sort bientôt en DVD et c’est un chef d’œuvre absolu comme film !)

José Padilha, en grand fan du Robot-flic, a du se dire la même chose, et c’est pour cette raison que son film, contrairement à ce qu’on pourrait croire en lisant le titre, ne ressemble quasiment pas à celui de Paul Verhoeven. Pas convaincu ?

« Non »

Vous, pas convaincu…

De petites piques sont lancées aux journalistes achetés par les lobbies et à l’information biaisée qui circule. On vous ment ma bonne dame, et on vous ment jusque dans les infos ! Mais là où la version 1987 se concentrait sur la criminalité, la sécurité, le Big Brother et l’Etat d’Urgence, Robocop édition 2014 nous présente la même Amérique vue sous un autre angle.

Samuel L. Jackson jouant un journaliste corrompu dans Robocop de José Padilha.
Samuel L Jackson heureux car il vient de recevoir le prix du meilleur journaliste Fox News, en partenariat avec BFM TV et le journal de M6.

Les premières scènes du film sont les meilleures. On y voit des Etats-Unis totalement impérialistes, déployant des moyens militaires faramineux pour contrôler les populations dans les pays les plus stratégiques du globe. Fièrement, Samuel L. Jackson, le présentateur TV de cette version, présente un reportage sur ces légions de machines de guerre qui pacifient les civils du monde entier afin qu’ils ne nuisent pas à l’intérêt de ce beau pays que sont les Etats-Unis. Bien entendu, il ne le vend pas du tout comme ça, et c’est au nom de la « démocratie », de la protection de leurs « libertés » et de la « civilisation » que des familles du Moyen-Orient sont forcées de se présenter les mains sur la tête pendant qu’un bataillon de drones à sulfateuses les mettent en joue.  Vous comprenez, un enfant qui jouerait avec un couteau pourrait se faire mal, c’est pour son propre bien qu’on va le menacer de l’abattre s’il ne lache pas son arme, et pour le bien commun qu’on va le déchirer en deux avec un gros calibre s’il refuse d’obtempérer après la première sommation.

Une envoyée spéciale souriante dans Robocop alors que des armées de drones "pacifient" les civils en les mettant en joue.
« Oui, comme vous pouvez le voir, je me trouve actuellement dans le centre-ville de Téhéran où la vie bat son plein ! Les habitants ont accueilli l’armée à bras ouverts et profitent de la liberté, des fusils braqués entre leurs deux yeux ! »
Manuel Valls
Contrairement à ce que prétendent certains, expliquer le terrorisme, ce n’est pas l’excuser, mais c’est prendre conscience que le système va mal. Encore un qui a du préférer la version de 1987.

Le pire, c’est que le film se permet d’avoir des gonades tellement grosses qu’il va jusqu’à légitimer le terrorisme… APRES LE 11 SEPTEMBRE ! Pendant cette scène de reportage, un groupe d’hommes équipés de ceintures d’explosifs se font sauter en pleine rue, sur les robots américains, et devant l’équipe de télévision en train de filmer en direct. Pourquoi ? Certainement parce que ce sont de gros méchants qui parlent arabe ? Bah figurez-vous que pas du tout. Avant de passer à l’acte le groupe nous est présenté comme composé de pères de familles qui n’ont plus rien à perdre. L’oppression de l’armée américaine a détruit leur quotidien et ils deviennent des terroristes parce qu’ils n’ont plus le choix. Les Etats-Unis, à force de se comporter comme de gros enfoirés avec tout le monde, ne devraient pas s’étonner de prendre quelques retours de bâton de temps en temps.

Quand on est européen et qu’on vit en 2016, ça fait froid dans le dos. Un film grand public qui fait ressentir de la sympathie pour des terroristes, c’est au-delà de tout ce que pouvait faire le premier Robocop, et quand cette scène, qui n’est que la scène d’introduction, se termine et qu’enfin le titre du film apparaît sur une version dubstep du célèbre thème de Robocop, on se dit que l’équipe du film a des goûts douteux en matière de remix, mais qu’elle est en train de nous proposer un film fort.

V dans V pour Vendetta faisant exploser des bâtiments
Avant même l’écran titre, Robocop de José Padilha traite le terrorisme de façon plus audacieuse que V pour Vendetta dont c’était le principal défaut.

Le capitalisme comme méchant principal ?

L'affiche de Communist Robot Alien, un court-métrage inspiré deu travail d'Ed Wood et mettant en scène des robots extraterrestre communistes et des mauvais acteurs.
OK. Il semblerait que quelqu’un ait déjà eu une idée similaire. Ça me fait vachement penser à Plan 9 from Outer Space de Ed Wood et c’est dispo ici : https://vimeo.com/37469820

Dit comme ça, on croirait que la version 2014 de Robocop est une parodie mettant en scène un Mecha-Karl Marx qui mettrait des patates aux patrons du CAC 40. Même si on est d’accord pour dire que ça pourrait donner lieu à un nanar bien jouissif, ce n’est pas tout à fait à ça que le film ressemble.

Là où dans les premiers films, les robots soldats d’Omnicorp ne marchaient pas bien et où on se rendait compte qu’il fallait remplacer l’IA par un cerveau humain, la problématique est totalement inversée ici. Les robots soldats sont une réussite commerciale, mais le problème réside dans le fait que le marché américain est réfractaire à l’idée de laisser une IA assurer la sécurité des citoyens sur son territoire (les USA sont sans doutes plus rassurés à l’idée de laisser la sécurité entre les mains de policiers tueurs d’enfants noirs, mais c’est une autre histoire). Le projet Robocop est un grand pas en arrière puisque la nature humaine de ce super flic le rend moins performant qu’un ordinateur armé d’une mitraillette, mais c’est le seul moyen qu’a trouvé l’équipe marketing d’Omnicorp pour rendre ces machines tueuses plus sympathiques.

Oui, Terminator 5 est con.
Parce que c’est vrai que depuis le fiasco total de Terminator Genisys, on n’ose plus trop leur faire confiance à ces satanées machines !

Le marketing, la pub et l’incitation à la consommation sont donc également pointés du doigt (ce que faisait beaucoup moins le film d’origine, quand on vous dit qu’ils n’ont rien à voir). Outre le fait que l’équipe marketing soit représentée comme une bande de savants fous totalement déconnectés de la réalité et avec pour seul objectif leur prime de fin d’année, c’est tout le processus de vente d’un projet lui-même qui est critiqué.

Le directeur marketing d'Omnicorp présentant son projet à son patron.
« On a deux options : soit on revend au public le même Robocop, soit on tente quelque chose de différent. De toute façon, dans les deux cas, ils vont râler. »

L’une des scènes les plus brillantes met en scène le patron d’Omnicorp (joué par Michael Keaton) et son directeur marketing en train de parler du nouveau design de leur super flic. L’idée d’une combinaison transformable est évoquée, parce que ce genre de gadget plait aux enfants, et c’est sûr que ça vendra des jouets, mais Keaton n’aime pas le côté imposant et gris du premier design, et il aimerait quelque chose de plus « tactique ». C’est comme ça que le film justifie l’armure noire de son héros, une armure qui a fait couler pas mal d’encre sur Internet.

« Normal, elle est trop moche cette armure. C’est pas ça le vrai Robocop »

Vous qui n’aimez pas les designs tactiques.

Les deux corps robotiques d'Alex Murphy dans ce film, avant et après le passage de l'équipe marketing.
On va pas se mentir, je préfère son costume gris du début du film, mais si la couleur du héros est le seul reproche que vous faites au film, c’est qu’au fond vous l’avez apprécié (ou encore une fois que votre mauvaise foi parle pour vous).

C’est vrai qu’elle est particulière cette armure et que le personnage perd un peu en charme, mais la scène, en justifiant ce changement de costume par un choix commercial, justifie tous les changements apportés à l’univers Robocop, et justifie même l’existence du reboot : c’est fait pour vendre, et ça marche. José Padilha critique son propre film, parce qu’il est fan de Robocop, en insinuant que sa seule raison d’exister, c’est parce qu’une équipe marketing avide de gagner de l’argent sur le nom d’une star de la SF a décidé qu’il était essentiel de refaire un film sur la création du flic robotique, alors que ce n’était pas le cas. Cette idée est appuyée par une ligne de dialogue de Michael Keaton qui déclare que :

« La plupart du temps, les gens ne savent pas ce qu’ils veulent avant qu’on le leur montre. »

« Batman » Keaton dans la VF du film

Un portrait de Steve Jobs
« Il est très difficile de designer un produit (…). La plupart du temps, les gens ne savent pas ce qu’ils veulent avant que vous leur ayez montré. » Steve Jobs, 1998.

Outre le fait que cet axiome soit véritablement utilisé par de nombreuses marques  (parce que non, personne ne voyait l’utilité d’avoir un téléphone portable alors qu’on avait un téléphone à la maison #TrueStoryLesJeunes #LesTempsChangent), c’est aussi directement une attaque contre les producteurs Hollywoodiens accros aux suites, reboots et prequels. La scène de marketing entre Keaton et son employé ne parle pas seulement des choix faits dans le film pour vendre un projet Robocop, mais aussi des choix faits dans la vraie vie pour vendre un FILM Robocop (comme par exemple le choix d’en faire un film PG-12 quand le premier était classé X pour sa violence graphique) ! On avait déjà dit en parlant d’Alien vs Predator qu’enrichir un univers cinématographique n’était pas forcément une pratique à conspuer, mais rares sont ces suites, reboots ou prequels qui se remettent comme ça en question. Robocop en fait partie, tout comme l’excellent Jurassic World après lui : ils savent qu’ils doivent tout à leur nom créé par les premiers film ce qui rend le fait de les détester impossible.

Rocky et Adonis se motivant.
« EXACTEMENT COMME CREEEEED !!!! »

Mais la critique du système de production capitaliste ne s’arrête pas là et s’étend même au-delà du monde du cinéma. José Padilha interroge le spectateur sur l’importance de l’individu pour la société.  Le film s’appelle « Robocop », soit Robot-flic, pas Robot-papa, Robot-mari ou Robot-mec-sympa.  Après son accident qui l’a laissé totalement infirme, Alex Murphy n’a pas été transformé en cyborg pour l’aider à survivre, mais parce qu’une entreprise avait besoin d’un échantillon de robot-humain pour promouvoir sa technologie. Mais cette réflexion glisse vers le troisième grand thème du film, c’est pourquoi nous allons la continuer dans une autre partie.

Corps, conscience ou fonction ?

Murphy, transformé en machine devient un pion qui sert les intérêts d’une plus grande société. L’individu n’existe plus, il n’y a que l’employé, voire carrément le produit dans le cas de Robocop. Le système dans lequel il vit le déshumanise totalement au point de lui faire perdre son identité.

Tout ça est bien entendu encore montré à travers les conversations entre les différents employés d’Omnicorp responsables du projet puisque leurs principales préoccupations concernent le produit « Robocop » et pas l’homme. Tous les réglages sont faits pour le rendre le plus performant possible sur le terrain et il est équipé d’une hanche/pistolet, d’un système de combat qui se déclenche automatiquement en cas de danger et son cerveau est branché sur la base de donnée de la police de façon à ce qu’il soit constamment connecté au réseau de recherche des criminels. Mais à quoi ça lui sert tout ça dans la vraie vie ?

Alex Murphy sans son armure dans Robocop de 2014
Etre témoin de ce qu’il reste du « vieil » Alex Murphy, c’est comprendre qu’il ne serait plus grand chose sans Omnicorp.

Cette question, personne ne se l’est posée car comme le soulignent les personnages du film, Alex Murphy, ou en tout cas le cyborg qu’il est devenu, est la propriété d’Omnicorp. Il ne dort même plus chez lui et sa femme et son fils ne le voient qu’occasionnellement, la police de Détroit supervisant directement la réhabilitation de son enquêteur puisqu’il est plus intéressant pour le grand nombre d’avoir un flic sur le terrain 24h/24 que d’avoir un robot-père de famille qui quitte le travaille à 17h pour aller chercher son enfant à l’école.

L’individu est réduit à l’état de fonction.

Le personnage d’Alex Murphy n’est même pas le seul à subir ce traitement : tout le monde est traité comme ça. Les employés d’Omnicorp sont les gars du marketing ou de la communication, Samuel L Jackson est le journaliste. On a un militaire, un sénateur et des policiers, mais on a aussi des personnages qui ne sont QUE des criminels. Enfin, même en dehors du monde professionnel, le problème de l’humain-fonctionnel existe et la famille du héros se résume à sa femme et son fils, sans plus de développement que ça. On ne sait rien des personnages à part la fonction qu’ils remplissent, exactement comme dans Blade Runner.

Chihiro assise dans le train dans Le Voyage de Chihiro (2001) de Hayao Miyazaki
Ce thème, ça n’intéresse pas que les réalisateurs de SF puisqu’il est aussi abordé dans Le Voyage de Chihiro de Miyazaki.

La seule exception à ça est le professeur joué par Gary Oldman, ce qui rend son personnage assez particulier. Dans une partie des scènes, on ne le voit que comme le scientifique à l’origine du nouveau corps d’Alex Murphy. Il fait le travail pour lequel il est payé, même si cela lui parait inhumain, et voilà. Sauf que justement, ça lui parait inhumain. Il est le seul à remettre en question son travail et les ordres qu’on lui donne. Il est le seul à comprendre le point de vue de la famille de Murphy et d’Omnicorp, ce qui l’empêche de prendre des décisions pendant la plupart du film. Il sait qu’il est un peu plus qu’un simple scientifique, tout comme il sait qu’Alex Murphy est plus qu’un flic. Littéralement, Gary Oldman est l’exception qui confirme la règle : il est ce personnage différent qui fait comprendre que les personnalités des protagonistes sont volontairement binaires, et que ce n’est pas juste la faute à de mauvais auteurs comme, au hasard, dans la version 2014 de Godzilla.

Le poster en format paysage de Godzilla sorti en 2014
Le problème de ce film, ce n’est pas tant qu’il nous montre peu Godzilla, c’est qu’il nous montre trop de personnages très mal écrits !

Finalement, une autre question sur l’identité trouve sa réponse à la fin du film. Lorsque le personnage de Gary Oldman est présenté pour la première fois au spectateur, il explique à l’un de ses patients que l’identité des gens n’est pas dans leur corps mais dans leur personnalité. Cette idée, lancée comme ça en début de film fait carrément échos à la question de l’homme-fonction. Alex Murphy a vu son corps modifié par Omnicorp, mais cela suffit-il à en faire vraiment la propriété de l’entreprise ? Le policier ne reste-t-il pas maître de son corps ? Lorsqu’il tente de mettre de la distance entre les dirigeants de la société et lui, il se fait déconnecter et implanter tout un tas de puces dans la tête. Il devient littéralement un objet fait pour servir la fonction pour laquelle il a été conçu. Mais le final du film nous montre un Alex Murphy qui peu à peu reprend le contrôle : sa volonté n’est plus soumise à son corps, son corps est soumis à sa volonté.

Neo dans Matrix Reloaded arrêtant par la volonté les centaines de balles qui lui sont tirées dessus.
En bref, il prend du recul sur son monde et décide de prendre sa vie en main.

L’idée lancée par le personnage de Gary Oldman a fait son petit bonhomme de chemin pendant tout le film pour ressortir dans le dernier tiers et pour apporter une vraie réponse sur ce qui fait ce que nous sommes.

Après tout ce que je viens de dire de ce film, vous comprendrez que j’ai non seulement adoré le reboot de Robocop, parce que c’est pile poil le genre de SF que j’aime, mais que j’ai également du mal avec l’avis général d’Internet qui condamne ce film parce qu’il est le reboot d’une série cultissime. Qu’on ait du mal avec les reboots, remakes et tout le tralala, c’est normal : souvent le film est mal pensé et n’apporte rien de neuf à part de jolis effets spéciaux. Robocop réalisé par José Padilha, à l’inverse, est un modèle.

Les affiches de Robocop (1987) et Robocop (2014)
Qui a gagné ? Est-ce un match nul ? Difficile à dire, les deux films sont beaucoup trop différents pour êtres comparés.

Bien entendu, impossible de dire que le reboot est meilleur que l’original, ne serait-ce que pour le talent qu’il a fallu à Paul Verhoeven pour faire ce film en 1987 quand rien de comparable en matière de violence du sous-texte n’existait (alors que le reboot de 2014 est, par définition, arrivé après les films d’origine, donc il faut forcément moins de corrones). Je pense néanmoins qu’il est tout à fait possible d’apprécier de manière égale les deux opus, tous les deux étant d’excellents films de SF avec une vraie bonne action et une réflexion sur le monde réel assez flippante de perspicacité. Voyez le reboot comme un film totalement différent, car c’est ce qu’il est. La version 1987 propose un film sur une machine qui réapprend à devenir un être humain, la version 2014 est un film sur un être humain qui refuse de devenir une machine, cette seule différence justifiant totalement l’existence des deux opus.

Conseil de la semaine : voyez Robocop 1987 ET 2014 et faites comme Murphy : forgez-vous votre propre opinion qui ne soit pas préprogrammée. Le cinéma est tellement plein de films d’actions médiocres qu’on peut se permettre d’aimer deux façons de traiter une légende quand elles en valent toutes les deux la peine.

Guillaume.


Images :

José Padilha, Robocop, Columbia Pictures, 2014.

Michael Charles Hill et Michael Miner, Robocop: the animated series, Marvel Production, 1988.

Stephen Downing, Robocop: the series, Rysher Entertainment, 1994.

Edward Neumeier et Michael Miner, Robocop: Alpha Commando, 1998.

Julian Grant, Robocop: Prime Detectives, 2001.

Paul Verhoeven, Robocop, Orion Pictures, 1987.

DETROIT, MI – MAY 02 (Photo by Ann Hermes/The Christian Science Monitor via Getty Images)

Ryan Coogler, Creed : l’héritage de Rocky Balboa, Warner Bros, 2016.

Manuel Valls (photo par Olaf Kosinsky)

James McTeigue, V pour Vendetta, Warner Bros., 2006

Nick DeMao, Communist Robot Aliens, Nick DeMao, 2012.

Alan Taylor, Terminator Genisys, Skydance Productions & Paramount Pictures, 2015.

Steve Jobs trouvée sur https://www.flickr.com/photos/8010717@N02/6216457030

Hayao Miyazaki, Le Voyage de Chihiro, Studio Ghibli, 2001.

Gareth Edwards, Godzilla, Warner Bros. Pictures, 2014.

Lana et Lilly Wachowski, Matrix Reloaded, Warner Bros. Pictures, 2003.

5 commentaires sur « Robocop : Un reboot aussi culte que l’original ? (José Padilha, Robocop, 2014) »

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