The Revenant – Le Billet du Mercredi

Ça y est, il l’a fait. Internet va pouvoir se trouver un autre meme : Leonardo DiCaprio a eu son Oscar du meilleur acteur.

Il y a un moment, l’Académie des Arts et des Sciences du Cinéma (l’organisme qui remet les Oscars) a dû se lasser de voir DiCaprio faire son intéressant pour obtenir une petite statuette. Il faut dire qu’il ne s’est pas ménagé dans The Revenant.

Filmé par Alejandro González Iñárritu, AKA Monsieur Birdman, DiCaprio se roule tout nu dans la neige et fait tout plein de trucs dégoutants, un peu comme un enfant qui ferait un caprice dans un supermarché, mais version Bear Grylls.

Peter O'Toole, nominé 8 fois aux Oscars mais n'en n'ayant jamais gagné un seul..
« DiCaprio ? Maudit ? J’ai été nominé 8 fois sans jamais gagner moi ! Et je suis mort en plus de ça ! »

Mais alors que tout le monde se concentre sur le fait que, ça y est, l’ « acteur maudit » d’Hollywood a enfin eu sa récompense, j’ai l’impression qu’on oublie un peu de parler du film qui la lui a fait gagner.

Que vaut vraiment The Revenant ? Mérite-t-il ses deux autres Oscars (meilleur réalisation et meilleure photograhie) ?

Selon mon petit avis d’amateur, oui totalement. Ceci dit, je n’ai pas vu tous les autres films en compétition, j’aurais donc du mal à faire un vrai classement. Mais pour ce qui est du dernier film de González Iñárritu, c’est une petite pépite.

The Revenant, c’est l’histoire d’un trappeur laissé pour mort par ses compagnons et qui revient (d’où le titre) pour leur faire comprendre qu’il n’est pas trop content. Tout ce qu’on savait du film avant qu’il ne sorte, c’était à peu près ça. Attention néanmoins : si vous cherchez une vengeance sanglante avec des personnages aux tronches cassées et de la nervosité à ne plus savoir quoi en faire, passez votre chemin. A la limite pour ça, il y a peut-être encore The Hateful Eight (ou Les Huit Salopards dans la langue de Nabilla) en salle.

Ce n’est pas un Tarantino. Ce n’est pas non plus un  Sergio Leone ou True Grit, ce chef d’œuvre des frères  Coen. C’est un Western, d’accord, mais il récupère la partie la plus chiante de tous les Western et la compile en 2h30 de film. De quelle partie chiante je parle ? Celle où personne ne parle et où le héros se contente de regarder à l’horizon en plissant les yeux.

Clint Eastwood dans Le Bon, la Brute et le Truand.
« Un problème avec mes yeux plissés ? »

Ceci étant dit, vous seriez bien idiots de croire qu’il ne s’agit que de ça. Effectivement, le film prend son temps comme personne et vous fait bouffer de la neige. DiCaprio, c’est pas Deadpool et il lui faut des semaines pour se remettre sur pieds. Ces semaines-là, on les fait sentir au spectateur, mais jamais inutilement.

Leonardo Dicaprio, rampant hors de sa tombe de fortune.
DiCaprio fait une partie du chemin en rampant… pas étonnant que ce soit long.

Ce film pose des bases nouvelles, au-delà du contemplatif. A ce stade-là, c’est carrément une œuvre méditative que propose Alejandro González Iñárritu. Tout au long de son lent et épuisant voyage le réalisateur prend le temps de nous interpeller sur des sujets qui lui semblent importants.

Il ne s’agit en fait pas tant d’un film de vengeance que d’un film sur la vie. DiCaprio perd la sienne le jour où il affronte une mère ourse. Laissé mourant par son équipe, il prend toutefois conscience que ce n’est pas son existence qui lui est importante mais celle de ses proches. Et justement, ses proches ont cessés d’exister à cause de Tom Hardy, un de ses compagnons. Tout ce qui lui reste, c’est un peu de souffle.

Leonardo DiCaprio marchant avec sa peau d'ours
Par moment, ce film fait un peu penser à Frère des Ours et à Pocahontas, mais la version survival.

DiCaprio va donc s’accrocher à ça et à son envie de vengeance et faire son petit bonhomme de chemin à travers la montagne et les bois. Ce sera l’occasion pour lui de découvrir en même temps que le spectateur que la vie, c’est bien plus qu’avoir un but. La vie repose sur un équilibre fragile entre les espèces et leur habitat : un équilibre que les hommes ne respectent plus. Que ce soit les indiens ou les colons, les humains n’existent que par leur opposition les uns aux autres et s’entretuent pour des raisons aussi absurdes que « tu n’es pas de la même couleur » ou « tu n’es pas de ma tribu ». Plus personne ne vit en harmonie avec son voisin.

A mesure qu’il va avancer, DiCaprio va s’éloigner de ce qui faisait de lui un humain (dans le sens négatif du terme, puisqu’ils ne vivent que pour le conflit). Il va survivre parce qu’il va accepter sa place dans la nature et alors qu’on le croirait bon à se faire dévorer par la première bestiole venue, il devient le prédateur. Vêtu de sa peau d’ours, il va marcher dans les traces de cette mère qui a cherché à le tuer pour protéger sa progéniture et va retrouver Tom Hardy pour lui faire payer ses crimes.

Leonardo DiCaprio marchant seul dans la neige.
Le rythme lent et tranquille évoque celui des saisons, mais aussi celui de la nature en plein hiver.

Connaissant l’amour de l’acteur pour les sujets écologiques, on comprend assez vite en sortant de la salle pourquoi Leonardo DiCaprio a accepté de faire ce film qui est certes long, mais qui contrairement à ce qu’on pourrait penser, ne comporte pas de réelles longueurs.

L'affiche de Birdman.
Je suis étonné de constater que certains critiques ont été voir The Revenant sans se douter qu’il faudrait réfléchir alors que Birdman nous avait mis en garde sur le style d’Alejandro González Iñárritu.

Je meurs d’envie d’en parler plus longuement parce que contrairement à ce que j’ai pu lire, ce film n’est pas juste creux, long et sans grand intérêt. On pourrait croire qu’il se contente de montrer de jolies images, mais il met ces images au service d’un message qui, hélas pour le grand public, n’est pas prémâché. Je déteste dire ça, parce que l’argument du « si vous n’avez pas aimé, c’est parce que vous n’avez rien compris » est le pire argument du monde, mais ne vous contentez pas d’aller voir The Revenant sans y mettre un peu du vôtre.  Alejandro González Iñárritu signe une œuvre d’art et comme pour n’importe quelle toile, le spectateur qui ne ferait aucun effort intellectuel n’aura l’impression que de contempler de jolis paysages sans intérêt.

Qu’on se comprenne bien, il est possible de tout à fait comprendre ce film et de ne pas l’aimer, aussi le fait de réfléchir devant chaque scène de vous assurera pas forcément une expérience de cinéma inoubliable. Mais il est à mon sens impossible d’apprécier ce long-métrage en restant passif devant l’écran.

Maintenant, si vous avez envie de voir ce film sans pour autant vouloir faire d’effort, libre à vous, mais ne vous plaignez pas si vous vous ennuyez.

Guillaume.

Images :

Alejandro González Iñárritu, The Revenant,  20th Century Fox, 2015.

David Lean, Lawrence d’Arabie, Colombian Pictures Corporation, 1962.

Sergio Leone, Le Bon, la Brute et le Truand, United Artists, 1966.

Alejandro González Iñárritu, Birdman, 20th Century Fox, 2014.

7 commentaires sur « The Revenant – Le Billet du Mercredi »

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