Drive : le film aux apparences trompeuses ? (Nicolas Winding Refn, Drive, 2011)

Résumé :

C’est l’histoire d’un monsieur sans nom qui aime bien les voitures. Il conduit des voitures dans des films. Il conduit des voitures pour des méchants. Il conduit même des voitures dans des courses de voitures ! Un jour, il rencontre sa voisine qui a un problème de voiture, alors il lui répare sa voiture avant de l’amener faire un tour en voiture. Et puis, les méchants font des trucs de méchants alors le héros est triste et il s’en va en voiture.

Non lecteurs, malgré ce résumé, il ne s’agit pas cette semaine de Fast and Furious, mais bien d’un film vainqueur d’une palme à Cannes puisqu’on parle de Drive, un film avec Ryan Gosling (et des voitures).

Comment ça vous sentez une pointe de cynisme dans mon propos ? Vous êtes trop fort, je viens tout juste de commencer.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas Drive, il s’agit d’un succès critique monstrueux. J’ai rarement vu autant de louanges et d’hyperboles à propos d’un film. Vendu comme un thriller, il est considéré par certains comme étant un chef d’œuvre du film noir, un genre de film avec une ambiance lourde et pessimiste, des personnages désabusés, un rythme souvent lent et un dénouement rarement satisfaisant.  Quand on se contente de cette petite liste de critères, c’est vrai que Drive correspond parfaitement bien à la définition du genre, mais il n’en est pas moins que j’ai un problème avec ce film.

Genre vous imaginez, un truc comme Boulevard de la Mort mais intelligent ?
Genre vous imaginez, un truc  aussi jouissif que « Boulevard de la Mort » mais intelligent ?

Avant que vous ne m’interrompiez grâce à l’une de vos balises « citations » dont vous vous servez constamment pour intervenir, je tiens quand même à vous dire que cet article sera dénué de toute mauvaise foi. Je considère que Drive est un film avec un potentiel énorme et il a figuré pendant super longtemps dans le haut de ma liste des films qui m’intriguaient le plus. Le concept du cascadeur de cinéma qui se sert de ses talents de chauffeur pour se faire justice soi-même, me demandez pas pourquoi, je trouve ça ultra stylé, surtout si on me promet d’en faire un thriller et pas un bête film d’action.

Tachons donc de dresser la liste des qualités de ce long-métrage avant d’en arriver aux points qui m’ont énormément déçus et qui me font dire que non, malgré tout ce qu’on peut lire, Drive n’est pas réellement un bon film… ou pas !

Kevin, le héros de "Maman j'ai raté l'avion" de Chris Colombus ayant l'air choqué.
« Mon Dieu ! Le gag du « ou pas » est d’un tel manque de créativité humoristique ! Cet article promet d’être tout pourri ! »

Un film qu’il est beau

On a parlé plusieurs fois du festival de Cannes, pour en dire du bien comme dans notre article sur Ed Wood ou pour se demander ce qu’ils fumaient sur la Croisette, comme quand on s’intéressait à Cry Baby, et autant, parfois, l’industrie du cinéma est en décalage total avec le vrai monde de la vérité vraie des bons et des mauvais films, autant dans le cas de Drive, c’est impossible de ne pas être d’accord avec eux : ce film est magnifique.

Drive, c’est une palme gagnée sur la Croisette en 2011 pour le prix de la mise en scène. Objectivement, je ne crois pas avoir vu beaucoup de films aussi beaux que ça. La composition des plans, l’éclairage et le montage sont particulièrement agréables à l’œil. Le film pose son ambiance urbaine chic assez bien et on comprend qu’on aura à faire à un film de mafia soigné, léché et stylé.

Un plan particulièrement beau du film.
Voilà, je pose ça là parce que c’est quand même magnifique. On se tait et on apprécie.

L’esthétique, c’est quelque chose qui a été travaillé à fond puisque la thématique principale du film est celles des apparences trompeuses.

Plusieurs fois, Drive nous laisse entendre que ce qu’on voit n’est pas forcément ce qui existe vraiment. Parfois, il le fait même avec brio. Je pense notamment à un plan de plusieurs secondes sur la façade d’un restaurant italien avant que le montage n’enchaine par un gros plan sur deux hommes mangeant chinois à l’intérieur. Ecrit comme ça, ça fait un peu cheap mais c’est parfaitement bien mené dans le film, d’autant que ledit restaurant italien sert de façade à la mafia !

«Cliché !»

-Vous qui avez déjà vu des films de gangster.

La pizzeria de Nino, le restaurant italien de Drive
Et quand tu vois la simplicité dudit plan, tu te dis qu’il y a du boulot pour réussir à créer des émotions vives avec si peu…

Oui mais non, parce que le patron du restaurant n’est pas de la mafia italienne, mais de la mafia juive ! (je parle d’une vraie organisation criminelle américaine, pas de théorie fumeuses sur un soi-disant complot sioniste, que ce soit clair). En quelques secondes de film, on te fait un ascenseur émotionnel de ouf entre ce que tu attends et ce qui arrive vraiment.

La réflexion sur les images trompeuses est d’ailleurs filée tout au long du film. On comprend même assez vite qu’elle veut nous amener à nous interroger sur notre personnage central, le chauffeur sans nom incarné par Ryan Gosling. Pas besoin d’être Sherlock pour ça quand c’est expliqué dans les paroles de la chanson principale du thème musical, chanson qu’on entend pour la première fois alors que la caméra filme en plan serré la tête inexpressive de Gosling. De même, les jeux de miroirs sont nombreux, ce qui renvoie encore une fois à s’interroger sur la tangibilité de ce qu’on voit : quelle est sa vraie nature, joue-t-il un personnage en société, et s’il n’était que le reflet d’un vrai être humain ?

Un plan où Ryan Gosling conduit dans Drive mais où ses yeux ne sont visibles que dans le rétroviseur.
On dit des yeux qu’ils sont le miroir de l’âme. Les montrer dissociés du reste du corps du personnage marque une rupture entre ce qu’on croit connaitre de lui et ce qu’il est vraiment.

Toutes ces questions sur le chauffeur sont légitimes et nous amènent tranquillement à la deuxième partie de notre réflexion : pourquoi ce film est-il raté ?

Pourquoi ce film est-il raté ?

Parce que oui, il faut avoir du caca dans les yeux pour prétendre que c’est un chef d’œuvre du début à la fin.

En écrivant ça, je réalise que je risque de me faire lyncher avant d’avoir eu le temps d’arriver à ma troisième partie, aussi je me dépêche.

Vous commencez à nous connaître un peu maintenant, et vous savez quelle importance j’attache aux personnages, à leurs interactions, leur développement et leur rôle à jouer dans le film. Vous le sentez venir n’est-ce pas ?

Je. N’ai. Jamais. Vu. De. Personnages. Plus. Chiants. Que. Dans. Drive.

J’ai cru mourir en voyant que des critiques louaient la performance captivante et hypnotique d’un Ryan Gosling en état de mort cérébrale. Le gars se tape une tronche de dix pieds de long pendant tout le film. La seule vraie expression faciale qu’il arrive à jouer, c’est ça :

Ryan Golsing esquissant un très léger sourire dans Drive
#Acting
Le T-1000 dans Terminator 2
Bonjour, je suis quelqu’un en qui vous pouvez avoir confiance.

En fait, j’en suis venu à me demander si le plot twist de ce film, c’était pas que le personnage principal était en fait un Terminator, ce dont Manon est toujours convaincue après avoir vu la scène de fin qui ressemble sous certains points à celle de Fight Club (le film, pas le livre dont vous ignoriez l’existence). Cette théorie est née dans ma petite tête en voyant Gosling en tenue de flic lors d’une scène de tournage et ça faisait énormément de sens sur le moment. Je veux dire : il ne joue aucun sentiment, il a une démarche raide, n’a que des relations froides avec son entourage et ne parle presque jamais du film. On croirait voir le T-1000 de Terminator 2, sauf que dans Terminator 2, il s’agit d’un robot assassin ayant pour but de mettre une balle dans la tête d’un enfant, c’est donc normal que le personnage fasse inhumain.

Le souci, c’est que cette absence de dialogue est une maladie contagieuse et la plupart des scènes comprenant Ryan Gosling comporte plus de silence entre chaque réplique que de « Hum » dans celles de Jeff Goldblum dans Jurassic Park, ce qui représente une putain de chiée de tonne !

Le personnage de Goldblum dans Jurassic Park constatant que les dinosaures faisaient de "gros tas de merde".
Jeff Goldblum s’avouant battu par Ryan Gosling.

Alors non, beaucoup de dialogues ne sont pas forcément gage d’un bon film et Under the Skin, également très sobre d’un point de vue papotage s’en sort honorablement, mais comme pour le Terminator, le personnage n’est pas non plus humain.

Ryan Gosling regardant un enfant dans un ascenseur
Si par exemple on montrait un personnage froid la nuit mais ultra joueur le jour, la différence de caractère créerait de la méfiance : on ne saurait jamais ce qu’il a dans la tête et s’il ne peut pas péter un cable à tout instant. Là, Gosling fait juste le minimum syndical.

Ici, je rappelle que le film tente de nous faire comprendre qu’il existe deux facettes à l’homme qu’est le chauffeur : le pro froid et violent et l’homme plus sensible mais aussi moins accessible.

Autant les scènes de violences sont parfaites et voir Ryan Gosling éclater le crâne de méchant sans sourciller a quelque chose d’inquiétant, autant on ne le voit jamais être vraiment tendre ou sensible ou quoi que ce soit dans la vie privée. Il décroche à peine un sourire à son intérêt amoureux ou au fils de celle-ci, lequel est en manque cruel de figure paternelle, et quand il propose de faire des trucs cools, il les emmène voir un ruisseau en passant par où ? Les canaux en bitume de Terminator 2 !

Le Terminator et John Conor faisant de la moto dans les canaux en bitume anti-inondation de Los Angeles
Mais si vous savez, cette scène épique avec le camion et les motos ! Quand je vous dit que c’est une théorie valable.

D’ailleurs, cette scène du ruisseau confirme à quel point le personnage est chiant : le truc le plus cool qui existe dans sa vie, c’est l’eau. Outre le fait qu’il se « détende » (je suis pas certain qu’il se détende, il tire toujours plus ou moins la tronche) au bord d’un ruisseau, ce gars ne boit que de l’eau du robinet. Tu lui demandes ce qu’il veut en soirée, il te répond un verre d’eau. Ça en dit long sur le bonhomme.

Sam Gamegie dispensant de bons conseils.
« Celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas. » – Sam

Et le pire, c’est que s’il y avait une quelconque progression du personnage, si on avait l’impression qu’il réalisait des choses sur lui-même, s’il passait ne serait-ce que de « très chiant » à « un peu chiant mais ça va », il me serait sympathique et j’aurais l’impression qu’il y a eu des efforts, mais rien de tout ça n’arrive.

Je ne sais pas si c’est à cause du jeu de poisson mort de Gosling ou si c’est une volonté de réalisation, mais on a l’impression que rien de ce qui arrive aux personnages ne le concerne. On ne sait rien de lui au début du film, ni son nom, ni son histoire, et on n’en sait pas plus à la fin. On n’est même pas certain que les péripéties dans lesquelles on l’a vu progresser l’on impactées tant le développement reste au niveau « mort-né » de l’échelle non officielle du développement de personnage.

« Ouais mais les personnages mystérieux c’est cool aussi, ça créé du suspens. »

-Vous qui aimez le mystère.

Ridley Scott, réalisateur de Blade Runner répondant à des questions.
Selon Ridley Scott, le personnage de Ryan Gosling est un réplicant.

C’est vrai, parfois ça marche. Si on prend l’exemple du Joker dans The Dark Knight, on meurt d’envie d’en savoir plus sur lui, mais c’est le fait de n’avoir aucune réponse qui le rend aussi brillant. Ce qui donne envie d’en connaitre plus sur lui, c’est le fait qu’il fasse des choses et qu’il soit intéressant à regarder. Dans le cas de Drive, on ne sait rien du personnage principal, mais comme il ne parait pas s’impliquer de tout le film, on n’a pas envie d’en savoir d’avantage. On préférerait presque qu’il sorte vite du film pour que le réalisateur se concentre enfin sur quelque chose d’intéressant.

Par extension, et comme les dialogues avec le personnage du chauffeur sont presque inexistants, on n’en connait que très peu sur les autres rôles et on a surtout l’impression de voir des gens aux caractères binaires se regarder dans le blanc des yeux avec en fond une mignonne petite chanson qui prône la complexité. Pour vous dire à quel point le concept du personnage pas intéressant est poussé loin, on a quand même un gars qui est au centre de l’intrigue et qui s’appelle « Standard ». Je ne déconne pas, vous pouvez aller vérifier sur la fiche Wikipedia du film. Et comme si c’était pas assez, le film nous sert même une petite blagounette sur ce nom pourri, histoire de bien enfoncer le clou.

Image de la trilogie le Hobbit
C’est aussi chiant que si on avait fait une trilogie sur Quelconque le Hobbit et ses amis les nains randoms.

Potentiellement, un film qui nous a tous eu

Un plan de la Cité de la Peur
« Madame, je n’écrirai rien sur ce film c’est une merde ! »

Et là c’est le moment fatidique où on se retrouve à essayer de garder la face alors même qu’on n’a pas aimé un film qui a été primé à Cannes. J’imagine parfaitement les critiques de cinéma se dire tous en même temps face à ce film « Meeeerde ! Je vais me faire virer si je dis que je n’aime pas ce film alors qu’il a été primé sur la Croisette ! Vite, trouvons une explication intellectuelle pour dire que c’est un chef d’œuvre et que si les gens le trouvent chiant, c’est parce qu’ils sont cons. Après tout, qui suis-je pour aller contre l’avis du plus grand festival de cinéma du monde ? »

C’est un peu dur avec les critiques de cinéma qui ont parlé de ce film parce qu’il y en avait quelques-unes que j’ai vraiment trouvées pertinentes, mais la majorité partent tellement dans le n’importe quoi que je pense que ma parodie n’est pas si loin de la réalité. Je vous ai déjà parlé de ma préférée qui trouve une profondeur abyssale dans le jeu d’acteur de Gosling, ajoutant que n’importe qui aurait eu l’air con à faire la moue en regardant mystérieusement l’horizon, mais pas lui, parce qu’il est dans le film et que le film a été aimé à Cannes. Sauf que je maintiens ma position : les personnages sont tous nuls à chier, et les performances des acteurs sont sans saveurs.

Ryan Gosling fixant la caméra sans qu'aucune expression ne soit lisible sur ses traits.
« Bouh ! » #ReActing

Pourtant Drive a une véritable force cachée : son rapport aux apparences.

Il y a quelques détails que j’ai laissés en suspens volontairement pour construire cette troisième partie.

Le conducteur portant un masque pour dissimuler son visage.
A la limite, le masque que porte le personnage de Gosling quand il fait ses cascades a l’air de savoir jouer, lui.

Le personnage de Gosling s’emmerde, on l’a compris. On sait qu’il travaille pour le monde du cinéma (comme cascadeur, donc c’est la partie hautement fun de n’importe quel film), mais il travaille également pour le monde du grand banditisme, un monde souvent dépeint comme trépident et excitant par les œuvres de cinéma dont c’est le sujet. On est donc totalement en droit de se demander pourquoi le personnage principal tire la tronche pendant tout le film alors qu’il évolue dans deux mondes ultra fantasmés. Et surtout, on se demande pourquoi est-ce qu’il préfère aller boire un verre d’eau de la cuisine de sa voisine mariée plutôt que d’aller au travail !

« Bah oui, pourquoi ? »

-Vous qui vous vous le demandez.

Nicolas Winding Refn, le réalisateur du film
D’ailleurs, ma première conclusion était un peu présomptueuse parce que je ne connaissais rien de ce bon monsieur.

Lors de mon premier visionnage, j’ai tiré la conclusion simple que Nicolas Winding Refn, le réalisateur de ce film, était doué de qualités certaines pour la mise en scène mais était un piètre scénariste et directeur d’acteur. Point. Vous êtes passé à ça que ce soit ma conclusion puisque jusqu’à il y a quelques heures (au moment où j’écris ces lignes, pas au moment où vous les lisez) j’étais certain que c’est tout ce qu’il y avait à en dire et que c’était un film que j’avais envie d’aimer, comme La Reine des Neiges, mais qui souffrait de trop grosses lacunes pour que j’y arrive.

Rassurez-vous, ce n’est plus le cas. En fait, ça fait exactement deux heures que je suis fan de Drive.

Rappelez-vous mon paragraphe sur la scène du restaurant italien. Je pense que Drive doit se comprendre exactement comme doit se comprendre cette scène. Bien sûr, ce qui va suivre n’est absolument pas une certitude, mais c’est une clef de lecture qui fait que ce film est potentiellement un coup de poker osé et réussi.

Selon mon avis, Drive est VOLONTAIREMENT chiant à mourir.

Une image du jeu de gangster Hotline Miami
Avant de voir le film, j’étais sûr que ça ressemblerait au jeu « Hotline Miami » : le genre de truc où tu n’as pas le temps de t’arrêter mais qui te laisse avec plein de questions dans ta petite tête.

Personnellement, c’est le synopsis du justicier cascadeur qui m’avait fait me pencher sur ce film, d’autant que la bande annonce promettait quelque chose de génial. Cette dernière a été montée par le plus filou des filous et compile presque tous les dialogues du personnage principal sur une musique rythmée et prenant le temps d’intégrer quelques scènes qui laissent présager d’un règlement de compte en bonne et due forme. En plus, je vous rappelle que l’image est juste magnifique, et ça se voit dès le trailer. Bref, quand on se renseigne sur le film sans jamais avoir eu de retours dessus, on se fait nécessairement une idée de ce à quoi ça va ressembler. Or cette idée, à cause des scènes lentes et des personnages qui paraissent mourir d’ennui, est diamétralement à l’opposé du résultat final.

La scène du strip Club, particulièrement violente.
Une des trois ou quatre scènes où Gosling est bon… Et elles sont toutes dans la bande annonce…

Si, comme je le pense, le film a pris le temps de filer sa réflexion sur les apparences trompeuses jusque dans sa campagne de promotion, s’il a cherché à vendre quelque chose qui n’a rien à voir avec ce qu’il est vraiment, au risque de décevoir les spectateurs en jouant avec leurs émotions, alors ce film est une grande réussite. On obtient en effet une œuvre avec un propos qui prend des risques pour l’assumer à fond et qui va même jusqu’à interagir avec son public au-delà du visionnage.

Mila Kunis dans Jupiter Ascending
Fais pas la tronche Mila, on dit du mal de ton film, mais c’est pour son bien.

Dans un sens, il me fait penser à Jupiter Ascending dont il partage l’objectif, sauf qu’au lieu de dégouter du divertissement avec un trop plein, il frustre en ne servant jamais tout à fait ce qui est attendu.

Le moins évident à comprendre, c’est que ce n’est pas une excuse pour justifier tout ce qui est raté dans le film puisque les personnages, leurs interactions et le jeu des acteurs restent à mon sens pitoyables. D’ailleurs, cette application du message du film au film lui-même n’est qu’une théorie et rien ne dit que Drive a été pensé pour être compris comme ça. Si ça se trouve, personne au moment de la création du film n’y avait pensé, auquel cas leur film, celui qu’ils pensent avoir fait, n’est pas intéressant.

Drive est le chat de Schrödinger du cinéma : il est à la fois raté ET réussi.

Portrait d'Erwin Schödinger
« Je trouve cette utilisation de mes travaux un peu simpliste. » -Erwin Schrödinger, un gars qui avait des problèmes avec son chat.

Si vous ne connaissez pas du tout Drive et que vous n’avez pas peur des personnages sans développement, je vous invite à prendre le temps de le regarder, de même si vous le connaissiez mais que vous ne l’avez justement pas aimé à cause de son écriture foireuse.

Si au contraire vous avez adoré ce film, déjà je suis étonné que vous ayez dépassé la deuxième partie (parce que vue le nombre de critiques positives pompeuses et pédantes que j’ai vue, j’ai fini par croire que les fans de Drive étaient diamétralement contre l’idée qu’on puisse lui faire des reproches), et surtout… bah merci. Sans vos avis fumeux pour expliquer à tout va que c’est le meilleur film du monde, je n’aurais sans doute jamais pris le temps de le voir et surtout, j’aurais préféré l’oublier plutôt que de le REvoir pour en faire un article, ce qui m’aurait valu de passer à côté de cette conclusion.

 Guillaume.


Images :

Nicolas Winding Refn, Drive, Wild Side Films, 2011

Quentin Tarantino, Boulevard de la Mort, The Weinstein Company, 2007

Chris Colombus, Maman, j’ai raté l’avion, 20th Century Fox, 1990

James Cameron, Terminator 2 : Le Jugement Dernier,  Columbia TriStar Films, 1991

Steven Spielberg, Jurassic Park, Universal Pictures, 1993

Peter Jackson, Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi, New Line Cinema, 2003

Ridley Scott by Gage Skidmore

Peter Jackson, Le Hobbit (trilogie), Metro Goldwyn Meyer & New Line Cinema, 2012-2014

Alain Berbérian, La Cité de la Peur, AMLF, 1994

Photo de Nicolas Winding Refn trouvée sur la page https://fr.wikipedia.org/wiki/Only_God_Forgives

Visuel d’Hotline Miami, Devolver Digital, 2012

Lana et Andy Wachowski, Jupiter : Le Destin de l’univers, 2015

12 commentaires sur « Drive : le film aux apparences trompeuses ? (Nicolas Winding Refn, Drive, 2011) »

  1. Je fais partie des fans de Drive qui sont allés au bout de votre article… Mais la première chose que j’ai faite ensuite c’est d’aller voir les critiques presse sur Allociné pour me « désénerver » de ce que je venais de lire ahah.
    Chacun son avis mais ce n’est pas vrai que les critiques presse sont unanimes dès qu’un film est récompensé à Cannes ou dans une autre cérémonie. Les critiques sont unanimes simplement parce que le film est excellent, si ce n’est parfait.
    Le style, la musique, l’ambiance… Et même la bande-annonce je ne m’en lasse pas. Définitivement dans ma longue liste de mes films préférés.

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    1. Les critiques qui louent les qualités esthétiques du film, je ne peux qu’être d’accord avec elles. D’un point de vue stylistique, Drive est effectivement parfait et la bande-annonce est très réussie dans son genre. Je regrette juste que le personnage principal, tant dans son interprétation que dans son écriture soit aussi peu intéressant. J’arrive à comprendre ce que le film était sensé en faire, mais j’ai le sentiment que ça n’est pas abouti.

      Quoi qu’il en soit, merci d’avoir laissé ton avis sur le film et sur l’article. L’objectif est aussi de faire réagir les lecteurs et nous sommes toujours ravis de voir quelqu’un participer.

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  2. « Vilain Guillaume! Vilain! »

    Nous n’allons pas nous attarder sur la partie où nous sommes d’accord (les scènes d’action, la façon dont est filmé Drive), et concentrons nous sur les points qui fâchent. Vilain Guillaume! Vilain! 😡

    D’abord la longueur du film. Car après la scène d’ouverture suivi de la magnifique musique Night Call de Kavinsky, il est vrai le film met du temps à s’installer.

    C’est voulut. Nicolas W.R est fan de Bullit et les films de cette époque contenaient peu d’action.

    Pour ce qui est de Nino, il y a aucun affront à ce qu’il soit juif. A l’époque de la grande mafia sicilo-italienne US , on pouvait très bien ne pas avoir de sang italien et travailler pour la mafia. En revanche, on ne pouvait pas dirriger un clan.

    Nino semble souffrir de cette règle absurde, lorsqu’il rappelle tout ce qu’il à fait pour eux à Bernie.

    Nino fait des affaires hors mafias et semble obéir à Bernie, dont on ignore s’il est rital ou un associé de la mafia.

    Le personnage de Gosling vit une double vie qui a des effets sur sa socialisation.

    Comme on le voit tout au long du film, il n’a rien, pas de bien matériel en dehors de sa voiture.

    Ce qui à l’avantage de lui permettre de ne pas s’attacher à un endroit où à une luxueuse, s’il devait un jour échappé à la police ou à la pègre.

    Il n’est pas de nature bavarde et ceux qui durent longtemps dans de telles affaires sont souvent comme ça.

    Il est également possible que le cascadeur est rêvé d’une haute carrière et qu’il sait dorénavant qu’il n’ira pas loin (sans doute ce qui l’a amené à mettre ses services aux malfaiteurs, à moins que ce ne soit l’adrénaline)

    Le fait de mené une vie de véritable solitaire, l’amène à ne pas avoir d’âme, il est vide à l’intérieur. Il vie pour vivre,point.

    Lorsqu’il rencontre Irène, il tombe amoureux, mais même dans son amour, il est discret.

    Il vie et soufre en silence. Il n’a plus de but. C’est de ça que parle le film. Un homme qui n’a pas de vie, qui reappreant à vivre auprès d’une femme, puis qui souffre du retour de son mari, qui sauve celle qu’il aime de la pègre et qui doit retourner à sa non existence, seul.

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    1. Désolé de répondre si tard.

      Effectivement, j’ai moi aussi compris les intentions de réalisation de Nicolas Winding Refn et j’ai saisi ce à quoi devait ressembler le personnage du chauffeur. Maintenant, et je constate que tu ne dis rien sur ce point, le jeu de Gosling nuit à ce personnage.

      Je fais bien la distinction entre le personnage et l’acteur ici. Le personnage sans attache, matérielle ou émotionnelle, mais d’une fidélité et d’une violence sans borne, je trouve que c’est une excellente idée et j’ai très envie de voir un film qui parle de ça. Seulement la façon dont joue Gosling ne montre pas ce personnage, mais un gars totalement éteint. Quoi qu’on puisse en dire, il n’est pas du tout dans le personnage, il n’est pas du tout subtil, il est juste chiant.

      Je suis très critique avec le jeu de Gosling parce que je ne pense pas qu’un personnage qui ait l’air de s’emmerder soit ce à quoi ait pensé le réalisateur, mais peut-être est-il 100% satisfait du travail de son acteur et dans ce cas, je ne trouve personnellement aucun intérêt à Drive (sauf encore une fois, comme je le dis dans ma dernière partie, si ce jeu est volontairement nul pour contrebalancer tous les jeux ultras expressifs des héros de films d’actions).

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  3. Bonjour / Bonsoir : Étant fan de drive je me devais aussi de réagir à cet article et l’interprétation de son auteur : tout d’abord Nicolas Wending Refn n’est pas le scénariste du film et d’ailleurs ce fut la premiere fois qu’il eut envie de laisser les clés du camion a quelqu’un d’autres.

    Donc petite erreur pas non plus dramatique

    Passé ce détail Je tiens a ajouter quelque chose au sujet du jeu de Ryan Gosling : Je le trouvais terriblement chiant aussi . Une belle purge ce face à face sans saveurs lorque pour la premiere fois , ils se retrouvent dans l’appartement d’Irene

    Mais au delà de cela on se doit de comprendre que Gosling n’insufle rien à son personnage car il est… Un héros :
    -Le fait qu’il n’ait pas de nom ( tout comme les super héros changent d’identité , se trouve un surnom et abandonné leurs identité )
    -Le masque lorqu’il se venge de Nino
    -La veste qu’il porte constamment la nuit lorsqu’il agit (costume)
    -Son talent pour la conduite qui est plus que loué tout au long du film (pouvoir)
    -Et surtout .. et ben le fait que Ryan gosling parle de cet aspect « superheros » dans plusieurs de ses interviews

    On peut donc en revenir sur son jeu : Un héros a t’il le droit d’avoir des sentiments ? De la joie? de la peur?
    Non , il est parfaitement synthétique et n’a aucun droit d’être un humain ordinaire Les cascades et les courses ne lui font ni chaud ni froid et c’est bien normal.
    Mais c’est ici que J’exprime mon incomprehension lorque vous ne trouvez aucun développement du personnage :

    Au début parfaitement chiant , il fend peu a peu l’armure et dévoile des bribes de son humanité lorsque Irène est la ; Sa rage lorqu’il doit casser des gueules (plus que violente lorqu’il éclate un crâne a coup de sabot)
    Sa compassion et sa détermination pour une personne ,Irène, c’est un point important car sachant qu’il est de nature solitaire et qu’il flirte avec le monde du crime , On peut supposer qu’il est de nature égoïste et qu’il n’a pas besoin de qui que ce soit pour s’en sortir et pourtant Elle est là et comme dis Bryan Cranston: « Lot of guys fall for other mens’ wives, but you’re the only one I know robs a joint to make it up to the husband… »
    Bref le développement du personnage n’est pas non plus remarquable mais à le mérite d’exister voila pourquoi Ryan gosling meme si il ne merite certainement pas de prix ou de distinction n’est pas non plus mauvais du tout dans le film (a part un peu a la premiere rencontre après l’ascenseur)

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    1. Merci pour ton commentaire Nicolas. J’avoue que l’aspect « héroïque » du personnage est intéressant et explique pas mal des choix de mise en scène. Je ne suis pas tout à fait convaincu par le résultat, mais on entre dans le domaine purement subjectif. A mon sens, un héros avec des faiblesses (même si elles ne sont pas perçues par son entourage) est plus interessant et mieux constuit qu’une machine sans émotions. C’est cette dualité entre l’aspect indestructible du personnage et ses moments d’intimité qui me font aimer un personnage, comme pour le cas de Superman, du Terminator, d’Achilles, faible à cause de son égo, ou du film Incassable où Bruce Willis joue justement un héros suposément invulnérable dont la seule faiblesse est finalement son doute.

      Quand au développement du personnage, j’ai conscience qu’il y a eu des efforts et effectivement, les personnages autour du protagoniste tentent de nous faire voir que le héros change pendant le film, mais le jeu de Ryan Gosling est peut-être trop monolithique pour que cela se voit à l’image. Un film, ce n’est pas un livre, il faut que le changement opère visuellement pour qu’il soit réussi (que ce soit dans le jeu ou dans la mise en scène d’ailleurs).

      Quoi qu’il en soit, merci de ton retour, c’était vraiment intéressant et je ne manquerais pas de garder ton commentaire en tête la prochaine fois que je verrais Drive (ce qui arrivera malgré tout parce qu’on l’aime ou pas, ça reste un film fascinant).

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      1. Je viens rajouter un petit détail il semble que l’interprétation de Ryan Gosling soit un hommage à un de ses acteurs préférés: sylvester Stallone

        Son jeu s’inspire directement des expressions de faciès de Sly: son regard vide et triste.

        Il semble que Gosling ait aimé le film « Cobra » où Dr Rocky and Mister Rambo tient la vedette.

        Stallone à continuellement une allumette dans la bouche, Gosling une pique. Stallone à le dessin d’un cobra sur son colt 1911, Gosling à le dessin d’un scorpion sur sa jacket

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