Beowulf : comment adapter un poème anglo-saxon dans un film en motion capture ? (Robert Zemeckis, La Légende de Beowulf, 2007)

Résumé

C’est des guerriers scandinaves, ils font la fête en buvant de l’hydromel dans leur hall, et là BAM ! Un monstre arrive et les défonce – et le roi bourré est triste donc il veut plus ni boire ni forniquer parce que des gens sont morts. Mais un jeune héros en quête de gloire (et surtout pas de fortune) arrive pour « sauver » le roi et son peuple, et son nom est BEOWUUUUULF. 

Je n’avais absolument pas prévu de vous parler de ce film ce vendredi. Je devais m’attaquer à un film bien connu pour être mauvais, mais en pleines préparations, j’ai eu l’occasion de voir La Légende de Beowulf, de Robert Zemeckis. Et il fallait que j’en parle.

« Ouaaah, Zemeckis c’est Retour vers le Futur et aussi Forrest Gump, ça doit être trop bien comme film, du coup ! »

– Vous, qui êtes plein d’espoir.

C’était un peu l’avis de Guillaume quand je lui ai annoncé que j’allais voir ce film qui hante les cauchemars de ma prof de littérature anglo-saxonne (au sens de vieil anglais, pas juste vaguement britanno-américain-toutcequiparleanglais). Il m’a dit que si c’était juste que c’était pas fidèle à l’oeuvre d’origine, ce ne serait pas grave, parce que c’est une adaptation (et je suis d’accord), et que même s’il m’a été présenté comme très laid du fait d’avoir été tourné entièrement en motion capture, ça pouvait ceci dit ne pas être si mal, puisque le Pôle Express (toujours de Zemeckis) est pas si mal, après tout. Et encore une fois, j’étais d’accord, donc je suis allée voir le film en gardant bien en tête que je ne devais pas me laisser influencer par mes études ou mes profs, et prendre le film pour ce qu’il est.

J’ai donc bien pris le film pour ce qu’il est, et sans surprise, c’est de la matière fécale.

Tom Hanks dans le Pôle Express.
« En route pour le pays des mauvais films ! »

Le poème devenu film

Il y a de fortes chances que peu d’entre vous connaissent Beowulf autrement que de nom, donc je vais me permettre de vous le présenter rapidement.

Le Haut Hrothgar, du jeu Skyrim
Si le nom Hrothgar vous dit quelque chose, ne cherchez plus : le nom du Haut Hrothgar de Skyrim vient de là.

Beowulf est un poème épique majeur de la littérature anglo-saxonne, long d’environ 2700 vers, qui est d’autant plus fascinant qu’il ne nous en est parvenu qu’un exemplaire, lequel est rescapé d’un incendie. C’est le récit des aventures d’un guerrier suédois, Beowulf, qui au début du poème vient en aide au roi danois Hrothgar dont le royaume est victime des attaques du monstre Grendel, jaloux du bonheur des Danois, depuis douze ans. Beowulf parvient à défaire le monstre à mains nues (car il a la force de trente guerriers), ce qui provoque la colère de la mère de Grendel – et il va également l’occire, ce qui débarrasse le peuple de Hrothgar des monstres pour de bon. Beowulf retourne chez lui, et deviendra plus tard roi et régnera pendant cinquante ans. Cependant, après qu’un homme aie provoqué la colère d’un dragon en allant piller son trésor, le roi Beowulf se doit de tuer la bête, et y perd la vie.

Le professeur Tolkien dans sa bibliothèque.
Eh oui : en plus d’être l’auteur de romans inoubliables, Tolkien était professeur à Oxford, spécialisé dans l’histoire de l’anglais – et il est encore à ce jour une figure importante dans ce domaine d’études.

Trois quêtes à retenir donc : Grendel, la mère de Grendel, le dragon. Tolkien n’en compte que deux (Grendel et sa mère, plus le dragon), mais je ne suis pas là pour parler débats d’anglo-saxonistes. Ce que l’on peut retenir de cela cependant, c’est qu’à première vue, ça n’a pas l’air très compliqué à adapter, parce que pour un poème épique, on peut quand même dire que c’est plus simple que l’Odyssée. Et effectivement, le film respecte bien ces trois étapes. Hourra ? Pas vraiment.

Je suppose que vous vous souvenez du Hobbitqui a bien gardé toutes les étapes importantes du livre, donc on ne peut pas lui reprocher vraiment d’avoir oublié quelque chose, mais qui en ajoute aussi beaucoup – ce qui est loin d’être son seul problème, mais qui en est un tout de même. Le Beowulf de Zemeckis souffre de la même chose.

Dans le poème, Grendel est le fils de sa mère (#MerciCaptainObvious) qui est un démon, et on dit de son père que c’est le personnage biblique Cain, qui aurait d’ailleurs engendré tous les monstres – mais cela pourrait bien n’être qu’une allégorie. Roger Avary, qui quand il ne travaille pas avec monsieur Tarantino sur Reservoir Dogs et Pulp Fiction écrit des choses comme Silent Hill et le film qui nous intéresse ce soir (donc, il faut le dire, des choses moins bonnes que ce qu’il fait avec Tarantino), s’est donc dit qu’il fallait bien un père biologique à Grendel, et que ce père « devait » être le roi Hrothgar. Pourquoi lui ? Je ne sais pas, je suppose qu’il n’y a pas d’autres hommes dans les environs selon Avary.

Image tirée du film La Légende de Beowulf, où l'on voit Angelina Jolie (nue).
Ma théorie : ils avaient surtout envie que leur monstre principal soit Angelina Jolie en image de synthèse qui paie ses boobs, et selon eux évidemment personne ne peut y résister.
Euh... Oui lecteur. Si tu veux. T'es chelou mais d'accord.
Euh… Oui lecteur. Si tu veux. T’es chelou mais d’accord.

Toujours est-il que cela permet aux scénaristes (parce qu’ils sont deux) d’incorporer une histoire de malédiction qui, je dois l’admettre, n’est pas une mauvaise idée. Dans le film, Hrothgar n’a pas de fils, et décide de faire de Beowulf son héritier (juste avant de se suicider) ; ainsi Beowulf ne rentre pas chez lui pour devenir roi, et devient roi d’Heorot (la halle de Hrothgar). Ça simplifie un peu les choses, en évitant de changer d’endroit en plein milieu du film. De plus, cela permet de faire du lien dans le scénario : ici, plutôt que de tuer la mère de Grendel, Beowulf couche avec (après une magnifique scène où Angelina Jolie caresse l’épée de Beowulf qui par conséquent se liquéfie) et lui donne un autre fils pour remplacer Grendel, qui se trouve être le dragon. C’est intelligent, puisque la malédiction qui rend stérile explique par la même pourquoi ni Hrothgar ni Beowulf n’auron d’héritier. Le problème, c’est que c’est très mal exploité. La malédiction est à la fois trop prévisible – on la comprend dès la première scène qui n’a pourtant rien à voir – et arrive comme un cheveu sur la soupe. En effet, cela réduit considérablement la portée épique des personnages de Hrothgar et de Beowulf (et, dans une certaine mesure, de Wiglaf, ami et héritier à la fin du film de Beowulf, qui semble également céder à la tentation) : là où ce sont deux nobles guerriers et de bons rois, on se retrouve avec un Robert Baratheon (bourré, obsédé sexuel, et en plus sa femme est blonde et ne l’aime pas) et la caricature que l’on se fait d’un guerrier scandinave – grand, blond, les yeux bleus, il aime les femmes et être nu.

Franck Dubosc en maillot de bain pour le film Camping.
Non, ceci n’est PAS un guerrier scandinave. Même si en fait le Beowulf du film s’en approche beaucoup trop…
Angelina Jolie dans Maléfique.
NON tu fais pas peur, t’es même pas creepy, tu es juste… Jolie quoi. C’est tout.

Cela renverse également la vision que l’on a des choses. Au lieu d’avoir trois monstres réellement monstrueux dans le film, nous avons : un enfant victime abandonné par son père qui souffre d’une hypersensibilité auditive en la personne de Grendel (ce qui justifie les attaques du pauvre chou), Angelina Jolie (qui ne fait jamais peur, dans aucun film) en mère célibataire qui ne cherche qu’à rendre ses enfants heureux, et le dragon, lui aussi ayant des problèmes avec son papa. Ça pourrait faire un bon scénario de film français bateau, qui voudrait nous apprendre que les monstres ne sont jamais vraiment méchants et que c’est la faute des vilains humains pas gentils et brutaux s’ils sont ce qu’ils sont. Ça reviendrait à dire que le Mal Absolu du Cinquième Élément est méchant parce que les hommes ont traité sa mère #LIrrespectDesHommes. Cependant ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne dis pas que justifier la monstruosité des méchants est une mauvaise idée. C’est surtout que dans La Légende de Beowulf, il s’agirait plus d’une invitation à dénigrer les hommes et à pardonner les monstres – là où un film comme La colline a des yeux nous présente l’homme comme responsable de ce que sont les monstres, sans pour autant chercher à pardonner ces derniers. Je suppose que le film se voulait moins manichéen que le poème, mais il ne fait que renverser les rôles.

Beerus de Dragon Ball.
« Moi c’est différent, si je voulais détruire le monde, c’est parce qu’il n’y avait plus de pudding. » #DéveloppementDePersonnage

J’ai du coup plus l’impression d’avoir un film qui veut me dire que le poème original est mauvais qu’un film qui cherche à l’adapter.

Zemeckis, un membre de la team Burton

Et pas le Burton dont on a parlé récemment pour Ed Wood, évidemment. Je parle bien du Tim Burton qui nous a pondu Alice au pays des merveilles. Parce que nos deux amis Bob et Timmy ont un gros problème en commun.

Ils adaptent des œuvres qu’ils n’aiment pas, mais alors pas du tout.

Alice souriant à la fin d'Alice au Pays des Merveilles, de Tim Burton.
« Oooh, on aurait donc trouvé pire que moi ? En même temps, moi je n’avais pas de musique techno vénère pendant mon générique de début… »

Sérieusement, c’est quoi votre problème ? Je ne reviendrai pas sur Tim, il vous suffit d’aller lire ce qu’on a dit d’Alice il y a quelques mois. Vous avez juste besoin de savoir qu’il n’aime pas les romans de Lewis Carroll, mais qu’il les adapte volontiers quand Disney lui fait un chèque. Mais Zemeckis, c’est encore autre chose. Il n’aime pas le poème anglo-saxon – je le comprends, ça reste spécial, de même qu’on peut ne pas aimer l’Iliade et l’Odyssée. Mais du coup, quelle est la motivation à aller lire un scénario qui adapte une oeuvre que l’on aime pas pour décider de se charger de la réalisation ? C’est du masochisme ou un simple désir de ruiner l’oeuvre pour ceux qui auraient le malheur de l’aimer ?

Le héros du film la Légende de Beowulf.
« Moi je suis un héros profond comme de l’eau salée, huhu. »

Franchement, oui, ça se sent que Zemeckis n’aime pas Beowulf. Ca se sent que de tout le casting, seulement deux acteurs (Angelina Jolie et John Malkovich) ont lu le poème à l’école et n’en ont que de vagues souvenirs, et que les autres improvisent plus ou moins. Oui, on sent que Ray Winstone qui tient le rôle-titre ne voit son personnage que comme un guerrier héroïque uni-dimensionnel – et même s’il semble persuadé d’y avoir ajouté de la profondeur avec sa « performance », spoiler, ce n’est pas DU TOUT le cas. Et quand je dis que l’intention de Zemeckis était de gâcher le poème pour tous ceux qui l’auraient apprécié, je le pense vraiment. C’est un peu comme si je prenais votre dessert d’enfance favori, genre les crêpes de votre mamie, que je détesterais personnellement, et que je les recouvrais de caca qui ressemble à du Nutella exprès pour que même lorsque vous en remangez normalement avec du vrai Nutella, vous ne puissiez que penser à cette fois où je l’ai gâché par pur égoïsme. Et qu’en plus de ça, des gens qui n’ont jamais mangé les vraies crêpes au Nutella de votre grand-mère aiment ces crêpes couvertes de caca.

Crêpes au nutella
Je suis sûre que face à cette photo vous éprouvez maintenant à la fois du dégoût et de l’envie.

Parce que oui, les critiques de ce film sont positives. Ils trouvent l’action et l’histoire vachement cool, se disent que c’est probablement beaucoup mieux que ce qu’il pouvait y avoir dans ce vieux manuscrit rescapé d’un incendie, mais qu’en même temps ça devait vraiment ressembler à ça, « à l’époque », donc c’est super. Je suppose que ces mêmes personnes sont ainsi persuadées que la Grèce Antique ressemblait vraiment à ce qu’en dit Homère dans ses poèmes, mais passons. Je souligne juste là que malheureusement, Zemeckis a fourvoyé les esprits innocents qui ne connaissaient rien à la littérature anglo-saxonne, et qui sont maintenant perdus à jamais dans les limbes de l’ignorance. C’est aussi désolant que de voir toutes ces âmes en perdition qui aiment la trilogie du Hobbit par Peter Jackson sans jamais avoir lu le roman de Tolkien.

Ahem. Je me reprends, pardon.

Affiche du film Jabberwocky de Terry Gilliam
Rien qu’à l’affiche du film qui a inspiré les scénaristes, on sent qu’ils avaient pas le même délire que Zemeckis en fait.

Le gros problème du film réside surtout dans le fait que son scénario n’avait pas du tout été pensé pour un aussi gros budget – à savoir 150 millions de dollars. En effet, Avary et Neil Gaiman avaient écrit le scénario en 1997 avec en tête un budget de 10 millions de dollars, pour un résultat qui ressemblerait au film Jabberwocky de Terry Gilliam sorti en 1977. Du coup on se retrouve avec un film kikoo-dark pour ados ayant quelque chose à compenser que Zemeckis nous a sorti en 2007 alors qu’on aurait du avoir un film proche de la série B un peu nulle mais sympathique, une sorte de Flash Gordon de la poésie anglo-saxonne. Et franchement, ça aurait été mieux je trouve – et ce qui aurait été encore mieux aurait été « Beowulf in space », genre une adaptation SF avec des vaisseaux spaciaux en boîtes de camembert, des explosions avec des pétards et des monstres marionnettes avec des designs bien sales – mais je divague.

Du coup, je trouve en un sens que Zemeckis est bien, BIEN pire que Tim Burton. Tim fait Alice pour de l’argent ? C’est pas cool, surtout quand on sait les messages que Burton a toujours fait passer dans ses films auparavant, mais après tout il faut bien payer ses impôts. Zemeckis ne l’a pas fait pour l’argent, il l’a fait parce qu’il avait de l’argent – il a insisté pour reprendre le scénario qui avait été abandonné, et pour en faire un film à gros budget tout en motion capture. Pour adapter, je le rappelle, une oeuvre qu’il n’aime pas.

Beowulf en slip dans une grotte pleine d'or.
« J’ai tout cet or et je compte bien en faire un mauvais film qui serait en plus très moche ! »

Hideux / 20

Ah oui, détail important : la motion capture est affreuse. Surtout quand on sait qu’en 2002 (soit cinq ans plus tôt) sortait Les Deux Tours, avec l’un des meilleurs exemples que l’on aie de la technologie de la motion capture, à savoir le personnage de Gollum.

"Gollum, toujours Gollum, jamais le pauvre Dobby qui pourtant lui aussi est apparu dans un film en 2002..."
« Gollum, toujours Gollum, jamais le pauvre Dobby qui pourtant lui aussi est apparu dans un film en 2002… »

Étudions ce dernier : il s’agit d’un acteur en tenue de motion capture que l’on a ensuite remplacé par un personnage en images de synthèse en utilisant ses mouvements et expressions faciales. On peut maintenant trouver que l’effet est un peu vieilli dans la saga du Seigneur des Anneaux, toujours est-il que l’on y croit. Ceci notamment grâce au jeu d’Andy Serkis, qui surjoue ses expressions faciales, de sorte que Gollum soit à l’écran plus qu’une marionnette aux yeux morts – évidemment, les animateurs font également un travail excellent à ce niveau. Un studio comme Pixar nous a prouvé plus d’une fois d’ailleurs qu’ils pouvaient faire des personnages très expressifs entièrement en animation par ordinateur.

Du coup, La Légende de Beowulf ne ressemble pas vraiment à un film avec des personnages en animation 3D, ou en motion capture. Il y ressemble même moins que deux autres films de Zemeckis, à savoir le Pôle Express et Le drôle de Noël de Scrooge (qui fonctionne peut-être mieux aussi parce que Jim Carrey surjoue naturellement). La Légende de Beowulf, c’est simplement la plus moche et la plus longue cinématique de jeu vidéo photo-réaliste qui existe.

#RegardDeBraise (oui, elle essaie de draguer. Et sa harpe est un putain de jouet qui ne ferait aucun son dans la vraie vie, aussi.)
#RegardDeBraise (oui, elle essaie de draguer. Et sa harpe est un putain de jouet qui ne ferait aucun son dans la vraie vie, aussi.)

Au niveau de l’image, on a des acteurs qui pour certains n’ont absolument aucune idée de ce qu’il se passe et de comment fonctionne la technologie utilisée (c’est notamment ce que dit Anthony Hopkins, qui joue Hrothgar), et qui donc ne savent pas comment jouer en conséquence. Pourtant ils essaient : ils bougent beaucoup les bras, quand ils essaient de faire quelque chose d’expressif, mais le jeu d’acteur s’arrête là. Autrement, on sent qu’il s’agit avant tout d’acteurs habitués à un jeu qui ne repose pas sur des expressions faciales exagérées – et c’est bien, mais pas pour ce genre de film. La plupart des personnages donnent l’impression d’être morts à l’intérieur, et leurs yeux n’étant pas vraiment travaillés, cela ne s’en ressent que d’autant plus. C’est ce qui me fait dire en premier lieu qu’on se trouve face à une cinématique de jeu : on n’a pas à un seul instant l’impression d’avoir à faire à des êtres vivants, mais bien à des PNJ. Sauf que si dans Skyrim, on peut le pardonner parce qu’on est dans un jeu, donc d’autres éléments permettent l’immersion, là ça empêche carrément de s’intéresser à ce qui arrive aux personnages.

Vous avez déjà eu des émotions en tuant des dindons dans un jeu vidéo pour récupérer leurs plumes ? Bah vous n’en aurez pas plus quand Beowulf va se déchirer l’aisselle pour pouvoir tuer son fils (ouais, c’est chelou en plus), ni quand il va mourir, ni quand sa femme sera triste, ni quand son esclave sexuelle le suppliera de ne pas y aller. Quant à la servante qui au début du film subit un presque viol, c’est l’osef le plus total dans son expression faciale.

« Ouais enfin, ça ressemble à un jeu vidéo, mais c’est pas un mal. Le film Warcraft qui vient, t’hésites bien à aller le voir, non ? Non ? »

– Vous, comment savez-vous ?

Ah ah, mais ce n’est pas la seule chose, évidemment. En effet, au final j’ai toujours été peu regardante au niveau des graphismes d’un jeu vidéo : si la tête du jeu me plaît, ça me va. Il y a d’ailleurs plein de jeux très beaux graphiquement qui ne me tentent absolument pas, comme quoi c’est vraiment pas mon critère principal. Non, le problème c’est que le film ressemble à des cinématiques d’un jeu qui auraient été mises bout à bout.

Pour ceux qui ne sauraient pas ce qu'est une QTE (coucou les mamans !), c'est un moment où le jeu vous donne des indications d'action (que j'ai ici entourées en rouge) pour rendre un combat plus dynamique. En haut, le jeu The Wolf Among Us, en bas, Beowulf, le film, le jeu (les deux contre Grendel).
Pour ceux qui ne sauraient pas ce qu’est une QTE (coucou les mamans !), c’est un moment où le jeu vous donne des indications d’action (que j’ai ici entourées en rouge) pour rendre un combat plus dynamique. En haut, le jeu The Wolf Among Us, en bas, Beowulf, le jeu tiré du film de ce soir – contre Grendel.

Un exemple simple avec le moment où Beowulf affronte Grendel : le monstre arrive exactement comme la première fois qu’on le voit au tout début du film, en brisant la porte et en envoyant voler des PNJ. Il commence à attaquer pendant que le héros s’approche de façon totalement badass, à poil (mais il y a plein de trucs pour cacher son petit bout donc tout va bien), sur une table avec un air déterminé (ouais, il faut imaginer l’air déterminé, parce que sinon il marche juste à poil sur une table). Le monstre le remarque : dans un jeu, c’est le moment où on prend le contrôle et on commence une première phase de boss. On lui enlève des points de vie, et arrive le moment de la QTE (Quick Time Event) : dans le film, Beowulf se rend compte du point faible de Grendel, son oreille hypersensible, et la frappe donc à grands coups de poing – et c’est pour ça que je dis QTE, parce que typiquement, c’est le moment où on appuie frénétiquement sur un random bouton pour que le personnage tape. Puis cinématique où le héros est projeté contre un mur parce que le monstre a mal, et retour au combat – c’est la deuxième phase du boss, sauf que là elle est pourrie parce qu’il est plus petit et plus faible, donc sans intérêt. Encore une fois on lui enlève des PV, puis cinématique où Beowulf lui tend un piège avec des chaînes et parvient à immobiliser son bras avec, et nouvelle QTE où on lui arrache le bras à coup de porte.

Donc dans un jeu, on se dit d’accord, c’est pas mal comme système, mais dans un film ? Non, je voulais un vrai combat, je voulais pas sentir à quel point c’était artificiel et découpé. De même, plus tard dans le film, je ne VOULAIS PAS de plan à la première personne, parce qu’effectivement, il y en a – et on sait tous que ce n’est pas souvent une bonne idée de faire ça alors que le film rappelle déjà trop et pour de mauvaises raisons un jeu vidéo.

Le dragon de Beowulf.
Allez, pour le plaisir, vous savez que j’aime les dragons moches. Celui-ci est plus beau que le Jabberwocky de Burton, mais quand même bien laid par rapport à Smaug.

Pour finir, son scénario lui-même relève plus du jeu que du film, puisque c’est simplement une série de quêtes : Beowulf arrive, le roi lui donne une quête, il l’accomplit, Beowulf a sa récompense. Puis nouvelle quête, sauf que celle-ci donne le choix de l’accomplir ou de trahir le premier donneur de quête : Beowulf choisit la deuxième option et reçoit sa récompense de la mère de Grendel. Enfin dernière quête, un dragon attaque le village, il faut le tuer, sauf que vous êtes nul est vous faites un joli game over – ou alors vous n’êtes pas nul et votre mort était scriptée. Mais je préfère me dire que c’était juste mauvais.

Un peu comme le film en fait. Je m’emporte beaucoup sur Zemeckis et le fait d’adapter une oeuvre que l’on aime pas, mais c’est surtout que je vois de l’argent et un projet gâché ici. Beowulf le poème ne peut être adaptable qu’au prix de sacrifices, comme le Seigneur des Anneaux l’a été : mais il ne peut l’être que par quelqu’un qui a envie de transmettre son amour pour l’oeuvre originale, et pas quelqu’un qui a envie de se faire mousser sur son film réalisé avec une nouvelle technologie.

J’ai comparé ce film à Alice de Burton, je l’ai comparé au Hobbit ; je pense qu’en un sens je pourrais aussi le comparer au Conan de 2011 (le remake de Conan le Barbare). Beowulf est un récit qui nécessite du décor en plein air, de filmer des paysages scandinaves pour ce qu’ils sont, avec des acteurs qui vivent cette ambiance et comprennent ce qu’ils font, et un réalisateur et des scénaristes qui ont quelque chose à ajouter à leur matériau d’origine. La Légende de Beowulf et Conan, s’ils ont de bonnes idées parfois, reposent trop sur la technologie numérique et sur l’idée qu’il vaut mieux mettre beaucoup d’argent dans de la CGI que beaucoup d’argent dans un voyage pour toute l’équipe sur un lieu de tournage parfait. C’est peut-être avant tout en cela qu’ils sont de mauvaises adaptations.

(Ou alors il faut faire leurs aventures dans l’espace, au choix).

Manon.


Crédits image

Robert Zemeckis, Le Pôle Express, Warner Bros., 2004.

Image de The Elder Scrolls V: Skyrim (Bethesda 2011) trouvée à l’adresse <http://tharn.pp.fi/kuvat/games/skyrim_hq/gallery/photos/TESV_HQ_157.jpg>

Photographie de Tolkien trouvée à l’adresse <http://images.mentalfloss.com/sites/default/files/styles/article_640x430/public/tolkien.png>

Robert Zemeckis, La Légende de Beowulf, Paramount Pictures, 2007.

Photo de Franck Dubosc sur le tournage de Camping 3 trouvée à l’adresse <http://www.public.fr/News/Photos/Photos-Franck-Dubosc-renfile-le-maillot-de-bain-de-Patrick-Chirac-pour-Camping-3-820413>

Robert Stromberg, Maléfique, Walt Disney Studios, 2014.

Masahiro Hosoda, Dragon Ball Z: Battle of Gods, Toei Animation, 2013.

Tim Burton, Alice au Pays des Merveilles, Walt Disney Studios, 2010.

Photo de crêpes au Nutella trouvée à l’adresse <http://www.caboucadin.com/viennoiseries/gateau-aux-crepes-et-nutella.php>

Terry Gilliam, Jabberwocky, Columbia-Warner, 1977.

Chris Columbus, Harry Potter et la Chambre des Secrets, Warner Bros., 2002.

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