Creed : l’héritage de Rocky Balboa – Le Billet du Mercredi

Si vous avez lu un de nos tous premiers articles, vous savez que j’ai une affection toute particulière pour Sylvester Stallone. Lorsqu’il prête ses traits à un personnage bien écrit, il est capable du meilleur et ça tombe bien, les personnages il les écrit lui-même. Etant un grand fan de la direction qu’il a fait prendre au légendaire Rocky Balboa en 2006, je n’ai pas hésité bien longtemps avant d’aller voir Creed, soit disant un spin-off, mais qui a totalement sa place en tant que suite et de conclusion de la saga de l’Etalon Italien.

Rocky Balboa prouvant qu'il n'a pas dit son dernier mot.
« Qui a dit que j’étais ringard ? Je vais réaliser une trilogie tellement burnée que je vais faire passer Michael Bay pour un enfant de cœur ! » #Expendables

Bon, j’avoue, j’ai l’air un peu confiant dans ce premier paragraphe, mais en vrai, j’étais un peu plus sceptique sur la qualité d’un Rocky après Rocky Balboa. Je trouvais ce dernier déjà tellement intelligent dans la façon de traiter la légende qui entoure le personnage, mais également celle qui entoure l’acteur qu’est Stallone, que l’idée d’un « spin-off » m’est apparu comme une stratégie feignante pour ne pas faire mourir la saga.

Maiiis… bon. J’avais quand même envie d’y aller parce que je pensais que Stallone allait au moins écrire le scénario et que ça serait une belle façon de montrer qu’il était toujours là et qu’il acceptait de laisser sa place à une nouvelle génération de stars du cinéma d’action. Or, ça n’est pas du tout le cas. La réalisation et le scénario sont de Ryan Coogler,  un petit gars que je ne connaissais pas et d’à peine 29 ans, ce qui rend l’expérience encore plus unique.

Creed, c’est le nom d’un champion : Appolo Creed, plus grand boxeur de tous les temps et ami et rival de toujours de Rocky Balboa. Mais c’est également le nom de son fils, Adonis Johnson (du nom de sa mère) qui n’apprendra son héritage que vers l’âge de 10 ans alors qu’il a grandi en foyers d’accueil et en maisons de correction pour mineurs.

Apollo Creed habillé en Oncle Sam dans Rocky IV
Autant dire que quand ton père s’habille comme ça devant tes potes, c’est pas facile de supporter la comparaison…

Dès lors, un challenge s’offre à lui : il doit apprendre à vivre dans l’ombre d’un mythe tout en tentant de se faire son propre nom. Et c’est pas gagné, parce qu’autant, quand tu vises un secteur totalement différent de celui ton papa, tu peux facilement éviter la comparaison, mais Adonis a une passion, une raison de vivre et de se lever le matin : la boxe.

Et là, Coogler, dont c’est le deuxième long-métrage seulement, nous montre que c’est déjà un grand. Tant au travers de l’écriture que de la réalisation (qui est excellente à tout point de vue), il va nous dépeindre un personnage magistralement interprété par Michael B. Jordan dans sa progression, de l’anonymat vers la célébrité, de l’enfant turbulent vers l’adulte posé et construit, mais aussi et surtout, du déni et de la peur de ce fardeau qu’est son nom, vers une acceptation totale et fière.

Le thème du père est, je ne vous le cache pas, au centre du film. Outre cette progression du personnage principal, Creed offre une vraie réflexion sur ce qu’est un père. Tantôt allié, tantôt rival à évincer pour devenir un homme, la figure paternelle est ce qui va pousser Adonis à repartir de zéro pour parcourir le même chemin que son géniteur et gagner le respect du public, de ses adversaires et de la presse.

Rocky et Adonis, s’entraînant chacun dans leur film dans une scène similaire.
On trouve énormément de parallèles entre Rocky I et Creed, mais il ne nuisent jamais au film.

Mais le problème est également étudié depuis l’autre point de vue grâce au personnage de Rocky. Ce dernier a eu un fils qui, comme Adonis, n’a pas supporté l’héritage de son nom et a préféré partir loin afin de ne plus être comparé à son papa. Cette décision, s’il la comprend parfaitement, rend Rocky un peu triste puisqu’elle le prive de sa dernière famille. Un peu comme Ian McKellen dans Mr. Holmes, Stallone fait en effet face à un conflit générationnel : tous ses proches sont décédés car le temps finit par triompher de tout le monde. Finalement, c’est résigné à partir lui aussi qu’on le découvre et Ryan Coogler à travers le personnage d’Adonis Creed lui adresse l’une des plus belles preuves d’amour qui existe.

Plutôt que de traiter Rocky comme une légende dont tout le monde est totalement fan et qui va pouvoir montrer qu’il en a encore sous le capot, le film lui offre un second rôle, mais quel second rôle !

L’histoire est celle d’un nouveau champion. Rocky a fait son temps, c’est à Creed de faire ses preuves. Ainsi, le cinéma d’action doit savoir se passer de ses stars intemporelles pour laisser leurs chances à de nouveaux venus.

Han Solo et Rey dans Star Wars 7
« Laisser sa chance à la nouvelle génération ? Ridicule, c’est moi qui ait fait revenir les fans, c’est moi le héros ! Point final. »

Pourtant, Ryan Coogler est assez explicite dans son film : c’est grâce à ces stars qu’il en est là aujourd’hui. Tout comme Adonis Creed, il est un fan de Stallone/Rocky. Il a grandi avec lui et s’il fait ce métier, c’est parce qu’il lui a donné l’envie de le faire.

Ainsi, à la manière de son personnage principal, le réalisateur accompagne son idole vers une fin de carrière bien méritée à travers un film-hommage intelligent et qui vient tout juste de valoir à Stallone une nomination aux Oscars, preuve que le travail est bien fait.

Gros coup de cœur de ce début d’année, ce film est l’exemple parfait d’une saga qui se bonifie avec le temps et la preuve qu’on peut faire d’excellents films avec des personnages dont on pensait déjà tout connaître.

Rocky et Adonis se motivant.
« On a gagné ! Ouaiiis ! »

Très très hâte de voir comment la saga va continuer et surtout, ce que Ryan Coogler nous réserve pour la suite.

Guillaume.


Images :

Ryan Coogler, Creed : l’héritage de Rocky Balboa, Warner Bros, 2016.

Sylvester Stallone, Rocky Balboa, 20th Century Fox, 2006.

Sylvester Stallone, Rocky IV, Metro Goldwyn Mayer, 1985.

John G. Avildsen, Rocky, United Artists, 1976

J. J. Abrams, Star Wars VII, le Réveil de la Force, LucasFilm, 2015

4 commentaires sur « Creed : l’héritage de Rocky Balboa – Le Billet du Mercredi »

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