Dragon Ball Evolution : le pire film de tous les temps ? (James Wong, Dragon Ball Evolution, 2009)

Résumé :

Le jour de ses 18 ans, Goku reçoit une boule qui brille de la part de son papi chinois. Mais après, son papi il meurt et il est triste. Du coup, Goku il va faire la bagarre avec les méchants parce qu’ils veulent voler la boule de son papi pour devenir les maitres du monde et tout casser. En plus, Goku, il apprend des secrets sur lui, genre c’est le super guerrier de la prophétie, ou un truc comme ça, ce qui fait que qu’il connait les techniques pour allumer des bougies en soufflant dessus par les mains, et ça c’est trop fort !

C’est reparti pour un tour en ce début d’année 2016. Comme c’est la période des bonnes résolutions (entendez par là « la seule période de l’année où on essaye de se bouger pour avoir une vie un peu moins pourrie »), nous aussi on a décidé de faire les choses différemment. Mais avant de traiter de films un peu plus divers et variés que l’année dernière, j’avais personnellement très envie de vous offrir un cadeau.

Comme j’ai beaucoup d’estime pour vous qui lisez nos articles, j’ai décidé de vous offrir le pire du pire, genre le film que quand tu le vois, tu vomis par les oreilles et tu pleures par la bouche. Je voulais une bouse de cinéma évoquant quelque chose de suffisamment connu pour toucher la plupart d’entre vous, mais tellement mauvais que vous me détestiez un peu en même temps, fâchés que je vous rappelle que ce film existe.

C’est dans cette quête de l’Ultime Etron que je me suis rendu dans ce temple de la sagesse cinématographique qu’est Allociné pour vous dénicher, parmi les mauvais films, le pire qui soit. Ainsi j’en suis venu à connaître Dragon Ball Evolution, un long métrage qui cumule 0.95 étoile de moyenne et qui est, en théorie, le pire film dont nous ayons jamais parlé. Et là, j’avoue que cette idée m’excitait énormément quand j’ai lancé le film, parce qu’on a quand même traité de bonnes grosses m*rdes.

Dragon Ball Evolution donc, juste pour vous, pour ce début d’année.

PS : Il est trop tard pour retourner en 2015.

Le prince des teen movies ?

Goku faisant des tours de jedi.
« Ce n’est pas le bon film que vous recherchiez » Goku utilisant son Ki, ou la Force, parce qu’en vrai ça marche pareil #FermeLesYeux #StarWars7

Bon, inutile de créer du suspens, ça n’est pas très bon. J’avoue que je prends un malin plaisir à me faire l’avocat du diable dans de nombreuses situations (notamment parce que j’ai un esprit de contradiction VRAIMENT prononcé), mais dans le cas présent, ce serait de la pure mauvaise foi que de dire que ce film mérite d’être considéré comme un bon.

Maiiiiis… Je ne sais pas comment une seule personne sur Terre a pu s’imaginer en entendant parler de ce projet que ça avait des chances d’être bien. Ce film est mauvais, mais c’était tellement évident que ça n’en est presque pas sa faute.

« Houuuu ! Lynchez cet homme en place public ! C’est l’avocat du diable ! »

Vous qui voulez me lyncher en place public, persuadés que je suis l’avocat du diable.

Non sérieusement, outre le fait qu’il s’agisse d’une adaptation approximative de l’un des animés japonais les plus populaires de tous les temps (mais on en parle d’ici la fin), Dragon Ball Evolution est surtout un Teen Movie des plus quelconque et répondant aux critères du genre.

Goku fantasmant en cours.
En pleine puberté, Goku a visiblement du mal à maîtriser son Ki-Ki #blague

Pour ma maman et les quelques autres personnes qui auraient oublié ce qu’est un Teen Movie, il s’agit d’une production à destination des adolescents. Les moins cinéphiles d’entre eux se ruent en effet en bandes de quinze au cinéma souvent dans l’espoir de procéder à des échanges de chewing gum ou de tâter du téton en profitant de la pénombre de la salle. Finalement, tout le monde sait que le film ne sert que de prétexte pour se retrouver et personne ne se rendra compte que c’est complétement nul.

Et je vous vois venir. Vous vous dîtes certainement que je pense qu’on n’a que des goûts pourris en matière de cinéma à l’adolescence et que c’est pour ça qu’on aime des films nazes.

« Que nenni  ! »

Vous répondrais-je.

Cette façon de consommer le cinéma existe, mais je ne la juge pas. Ce que je juge, c’est qu’on se dise que comme tout le monde dans la salle sera trop occupé à se galocher, c’est pas bien grave, on peut faire n’importe quoi, tout le monde s’en fout. On a quand même dépensé 30 millions de dollars dans ce film sans jamais faire l’effort que ce soit bien, et ça c’est moche. Ayant fait de l’économie, je peux vous dire grâce au Big Mac Index (une échelle de calcul officielle servant à comparer le pouvoir d’achat dans différents pays https://fr.wikipedia.org/wiki/Indice_Big_Mac), bah que 30 millions de dollars, ça fait un sacré tas de Big Mac.

Chuck Norris levant le pouce.
Chuck Norris, karatéka-économiste, approuve cette observation.
Piccolo sous une capuche, la main tendu.
Dans cette version, Piccolo fait du rap et il est super vénère parce qu’il ne sait pas lancer d’éclairs avec ses doigts.

En toute logique, quand on a compris que Dragon Ball Evolution était ce genre de film, on ne s’étonne pas de voir que les acteurs sont mauvais, que le scénario est grossier et que l’écriture des personnages est plate. Bien entendu, on se moque totalement de ce qui peut bien arriver aux héros puisqu’on est certain à plus de 9000% que Goku va mettre une violente gifle au méchant Piccolo et que tout va bien se finir. Comment douter lorsque le guerrier qui veut détruire la Terre n’a pas de vrai raison et qu’il se contente de rester sur son vaisseau pendant tout le film, droit comme un I sous sa capuche noire trop dark qui lui donne des faux airs de Kanye West ?

Et comme on est dans une production pour adolescent, il faut que Goku parvienne à pécho de la nana et ça tombe bien, parce que les scénaristes ont pondu Chichi, une fille qui a plein de trucs en commun avec notre héros, notamment parce qu’elle aussi aime la bagarre.

Goku et chichi se rencontrent.
« C’est pas parce que je m’appelle Chichi que je suis une débile totale ! » (oui, c’est vraiment comme ça qu’elle se présente, autant dire qu’elle transpire le charisme).

Un peu d’Asie au Far West

Là on s’attaque aux détails vraiment atypiques qui font de Dragon Ball Evolution un vrai mauvais film bien particulier.

On l’a compris, ce long-métrage a été pensé pour des adolescents, mais pas n’importe lesquels : des adolescents occidentaux (et plus particulièrement américains). Jusque-là, aucun problème. De même, l’équipe du film est presque exclusivement occidentale, à l’exception de quelques acteurs et de monsieur Akira Toriyama, le créateur du manga Dragon Ball. Vous commencez à voir où je veux en venir ? Non ? Vraiment pas ? Et si je vous rappelle dans une même phrase que Dragon Ball est une série venant de l’autre bout du monde au folklore et à l’univers totalement inhabituels pour des non-initiés et que, étant un bon gros Teen Movie des familles, Dragon Ball Evolution a été adapté par-dessus la jambe et sans réel travail sur cette culture différente, ça vous parle ?

« C’est complètement à côté de la plaque et rempli de clichés gênants sur les asiatiques ? »

Vous qui tentez votre chance.

Julien Lepers, heureux.
« Oh oui ! C’est gagné ! »

Ce film parvient à avoir une saveur unique et dégueulasse grâce à un mélange jamais réussi des univers américains et japonais. Juste pour poser les bases, Dragon Ball est une œuvre japonaise se déroulant dans un Japon alternatif où les voitures rentrent dans la poche, les dinosaures gambadent dans les montagnes et les personnages dépassent les limites de leur corps grâce à une pratique assidue des arts martiaux au point de tirer des boules d’énergie et de voler. Le pari des producteurs du film ? Comme ça sonne un peu exotique, on va adapter tout ça aux Etats-Unis dans une époque qui ressemble vachement à la nôtre (mais pas trop, on peut garder les voitures-porte-clefs).

En soit, ce changement n’est pas honteux et ça peut passer. OK, il n’y a pas de dinosaures, mais certains paysages de l’œuvre d’origine font clairement penser aux plaines du Far West. C’est totalement possible donc.

Des montagnes dans l'univers de Dragon Ball.
Les couleurs, les formations géologiques, on se croirait presque en Arizona !

« Et du coup, j’imagine que ça ne marche pas ? sinon t’en parlerais pas aussi longuement. »

Vous qui vous doutez de quelque chose.

Une Twingo verte.
LE FUTUUUUR !!!

Baaah… C’est pas parce que l’idée parait bien que son exécution est toujours une réussite… Pour faire « futuriste », les producteurs ont rempli le film de musique techno et les rues de voitures Renault et autre modèles européens tout rond et un peu moches. D’accord, les voitures américaines sont toutes rectangulaires et ne ressemblent pas aux véhicules de Dragon Ball, mais le film perd totalement en crédibilité quand il te présente la Twingo comme la voiture du Turfu…

Et si ce détail est risible, celui qui vient l’est beaucoup moins. Le traitement des arts martiaux est limite raciste. Je dis « limite » parce qu’il existe deux ou trois exceptions à la règle que je vais énoncer, mais c’est pas passé loin. Le théorème de Dragon Ball Evolution dit que « si ça a les yeux bridés, ça connait le Kung Fu ». Bien entendu, sa réciproque est également vraie puisque « si ça n’a pas l’air asiatique, ça se bat comme un manche à balai ».

Goku, l'un des rares "occidentaux" à connaitre les arts martiaux.
« Bonjour, je suis Goku et je suis une exception, mais c’est juste parce que si j’avais été asiatique, le public américain n’aurait surement pas su s’identifier. Du coup je ne ressemble pas du tout à mon papi »

Et là ça en devient offensant. Je me suis rendu compte de cette règle dans une bagarre de rue où un gang agresse Goku. Tout le monde se bat avec des barres de fer et des battes de baseball, sauf un petit asiatique qui ne se déplace qu’en coups de pieds sautés sans raison. Et cette règle, on peut la pousser loin. Chichi, la fille dont Goku est amoureux, est jouée par une actrice d’origine sud-coréenne. Elle a un secret qu’elle ne veut avouer qu’à notre héros ? Elle connait le Kung Fu ! L’assistante de Piccolo ? Re-Kung Fu, donc re actrice typée asiatique. Les maitres de Goku ? Tout pareil. J’avoue que ça lasse un peu.

De même, pleins de petits détails semblent surprenant, et on préfère croire à de la bête ignorance plutôt que de voir du racisme partout. Ainsi, la nourriture asiatique est toujours filmée de façon totalement crade, j’en veux pour preuve ce papi qui suce sexuellement cette patte de poulet (voir plus bas), les acteurs asiatiques jouent selon des standards de comédie asiatiques et apparaissent juste comme une bande de crétins à côtés des personnages plus « sobres » interprétés par les américains, des petits mots chinois se glissent mine de rien alors que tout se passe dans un folklore japonais (comme si de toutes façons, c’était tout pareil lol) et j’en passe des meilleures.

Et là vous n'avez qu'une image, mais dans le film, il pousse des petits gémissements chelous et tout #FoodPorn
Et là vous n’avez qu’une image, mais dans le film, il pousse des petits gémissements chelous et tout #FoodPorn
Maitre Roshi
Les codes d’écriture varient entre le manga, l’anime et le cinéma. Pour le coup, adapter TROP fidèlement un personnage, ce n’est pas une bonne idée…

Hommage à l’écriture des personnages secondaires et notamment de Maitre Roshi qui, si ça passe dans un animé, ne marche pas DU TOUT dans un film qui espère être bon… Du coup, quand cet asiatique un peu fou et pervers meurt, bah on s’en fout, parce qu’il était juste asiatique… un peu fou… et… pervers…

Et je n’ai gardé que cet exemple, parce qu’on est censé être triste pour lui, mais bien entendu, c’est pareil pour chaque personnage. Au point qu’à ce stade-là, on est certain que les producteurs faisaient délibérément un film tout naze en espérant attirer une masse de fans innocents dès le premier week-end avant que le bouche à oreille ne lui fasse son affaire…

Le super étron ultime du cinéma ?

Pour le moment, c’est vrai que je n’ai pas fait beaucoup de compliments à ce film, mais peut-on réellement dire que c’est le pire film de tous les temps ? Parce que je vous rappelle que c’est ce qu’affirme Allociné.

Clairement pas. D’ailleurs, rien que sur ce blog, Vercingétorix et Cry Baby ont été moins agréables à voir que lui.

Effectivement, ça fait mal au derrière de payer 12 euros sa place de cinéma pour voir ça, et on pardonnera aux quelques journalistes ayant fait le déplacement de ne pas avoir su prendre ce film avec philosophie. Mais le public, pourquoi a-t-il réagit aussi violemment ?

Parce que Dragon Ball.

Son Goku se transformant en super sayen
Voilà, les fans de Dragon Ball, devant ce film, c’est un peu comme ça.

Ce manga s’est vendu à plus de 230 millions d’exemplaires dans le monde et est l’une des plus célèbres bandes dessinées japonaises. Les fans de cet univers sont partout et vénèrent la mythologie de Goku et ses amis avec passion et acharnement. Attaquez-vous à l’univers favori de quelqu’un et massacrez-le, vous verrez qu’il vous montrera les dents.

« Un peu comme toi avec le Hobbit en fait… »

Vous qui tentez de me piéger.

Oui et non. On peut être fan d’un univers et se sentir insulté de voir que les personnes en charge de son adaptation au cinéma n’ont que peu de respect pour lui, mais le Hobbit et Dragon Ball Evolution jouent dans deux cours différentes. Comme je le disais au début de l’article, le film d’aujourd’hui n’a aucune prétention cinématographique, il veut juste être un divertissement rapide à partager avec deux ou trois potes. La saga de Peter Jackson, elle, espérait devenir mythique et se prenait de haut pour finalement faire quelque chose d’aussi désagréable que Dragon Ball Evolution : à ceci près que ce dernier fait moins d’une heure et demie.

Le Dragon Radar de Bulma
« Vite ! Mon détecteur de scénario m’indique que la suite de l’histoire est par là ! »

Donc non, le film n’est pas bon, mais il a au moins la décence de passer vite. Qui plus est, on ne s’ennuie pas devant. On est toujours interpellé par le ridicule d’une situation, par le non développement d’un personnage ou par un enchaînement foireux du scénario qui fait toujours en sorte d’éviter les temps morts.

Et puis, franchement, si on y met un peu de second degré, c’est quand même très drôle. Je crois que c’est la première fois que je peux dire ça, mais j’ai préféré la VF à la VO tellement les doubleurs français ont des voix improbables. Chichi parle comme une allumeuse avec un pois chiche dans la tête, Yamcha a la voix de Superman dans Man of Steel, un peu comme s’il était majestueux et important et Goku…

Goku glissant sur la tête.
Grâce à sa maîtrise des 7 pots de gel, Goku peut dire au revoir aux cheveux cassants.

Goku est une perle. Il est doublé par un enfant de 6 ans (c’est ce à quoi ça ressemble quand il se plaint que tout le monde le prend pour un nul à l’école), il a la tête du gars de la pub Vivel Dop et des réactions de mec sous ecstasy. Ajoutez à cela que lui et tout sa classe ont sans doute redoublé une dizaine de fois (puisque le cours de science de Terminal a tout un chapitre sur « Qu’est-ce qui provoque une éclipse solaire ? ») et vous obtenez le héros le moins crédible du monde.

Finalement, ça devient très drôle de voir les personnages se prendre vachement au sérieux alors que s’ils gagnent, c’est parce que les méchants ne font rien.

Dragon Ball Evolution est donc clairement un film à voir avec des amis et beaucoup de second degré.  D’ailleurs, si vous êtes un fan hardcore de l’univers, vous DEVEZ le voir ! Je rappelle qu’il a été produit par le papa de Dragon Ball en personne et, même s’il l’a renié depuis, c’est totalement canon ! Et si vous voulez toujours râler après ce visionnage forcé, je vous invite à trouver les adaptations Sud Coréennes et Taiwanaises sobrement appelées Dragon Ball (1990) et Dragon Ball, le film : La Légende des sept boules de cristal (1991). OK, c’est un peu plus proche de l’esprit manga de l’original, mais alors, vous allez tellement trouver Dragon Ball Evolution plus agréable après…

Les affiches des films Coréen et Taiwanais Dragon Ball.
Pour n’en avoir vu que des extraits je vous assure que l’expérience risque d’être un chouilla traumatisante.

Comme Goku, dîtes « STOP ! » à la mauvaise foi et aux mèches rebelles et apprenez à apprécier les mauvais films !

Guillaume.


Images :

James Wong, Dragon Ball Evolution, 20th Century Fox, 2009.

Julien Lepers ❤ dans Question pour une Champion, une production France Televisions.

Daisuke Nishio, Dragon Ball Z, Toei Animation, 1989-1996.

Wang Ryong, Dragon Ball, Dong Ir Movie, 1990.

Joe Chan, Leung Chun, Dragon Ball, le film : La Légende des 7 boules de cristal, Filmswell International Limited, 1991.

4 commentaires sur « Dragon Ball Evolution : le pire film de tous les temps ? (James Wong, Dragon Ball Evolution, 2009) »

    1. Ça reste quand même plus digeste que Daredevil (2003), Super Mario Bros. (1993) ou Alone in the Dark (2005). En terme de pure adaptation, Alice au Pays des Merveilles (2010) est également bien plus loin de l’oeuvre d’origine, et pour tous ces films, personne ne s’est excusé.

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