Le Hobbit : un voyage indésirable ? (Peter Jackson, Le Hobbit, 2012-2014)

Résumé

« Dans un trou vivait un Hobbit » du nom de Bilbo Sacquet qui, juste avant sa fête d’anniversaire, finit de préparer son départ surprise de la Comté.  C’est l’occasion pour lui de mettre sur le papier sa grande aventure vers la montagne solitaire, que tout Hobbitebourg connaît déjà au moins en partie. Nous plongeons donc avec lui dans ses souvenirs d’un temps lointain, où l’anneau de pouvoir n’était qu’un bête artefact d’invisibilité, et pas l’objet de l’apocalypse of doom de la fin des temps… 

Ah, le Hobbit. Que de souvenirs partagés, entre la lecture d’un très bon roman qui tient en partie du conte pour enfant, et le visionnage d’une trilogie aux relents de restes de gratin vieux de dix ans… Et d’une grosse claque bien vilaine, aussi.

Retour en arrière : décembre 2012, nous sortions de la salle de cinéma, enchantés par le retour de Peter Jackson en Terre du Milieu, après avoir vu un film différent du Seigneur des Anneaux, prometteur et plein de bonnes idées – nous avions hâte de voir la suite, même si nous nous demandions ce qu’ils allaient bien pouvoir faire pour tenir trois films. Mais comment cela pourrait-il mal se passer ? Peter Jackson avait adapté Le Seigneur des Anneaux avec brio, après tout, bien que ce soit une tâche difficile, et nous lui faisions confiance.

A l’évidence, et surtout si vous avez lu notre petite feuille de présentation, vous savez déjà que nous avons été affreusement déçus, et puisque cela fait un an que la Bataille des Cinq Armées est sorti, et que c’est Noël, nous avons décidé de faire un petit retour sur cette trilogie qui à notre sens est un échec.

"What have we done ?"
« What have we done ? »

Le Hobbit : un conte pour enfants

C’est un point qui avait été reproché au Voyage Inattendu : c’est trop enfantin, les personnages font bouffons, ça fait pas sérieux comme le Seigneur des Anneaux – même s’il y a de la décapitation en abondance, les décors et les personnages faisaient quand même assez cartoon. La joie est revenue dans le cœur du public non-averti quand La Désolation de Smaug a fait revenir le tout à quelque chose de plus dark, torturé, mature-mais-pas-trop, en parvenant à un résultat encore pire dans l’extrême adolescence que La Revanche des Siths.

« Vous êtes vaches, c’était juste pour coller à l’univers du Seigneur des Anneaux parce que Un Voyage Inattendu ça y ressemblait pas, histoire d’être cohérent quoi. »

– Vous, par contre, vous n’êtes pas assez vaches. Meuh.

"Réécrire le Hobbit dans un ton plus sombre ? Quelle idée absurde !"
« Réécrire le Hobbit dans un ton plus sombre ? Quelle idée absurde ! »

Figurez-vous que modifier le Hobbit pour coller à l’ambiance du Seigneur des Anneaux, ce n’est pas une idée neuve de Peter Jackson : J.R.R. Tolkien, l’auteur de l’oeuvre (et héros personnel de Manon, mais pas pour ses talents de narrateur), avait déjà songé à le faire. En effet, le Hobbit est sorti en 1937, et la trilogie du Seigneur des Anneaux entre 1954 et 1955. Le Hobbit avait été rédigé par ailleurs entre 1920 et 1930, principalement pour divertir les petits Tolkien, pour changer de la mythologie scandinave et anglo-saxonne (Papa Tolkien était badass, il faut le dire). Il n’est édité qu’à la demande générale de la famille, et conserve cet aspect de conte. Quand sort le Seigneur des Anneaux, Tolkien se dit qu’il devrait peut-être revoir les aventures de Bilbo, et commence à les réécrire dans le ton de l’oeuvre qui le fera passer à la postérité. Mais, pour faire court, au chapitre III il s’est rendu compte que c’était une idée de merde et il a arrêté.

C’était en effet une mauvaise idée, parce que tout l’intérêt du Hobbit réside dans le fait qu’il s’inspire du conte. C’est quelque chose que le scénario des films semble avoir compris : il installe un cadre narratif qui va dans ce sens, c’est à dire que l’on voit Bilbo qui écrit son histoire dans son grand livre rouge au tout début du premier film, et on le revoit à la toute fin du dernier qui a fini d’écrire. Et d’ailleurs, si vous vous souvenez du Seigneur des Anneaux, on le voit pendant sa fête raconter cette même histoire à un groupe de jeunes hobbits ravis – et il a l’air très content de le faire. Si vous avez lu la trilogie, vous savez également que Sam se souvient d’avoir entendu Bilbo raconter cette histoire lorsqu’il était jeune ; et d’ailleurs, vous vous souviendrez que Bilbo a une réputation de conteur dans la Comté, bien que personne ne pense qu’il dit la vérité, et qu’il invente au fur et à mesure qu’il raconte.

"Sérieusement m'sieur Bilbo ? Bard a transformé son fils en arbalète vivante pour tuer le dragon ?"
« Sérieusement m’sieur Bilbo ? Bard a transformé son fils en arbalète vivante pour tuer le dragon ? C’est un truc de ouf, faut arrêter les champignons ! »
Ou alors il aurait fallu faire tout le film en imaginant que Bilbo fait cette tête.
Ou alors il aurait fallu faire tout le film en imaginant que Bilbo fait cette tête.

Ceci justifie donc l’aspect coloré, et même lisse parfois, du Voyage Inattendu : Bilbo raconte une histoire, en exagérant le trait, et c’est une histoire qu’il raconte à des enfants – le côté violent est d’ailleurs normal, puisque ce sont des événements marquants que Bilbo a réellement vécus. La grande question, du coup, est : pourquoi Bilbo fait une soudaine dépression entre la fin du premier film et le début de la Désolation de Smaug, et ce jusqu’à la fin de l’aventure ? Surtout pour revenir au cadre narratif, vieux, et visiblement toujours autant de bonne humeur qu’au début du premier film ? Et quand je dis dépression, c’est que le ton des films change brutalement, passant d’un univers très coloré dans Un Voyage Inattendu à quelque chose de gris et sombre en permanence dans La Désolation de Smaug, et cela sans raison. On pourrait en effet croire que c’est la découverte de l’anneau qui cause ce changement de ton, mais quand Bilbo commence son récit, il a DEJA l’anneau, et ce depuis près de 60 ans : s’il doit être déprimé, ce serait donc depuis le début. L’ambiance du film ne dépend pas de l’état d’esprit du narrateur au moment où il vit l’histoire, mais de son état d’esprit au moment où il la raconte.

On est d'accord ce sont des bestioles cheloues, mais Bilbo les a vues de loin et soixante ans avant de raconter cette histoire, donc ça peut devenir un peu flou.
On est d’accord ce sont des bestioles cheloues, mais Bilbo les a vues de loin et soixante ans avant de raconter cette histoire, donc ça peut devenir un peu flou.

Le problème, c’est que dans La Désolation de Smaug, un changement de ton sauvage apparaît, et en voulant faire quelque chose de sérieux, dark, torturé, Peter Jackson a réussi à faire pire que son confrère Burton avec Alice : il n’a pas juste omis de respecter le ton de l’oeuvre qu’il adapte, il n’a simplement pas respecté le ton de son oeuvre à lui. Et on ne peut même pas dire qu’au moins c’est en accord avec le Seigneur des Anneaux, puisque cette trilogie ne faisait pas autant usage de la CGI et privilégiait la prise de vue réelle, et l’aspect est du coup totalement différent.

En soit, l’usage de la CGI n’est pas une mauvaise chose, et si on garde à l’esprit que la trilogie est une histoire fantastique tirée des souvenirs d’un vieil homme, cet abus d’effets numérique est cohérent et donne un ton moins réaliste au tout, donc un peu plus enchanteur. Finalement, le choix de narration de la trilogie (qui est très vite mis au placard pour un effet plus « réaliste et mature ») permet à Jackson de s’amuser, un peu comme ce même choix dans John Carter rendait crédible un film de science-fiction pourtant daté.

Le problème de Jackson, c’est qu’il ne sait pas faire de la CGI.

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Ça c’est beau, mais c’est normal, c’est pas le Hobbit.

Déjà à l’époque du Retour du Roi, quand Jackson a commencé à s’essayer aux effets spéciaux, l’acteur Viggo Mortensen (Aragorn) disait que le réalisateur se perdait là-dedans, et qu’il aurait mieux valu qu’il reste sur ce qui a fait le charme et la nouveauté de la Communauté de l’Anneau et des Deux Tours. Parce que, nous sommes d’accord, rien ne rend autant le souffle épique d’un récit que la prise de vue réelle, comme dans Conan le Barbare.

Un film qu’il est moche

Oui parce que, ce n’est pas parce qu’on peut expliquer pourquoi il y a de la CGI que ça veut dire que c’est joli à regarder pour autant. En tout, le Hobbit est même beaucoup plus moche à regarder que le Seigneur des Anneaux – ce qui n’est en soi pas si étonnant je suppose.

Il faut le dire, le tournage en studio, ce n’était pas la meilleure idée de la carrière de monsieur Jackson : sans même parler forcément des effets spéciaux tout de suite, la lumière est souvent dérangeante, et là je pense notamment à trois scènes qu’on pourrait comparer. On a d’un côté la scène de devinettes entre Bilbo et Gollum, qui est peut-être la meilleure de toute la trilogie, qui est bien gérée, rien à dire : de l’autre, le dialogue entre Smaug et Bilbo sous la montagne et l’attaque de Laketown par le dragon. Là où dans la première scène on avait l’impression que les personnages étaient bel et bien dans une caverne, bleutée un peu comme on l’imagine dans les contes, pour les deux dernières on sent soit le filtre gris dégueulasse Instagram « je suis trop dark lolilol » ou les lumières de studio (parce qu’il est impossible que les maisons baignent dans une lumière jaune, Bard dans une lumière blanche, et que ce soit une lumière tranquille #oklm ALORS QUE LA PUTAIN DE VILLE EST EN TRAIN DE CRAMER).

Et voilà, une caverne réussie, une caverne ratée.
Et voilà, une caverne réussie, une caverne ratée.

Et si ce n’était que ça, et qu’il suffisait de passer outre un aspect repoussant pour arriver à profiter d’un bon film… Ce n’est hélas pas le cas. Il y a trop d’incohérences visuelles pour réussir à les ignorer, et…

« C’est bon, on s’en fiche, vous critiquez juste parce que vous aimez le roman d’origine et que ça sera pas fidèle à ce que vous aviez imaginé. »

– Des gens qui n’ont pas lu notre blog attentivement.

Par exemple faire un Roi nain sans prothèse et que en CGI, c'est de l'irrespect envers soi-même.
Par exemple faire un Roi nain sans prothèse (alors que tous les autres nains en ont), et seulement en CGI, c’est de l’irrespect envers soi-même.

Non, vous n’avez pas le droit de nous faire ce genre de critique. Déjà parce que niveau adaptation, on en a pas mal parlé, et nous ne sommes clairement pas du genre à dire « Beuh c’est nul c’était mieux dans ma tête », et ensuite parce que, question de simple logique, le Hobbit ne se respecte pas visuellement, voilà. On peut passer les Orcs en CGI là où dans le Seigneur des Anneaux ils étaient maquillés, costumés et sans retouche, parce que ça s’explique du fait de l’univers de conte. Par contre, il y a quelques impardonnables.

De vrais nains vs. les nains auxquels vous êtes censés vous attacher.
De gauche à droite : en haut, Gimli (notre nain de référence) ainsi que Balin et Dwalin, au physique de nain très respectable. En bas, Thorin, Fili et Kili, qui ont sauté l’étape maquillage et prothèse.

Tout d’abord, les nains : les plus importants d’entre eux ne ressemble même pas à des nains, ni de près ni de loin, et c’est juste pourri. Regardez bien Thorin, Kili et Fili, nos trois morts de ce soir : les gens sont censés s’identifier un peu à eux, mais du coup, ils ressemblent juste à des humains de petite taille, et absolument PAS à des nains. Pourtant, avec l’excuse du conte, c’était le moment d’en profiter pour faire un Gimli x1000, d’exagérer les longues barbes, les accents et les gros nez. Au lieu de ça, on a trois nains principaux (les autres ? Vous savez associer leur nom à leur tête vous ? Connaissez-vous seulement leurs noms ?) qui ressemblent à des choix de casting faits pour les minettes… Oh wait, ce SONT des choix de castings faits pour les minettes ! Et pour les adolescents pré-pubères aussi. C’est juste une question d’identification, un peu comme pour Anakin dans Star Wars II et III : il sont jeunes et darks et ne réfléchissent pas toujours aux conséquences de leurs actions, ils envoient chier le reste du monde (hein Thorin ?) parce que le reste du monde ne peut pas les comprendre… Et ça parle, logiquement, aux ados que nous sommes ou que nous avons été. Sauf que quand on l’est plus, ce genre de personnage énerve plus qu’autre chose.

Franchement on ne dirait pas non à une petite randonnée dans la désolation de Smaug...
Franchement on ne dirait pas non à une petite randonnée dans la désolation de Smaug…

Toujours dans les incohérences qui n’ont rien à voir avec un problème d’adaptation : la désolation de Smaug. Désolation. D’un DRAGON. Et on ne parle pas du fait que le dragon est désolé du tout, pour les trois du fond qui n’ont rien suivi à l’histoire, mais de la zone autour du Mont Solitaire que notre ami le dragon a survolée au cours des dernières décennies quand il était temps de trouver de quoi bouffer entre deux bains d’or. C’est un endroit désolé dans le sens où il n’y a plus rien qui y pousse, c’est cramé dans tous les sens, pas âme qui vive… Et c’est le plus bel endroit que l’on voit dans La Désolation de Smaug. C’est vert, le ciel est bleu et dégagé, pas de brume dégueulasse (et inexplicable d’ailleurs) comme à Laketown, on a ENFIN de la prise de vue en décor réel, là où la Forêt Noire et le domaine de Thranduil puaient le studio et la retouche par ordinateur… Et du coup c’est nul, parce que là, ça aurait été justifié de retoucher le décor pour le rendre gris. La seule explication logique que je trouve, c’est que le monteur a inversé les instructions, et au lieu de mettre du filtre Instagram juste sur la désolation de Smaug, il en a mis partout en confondant la zone « désolation de Smaug » et le TITRE Désolation de Smaug.

Quand il y a de la prise de vue réelle pour de vrai, c’est seulement pour les plans iconiques à la Peter Jackson, c’est à dire les travellings en hélicoptère sur la compagnie qui marche… Mais on l’a déjà vu ça, et ça ne suffit pas à faire un bon film.

Bonjour Orlando Bloom... Euh, Bard. Legolas avec une teinture brune ? Will Turner en Terre du Milieu ?
Bonjour Orlando Bloom… Euh, Bard. Legolas avec une teinture brune ? Will Turner en Terre du Milieu ?

Et pour finir ce passage sur l’aspect très moche du film, un petit coucou à Orlando Bloom, tellement retouché pour le rajeunir que Bard ressemble plus à Orlando Bloom que Legolas. #WTF.

Un très, TRES long voyage (inattendu).

Bon, après, on ne râlerait pas autant si ce n’était pas une trilogie beaucoup trop longue pour ce que c’est (et que ce n’était pas un des livres d’enfance de Guillaume en plus de ça.) Le problème, c’est que ça traîne à porter le coup fatal du « c’est de la merde. »

"Ah non mais y'a rien à développer, c'est de la merde. Moi un réalisateur il me sert ça, il s'prend une quiche dans sa tête."
« Ah non mais y’a toujours rien à développer pour ce film, c’est de la merde. Moi n’importe qui me sert ça, il s’prend une DOUBLE quiche dans sa tête. »
"Les vers ? Non, ils sont sérieux, ils ont fait ça ? Huh huh huh, pauvres fous."
« Les vers ? Non, ils sont sérieux, ils ont fait ça ? Huh huh huh, pauvres fous. »

Il y a bien évidemment ce problème d’adapter un petit livre de même pas 300 pages en trois films de 2h40 (pour les versions courtes), ce qui n’a pas de sens. Les gars étaient au courant du problème d’ailleurs, puisqu’ils ont été chercher des « spécialistes » (on en reparlera) de Tolkien pour aller fouiller dans ses brouillons afin d’ajouter du contenu – genre les vers de terre géant, sur lesquels je n’aurais qu’une chose à dire : si Tolkien a décidé que ce n’était pas une bonne idée, comme là il parle de son oeuvre, c’est que c’était pas une bonne idée.

 Bon, après on pourrait se dire qu’au moins, malgré des erreurs comme vouloir faire de l’hyperadaptation à partir de brouillons, ça ne peut être que bien fidèle à l’oeuvre en n’oubliant aucun passage du roman.

Eh bah non.

Déjà, il y a plein de scènes qui n’ont absolument rien à foutre là, dans un soucis de rajouter de la durée au film. Là-dedans, comptez toutes les scènes avec Gandalf : pourquoi avoir les péripéties en solo de Gandalf dans les aventures de Bilbo racontées par Bilbo ? D’autant plus que cela concerne en grande partie le Conseil Blanc, chose dont Gandalf n’a aucune raison de parler à Bilbo, alors que par la suite il n’en parle que très peu à Frodo qui est pourtant beaucoup plus concerné.

« Mais c’est important, ça parle de Sauron et tout ! »

– Un petit être bienveillant

"Sauron est de retour et Bilbo trouve un anneau mystérieux ? Bon, je m'en occuperai dans soixante ans, de ça."
« Sauron est de retour et Bilbo trouve un anneau mystérieux ? Bon, je m’en occuperai dans soixante ans, de ça. »

Oui, sauf que déjà ça fait passer Gandalf et tous les autres pour des buses, mais en plus, c’est une raison supplémentaire pour ne pas en parler à Bilbo : il n’a pas besoin de savoir ça. Il ne sait même pas exactement ce qu’est l’anneau qu’il a trouvé qui se résume bête anneau d’invisibilité bien pratique pour un cambrioleur. La preuve : Gandalf est au courant que Bilbo possède un tel objet mais ne fait pas le lien avec l’Anneau Unique perdu de Sauron. Pourquoi prendre la tête à notre aventurier du dimanche avec des histoires de magie noire et de nécromancie ?

Même chose, mais en pire, pour les passages avec Legolas, Tauriel, ou avec certains des nains de la compagnie quand ils ne sont pas avec le groupe : ils vont faire leurs trucs dans leur coin, c’est bien gentil, mais pourquoi aller le raconter à Bilbo après ? D’autant plus que Legolas ne lui adresse JAMAIS la parole, donc il n’a aucune raison d’aller lui parler de ses conversations avec son pôpa. Pareil pour le flirt entre Tauriel et Kili, ni l’un ni l’autre ne sera allé lui en parler, et il y a de fortes chances qu’il n’en aie rien à faire. Le seul moment où il est justifié d’avoir le récit d’un autre personnage que Bilbo, c’est quand on voit quelqu’un raconter quelque chose à ce dernier – par exemple, comme lorsque Balin raconte l’origine du surnom d’Ecu-de-chêne pour Thorin, puisque le flashback est justifié par un récit.

Dans la tête de Bilbo, quand on lui propose de rester pour l'enterrement de Thorin.
Dans la tête de Bilbo, quand on lui propose de rester pour l’enterrement de Thorin.

Et paradoxalement, là où il y avait de quoi allonger la Bataille des Cinq Armées de façon compréhensible, Peter Jackson s’est refusé à le faire. Les adieux de Bilbo se résument aisément à « Non mais les gars, je peux pas assister aux funérailles de Thorin, ni prendre le temps de vous dire au revoir poliment, j’ai un poney à prendre et il va bientôt partir » – là où Bilbo, si le film avait été mieux écrit, aurait dû être attristé par sa mort, et vouloir assister aux funérailles de son ami avant d’abandonner la compagnie. Mais non.

Ajoutons à cela des ralentis ignobles, des flashbacks intempestifs pour rappeler les films précédents, et le fait que chaque scène, et même chaque plan du film dure un poil trop longtemps, au point de mettre mal à l’aise par moment. Quand nous avons revu ce film, assez régulièrement nous nous sommes pris à suggérer un petit « …Coupé ? » au film, parce que visiblement quelqu’un avait laissé la caméra tourner sans dire aux acteurs qu’ils pouvaient partir. On arrive quand même à un moment où on a ça :

"Bon... Bon bon bon... On va retourner du côté de Sherlock Holmes tous les deux, je crois."
« Bon… Bon bon bon… On va retourner du côté de Sherlock Holmes tous les deux, je crois. »

Oui, Ian McKellen et Martin Freeman, dont on se demande s’ils sont encore ou non dans le personnage, qui échangent des regards gênés assis sur un bout de décor, et… C’est tout. Un peu comme s’ils se demandaient ce qu’ils…

PÔ PÔ PÔ

A SUIVRE…

Manon et Guillaume.


Crédit images

Peter Jackson, Le Hobbit (trilogie), Metro Goldwyn Meyer & New Line Cinema, 2012-2014.

Peter Jackson, Le Seigneur des Anneaux (trilogie), Metro Goldwyn Meyer & New Line Cinema, 2001-2003.

Alexandre Astier, Kaamelott, CALT, 2005.

John Milius, Conan le Barbare, 20th Century Fox, 1982.

Photo de Tolkien trouvée sur <babelio.com>

 

13 commentaires sur « Le Hobbit : un voyage indésirable ? (Peter Jackson, Le Hobbit, 2012-2014) »

  1. Salut à vous deux.
    J’ai lu attentivement vos articles sur le Hobbit et ne peux que me prosterner à vos pieds. En bonne cinéphile et fan de Tolkien (que ce soit le Silmarillon, Les enfants de Hurin; La légende de Sigurd et Gudrun, Du conte de fées, Le seigneur des anneaux ou Le Hobbit) j’ai tout lu une bonne dizaine de fois. Et les films Du Seigneurs des anneaux, bien qu’un peu déçue par certain de ses aspects (VA DE RETRO FRODON SACQUET) qui sont creux par rapport aux livres, j’en garde un souvenir très divertissant (par divertissant j’entend bien fait). Mais le Hobbit MON DIEU QU’ELLE HORREUR! Comment ont ils osé faire des persos aussi creux et nullissime (je vous en supplie ne parlons pas de Tauriel, je vais pleurer). Bon être inventif et déborder des cadres imposés par le roman de base (ou rappelons le Legolas n’apparait pas, Tauriel n’existe pas, et Thranduil n’est nommé que par le titre d’ElvenKing) n’est pas forcement un mal, faut bien du spectacle pour attirer un public. Mais CA NON! Tout le charme du bouquin disparait dans les méandres infernales du soap opéra. Soap Opéra qui n’est même pas compensé par une richesse de décors ou de mise en scène. Non non non.
    Bref, je vais pas refaire le monde alors que vous avez déjà bien décrit tout ça.
    Merci pour vos articles, ils sont vraiment super!
    Bonne journée à vous.

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