Alice : qui a vraiment cru que c’était la vraie Alice, sérieux ? (Alice au pays des merveilles, Tim Burton, 2010)

Résumé

C’est l’histoire d’une jeune fille rebelle et rêveuse qui ne veut pas se plier aux règles que la société lui impose, ni épouser un roux moche juste parce que c’est un riche lord. Elle se fiche qu’on la trouve bizarre parce qu’elle veut rester elle-même, et est étonnante de candeur malgré ses presque vingt ans. Et à un moment elle suit un lapin blanc dans un terrier qui la mène dans un autre monde, mais c’est la partie la moins intéressante du film. 

ATTENTION : Après un revisionnage récent de Charlie et la Chocolaterie, notre vision d’Alice au Pays des Merveilles a radicalement changé et cet article n’est donc plus à jour. Un point reste vrai cependant : ce film n’est pas bon. Bonne lecture.

"Mais c'eût été terrible si cet article n'avait pas existé !"
« Mais c’eût été terrible si cet article n’avait pas existé !

J’ai failli annuler cet article, parce que je ne savais pas si j’arriverais à dire ce que je pense de ce film : je pensais que j’allais nécessairement vouloir voir tout ce qu’il y avait de positif dans le monde et même dans ce film qui m’a instantanément et comme par magie fait sortir de ma période « fangirl de Depp et Burton ». Je me disais que ce n’était pas le moment d’être négative.

Vous savez quoi ? J’ai été secouée par les attentats de la semaine dernière, et j’étais juste fade et trop pleine de bons sentiments et de drama, mais, instantanément et comme par magie, Alice au pays des merveilles de Tim Burton m’a fait revenir à moi. Je crois que c’est la seule chose positive que j’aurai à en dire aujourd’hui.

Le truc m'énerve tellement que quel que soit mon sentiment de départ, quand je le regarde je finis toujours énervée.
Le truc m’énerve tellement que quel que soit mon sentiment de départ, quand je le regarde je finis toujours énervée.

C’était notre premier film en amoureux avec Guillaume, et peut-être qu’inconsciemment, le fait que notre toute première expérience cinématographique à deux ait été pour un film aussi moisi a joué dans la création de ce blog quelques cinq ans plus tard. Nous étions entrés dans la salle de cinéma plein d’espoir et persuadés que nous allions voir l’un des meilleurs films de la décennie, et sommes sortis blasés, n’ayant plus aucune forme de respect pour Tim Burton après cela, et regardant d’un œil soudainement beaucoup plus critique chacun de ses films que jusque-là nous n’aurions jamais osé trouver mauvais.

Sans plus d’attente, plongeons dans cette piscine de matière fécale aux colorants périmés qu’est Alice au pays des merveilles.

Un pays des merveilles assez laid.

Les OGM font des merveilles de nos jours. Vous avez vu la taille de ces fleurs ? Elles sont banales à part ça, mais merci Timmy de nous montrer ces "merveilles".
Les OGM font des merveilles de nos jours. Vous avez vu la taille de ces fleurs ? Elles sont banales à part ça, mais merci Timmy de nous montrer ces « merveilles ».

Attention : je ne nie pas la qualité de la direction artistique du pays des merveilles. C’est effectivement acceptable pour un pays des merveilles, on peut bien imaginer qu’avec un nom comme ça, ce ne peut être que le pays des champignons colorés. C’est, en accord avec l’histoire que le film veut raconter, un pays des merveilles qui a perdu de ses couleurs, sans pour autant mourir, et le côté sombre mais encore coloré ne ressort pas trop mal.

Mais, c’est moi ou c’est affreusement peu original ?

Franchement, on est pas mieux là, avec des papillons-tartines beurrées ?
Franchement, on est pas mieux là, avec des papillons-tartines beurrées ?

Ce que je veux dire par là, c’est qu’à aucun moment du film on ne se dit « Wow, super, j’avais jamais vu ça, incroyable, c’est vraiment le pays des merveilles ! », et c’est pour ma part plutôt une succession de « Woohoo, des tasses cassées sur la table à thé du Chapelier Fou », « Ouaaah, l’architecture du château de la reine de cœur rappelle que c’est le château de la reine de cœur parce qu’il y a des arches en forme de cœur – pourquoi ne suis-je pas étonnée alors que la caméra veut me dire que je dois l’être ? ». Là où le film sorti en 1951 (et déjà chez Disney) parvient encore à m’étonner et à m’émerveiller, alors que je l’ai vu des dizaines de fois, celui de 2010 me blasait déjà à la sortie de la séance de cinéma.

La seule chose vraiment réussie de tout le film me semblait déjà être la musique, merci Danny Elfman. Le reste, c’était juste ce qu’on peut imaginer très vite du pays des merveilles quand on a décidé de ne pas trop s’y mettre et qu’on s’appelle Tim Burton : on va recaser autant que possible l’arbre que l’on avait dans Sleepy Hollow, parce que ça rappellera de bons souvenirs au spectateur qui peut-être se montrera indulgent. On va aussi mettre des champignons colorés un peu partout, et on n’oublie pas de mettre au moins une petite porte dans la première scène pour qu’Alice aie besoin de rapetisser. Mettez un filtre bleu foncé sur le tout, et voilà, vous avez un pays des merveilles un peu dark mais pas trop. Ça peut être efficace, après tout.

Il vous faudra beaucoup de mauvaise foi pour venir me dire que ce n'est pas DU TOUT le même arbre.
Il vous faudra beaucoup de mauvaise foi pour venir me dire que ce n’est pas DU TOUT le même arbre.

Après, le design des personnages reste une des réussites du film, ils sont tous à la fois décalés et reconnaissables, Mia Wasikowska fait une très bonne Alice, et j’ai personnellement un petit faible pour la reine blanche interprétée par Anne Hathaway – une abondance de blanc sauf pour les yeux, lèvres et sourcils, et la preuve qu’elle a bien retenu les leçons apprises dans Princesse malgré elle (pardon pour cette référence), tout en ayant une fâcheuse tendance à cracher dans ses préparations culinaires.

Dans le film de 1951 les réalisateurs en avaient profité pour commencer à s'amuser un peu...
Dans le film de 1951 les réalisateurs en avaient profité pour commencer à s’amuser un peu…

Malheureusement, cinq ans après sa sortie, le film pique déjà beaucoup trop les yeux. Les créatures en CGI ne font simplement jamais naturelles, et on sent qu’Avatar n’était vraiment pas loin au nombre d’objets que les personnages lancent vers la caméra, en plus de ces plans en vue subjective pour te donner l’impression que tu te prends branches et ronces dans la tronche. Et, bien sûr, la chute d’Alice dans le terrier, qui n’a été prise que comme prétexte à faire des effets de 3D sans penser à en faire quelque chose d’agréable à voir outre mesure.

Et ce dragon… Le fait de vouloir absolument intégrer un dragon à un univers suffisamment menaçant sans ça suffit à dire que Burton n’a pas compris le pays des merveilles. Au départ, le Jabberwocky apparaît juste dans un poème absurde. Si seulement il avait été beau dans le film, on aurait pu fermer les yeux sur cet ajout feignant. Mais même le dilophosaure de Jurassik Park est plus menaçant que le Jabberwocky, traité comme un bébé d’amour par la reine de cœur, et plus simplement moche à regarder.

Je vous propose donc de jouer à un petit jeu inspiré directement des dialogues du film : Alice et son père comptent six choses impossibles avant le petit déjeuner, comptons donc six dragons infiniment plus impressionnants que le Jabberwocky d’Alice au pays des merveilles, juste pour dire que c’était pas bien compliqué de faire mieux.

De gauche à droite : Alduin (Skyrim), le Magyar à Pointes (Harry Potter 4), Shenron (Dragon Ball), Smaug (Le Hobbit), Maléfice (La Belle au Bois Dormant), Drogon (Game of Thrones).
De gauche à droite : Alduin (The Elder Scrolls V: Skyrim), le Magyar à Pointes (Harry Potter et la Coupe de Feu), Shenron (Dragon Ball), Smaug (Le Hobbit: La Désolation de Smaug), Maléfice (La Belle au Bois Dormant), Drogon (Game of Thrones).

Faire du sens dans un pays de non-sens

Bon, le film n’est pas toujours des plus beaux à regarder, on l’aura compris – mais ça reste acceptable, et même si on aurait aimé un pays des merveilles plus personnel pour un réalisateur comme Burton, on se contentera des douves et de la cour de la reine de cœur pour y revoir un peu de son esprit.

« Donc tu vas parler du scénario et dire que c’est bien maintenant, c’est ça ? »

– Vous, qui espérez trop de bonté de ma part.

Non, le scénario n’est pas une bonne idée. Enfin, si, c’est une bonne chose d’écrire un scénario quand on veut faire un film, mais celui choisi par Burton ne peut vraiment pas être qualifié de bon choix.

Oui, parce que les Monty Python comme Alice jouent avec des choses que le spectateur ou lecteur a l'habitude de voir, et les détournent. Les vrais savent pourquoi j'ai choisi cette images, les autres cliquent ici.
Oui, parce que les Monty Python comme Alice jouent avec des choses que le spectateur ou lecteur a l’habitude de voir, et les détournent. Les vrais savent pourquoi j’ai choisi cette image, les autres cliquent ici.

Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll avait pour principe de jouer sur le non-sens avec un humour très anglais ; Alice s’ennuie et décide de suivre un lapin blanc dans son terrier, pour se retrouver dans un autre monde : elle essaie vaguement de retrouver le lapin blanc dans une succession de tableaux grotesques et inquiétants, semblant incapable de le rattraper – sauf qu’elle ne se presse pas trop, et prend plutôt le temps d’apprécier le voyage. C’était un peu une sorte de Monty Python du XIXème siècle si vous voulez. Seulement, essayez de mettre un scénario classique de l’élu qui doit sauver le monde sur le Monty Python’s Flying Circus, ça perd à la fois tout son charme et tout son intérêt : c’est exactement ce que Tim Burton a choisi de faire pour son Alice.

"Donc en 1951, les gens de chez Disney étaient plus intelligent qu'en 2010 ?"
« Donc en 1951, les gens de chez Disney étaient plus intelligents qu’en 2010 ? »

Et vous savez ce qui est beau ? En 1951, les personnes qui ont travaillé sur le scénario du premier Alice au pays des merveilles avaient déjà compris que c’était une mauvaise idée. Walt Disney s’est arraché les cheveux sur la question, à chercher comment faire un bon film en adaptant le roman de Lewis Carroll ; il avait pensé par exemple à faire tenir le scénario sur une histoire d’amour entre Alice et le Chevalier Blanc (personnage du roman oublié dans les adaptations de Disney), mais la solution de facilité ne lui semblait pas satisfaisante. Au final, c’est l’un de ses scénaristes qui a compris que, pour faire un bon film sur Alice au pays des merveilles, il fallait faire le choix d’abord de ne pas adapter tout le roman et donc ne pas faire apparaître ses quelques quatre-vingt personnages, mais surtout de garder l’esprit avant tout. Inutile d’essayer de rendre cohérent ce qui n’avait pas été pensé pour l’être : l’important était de retranscrire l’ambiance un peu folle du pays des merveilles, pas de donner un but à Alice.

Tweedletim et Tweedleburton en tenue traditionnelle (cheveux et lunettes en moins) escortent Alice alors qu'on ne leur a rien demandé.
Tweedletim et Tweedleburton en tenue traditionnelle (cheveux en pétard, chicots pourris et lunettes bleues en moins) escortent Alice alors qu’on ne leur a rien demandé.

Mais dans le film de 2010, Alice est l’élue, et comme ce cher Néo avant elle, elle suit le lapin blanc qui vient la chercher dans le monde d’apparences et d’étiquette de l’aristocratie et bourgeoisie anglaise pour qu’elle sauve le vrai monde d’Underland (oui, parce qu’en VO, ça ne se passe même pas au pays des merveilles). Ils savent que c’est à elle de sauver le monde parce que le scénario a atterri chez eux et c’est écrit à la fin « Alice décapite le Jabberwocky », ce qui est bien pratique il faut le dire. Ils traînent donc Alice ici et là, lui disent quoi faire, et même quand elle proteste elle finit par se plier à ce qu’ils disent parce qu’après tout, elle veut être la « vraie Alice », et donc elle doit tuer le Jabberwocky même si elle n’en a pas envie – parce que sinon elle n’est qu’une « fausse Alice ».

C’est là mon gros problème avec le scénario : Alice est traînée d’endroit en endroit, elle proteste parce qu’elle ne veut pas y aller mais elle y va quand même, et même lorsqu’il s’agit de sauver le Chapelier et qu’elle prend la décision d’aller au château de la reine de cœur plutôt que d’aller voir la reine blanche tout de suite, c’est le seul vrai choix qu’elle fait dans le film. Elle n’est le champion de la reine blanche que parce que le scénario / parchemin de la destinée of doom le dit ; elle n’en a pas spécialement envie au final, elle veut juste se barrer au plus vite du pays des merveilles – et ce dès qu’elle y met le pied. Le film aurait été beaucoup plus jouissif s’il s’était contenté d’une série de tableaux cohérents en eux-mêmes, sans chercher la cohérence globale – chose qui aurait dû être un bonheur à réaliser pour un réalisateur comme Burton, que l’on dit hyper créatif et qui est réputé pour cela.

"Euh, les mecs, elle est un peu pourrie votre histoire en fait, vous trouvez pas ?"
« Euh, les mecs, elle est un peu pourrie votre histoire en fait, vous trouvez pas ? »

Sauf que non : il a fallu qu’on ait un scénario. Mais même pas un bon scénario : un scénario plein de trous. Un scénario qui veut donner du sens à un monde qui n’en a pas au départ, mais qui cherche à garder quelques moments de non-sens – qui sont forcés et qui mettent mal à l’aise. On est dans un monde de non-sens dans lequel on essaie de faire du sens, et ça ne fait PAS de sens. Il faut être logique : ou alors on choisit d’adapter Alice en en faisant quelque chose de totalement cohérent, et on s’y tient parce qu’on a plus que ça ; ou alors on en fait un film qui se rapproche plus d’une promenade, qui ne va nulle part en particulier, et dans lequel le spectateur ne va pas chercher la cohérence. Là-dessus, un mot de notre spécialiste :

"Ah non mais y'a rien à développer, c'est de la merde. Moi un scénariste il me sert ça, il s'prend une quiche dans sa tête."
« Ah non mais y’a rien à développer, c’est d’la merde. Moi un scénariste il me sert ça, il s’prend une quiche dans sa tête. »

Aussi, continuons notre petit jeu : six éléments du film qui n’ont absolument aucun sens compte tenu du sens qu’a voulu lui donner Tim Burton.

  • Ceci dit Depp n'était pas un mauvais choix : il avait après tout déjà joué un mec inquiétant à chapeau haut de forme dans un univers coloré...
    Ceci dit Depp n’était pas un mauvais choix : il avait après tout déjà joué un mec inquiétant à chapeau haut de forme dans un univers coloré…

    Le chapelier lui-même ne fait pas de sens, et aurait pu avoir six points pour lui tout seul : il sait faire des robes de poupée, alors qu’il est chapelier. Est-ce qu’un chapelier est censé savoir faire des robes ? Capturé par la reine de cœur, il est content de pouvoir refaire des chapeaux. Question : qu’est-ce donc qui l’empêchait de faire des chapeaux pendant qu’il était en train de ne rien foutre à prendre le thé ? De plus, le chapelier a un accent qui change constamment, mais la moitié du temps c’est un faux accent écossais qui est juste énervant. Sait-il tout simplement jouer, cet acteur ?

  • A la fin de son flashback pour raconter la backstory du pays des merveilles à Alice, on se rend compte que le chapelier ne parlait pas depuis dix minutes. On est donc rentrés dans sa tête alors qu’on est censé suivre Alice, et même si Alice le rappelle à lui parce que ça fait dix minutes qu’il gobe des mouches pendant qu’elle attend, elle a quand même capté ses pensées. Trop forte.
  • L’épée Vorpale of doom de la mort qui tue est gardée par le Bandersnatch, dans sa niche. Comme il est gros et qu’il fait mal, c’est legit, sauf qu’on a vu qu’il sortait de temps en temps : qui garde l’épée Vorpale of doom de la mort qui tue quand le Bandersnatch est en promenade ?
  • Le valet de cœur annonce à la reine de cœur qu’Alice s’est échappée… Sauf qu’elle n’a jamais su que c’était Alice, puisque pour elle c’était Um. Et ça ne l’étonne absolument pas qu’on lui annonce qu’Alice était là et qu’elle s’est échappée donc.
  • La cour de la reine de cœur la déteste depuis le début, et ils décident tous de passer chez la reine blanche à la fin du film. Pourquoi ne pas l’avoir fait avant, puisque la reine blanche et sa cour vivaient en paix dans son château tout blanc ?
  • La scène de danse. C’est tout. Ça sort de nulle part, ça ne sert à rien, et quand c’est fini c’est juste fini. Quand on fait quelque chose totalement au hasard, ça ne veut pas dire que c’est drôle. C’est juste fait au hasard.
Eh oui, tout ça. J'en avais plus de six en vrai, mais j'ai décidé de ne pas tricher.
Eh oui, tout ça. J’en avais plus de six en vrai, mais j’ai décidé de ne pas tricher.

Rêver c’est bien, mais l’argent c’est mieux

Je vous ai gardé le meilleur pour la fin en ce qui concerne ce film. Parce que c’est moche, c’est incohérent, mais il y a mieux que ça encore.

Tim Burton déteste Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Il n’a jamais réussi à accrocher à cet univers sans cohérence apparente, et il trouve ça absolument inintéressant. Ça c’est une première chose.

La deuxième, c’est que Tim Burton a été dessinateur chez Disney, mais est parti en claquant la porte après Rox et Rouky (1981), jurant de ne plus jamais travailler avec ceux qu’il qualifiait de tortionnaires l’empêchant d’exprimer son génie créatif (bien entendu, cette version des faits n’est plus celle de Burton post-2010, je vous invite donc à retrouver ces propos dans des interviews datant d’avant Alice).

La seule raison logique pour laquelle Tim Burton aurait donc pu accepter d’adapter Alice au pays des merveilles, qu’il déteste, pour Disney, dont il ne voulait plus entendre parler, le réalisateur nous la donne gentiment à la fin du film : c’est la promesse du gros chèque avec beaucoup de zéros.

"C'est faux ! On a demandé du liquide !"
« C’est faux ! On a demandé du liquide… »
Mais ça fait vingt-cinq ans Edward, ton papa et ton interprète t'ont oublié depuis.
Mais ça fait vingt-cinq ans Edward, ton papa et ton interprète t’ont oublié depuis.

Je ne l’avais pas dit jusque-là, mais si le film ne m’avait déjà pas semblé extraordinaire pendant la séance au cinéma, la fin a été vraiment l’élément déclencheur de la fin de ma Burtono-Deppomania. Tim Burton, par excellence, est l’homme qui invite à rêver, et à préférer son monde à soi à celui des autres. Le meilleur exemple est selon moi Edward aux mains d’argent : Edward vit pour son art, et après un rapide tour dans le monde de la banlieue américaine qui lui promettait pourtant de devenir un homme riche et célèbre, il retourne seul dans son château biscornu sur la colline. Burton a toujours aimé les personnages de créateurs, et toujours été de leur côté.

MAIS DE QUEL DROIT VOUS LUI METTEZ UN KILT ? JE VOUS PREVIENS, J'APPELLE WILLIAM WALLACE, IL VA LUI DÉFONCER SA GUEULE, AU MAUVAIS IMITATEUR !
MAIS DE QUEL DROIT VOUS LUI METTEZ UN KILT ? JE VOUS PREVIENS, J’APPELLE WILLIAM WALLACE, IL VA LUI DÉFONCER SA TRONCHE, AU MAUVAIS IMITATEUR !

Malheureusement là il s’est intéressé au chapelier fou comme personnage de créateur – et un créateur à l’image de Burton même. Mal coiffé, des dents atroces, incompris, mais surtout qui n’a pas fait grand-chose depuis des années. Quand il refait des chapeaux, c’est parce que quelqu’un qu’il trouve peu sympathique (la reine de cœur) le force, et il y prend certes du plaisir, mais n’aime visiblement pas assez son métier pour continuer de faire des chapeaux de lui-même après. Un peu comme Burton qui faisait des courts métrages à la pelle dans ses jeunes années, et qui n’a plus écrit de scénario depuis 2005, ni fait de films vraiment personnel – excepté Frankenweenie, qui est une petite merveille trop rare ces derniers temps ; parce qu’on ne peut pas dire que Big Eyes ressemble vraiment à du Burton. Il semble continuer sur la voie du film de commande d’ailleurs, puisqu’on l’annonce comme prochain réalisateur pour Dumbo, dans la série des « Disney fait des remakes en live de ses classiques alors qu’on ne leur a rien demandé. »

"Soudainement je sens que j'ai eu une idée bien bien pourrie en fait."
« Si je trouve pas d’opium là-bas, c’est que c’était vraiment une bonne grosse idée de merde. »

Revenons à la fin qui m’a dégoûtée donc : Alice quitte le pays des merveilles pour s’associer avec l’homme qui aurait dû être son beau-père, pour faire du commerce en Asie. Certes, c’est pour réaliser le rêve de son défunt papa : mais, s’il était clair qu’Alice aimait son père, à aucun moment elle n’a fait mention de vouloir réaliser les rêves de son père. Elle était plutôt partie pour vivre sa vie comme elle l’entendait, ce qui impliquait visiblement de suivre un lapin blanc dans son terrier, et soudainement, elle veut gagner de l’argent. On ne sait même pas d’où ça lui vient.

Alors oui, je vois bien le message « elle a intégré sa petite part de folie », « elle devient réaliste et adulte et en même temps elle reste cohérente avec son désir d’être une femme forte », « quelque part le pays des merveilles, c’est aussi notre monde »… Très bien, mais on aurait pu la faire moins violemment ? On nous traîne dans une histoire de destinée qui culmine en un combat contre un dragon moche, et quand c’est fini, tadaa ! tonton Burton nous dit : « Ecoutez les enfants, rêver ça va bien cinq minutes, mais ce qui est important dans la vie, c’est d’encaisser les chèques des studios Disney, même si ça va un peu contre vos idées au départ et que ça ne sort de nulle part. »

"Mais...Pourquoi donc ? Qu'ai-je fait de mal, à la fin, pour mériter ça ?"
« Mais…Pourquoi donc ? Qu’ai-je fait de mal, à la fin, pour mériter ça ? »

Et c’est pour ça qu’en 2016 nous aurons l’immense plaisir (#sarcasme) de voir sortir Alice : Through the Looking Glass au cinéma. Film qui n’aura rien à voir avec le roman Through the Looking Glass de Lewis Carroll, puisque la plupart des éléments du roman ont été utilisé dans le film dont nous venons de parler aujourd’hui, et qu’il n’a jamais été question ni de sauver le chapelier (qui apparaît et disparaît au cours du même chapitre d’Alice au pays des merveilles), ni d’un maître du temps quelconque.

Tim, s’il te plaît, tu veux pas juste arrêter de faire le fifou et revenir à des bons films à un moment ? Ce serait cool. Merci.

Avant de nous quitter, six meilleurs moyens d’aller au pays des merveilles :

  • Regarder le film Alice au pays des merveilles de 1951 par Disney.
  • Jouer au jeu American McGee’s Alice et sa suite Retour au pays de la folie.
  • Lire le roman de Lewis Carroll Alice au pays des merveilles et sa suite Through the Looking Glass.
  • Éteindre la télé et jouer aux Legos avec votre petit cousin de cinq ans. Ce sera toujours plus créatif que « Il faut tuer le dragon pour faire de l’argent avec les chinois. »
  • Faire ce que vous aimez, parce que vous avez envie de le faire, même si personne ne comprend pourquoi – et non pas faire quelque chose qui ne vous a jamais intéressé parce qu’une souris vous fait un chèque.
  • Faire une balade en barque avec votre petite nièce de huit ans qui a un joli petit cul – fonctionne surtout quand vous vous nommez Charles Lutwidge Dodgson.
En cadeau, la vraie Alice, que voici. Son tonton Charles (alias Lewis) lui écrivit une histoire à son nom pour lui faire oublier ses caresses et autres attouchements déplacés. Sacré Lewis Carroll.
En cadeau, la vraie Alice, que voici. Son tonton Charles (alias Lewis) lui écrivit une histoire à son nom pour lui faire oublier ses caresses et autres attouchements déplacés. Sacré Lewis Carroll #AlertePédophile

Manon.

P.S.: On est un peu méchants avec Tim, mais on a passé notre adolescence avec lui, et aussi un peu grâce à lui. C’est réellement un des tous meilleurs réalisateurs de sa génération (de même que Depp est un vrai bon acteur quand il s’y met), et c’est là ce qui fit la force de notre déception pour Alice. Reviens Tim, on t’attend.


Crédits images

Tim Burton, Alice au pays des merveilles, Walt Disney Pictures, 2010.

Clyde Geronimi, Wilfred Jackson & Hamilton Luske, Alice au pays des merveilles, Walt Disney Pictures, 1951.

Tim Burton, Sleepy Hollow, Paramount Pictures, 1999.

Graham Chapman, John Cleese, Terry Gilliam, Eric Idle, Terry Jones & Michael Palin, Monty Python’s Flying Circus, BBC, 1969-1974.

Tim Burton, Charlie et la Chocolaterie, Warner Bros., 2005.

Montage Depp et Burton avec des billets trouvé à l’adresse <http://cdn.smosh.com/sites/default/files/bloguploads/count-stacks-of-money.jpg>

Tim Burton, Edward aux mains d’argent, 20th Century Fox, 1990.

Alexandre Astier, Kaamelott Livre I « Le pain », CALT & M6, 2005.

15 commentaires sur « Alice : qui a vraiment cru que c’était la vraie Alice, sérieux ? (Alice au pays des merveilles, Tim Burton, 2010) »

  1. Tu dit vraiment que de la merde tu n’a jamais était vraiment fan des films de Tim Burton tu n’a rien compris a son art tu n’a qu’a regarder pokémon peut être que la tu comprendra

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