Inception : et si Nolan n’était qu’un prestidigitateur ? (Inception, Christopher Nolan, 2010)

Résumé

C’est Jack qui a échappé au naufrage du Titanic et qui est devenu copain avec le jeune Bruce Willis, Bane et Kitty Pride, et qui est engagé par le docteur japonais de Godzilla pour donner une idée à l’Epouvantail – sauf qu’Edith Piaf veille et cherche à tuer Jack parce qu’en fait, c’est sa femme !

Tu m’étonnes que tout le monde pense qu’Inception est un film super compliqué si tout le monde s’amuse à le résumer comme ça. Je suis fière de moi, ça veut à peine dire quelque chose.

"Je vais avoir besoin de huit ans pour reposer ma tête après ce film." - Batman après visionnage d'Inception.
« J’en ai pris plein les yeux et j’ai mal à ma tête. » – Batman après visionnage d’Inception.

Le fait est qu’il faut quand même bien forcer le trait pour faire d’Inception de Christopher Nolan un film difficile à comprendre, ou même à suivre. Evidemment ce n’est pas un de ses Batman, parce que ces films sont faits pour être suivis facilement – mais avec des dialogues un peu compliqués pour faire genre tu regardes un film profond. Inception sort juste après Dark Knight, Nolan est finalement connu du grand public, et ce grand public a envie que son nouveau réalisateur favori lui en mette plein la vue et la cervelle avec des dialogues compliqués.

Personne n’a été déçu, tout le monde est sorti en criant au génie « plus compliqué que Matrix » et « la fin elle est trop prise de tête lol » (si si, les gens sont comme ça sur Internet)… Mais est-ce à tort, ou à raison ?

La magie du montage

Pour cet article, je vais devoir faire appel à d’autres films de Christopher Nolan, parce qu’à mon sens, Inception reprend plusieurs de ses techniques expérimentées auparavant. Tout d’abord, Memento.

En fait c'est juste un gars tatoué de partout qui n'imprime ses photos qu'au format Polaroid. C'est un hipster imberbe quoi.
En fait c’est juste un gars tatoué de partout qui n’imprime ses photos qu’au format Polaroid. C’est un hipster imberbe quoi.

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Memento s’intéresse à un homme qui perd la mémoire à court terme, et est donc forcé de faire confiance à des notes, des photos et ses tatouages (qui concernent les éléments vraiment importants de sa vie) pour vivre, et venger la mort de sa femme. Là comme ça, le scénario est un peu meh, je vous l’accorde, c’est pas très original : l’intérêt du film réside dans son montage, puisqu’on part de la fin de l’intrigue pour remonter l’histoire à rebours, ce qui donne plusieurs retournements de situation et change l’identité du méchant. Le montage permet de surprendre le spectateur, là où, si le film avait été monté de façon classique, il n’y aurait vraiment pas eu grand-chose à voir.

Vous choisissez : mes explication, ou ses dialogues.
Vous choisissez : mes explication, ou ses dialogues.

Pour Inception, le montage vise à perdre le spectateur plus qu’à le surprendre. Pour vous dire, le mot « inception » est entré dans le langage courant en français, et a en partie changé son sens en anglais, à cause du film ! Le mot vient du latin « incipere » qui veut dire « commencer », et on pourrait donc traduire « inception » par « commencement », et d’ailleurs nos cousins Québécois ont traduit le titre par « Origine » #TuSensLaLinguisteQuiTeParle. Rien à voir donc avec des n’importe-quoi-ceptions, quand il y a quelque chose dans quelque chose (éventuellement dans quelque chose d’autre, mais votre vie intime ne regarde que vous).

Ceci n'est donc pas une inception, ni une Leoception, ni une mirrorception. C'est juste deux miroirs qui se reflètent.
Ceci n’est donc pas une inception, ni une Leoception, ni une mirrorception. C’est juste deux miroirs qui se reflètent.

Pourtant vous ne pourrez nier que toutes les allusions au titre du film formées en –ception font référence à ce phénomène de poupées russes dans le film, et non à l’idée de commencement ou d’insémination. Pourtant c’est bien ça, l’histoire du film : il faut s’introduire dans l’esprit de Robert Fischer (Cillian Murphy) pour lui donner le début d’idée qui conduira à la dislocation de l’empire familial qu’il vient d’hériter de son père. Vous noterez d’ailleurs qu’Arthur (Joseph Gordon-Levitt) n’a aucun problème avec le fait de pénétrer les rêves des gens, il n’y voit rien d’impossible : par contre quand il s’agit d’inception, il veut d’abord refuser le projet avant que Cobb (Leonardo DiCaprio) ne lui dise que c’est possible et qu’il l’a déjà fait. Seulement il s’agit d’un dialogue au début du film, et quand on arrive au gros morceau des rêves imbriqués, tout le monde a déjà oublié ce détail, et l’inception est devenu dans l’esprit du public « un truc dans un truc dans un truc ». Ce qui est facilité en anglais par le fait qu’il s’agit d’un mot rarement utilisé, puisque d’origine latine ; et en français parce que le terme n’a pas été traduit, donc n’est pas connu du public, et donc peut plus facilement voir son sens détourné.

En résumé : non.
En résumé : non, aucun mot en -ception ne peut convenir pour décrire ce que vous voyez ici. Ne me remerciez pas pour gâcher une des blagues les plus simples depuis 2010.
Non parce que là Nolan s'est contenté de filmer une journée normale à Paris, faut pas croire.
Ceci dit je peux le remercier d’avoir montré le véritable visage de Paris au cinéma. #Bordel #ColisPiégé #TooSoonMaybe

Ceci dit, c’est vrai que c’est la majeure partie du film, et ce qui lui donne tout son intérêt : l’histoire en soi pourrait se résumer à « quelqu’un qui a besoin d’aide psychologique fait de l’espionnage industriel », et n’est en fait pas beaucoup plus originale que celle de Memento. Les rêves imbriqués sont le véritable morceau de bravoure du film, et peut-être même de toute la filmographie de Nolan à ce jour. C’est tout simplement une merveille de montage.

"En parlant de rêves, l'autre jour j'ai rêvé que j'étais une mauvaise méchante dans un film, avec une histoire d'amour ridicule imposée par la femme du réalisateur..."
« En parlant de rêves, l’autre jour j’ai rêvé que j’étais une mauvaise méchante dans un film, avec une histoire d’amour ridicule imposée par la femme du réalisateur… »

On nous explique plusieurs fois que cinq minutes en réalité correspondent à une heure en rêve, et que plus on s’enfonce dans les rêves, plus ce temps augmente, au point que monsieur et madame Cobb ont réussi à vivre ce qui leur a semblé cinquante ans en rêve, pour se réveiller en étant encore jeunes (et en vie, donc ils n’ont pas pu dormir des années non plus). Quand dans l’avion on entre dans le premier rêve qui vise à inséminer une idée dans l’esprit de Fischer, on oublie la cabine de l’avion jusqu’au réveil pour ne se concentrer que sur les rêves : le premier niveau se déroule de façon normale, on suit les personnages dedans, rien de particulier. Quand on arrive au deuxième niveau, celui-ci prend le dessus au montage, mais Nolan rappelle de temps à autre la présence du premier niveau en montrant Yusuf (Deelip Rao) conduire le van avec les cinq autres rêveurs dedans. La même chose se passe pour le troisième niveau : il prend le dessus, on rappelle les deux précédents, à la différence que le premier niveau a le droit à moins de temps à l’écran, puisqu’il s’écoule plus de temps ressenti dans le deuxième niveau que dans le premier. Le quatrième niveau qui n’était pas prévu dans le plan de nos héros obéit à la même règle, et quand Cobb et Ariane (Ellen Page) s’y rendent, c’est celui-ci qui a le droit au plus de temps d’écran. Le tout est accentué par l’usage de slow-motion dans le premier niveau lors de la chute du van, afin que les temps concordent.

Et si vous voulez voir le résultat en vidéo, cliquez donc ici.
Et si vous voulez voir le résultat en vidéo, cliquez donc ici.

Il est un point sur lequel je voudrais cependant attirer votre attention : nous avons deux personnages principaux. Cobb est le plus évident, puisque c’est sa quête que l’on suit, et on va avec lui jusque dans les limbes. Cependant, sa jeune élève architecte n’est pas sans importance.

Le fil (rouge) d’Ariane.

Petite remarque pour Christopher Nolan : mec, renseigne-toi quand tu donnes des prénoms français à tes personnages. Je passe pour le Professeur Miles (Michael Caine) et pour Mallorie « Mal » épouse Cobb, ils peuvent vivre en France et être d’origine étrangère. Mais Ariadne ? Heureusement qu’on a corrigé ton erreur en VF après parce que punaise, Ariadne…

A moins que Paris n'ait été choisie que pour ça #EiffelTowerSpotted.
A moins que Paris n’ait été choisie que pour ça #EiffelTowerSpotted.

Ce n’est pas une faute, puisque c’est l’orthographe anglaise du nom de l’héroïne de la mythologie grecque, directement retranscrit de l’orthographe grecque du nom Αριαδνη. Il y a des femmes anglophones qui portent ce prénom, mais elles sont très rares (aux Etats-Unis par exemple, on trouve des petites Ariadne depuis 2014 seulement selon le site www.behindthename.com. Elles représentent 0.818% des naissances). Je suppose que, Ellen Page n’étant pas une actrice française, elle a été située à Paris parce qu’Ariane est un nom plus courant en français qu’ailleurs.

Alors pourquoi ne pas juste décider de l’appeler Ariane, orthographe française ?

"J'ai le droit. Je suis le génie qui résout son grand film 'scientifique' par l'intervention du pouvoir de l'amour après tout."
« J’ai le droit. Je suis le génie qui résout son grand film ‘scientifique’ par l’intervention du pouvoir de l’amour après tout. »

J’ai ma petite idée là-dessus : Nolan a-do-re être compliqué, du moins avoir l’air compliqué. Ariadne, par sa rareté, attire l’oreille du spectateur anglophone, ça sonne très fancy comme ils disent, et pour ceux qui ne se font qu’une vague idée de la langue française, ça peut aussi sonner très français. Mais en plus, comme c’est retranscrit directement du grec, cela peut aussi faire très intellectuel, en faisant directement référence à la mythologie grecque.

Et c’est là le plus gros défaut de Nolan, parce qu’à vouloir trop en faire, on perd en subtilité. Ariane est déjà une référence très évidente en soi pour peu qu’on y prête attention, mais Ariadne c’est mettre une veste de sécurité jaune fluo à la référence pour être bien sûr que tout le monde la remarque : parce que, plutôt que de se contenter d’un prénom normal en France, on sort l’orthographe (et prononciation) atypique qui vient du grec ancien.

La référence dont je parle est celle de Thésée et le Minotaure. Pour faire court, Thésée promet d’aller tuer le Minotaure qui sévit dans un labyrinthe en Crète, parce que ce fils de vache mange des jeunes vierges tous les ans. Ariane est la fille de Minos le roi de Crète, et la demi-soeur du minotaure (parce que sa maman est une cochonne zoophile), et elle est tombée amoureuse de Thésée. Elle décide de lui donner une pelote de laine de l’infini pour qu’il puisse se retrouver dans le labyrinthe, parce qu’elle avait lu le Petit Poucet et elle savait que le pain ça marchait pas. Le fil d’Ariane fait son effet, Thésée défonce le minotaure, et il remercie Ariane en l’abandonnant sur une île parce que c’est juste un gros c*nnard opportuniste.

En plus c'est drôle, au centre du labyrinthe dessiné par Ariane se trouve une représentation du totem de Cobb... #BonneRecherche
En plus c’est drôle, au centre du labyrinthe dessiné par Ariane se trouve une représentation du totem de Cobb… #AmusezVousBien.

Ajoutez à cela qu’elle est embauchée spécifiquement pour créer des labyrinthes et pour y guider les membres de l’équipe qui sont tous des hommes, et en particulier Cobb… Ouais, c’est pas très subtil quand même. Personnellement je me serais renseignée sur le sens du prénom Ariane (« très saint ») et j’aurais cherché un prénom d’une autre origine dont le sens est similaire (et non je n’ai pas fait la recherche parce que j’ai quand même plus important à faire que de renommer correctement les personnages de Christopher Nolan).

Cependant son traitement n’est pas inintéressant, surtout en tant que nouvelle Ariane, dont le Thésée serait Cobb. C’est effectivement plutôt lui qu’elle guide dans son subconscient torturé, parce que même si elle ne connaît pas ce labyrinthe, elle reste celle dont la spécialité est d’en créer et donc d’en imaginer les sorties. Elle va au-delà du rôle qui lui est assigné quand elle décide de ne pas seulement créer des labyrinthes, mais d’aider Cobb dans sa lutte contre le minotaure avec ça. Et, tout comme le minotaure est dans le coin le plus reculé du labyrinthe, Mal est au fin fond du subconscient de Cobb. Seulement Cobb n’est pas capable d’y aller seul, il a besoin d’Ariane et de son fil pour l’aider – et le fil d’Ariane est sa lucidité, que Cobb semble toujours sur le point de perdre à l’instar de son épouse.

Et la dernière fois que l'on voit Ariane dans le film est au moment où Cobb est définitivement sorti du labyrinthe, quand il peut enfin retourner chez lui.
Et la dernière fois que l’on voit Ariane dans le film est au moment où Cobb est définitivement sorti du labyrinthe, quand il peut enfin retourner chez lui.

Mais, tout comme Ariane dans la mythologie, cette Ariane n’est pas destinée aux bras de Thésée / Cobb, et il l’abandonne une fois sa quête finie. Elle a été introduite à un travail et à un monde très spécifique, pour servir les intérêts de Cobb, livrée à ce dernier par son professeur d’université (qui lui-même avait livré sa fille à Cobb auparavant, pour les mêmes raisons). On la voit à la fin du film aux Etats-Unis avec Cobb, alors qu’il passe devant elle sans un regard à l’aéroport, mais on ne sait pas ce qu’elle va devenir : juste que comme dans la mythologie, elle n’a été utile au héros que le temps qu’il entre dans le labyrinthe et en sorte victorieux du minotaure. Evidemment elle n’a pas été à un seul moment l’intérêt amoureux de Cobb, donc sa fin ne se soldera pas par une dépression, mais je trouve cette dernière similarité amusante.

Vous voulez autre chose que je trouve amusant ?

L’épouse de Cobb s’appelle Mal. Mal, comme le mal qui le ronge. SUBTIL N’EST-IL PAS ?

Laqvs-IGif

POOOOOOOOOOOOOIN

« Putain mais on s’en fout de ton truc. ON VEUT LA TOUPIE BORDEL ! »

 – Des gens vulgaires à l’esprit torturé qui ne savent pas si oui ou non Cobb est resté dans un rêve.

Pour ceux qui n’ont pas suivi, le Grand Maître de la Subtilité termine le film sur un plan où l’on voit la toupie tourner (celle-ci est présentée comme l’objet qui permet à Cobb de savoir s’il est ou non dans un rêve – elle tourne indéfiniment dans un rêve, alors que les lois de la physique font que la toupie s’arrête en vrai), mais coupe avant qu’on sache si elle s’arrête ou non. La grande question est donc de savoir si oui ou non Cobb est encore en train de rêver.

J’ai plusieurs réponses, et je pense qu’elles sont de toute façon toutes anciennes. Franchement, rien de très surprenant quant à l’interprétation de la fin du film. Permettez-moi de faire une petite liste :

  1. Michael Caine n’est jamais dans le subconscient de Cobb, pourquoi y serait-il soudainement ?
  2. Ce ne sont pas les mêmes enfants, et pas dans la posture qu’ils avaient dans tout le reste du film : ils ne sont pas les enfants du souvenir de Cobb, ils ont changé.
  3. LA TOUPIE N’EST PAS LE TOTEM DE COBB !

Avant de revenir sur ce troisième point qui tient au cœur de beaucoup d’appréciateurs de ce film qu’est Inception, je vous propose un autre petit détour par la filmographie de Nolan.

Je vous laisse deviner à qui on a laissé le soin d'expliquer tout ça au début du film...
Pauvre Michael Caine, il a toujours droit aux dialogues les plus compliqués dès que Nolan est dans le coin. Heureusement qu’il a son ami le poussin pour le consoler.

Le Prestige est celui de ses films que je préfère, juste parce que, comme je vous le disais il y a peu, j’adore les constructions minutieuses quel que soit la forme d’art, et Le Prestige repose là-dessus. Le film commence avec (encore) Michael Caine qui explique le principe selon lequel tout le film sera construit, et qui dans le dialogue s’applique aux tours de magie : chacun de ceux-ci se décompose en trois parties. La première est la promesse, où le magicien montre au public quelque chose qui semble ordinaire, mais ne l’est pas ; puis le tour, où le magicien rend cette chose extraordinaire ; et enfin le prestige, étape finale, où l’imprévu se produit.

Si vous ne voyez pas encore où je veux en venir, laissez-moi vous annoncer que Christopher Nolan n’a pas joué aux magiciens que dans Le Prestige.

Le prof nous a appris comment faire disparaître une balle en l'occurrence, mais il était moins swagg que Bruce Wayne dépressif lors de sa soirée sur le thème du XIXème siècle.
Le prof nous a appris comment faire disparaître une balle en l’occurrence, mais il était moins swagg que Bruce Wayne dépressif lors de sa soirée sur le thème du XIXème siècle.

Un prof de philosophie, un jour, pour réveiller la classe d’étudiants en prépas endormis que nous étions en ce qui devait être un lundi matin à huit heures, a décidé de nous parler de magie. Pour faire simple : il nous a appris que dans un tour de magie, le plus important, c’était de concentrer l’attention du public sur un objet qui n’a rien à voir avec le tour, pour lui donner l’impression que cet objet est la clef du tour de magie ; et il doit également beaucoup bouger les mains.

La toupie d’Inception n’est rien d’autre que cet objet qui détourne l’attention et est l’objet du tour à la fois. Pour la promesse, Nolan nous montre Saito (Ken Watanabe) vieux dans les limbes, à qui l’on apporte la toupie, et dont on dit qu’elle appartient à Cobb. Celle-ci revient pour le tour, quand Arthur explique à Ariane l’importance d’avoir un totem qui permet de savoir si l’on est dans un rêve ou non en cas de doute. Le prestige est à la fin, l’imprévu se produit, on pense que Cobb est revenu à la réalité mais la toupie menace de ne pas s’arrêter. Jusque-là vous pouvez me dire que l’on est pas bien avancé.

Sauf que rester dans le thème de la magie et le détour par cette petite explication de mon prof de philosophie amateur de magie donne la clef de lecture du grand tour de magie qu’est Inception : la toupie est là pour détourner votre attention du véritable totem de Cobb, avec lequel pourtant elle est amenée à partager l’écran.

D'ailleurs Cobb et son totem sont introduits en même temps, et le totem a droit à son gros plan. Un indice : ce n'est pas l'assiette.
D’ailleurs Cobb et son totem sont introduits en même temps, et le totem a droit à son gros plan. Un indice : ce n’est pas l’assiette.
Ce plan vous invite à vous concentrer sur l'objet que Cobb aura dans sa main si vous voulez savoir quel est son totem. Sauf que c'est juste pour détourner votre attention.
Ce plan vous invite à vous concentrer sur l’objet que Cobb aura dans sa main si vous voulez savoir quel est son totem. Sauf que c’est juste pour détourner votre attention.

La première fois que le thème du totem est abordé par Arthur, on voit Cobb se servir de la toupie, au moment même où on explique à Ariane que personne ne peut toucher le totem de quelqu’un d’autre, au risque de le rendre inutilisable. Par un raccourci de pensée, le spectateur assume donc que la toupie est le totem de Cobb, alors que son totem à lui est juste à côté.

On présente à un autre moment la toupie comme le totem de Mal, mais le mal est fait dans l’esprit du spectateur, puisque pour lui la toupie appartient déjà à son époux. Mais finalement peu importe à qui il appartient : on voit Mal s’en servir pour le mettre dans le coffre-fort, on voit Cobb s’en servir plusieurs fois, on voit un random japonais le donner à Saito dans les limbes, et Saito lui-même le manipule. Il y a de fortes chances pour que ce totem ne fonctionne plus, depuis la mort de sa propriétaire par exemple.

Ce que je dis marche par exemple très bien avec l'image précédente.
On attire votre attention sur un point, tout en vous montrant le véritable intérêt du plan.

Pourtant on voit toujours la toupie en même temps que l’emplacement du totem de Cobb, qui est son annulaire gauche – et qui plus est, il y a toujours un moment dans chaque scène de rêve ou de non-rêve où on peut distinguer ce doigt, parce que Cobb fait beaucoup de mouvements avec ses mains. Et on remarque alors que dans le vrai monde, il n’a pas d’alliance, mais qu’il en porte une dans les rêves, parce qu’il n’y a plus que dans ses rêves qu’il est encore marié – de même que Mal n’est plus présente que dans ses rêves. On pourrait presque dire que Mal lui sert de totem, mais l’alliance est un objet tangible qui correspond plus à la description qu’Arthur fait d’un totem. Et, à la fin du film, on a bien l’occasion de vérifier que non, Cobb ne porte pas son alliance.

Et comme il a fait son deuil de Mal, elle n'est plus aussi présente dans sa vie et celle des enfants, donc ils ne peuvent plus entrer dans le cadre en entier en même temps.
Et comme il a fait son deuil de Mal, elle n’est plus aussi présente dans sa vie et celle des enfants, donc ils ne peuvent plus entrer dans le cadre en entier en même temps.

Qu’en est-il de la toupie alors ? Pourquoi la garder, pourquoi la faire tourner ? Mon interprétation quant à cela est que la toupie demeure pour Cobb le totem de Mal, un vestige de sa femme, et quelque part une preuve qu’elle a bien existé. Il retourne dans les rêves pour la revoir elle et revoir leurs enfants parce que dans la réalité il ne le peut plus, mais avec Mal elle-même, la toupie est le seul objet qui a été à la fois dans les limbes, les rêves et la réalité en même temps qu’eux. Il continue de la faire tourner peut-être de la même façon qu’il retourne dans ses rêves jusqu’à faire son deuil à la fin du film, pour la faire encore vivre un peu – et se souvenir qu’elle ne vit plus. Le fait même qu’il tourne le dos à la toupie alors qu’il ne sait pas si elle va s’arrêter ou non renforce le fait qu’il a fait son deuil de Mal, et prouve aussi peut-être qu’elle n’a jamais été son totem puisqu’elle ne lui indiquera rien, donc il est inutile d’attendre de la voir tomber ou non. Mais, comme il est toujours assez néfaste de décider d’un élément ouvert à l’interprétation qu’il est un réplicant, on peut toujours se dire que peut-être que Cobb a succombé à la folie de Mal, et ne veut même pas savoir s’il est dans un rêve ou non – et laisser la toupie tourner indéfiniment, comme il l’a fait pour son épouse, s’il est encore dans les limbes.

NON RIDLEY, CA C'EST PAS UN REPLICANT. ET IL A TIRE LE PREMIER !
NON RIDLEY, CA C’EST PAS UN REPLICANT. ET IL A TIRE LE PREMIER !

Que dire donc ? C’est un film typique de Nolan : très simple sous des dehors qui se veulent compliqués, mais également très efficace dans ce qu’il cherche à faire. Avec Guillaume on considère que c’est le meilleur Nolan (quoique ma préférence reste pour Le Prestige), en partie parce qu’il est étrangement celui qui arrive à être le plus réaliste alors qu’il montre des choses impossibles. Si vous n’avez pas encore vu Inception, permettez-moi de vous en donner l’idée maintenant.

Manon.


Crédit images

Christopher Nolan, Inception, Warner Bros. Pictures 2010.

Christopher Nolan, The Dark Knight, Warner Bros. Pictures 2008.

Christopher Nolan, Memento, Newmarket 2001.

Christopher Nolan, The Prestige, Warner Bros. Pictures 2006.

Montage des -ceptions par Manon.

Ridley Scott, Blade Runner, Warner Bros. 1982.

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