Superman Returns : Bryan Singer, celui qui a le mieux compris le héros en collants bleus ? (Superman Returns, Bryan Singer, 2006)

Résumé

Après être parti faire un tour de la galaxie à l’improviste pendant cinq ans (le tour du monde, c’est tellement 1978), Superman revient pile au bon moment pour arrêter une fois de plus Lex Luthor dans ses plans de domination du monde, et se rendre compte que Lois Lane a continué sa vie sans lui. 

"Alors, Amérique, tu préfères un vieux glaçon de chez Marvel ou un superbe Superman ?"
« Alors, Amérique, tu préfères un vieux glaçon de chez Marvel ou un superbe Superman ? »

Superman : le seul superhéros dont le concept peut être au moins aussi chiant que celui qui a donné vie à Captain America. Il est meilleur que les hommes, il vient d’une autre planète, il a des superpouvoirs, il est gentil, bref : il n’a rien de très intéressant pour lui, en principe. Les premiers films eux-mêmes vont dans ce sens, celui du gentil boyscout qui n’a pas de personnalité à part « Je suis un gentil boyscout ».

Je ne comprends pas pourquoi personne ne semble aimer Superman Returns. Les premiers, qu’on ne s’y intéresse pas, je peux comprendre : c’est des vieux films, ils piquent les yeux, il se passe rien, je suis la première à avoir la flemme de les voir. Je ne dis pas que je ne les aimerais pas si je les voyais, mais ils ne m’intéressent tout simplement pas. Ils m’intéressent aussi peu que Captain America, qu’importe le film ou la période ou le comics ou N’IMPORTE, c’est dire. Parce que tout simplement, niveau super-héros, je préfère les fous furieux qui se déguisent en chauve-souris en toute saison.

C’est après avoir vu Man of Steel au cinéma que Guillaume a décidé qu’un jour, je devais voir Superman Returns, parce que détruire des villes à coup de rayons lasers et de trains qu’on balance dans le décor, c’est cool, mais il y a mieux à faire avec Superman. J’étais dubitative, mais on va voir maintenant pourquoi je n’avais pas à l’être.

Un film très bien pensé

Par exemple, ça, c'est ma came exprimée visuellement.
Par exemple, ça, c’est ma came exprimée visuellement.

Je suis une grosse adepte de la construction, quelle que soit l’œuvre. C’est toujours quelque chose que l’on n’imagine pas d’une « littéraire » telle que l’éducation nationale française le définit de nos jours, mais j’aime la géométrie dans une œuvre. Le chaos artistique, très peu pour moi, l’art moderne qui ne fait pas de sens « parce que c’est ça l’art », ça ne me parle pas. Par chance, Bryan Singer a l’air d’être lui aussi adepte des œuvres bien construites.

"Comment ça, vous aviez même pas remarqué que j'étais pas là ? C'est juste parce que j'écris jamais d'articles ?"
« Comment ça, vous aviez même pas remarqué que j’étais pas là ? C’est juste parce que j’écris jamais d’articles ? »

Pour rappel, quand Superman revient sur Terre, et que son alter ego Clark Kent reprend son poste au Daily Planet (c’est-à-dire l’entreprise la plus cool du monde qui ne te remplace pas quand tu désertes ton poste sans raison pendant cinq ans), il apprend que Lois est fiancée à un autre homme et qu’elle a eu un fils. Plus tard on se rend compte que le petit garçon, Jason, est en fait le fils de Superman, ce que Lois a caché à son fiancé Richard et au petit Jason lui-même. Et c’est à mon sens autour de cela que Bryan Singer construit son film.

J'avoue, les fringues de Jor El, c'est encore mieux que des paillettes.
J’avoue, les fringues de Jor El, c’est encore mieux que des paillettes.

On commence dans l’espace, où l’on entend les paroles que Jor-El destine à son fils Kal-El qu’il vient alors d’envoyer sur Terre : « […] tu puiseras ma force et la feras tienne, tu verras ma vie dans tes yeux, comme je verrai ta vie dans les miens. Alors le fils devient le père, et le père, le fils. » Ça pourrait s’arrêter là, et servir simplement à poser Superman Returns comme une suite de la saga Superman au cinéma. Sauf que comme ce film est bien fait, on ne se contente pas de ce que de moindres longs métrages peuvent faire en s’en sentant fier.

Quelque part, mettre cette scène au centre du film, c'est aussi mettre la relation entre Lois et Superman au centre de l'intrigue. La construction je vous dis.
Quelque part, mettre cette scène au centre du film, c’est aussi mettre la relation entre Lois et Superman au centre de l’intrigue. La construction je vous dis.

Il faut imaginer qu’ici on a une histoire construite sur une symétrie : l’ouverture sur les paroles de Jor-El, alors que Superman revient sur Terre, ce qui créé déjà un parallèle avec la première arrivée du héros dans notre monde. Puis il reprend du service, à la fois en tant que Clark Kent et que Superman, pendant que Lex Luthor prépare son plan, que l’on ne connaît pas encore – mais qui implique de piller la Forteresse de Solitude de Superman, et de détruire une maquette de ville, ce qui provoque une panne générale. Clark Kent apprend également les fiançailles de Lois, et rencontre le petit Jason. Le milieu du film se situe au moment où Superman se montre enfin à Lois pour lui accorder une interview, au cours de laquelle la conversation finit par se tourner plus vers leur relation que vers le retour de Superman à Metropolis, et où elle lui pardonne d’être parti si longtemps. A partir de là, le film semble se replier sur lui-même pour aller vers sa conclusion. Superman se rend compte que des visiteurs indésirables ont pénétré sa Forteresse de Solitude. Lois continue d’enquêter sur la panne de courant, et se retrouve en présence de Lex Luthor, qui lui explique alors son plan de créer un nouveau continent en utilisant la technologie kryptonienne et de la kryptonite – nouvelle panne de courant donc. C’est également là que le spectateur apprend, en même temps que Lex Luthor, l’identité du père de l’enfant.

Rien ne dit cependant que Jason n'aie pas hérité de la super-ouïe de son Pôpa.
Rien ne dit cependant que le petit n’aie pas hérité de la super-ouïe de son Pôpa.

Ce dernier ne l’apprend que quand il est dans un état critique à l’hôpital, alors que personne ne sait s’il va survivre à son dernier sauvetage du monde. Lois ne lui dit qu’à lui, en prenant soin que leur fils ne soit pas au courant (Richard cependant semble savoir que le petit n’est pas de lui). Superman revenu à lui va donc voir le petit Jason endormi, tout ému de se rendre compte qu’il est papa, et lui dit : « […] tu puiseras ma force et la feras tienne, tu verras ma vie dans tes yeux, comme je verrai ta vie dans les miens. Alors le fils devient le père, et le père, le fils. »

« C’est facile ce genre de parallèle, moi aussi je peux le faire. »

– Un lecteur mécontent qui n’aime pas Superman Returns.

Il y a peut-être aussi le fait que Singer semble avoir un goût prononcé pour le thème de l'adolescent qui se découvre des pouvoirs...
Il y a peut-être aussi le fait que Singer semble avoir un goût prononcé pour le thème de l’adolescent qui se découvre des pouvoirs…

Sauf que ce n’est pas le seul parallèle fait entre Superman et son fils. Il y a une scène au début du film qui peut paraître assez inutile, qui est le flashback que Clark a lorsqu’il retourne à la ferme et se souvient de la découverte de ses pouvoirs. Ce flashback est moins inutile que la somme de tous les flashbacks de Man of Steel, même si celui-ci n’a pas de filtre Instagram comme dans le film de Zack Snyder. Ici, Superman sautille gaiement dans les champs, mais est encore maladroit dans ses mouvements, et il tombe à travers le toit de la grange. Il parvient à stopper sa chute et à rester en lévitation au-dessus du sol, mais il a perdu ses lunettes : alors qu’il tend la main pour les récupérer, il se rend compte qu’il n’en a plus besoin (et d’ailleurs à l’écran, celles-ci deviennent floues pour le spectateur), et ne les gardera par la suite que pour son déguisement du gars normal et un peu simplet qu’est Clark Kent.

En plus, la chanson que joue constamment Jason au piano, "Heart and Soul", parle de quelqu'un qui est tombé follement amoureux à cause d'un baiser volé dans la nuit...
En plus, la chanson que joue constamment Jason au piano, « Heart and Soul », parle de quelqu’un qui est tombé follement amoureux à cause d’un baiser volé dans la nuit…

La même chose arrive à Jason. Lui et sa mère sont sur le yacht de Lex Luthor : Lois est menacée par un homme de main, qui s’apprête à la frapper lorsque Jason, qui jouait du piano, lance celui-ci contre le vilain. On se rend compte, au même moment que lui, qu’il a donc une force surhumaine, et on comprend alors ce que Lois voulait vraiment dire quand elle le présentait comme un petit garçon un peu fragile, mais qui grandirait pour devenir aussi fort que son papa. Jason est un peu impressionné par ce qu’il vient de se passer, et vient de manquer une crise d’asthme provoquée par le fait de voir sa mère en danger : il va pour se servir de son inhalateur lorsqu’il se rend compte qu’il respire sans problème, et il le range finalement dans sa poche – ce qui ne veut pas dire qu’il va le jeter pour autant, de même que Superman avec ses lunettes de Clark Kent.

Un film touchant

« Espèce de fille va ! Je te vois venir avec Lois et Clark et Superman ! »

– Vous, qui me voyez venir avec Lois et Clark et Superman

Ce dont je vais vous parler n’a absolument rien à voir avec le fait que j’aie développé des mamelles contre mon gré dans l’optique d’éventuellement reproduire l’espèce. Je vais vous parler de Lois Lane, Clark Kent, et de l’alter-ego de ce dernier. Et je ne vous autoriserai pas de nouvelle balise de citation pour que vous sortiez un truc du genre « Je le savais ! », même pas en rêve.

Oui Han, on le sait tous.
Oui Han, on le sait tous.

Lois et Superman, c’est un de ces couples mythiques de la culture populaire, un peu comme Han et Leïa, Roméo et Juliette, la Belle et le Clochard : on se dit qu’on en a fait le tour, qu’il n’y a plus rien à en dire, et quand on les revoit quand même dans une nouvelle aventure, on sait déjà ce qu’il va se passer. Mais pas dans Superman Returns.

Dans les films précédents, Lois retombait constamment amoureuse de Superman, parce qu’elle oubliait tout de leurs folles soirées par un simple baiser magique de l’Apollon en collants bleus. Le spectateur savait déjà que le petit cœur de la journaliste appartenait à Superman et à Superman uniquement, parce que même Clark Kent (qui pourtant partage beaucoup de qualités avec le héros) n’aurait su vraiment l’intéresser. Lois et Superman étaient le couple, et le troisième homme était Clark Kent – ce qui, vous serez d’accord, ne pose en fait pas tant problème.

Je trouve qu'il a un regard perçant à sa manière, ce Richard. Pas vous ?
Je trouve qu’il a un regard perçant à sa manière, ce Richard. Pas vous ?

Sauf que dans Superman Returns, le troisième homme n’est plus Clark Kent, c’est Scott Summers Richard White ! Le spectateur a le cœur aussi serré que Clark lui-même quand il apprend que Lois est fiancée à un autre homme – et c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles certains n’ont pas aimé le film d’ailleurs. Bryan Singer a osé toucher à Lois et Superman, et insinuer dans l’esprit des gens l’image d’une Lois dans les bras d’un autre homme que celui qui partage sa vie depuis soixante-dix-sept ans ! Je pense que c’est cette audace qui aura déjà poussé certains fans, après vingt minutes de film, à condamner ce dernier comme une insulte à la saga Superman : parce que Lois Lane n’a pas attendu Superman pendant cinq ans.

"Je n'avais donc effectivement pas éteint le four avant de partir, et maintenant j'ai un chou à la crème vieux de cinq ans. Oops."
« Je n’avais donc effectivement pas éteint le four avant de partir, et maintenant j’ai un chou à la crème vieux de cinq ans. Oops. »

Et pourquoi l’aurait-elle fait ? Il la met enceinte avant de partir sans prévenir pour une durée indéterminée : qui aurait attendu sagement, pleine d’espoir, que son grand amour retourne peut-être, dans l’éventualité où il n’est pas parti pour fuir son devoir parental ? Dans une scène, Lois se confie à Clark tant elle est furieuse de voir Superman de retour, après cet abandon : ce n’est pas tant une volonté de se confier de sa part qu’un instant de rage involontaire contre le père de son enfant qui l’a abandonnée. Cette scène permet autant au spectateur qu’à Clark Kent / Superman de comprendre pourquoi Lois a écrit l’article « Pourquoi le monde n’a pas besoin de Superman », et pourquoi elle en veut autant à ce dernier : au moment où elle était le plus fragile (enceinte, ce qui est pire que les règles niveau hormones), il l’a abandonnée. Elle écrit l’article lauréat d’un Pullitzer quand elle a tourné la page, accepté qu’il ne reviendrait pas, et qu’elle s’est rendu compte que sa vie se déroulait très bien sans lui : elle n’a pas besoin de Superman. De même, le monde ne se porte pas forcément beaucoup plus mal sans lui, donc il n’a pas besoin de héros non plus.

Si Clark ne comprend pas forcément à ce moment-là que le facteur grossesse était important dans la détresse de Lois, il comprend qu’il lui a fait du mal involontairement. C’est là que je trouve que le film devient touchant sur leur relation : il accepte qu’elle ne veuille plus de lui. L’alchimie est encore là quand il lui accorde une nouvelle interview en costume de Superman, et elle est sur le point de l’embrasser, mais quand elle recule parce qu’elle ne veut pas reprendre cette relation, il comprend, et il ne lui en veut pas, alors qu’il l’aime quand même. C’est beaucoup plus efficace pour montrer l’amour qu’ils se portent et le respect qu’ils ont l’un pour l’autre que de simplement voir Lois jeter Richard comme une vieille chaussette pour revenir dans le lit de Superman. Elle sait qu’il peut lui faire du mal et qu’elle peut vivre sans lui, il sait que si elle le désire, il doit vivre sans elle. Lois Lane n’est pas un acquis pour Superman.

"T'façon c'est toujours MA copine qu'on pique, alors j'ai appris à fermer les yeux là-dessus..."
« T’façon c’est toujours MA copine qu’on pique, alors j’ai appris à fermer les yeux là-dessus… »

De même, Richard est un homme bien pour Lois parce qu’il a la même réaction que Superman : lorsqu’il comprend que Lois pourrait vouloir autre chose que lui, il accepte qu’il puisse avoir besoin de la laisser partir avec son rival kryptonien, et il ne le déteste pas pour autant. De même que Superman ne déteste pas Richard alors que c’est lui que Lois semble avoir choisi.

C’est toujours vrai lorsqu’à la fin du film, Superman vient voir son fils : il croise Lois à l’occasion, mais ne vient pas lui proposer d’élever Jason ensemble, et elle semble encore vivre avec Richard – du moins, dans la même maison. Il est déjà appréciable que le flou soit laissé là-dessus : on peut penser qu’elle reste avec Richard et que Superman respecte cela, ou qu’elle est déjà séparée de Richard mais que Superman ne vient pas s’installer comme ça à la maison. Pour ma part, je préfère penser que Lois et Richard sont encore ensemble, et c’est pour une raison très simple.

La famille idéale pour Jason : avec deux pères et une mère, comme pour Clark (étant donné que Lara Lor-Van, sa mère, ne lui parle jamais)
La famille idéale pour Jason : avec deux pères et une mère, comme pour Clark (étant donné que Lara Lor-Van, sa mère, ne lui parle jamais)

Superman à la fin du film vient assumer son rôle de père, mais pas au sens où on l’entend communément : il vient assurer le rôle d’un père à la Jor-El, comme le laisse entendre le fait qu’il répète les mots que son père lui a transmis. Mais il n’a été que conçu et instruit à propos de sa planète natale par Jor-El : l’homme qui l’a élevé était Jonathan Kent. C’est pour cela que Kal-El peut avoir un alter-ego humain, Clark Kent : son humanité vient du fait qu’il a été élevé comme un humain, et non comme un alien ou un surhomme. Jason a besoin de la même chose : s’il est élevé par Lois Lane et Superman, il a officiellement pour père quelqu’un qui est considéré par certains comme un demi-dieu. Richard est donc le meilleur père possible pour élever un petit Jason humain.

« Pourquoi pas Clark Kent ? »

– Un observateur attentif

Et il est impossible qu'il ne se révèle pas comme Superman à son fils, parce que Clark Kent n'a pas assez d'autorité pour élever un gosse. On courrait à la catastrophe.
Et je veux même pas imaginer Clark Kent qui élève un enfant, avec son charisme de moule. Le petit le rendrait fou.

En effet, Clark Kent pourrait élever Jason : mais cela voudrait dire qu’il raccroche le costume de Superman. Les intimes de Clark Kent ne peuvent que connaître sa double identité : c’est le cas des Kent, et quand Lois est Madame Kent, elle est également au courant qu’elle est aussi Madame Superman. Clark Kent qui élève Jason donc pourrait être une bonne façade, mais ne servirait pas à donner une bonne éducation au petit, comme il se saurait fils de Superman. Ce qui n’est pas souhaitable, car il pourrait alors se sentir supérieur au reste des humains, différent d’eux, avant même d’avoir vraiment pu apprécier leur compagnie. Certes, Superman le prévient qu’il se sentira différent d’eux : mais lui-même s’est senti différent du fait de la nature de ses pouvoirs, puisqu’ils lui sont venus plus ou moins avec la puberté, et qu’il savait qu’il était le seul dans ce cas. Cependant il n’a su qu’à l’âge adulte la vérité sur ses origines extra-terrestres, ce qui lui a permis de rester humble.

Plus simplement : Jason élevé par Superman donnerait quelque chose de pire que Lex Luthor, car persuadé de sa supériorité sur le reste des hommes.

Extrait du trailer de Batman VS Superman
Superman présenté comme un être supérieur ? Il semblerait que ce soit le thème de sa prochaine apparition sur grand écran. On vous a dit qu’on avait hâte ?

Pourquoi Superman a besoin du monde, et réciproquement

Le film n’a également pas plu parce que, paraît-il, Superman n’y était pas assez fort.

Perso je trouve ça plus impressionnant que soulever des voitures et sauver des chats (et Lois Lane).
Perso je trouve ça plus impressionnant que soulever des voitures et sauver des chats (et Lois Lane).

Je vous demande pardon ? Le film commence sur un gars qui revient de l’espace, atterrit en mode météorite dans un champ et n’a pas une égratignure, pour partir ensuite faire décoller une navette spatiale bloquée sur le toit d’un avion et faire atterrir l’avion ensuite dans un stade de baseball sans que personne ne meure. Et surtout, le film finit par Superman qui soulève un continent et le jette dans l’espace avec un morceau de kryptonite dans le flan. Un continent d’ailleurs fait de kryptonite, qui normalement le rend faible et peut le tuer. Il surpasse ça.

Pleure pas comme ça, tu restes un bon film à mes yeux, mais moins bon que Superman Returns sur le développement du personnage principal.
« Pourquoi t’es méchante comme ça avec moi ? »

Alors ouais, c’est moins visuel que dans Man of Steel où il surpasse un champ de force terraformeur, mais les champs de force terraformeurs ne sont pas la faiblesse mortelle de Superman. Et même si ce n’est pas un champ de force terraformeur parce que je viens d’inventer ce terme, ce n’est pas la faiblesse de Superman. J’ajouterai que le Superman de Man of Steel se serait contenté de balancer le continent de kryptonite sur Metropolis en suggérant aux habitants d’aller reconstruire la ville ailleurs, et tant pis pour ceux qui n’auront pas couru assez vite pour en sortir. Le Man of Steel ne fait pas d’omelette sans casser des gratte-ciels, voyez-vous. Ce qui est distrayant pour les gens comme moi qui aiment beaucoup les films avec des explosions, mais j’y vois pas un sauveur de l’univers. J’y vois moi qui joue au lance-grenade dans n’importe quel jeu où je peux avoir un lance-grenade, donc c’est drôle, mais Superman ne devrait pas se servir de sa force pour faire le même effet dans le vrai monde.

Superman dans le film dont nous parlions jusqu’ici (et si vous avez déjà oublié, je vous conseille d’aller voir un médecin) fait attention à ne rien casser et à ne tuer personne par accident, ce qui est en soi fort appréciable quand le but est de sauver le monde. Sauf que, comme on le disait plus tôt, Superman affronte ses deux plus grandes faiblesses dans le film : le continent de kryptonite (et les lames de kryptonite), et les humains, personnifiés par Lois Lane.

« Attends… NOUS sommes la faiblesse de Superman ? »

– Un humain étonné de son pouvoir

Lex Luthor, le suspect habituel dans n'importe quelle aventure de Superman.
Lex Luthor, le suspect habituel dans n’importe quelle aventure de Superman.

Pas dans le sens où on pourrait le tuer par notre simple existence, mais Superman est faible face aux humains parce qu’il les aime, et pourrait mourir pour eux. Pensez-y : le continent de kryptonite fait son apparition, ça va détruire une grosse partie du monde et ce qui restera sera en la possession de Lex Luthor… Mais Superman pourrait ne rien en avoir à faire. Après tout, Lois a écrit un article qui dit que le monde n’a pas besoin de lui, et celui-ci a tellement été apprécié qu’elle reçoit un Pullitzer pour ça. Il a en plus été prouvé qu’il pouvait parfaitement bien vivre tout seul dans l’espace, alors pourquoi s’embêter ? Cela pourrait ne pas être son problème. Sauf que, même si ils ne le lui rendent pas bien, Superman aime les humains, tout comme il aime Lois Lane. Alors même si la plupart du temps, personne n’a vraiment besoin de lui, quand il peut se rendre utile, il le fait. Il est donc mis en danger par la kryptonite du fait de son amour des humains. Et à cause de Lex Luthor et de son hybris (ancien grec pour « démesure », et qui était considéré comme un crime en Grèce Antique), à vouloir se hisser au niveau de son rival qu’il considère divin. Mais le cas de Lex Luthor n’est en fait pas si intéressant, ce n’est qu’un Prométhée auto-déclaré et qui n’en est pas un du tout, le cas typique du mec qui méprise celui qu’il considère comme un dieu simplement parce qu’il aimerait être ce dieu unique.

Dr Manhattan, personnage de la BD et du film Watchmen
« Moi je vous ai tous envoyé balader et je me sens très bien tout seul. » Dr. Manhattan, lui aussi seul sur Mars.

Toujours est-il que, Superman dans sa volonté de sauver les humains de SA pire faiblesse et de la destruction de leur monde (et de son monde adoptif) par celle-ci, se fait poignarder d’un morceau de kryptonite par Lex Luthor, et tabasser par les comparses de celui-ci. Je me répète : beaucoup semblent ne pas aimer ce film à cause de cela : Superman y est montré (trop) faible. J’ai deux réactions possibles à cela.

Réaction possible n°1 : MAIS TU T’ATTENDAIS A QUOI, SUR UN P*TAIN DE CONTINENT DE KRYPTONITE ? QU’IL S’EN BALEC ?

"Eeeeh oui, c'est encore moi !"
« Eeeeh oui, c’est encore moi ! »

Réaction possible n°2 : Qu’est-ce que tu ne comprends pas dans : fils de ce qui n’est plus qu’une entité sur Terre, qui se fait déchirer le flanc, mais qui va quand même continuer de sauver les hommes ? Je sais, on y revient toujours, mais dans le cas de Superman… Surprise ! C’est encore le Christ ! Et cela s’explique parce que la culture occidentale reste très influencée par le christianisme, et que beaucoup de choses que nous produisons vont être inspirées de cela. Cela ne vaut pas seulement pour la littérature, même si vous espériez très fort que seule la littérature était touchée comme ça vous n’auriez pas besoin de vous en préoccuper : le cinéma est bourré de références à la religion. Et même quand vous ne le voyez pas, c’est là.

Voilà, vous savez quoi faire quand vous aurez fini de lire cet article, vous ne pourrez plus jamais être surpris par aucun rapport de quoi que ce soit à la religion, et je reviens à mon sujet après ces deux réactions.

Superman est blessé par Lex Luthor, il tombe inconscient dans l’eau. Richard, Lois et Jason, qu’il avait sauvés de la noyade avant d’aller s’attaquer au grand chauve machiavélique, retournent l’aider à la demande de Lois. Ce n’est pas parce qu’ils savent qu’il a été blessé, mais parce qu’ils savent que seul, il a des chances d’y rester – et il se trouve qu’ils ont eu raison de s’en faire. A la surprise générale, ce n’est donc pas Superman qui sauve Lois dans les airs, c’est Lois qui sauve Superman dans l’eau, et le ramène à lui, afin qu’il accomplisse sa mission. Superman a besoin des humains, représentés par Lois, Richard et Jason. Pour réussir à les sauver, il a besoin que les humains croient en lui.

C'est drôle, cette pose... Ca me rappelle un truc, mais je sais plus quoi... #LIronieEstIronique
C’est drôle, cette pose… Ca me rappelle un truc, mais je sais plus quoi… #LIronieEstIronique

Il est donc tout à fait logique qu’à la fin du film, Superman soit dans le coma et les humains en deuil, et qu’au bout du troisième jour (ce n’est pas dit dans le film, mais je pense que c’est une supposition peu risquée), l’infirmière entre dans la chambre pour la trouver vide. Parce que Superman n’est qu’une autre allégorie du Christ, et ce n’est pas Bryan Singer qui a inventé ça : Bryan Singer ne fait que rendre cela, et mieux que Zack Snyder à mon sens. Après, je ne trouve pas la façon de faire si subtile, mais je suppose qu’il faut essayer de se faire comprendre des Texans après tout.

Cessez donc de penser que Superman Returns est un mauvais film, parce qu’en vérité il apporte beaucoup de nouvelles choses à Superman tout en restant en terrain connu. Regardez ce film, vraiment.

Et pleurez parce que la Justice League devait se faire avec lui, avec ce background, et avec comme coéquipier le Batman de Nolan. Non pas que je n’aime pas l’idée de voir Jason Momoa en Aquaman, mais il faut avouer que ça aurait eu de la gueule, et au moins ça ne serait pas arrivé en pleine période de gavage de super-héros à grands coups de Mjöllnir.

"Quoi, tu finis là-dessus, en disant qu'il y a trop de films de super-héros, alors que tu viens de dire que tu aimes bien celui-ci ?"
« Quoi, tu finis là-dessus, en disant qu’il y a trop de films de super-héros, alors que tu viens de dire que tu aimes bien celui-ci ? »

Manon.

Note : je dédie cet article à un grand chauve en costume fan de Lex Luthor, à qui je dois de ne pas avoir fini en LEA par défaut.


Crédit image

Christopher Reeves en Superman trouvée sur <www.capedwonder.com>

Epaulière du site archéologique de Sutton Hoo, trouvée à l’adresse <https://www.flickr.com/photos/dirpics/522052360/in/gallery-lauraelaine-72157624466724024/>

Bryan Singer, Superman Returns, Warner Bros, Legendary Pictures & DC Comics, 2006.

Richard Donner, Superman, Warner Bros, 1978.

Han Solo « I know » trouvée sur <memecrunch.com>

Zack Snyder, Man of Steel, Warner Bros Pictures, 2013.

Zack Snyder, Batman VS. Superman : Dawn of Justice, Warner Bros Pictures, 2016.

6 commentaires sur « Superman Returns : Bryan Singer, celui qui a le mieux compris le héros en collants bleus ? (Superman Returns, Bryan Singer, 2006) »

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