Conan le barbare : le meilleur film d’heroic fantasy ? (Conan le barbare, John Milius, 1982)

Résumé :

Alors que son corps est encore vierge de toute pilosité, Conan voit son village passé au fil de l’épée par une troupe de cavaliers menée par un homme qu’il jurera de tuer : Thulsa Doom. Réduit en esclavage, il développe une musculature telle qu’il pourrait gagner 7 fois le titre de Mr Olympia. Lorsque finalement il recouvre la liberté, il sait que le moment est venu pour lui de devenir une légende et de mettre fin à la vie du meurtrier de ses parents, quelles qu’en soient les conséquences.

Réjouis-toi peuple de l’Internet car aujourd’hui arrive sur ce blog l’un des pères fondateurs de l’Heroic Fantasy. Non peuple ! Il ne sera point question de Tolkien et de ses adaptations tantôt grandioses tantôt nulles à en faire caca, mais bien de celui que toi peuple, tu ne connais que comme un vieux film des années 80 ou pire, comme un reboot tout numérique de 2011 ! Oui, vous avez lu le titre de cet article, vous savez que cet article traitera des aventures de Conan le Cimmérien, connu de ses ennemis comme le Barbare.

Robert Howard et ses personnages adaptés au cinéma
Papa Howard et ses rejetons.

Sorti en 1982 et réalisé par John Milius, il est le film qui a vraiment propulsé Arnold Schwarzenegger au rang de star du grand écran. L’histoire est librement adaptée des romans de Robert Howard, un auteur avec un joli chapeau qui sera le créateur de nombreux personnages souriants et sympathiques tels que Sonia la Rousse (aussi connue sous le nom de Red Sonja), Kull le Conquérant ou encore Solomon Kane.

Le pire, c’est qu’on pourrait se dire qu’avec des têtes comme ça, un film adapté de l’univers de monsieur Howard se résumerait à des meurtres, des viols et des grosses bêtes moches. Rassurez-vous, Conan le barbare a de tout ça, mais aussi surprenant que cela puisse être, il dispose aussi d’innombrables niveaux de lectures, d’un souffle épique rarement égalé et d’une portée philosophique telle que je suis certain que ça s’utilise en bac de philo sans soucis, pour peu qu’on tombe sur un correcteur ouvert d’esprit. Vous ne me croyez pas ? Le film s’ouvre sur une citation de Nietzsche. Vous en connaissez-beaucoup des films qui s’ouvrent sur une citation de Nietzsche ?

Conan philosophant.
« Ce qui ne se tue pas est déjà mort » – Conan

Un monde froid, violent et mystérieux

Quand on évoque des univers d’heroic fantasy, on ne peut pas s’empêcher de penser à un monde riche en magie et en créatures exotiques. Sérieusement, j’ai comme cette impression que plus personne n’ose faire de livres, de films ou de jeux sans y mettre des elfes, des nains et des orcs à tout va de peur que le lecteur, le spectateur ou le joueur, ne comprenne pas qu’il est confronté à de la fantasy.

Les elfes de la trilogie Bilbo le Hobbit.
Q. 1 : Des intrus se sont cachés sur cette image. Saurez-vous les retrouver ?

Qui donc est le responsable d’un tel parasitage de cerveau ? Ça me fait mal de le dire, parce que le Seigneur des Anneaux est ma saga littéraire préférée (sérieusement, lisez les livres, ils sont d’une richesse et d’une profondeur tellement supérieur aux films que vous aurez l’impression que Peter Jackson n’a fait qu’adapter le résumé de la quatrième de couverture), mais le coupable mes bons amis n’est autre que J.R.R. Tolkien, ou plutôt cette vague d’artistes qu’il a inspirés et qu’il continue d’inspirer malgré lui et qui n’ont jamais osé s’éloigner de son œuvre. Grand connaisseur des folklores et des légendes européennes, papi Tolkien  a remodelé les figures emblématiques de nos vieux contes pour définir les nains, les elfes et les trolls tels que nous les connaissons.

Illustrations de nains et d'elfes dans le folklore européen.
Des nains et des elfes tels qu’ils étaient avant que Tolkien ne passe par là.
Heureusement pour nous, Marvel, toujours prompt à avoir de bonnes idées, n'a pas vu de problèmes à nous faire une Orque guerrière
Heureusement pour nous, Marvel, toujours prompt à avoir de bonnes idées, n’a pas vu de problèmes à nous faire une Orque guerrière

Anecdote rigolote : quand il a créé les Orques (ou Orcs, c’est selon), dans son roman Bilbo le Hobbit,  Tolkien a été obligé d’insérer une note à destination des lecteurs pour les prévenir qu’il parlait d’un peuple cousin des gobelins et non pas d’une race de baleines guerrières.

Pourtant, les récits d’heroic fantasy n’ont pas toujours inclus autant de créatures fantastiques, et Conan le Barbare nous dépeint un monde où la menace vient de l’homme, et juste de l’homme. Nul besoin de Seigneur des Ténèbres, de Dragon sous la Montagne ou de Roi Démon : l’ennemi est Thulsa Doom, et Thulsa Doom n’est qu’un homme (en plus d’être joué par James Earl Jones, la voix de Dark Vador).

Bien entendu, l’âge Hyborien (l’époque fictive à laquelle se passent les aventures de Conan et qu’Howard situe à la fin des dernières grandes glaciations) comporte son lot de magie et de créatures fantastiques, mais ce savoir mystique n’est détenu que par quelques rares chamans et sorciers et le commun des mortels évolue en considérant les esprits et les démons comme des légendes de bonnes femmes.

Thulsa Doom se changeant en serpent.
Holy sh*t ! Ils ont tenté le même effet que dans Flash Gordon… et ça marche !

La religion est cependant présente, mais il ne semble pas exister de Dieu fondateur. Chacun croit en une divinité différente, un peu comme s’il s’agissait d’esprits protecteurs propres à certains peuples, voire certains villages. Le dieu le plus fort sera celui qui permettra à ses fidèles d’accomplir les plus grandes choses. Conan croit en Crom, un dieu taciturne qui, du haut de sa montagne, juge le courage des hommes et attend que ceux-ci, s’ils veulent accéder au Walhalla, lui livrent le secret de l’acier. Pourtant, l’impact des dieux est limité puisque si le secret de l’acier sert de fil conducteur à la quête de Conan, notre barbare ne le priera qu’une fois, non pas pour lui demander de l’aide, mais pour qu’il soit témoin de ses exploits, qu’il juge sa bravoure et qu’il lui accorde sa vengeance. Et si Crom ne le veut pas ? Il peut aller au diable, car Conan, ayant compris le secret de l’acier, sait qu’aucun dieu ne pourra lui offrir la mort de ses ennemis : seule son épée le peut.

Conan dévorant un vautour cru.
Conan au KFC. Quand je vous dis que c’était vachement plus dur !

Le film nous enseigne donc que la vie est dure et qu’on ne peut pas compter sur la chance, ou sur les autres pour s’en sortir. Il est vrai que Conan a plusieurs fois été aidé par ses compagnons de route, mais ces compagnons, il les a lui-même sauvés par le passé. Il s’aide donc lui-même en épargnant la vie de certains hommes et c’est par devoir et loyauté, et non par chance, que ceux-ci le retrouveront pour payer leur dette.

Le fameux secret de l’acier qu’apprend Conan au cours de ses aventures, consiste dans le fait qu’il n’y a pas de meilleure façon de voir quelque chose s’accomplir que de le faire soi-même. Conan apprend de son père qu’il ne peut compter sur personne. Les bonnes choses qui lui arriveront le feront parce qu’il les aura gagnées (comme la loyauté de ses amis) et pas parce qu’il les aura méritées.

Il n’y a pas de sens à la vie autre que celui qu’un homme souhaite donner à la sienne.

La vie, cette catin.

Pour revenir sur les différences qui existent entre le monde de Conan et les univers un peu plus traditionnels de fiction, il y en a une qui est sans doute la plus importante : son réalisme.

Néo et l'agent Smith engagés dans un combat équilibré.
Matrix déforme l’opposition en créant une dépendance entre Néo et Smith. Comme le Yin et le Yang, l’un ne peut pas survivre à la mort de l’autre.

La quasi-totalité des œuvres dans lesquels nous baignons trace une ligne définie entre le bien et le mal. Ce manichéisme est utile, car il est facile à comprendre. Pas besoin de se demander qui a raison ou non quand on parle de côté obscur de la Force. Le problème, c’est qu’une opposition aussi binaire que gentil/méchant limite énormément le scénario. Impossible d’imaginer dans un blockbuster que le méchant gagne définitivement et on sait toujours comment le combat final va se terminer. Il y a bien eu quelques essais pour briser ce schéma, mais globalement, c’est mal reçu. Finalement, on se satisfait d’un maigre retournement de situation en t’apprenant qu’en fait, le méchant n’était pas si méchant que ça, et Dark Vador donne sa vie pour sauver celle de son fils, et tout finit bien.

Conan tel que vu dans les comics, tenant une tête à la main.
« Je te tiens, tu me tiens, par un bout d’la tête ! » – Conan le bâtard.

Conan le Barbare à l’inverse ne trace pas de ligne. L’adversaire est identifié dès le début, mais on apprend qu’il recherchait la même chose que notre héros. Le vrai conflit qui existe est un conflit d’intérêt. Thulsa Doom avait besoin du secret de l’acier, et il a tué les parents de Conan en espérant l’obtenir, ce qui ne fut pas le cas. Evidemment, cela allait contre les intérêts du jeune garçon qui aimait bien l’idée de vivre avec ses parents. Plus tard, lorsqu’il sera en âge de se venger, Conan retrouvera et tuera Thulsa Doom qui était passé à autre chose depuis longtemps. C’est gênant, parce que le bonhomme était devenu le leader d’un mouvement religieux qui offrait une certaine protection  à ses membres, lesquels se retrouvent sans repères à la fin du film. Qui nous dit que si on avait fait un film sur la vie de l’un des adorateurs de Thulsa Doom, Conan n’aurait pas été le méchant, celui qui vient et qui, pour aucune raison apparente, réduit en poussière un univers confortable ?

Thulsa Doom et ses hommes de mains.
« Noraj de mon pillage ! »

Chacun des personnages de ce film suit sa propre route et sera amené à croiser celles de nombreuses autres personnes. Les différentes rencontres qui en résulteront seront plus ou moins heureuses, en fonction de la possibilité pour leurs intérêts personnels de coexister. Une sorcière avait besoin du corps de Conan pour nourrir sa magie ? Pas de bol, Conan avait besoin de ce même corps pour accomplir sa vengeance : la sorcière meurt. Je ne vois pas de différence avec ce qui a poussé Thulsa Doom à massacrer un village. Dans sa quête, il ne pouvait pas se permettre de laisser cette bourgade exister. C’est comme ça.

Une base lunaire en forme de croix gammée.
Q. 2 : Devinerez-vous qui sont les méchants qui ont construit cette base sur la lune ?

Sérieusement, plus réaliste que ça, j’ai du mal à voir. Il suffit d’observer comment s’organisent les relations internationales pour réaliser que ça ressemble vachement à un conflit d’intérêt. Il y a peu d’exemples dans l’histoire où les gentils et les méchants étaient clairement identifiés.

Mais au-delà d’une quête de vengeance, l’histoire de Conan, c’est avant tout l’histoire d’un enfant qui devient un homme.

Tuer le père

Thulsa Doom n’est pas seulement le meurtrier des parents de Conan, il est également l’univers de Conan. Très vite privé de repères, celui qui deviendra le barbare ne survit à sa condition d’esclave que poussé par sa soif de vengeance. Il s’accroche à son idée fixe et finit par régresser à l’état de bête sauvage.

Conan en gladiateur.
A part le combat, Conan ne semble rien avoir dans la tête.

Lorsqu’il devient assez fort, Conan est utilisé comme gladiateur, et son goût prononcé pour le sang fait de lui le meilleur. Il est porté depuis des années par son besoin de tuer et massacrer ses adversaires n’est qu’une façon de s’échauffer en attendant le grand jour. On a beau nous montrer que Conan est lettré, il ne met pas longtemps à délaisser ses parchemins lorsqu’une jeune femme lui est offerte en pâture afin qu’il s’accouple avec les meilleures « reproductrices » (désolé mesdemoiselles, ce sont les mots exacts employés dans la VF tandis que dans la langue de David Beckham, il est carrément fait allusion à du bétail). Très clairement, on constate que notre musculeux barbare en est réduit à une condition qui n’est pas humaine.

Guidé par son instinct de prédateur, Conan suivra donc sa route, tout droit jusque Thulsa Doom qu’il trouve : sur une montagne. Ça ne vous rappelle personne ?

« Attention Conan ! C’est Crom ! »

-Vous, perspicaces.

Dark Vador révélant à son fils sa véritable identité.
« La carrière de James Earl Jones. » Allégorie.

Tout comme le dieu de Conan, Thulsa Doom juge les hommes, assis sur une montagne. Il régit leurs destins et plie leurs vies à sa volonté.  Il ne parait pas avoir peur de Schwarzy et l’accueille comme un père accueillerait son fils. « Son fils », c’est d’ailleurs comme ça qu’il l’appelle. Et c’est comme son père qu’il se présente. C’est Thulsa Doom qui lui a donné la force d’avancer, de se dépasser. Sans lui, Conan n’aurait pas vécu et ne serait jamais devenu un homme. Il tente d’ailleurs de lui faire abandonner son projet de vengeance en arguant qu’un monde où il n’existerait plus n’aurait plus de sens.

Thulsa Doom qui ne voulait pas en arriver là.
« Conan ! Si tu continues, je le dis à ta mère ! »

Cette confrontation, c’est Conan qui se fait juger par Crom. Il fait face à cet être supérieur qui le toise depuis sa montagne, et s’il veut accéder à une vie meilleure, il doit lui prouver qu’il connait le secret de l’acier. Ça tombe bien, ce secret, Conan le connait. Il sait qu’il ne peut avoir confiance qu’en sa lame et la main qui la manie. Il sait que s’il est arrivé si loin, c’est de son propre fait. Il n’a besoin de personne, sinon de lui-même. C’est ça, le secret de l’acier.

C’est à ce moment-là que Schwarzy décide de faire son Œdipe et de régler tous ses problèmes à coups d’épée dans la carotide. Il démontre à Thulsa Doom/son père/ Crom, qu’il est le seul maître de sa vie, qu’il n’a jamais eu besoin de quelqu’un pour lui dire comment agir et qu’il ne laissera personne le faire.

Conan, remonté et sur le point de tuer quelqu'un.
« J’vais t’en faire bouffer de l’acier ! »

La symbolique est d’autant plus forte que pour mettre un terme à l’existence de son ennemi, Conan utilise l’épée de son père. Il vient en effet de retrouver la lame que lui avait léguée ce dernier avant de mourir, lame qui avait été confisquée et utilisée par Thulsa Doom. Ce n’est qu’après que ces deux « pères » l’aient possédée qu’il peut enfin mettre la main dessus, et il s’en sert pour tuer la figure paternelle, prouvant par son geste, et par le fait qu’il manie cette épée, qu’il est un homme accompli.

Max Von Sidow dans Conan
En plus, on retrouve Max Von Sidow (le druide dans Vercingetorix) qui en vrai est un excellent acteur. #Juré

Vous l’aurez compris, Conan le Barbare, sous ses airs de péplum fantastique de série B, est en fait un film bien plus dense et malin dans son écriture qu’il n’y parait et qui jouit d’un souffle épique propre aux tournages en plein air. Ce n’est hélas, plus le cas de la suite et du reboot qui sont sortis depuis.

L’espoir n’est pourtant pas perdu car il semblerait qu’Hollywood se soit sérieusement mis à travailler sur la suite des aventures de notre héros taciturne avec, dans le rôle-titre, le retour d’Arnold Schwarzenegger.

En attendant, et si vous n’avez pas peur de certains effets spéciaux un peu vieux, prenez le temps de regarder Conan le Barbare. Ce film est unique et dispose d’une infinité de niveau de lectures différents.

En fait, il est tout simplement le film d’heroic fantasy absolu.

Conan, roi, assis sur un trône.
Conan is coming.

Guillaume.


Images :

John Milius, Conan le Barbare, Dino De Laurentiis Corporation, 1982

Richard Fleischer, Kalidor, la légende du talisman, Dino De Laurentiis Company, 1985

John Nicolella, Kull le conquérant, Raffaella De Laurentiis et Universal Pictures, 1997

Michael J. Bassett, Solomon Kane, Paul Berrow, Samuel Hadida et Kevan Van Thompson, 2009

Robert Howard : photo prise en 1934.

Peter Jackson, Le Hobbit : la désolation de Smaug, New Line Cinema, Metro-Goldwyn-Mayer et WingNut Films, 2013

Nains : illustration de John Bauer

Elfe : illustration de Richard Doyle

Orka est un personnage appartenant à Marvel et créé en 1970 par Roy Thomas (auteur) et Marie Severin (artiste).

Lana et Andy Wachowski, Matrix Revolutions, Village Roadshow Pictures et Silver Pictures, 2003.

Conan the Cimmerian: The weight of the crown, Dark Horse Comics, illustration par Darick Robertson, 2010

Timo Vuorensola, Iron Sky, Energia Productions, 2012

Irvin Kershner, L’Empire contre-attaque, Lucasfilm, 1980

13 commentaires sur « Conan le barbare : le meilleur film d’heroic fantasy ? (Conan le barbare, John Milius, 1982) »

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