Incassable : le film dont vous êtes le héros ? (Incassable, M. Night Shyamalan, 2000)

Résumé :

David Dunn est dans un train quand soudain il déraille ! Mais c’est pas grave, parce qu’en vrai, David est joué par Bruce Willis. Il s’en sort sans un bleu et fait la rencontre d’Elijah Price, un collectionneur qui cherche à répondre à la question : « mais au fait, c’est quoi le sens de la vie ? ». Tout un programme.

Sur Internet, il y a certains noms du cinéma qu’on aurait tendance à classer naturellement dans le champ lexical de la scatologie tant leurs carrières sont parsemées d’étrons. Dans son article sur Cry Baby, Manon avait évoqué Uwe Boll, l’homme responsable de House of the Dead ou Alone in the Dark (pour ne citer qu’eux), et je ne peux pas ne pas mentionner Tommy Wiseau, réalisateur de The Room.

A l’heure où j’écris ces lignes, je sens mon cœur palpiter et une sueur froide parcourir mon échine. Je ne pensais pas qu’il était possible de caser autant de mauvais films en si peu de lignes, et j’avoue que je suis un peu effrayé de voir qu’en fait, si, j’ai réussi à le faire.

Will Smith Dans Wild Wild West
D’ailleurs, pour pouvoir tourner dans ce mauvais western, Will Smith a refusé le rôle de Néo dans Matrix. Le gars n’a peur de rien.

Pour revenir à nos mauvais réalisateurs, il en est un qui est très souvent ajouté à la liste, et c’est M. Night Shyamalan. Si son nom ne vous dit rien, sachez qu’il est le réalisateur du film Le dernier maitre de l’air, un film nommé pour 8 des 10 Razzies Awards 2011 et vainqueur de 5, de Phénomènes, un film sur des plantes qui décident de créer des phéromones poussant les gens au suicide, et plus récemment, de After Earth, un film que Will Smith, l’acteur principal, a qualifié de « plus douloureux échec » de sa carrière, et le gars a fait Wild Wild West.

Pourtant, à la différence de messieurs Boll et Wiseau, M. Night Shyamalan a eu un début de carrière prometteur et c’est à ce début de carrière que nous allons heureusement nous intéresser.

Si le nom de notre gus vous était familier, ça n’est donc pas forcément parce que vous avez de mauvais goûts. On doit notamment à ce monsieur au nom étrange le film Sixième Sens et, à mon humble avis, le meilleur rôle de Samuel L. Jackson : celui d’Elijah Price dans Incassable.

Ça tombe bien, c’est de ce dernier qu’on va parler aujourd’hui !

Samuel L Jackson, blasé
« Yeeeeeaaaaaah ! »

ENCORE un film de super-héros ?

Je ne sais pas si vous aviez entendu parler de ce film avant aujourd’hui, et je ne le saurais sans doute jamais (parce que c’est un article et vous ne pouvez pas me répondre, à moins de laisser un commentaire, chose que vous ne ferez pas), mais il y a un lieu commun qui m’énerve un peu à propos de lui et qui consiste à dire qu’Incassable est un film de super-héros.

En fait, pour être juste, il faudrait dire de ce film qu’il parle de super-héros.

Un film DE super-héros oui QUI PARLE de super-héros, c’est la même chose, joue au pas au mec qui pinaille.

-Vous qui pensez que je pinaille.

Un gâteau à la nana et un ananas
Par exemple, ce gâteau à la nana n’est pas forcément le gâteau DE l’ananas.

On pourrait croire comme ça que c’est un détail, mais le mot employé est ultra important. Rien à voir avec une question de grammaire, mais plus une question de sens. En effet, dans le premier cas, un film de super-héros s’intéresse aux aventures d’un ou de plusieurs personnages super-héroïques là où un film qui ne fait que parler de super-héros n’est pas obligé d’avoir un tel personnage.

En fait, le cas d’Incassable est particulier, car si David Dunn, le personnage interprété par Bruce Willis, est effectivement doté de capacités spéciales (parce qu’on ne survit pas à un accident de train meurtrier sans le moindre bleu juste en ayant de la chance), s’il décide de se battre pour protéger des innocents et qu’il va même jusqu’à porter une cape (une cape de pluie d’accord, mais ça compte), il n’est jamais traité comme un super-héros. D’ailleurs, de son propre dire, et dans la façon dont il est abordé, c’est même plutôt l’inverse. David Dunn est un personnage qui nous apparait comme étant sacrément faible. Rien ne va avec sa femme, il ne parait pas partager grand-chose avec son fils, il n’est même pas certain de réussir ses entretiens d’embauches, il est phobique et en plus, il ne comprend rien à ce qui lui arrive. En fait, dès sa première scène, il se prend même un bon gros râteau bien sale qui te met dans l’ambiance : David Dunn est nul.

David en cape de pluie
« C’est pas super gentil de se moquer »

Non, l’aspect super-héros n’est pas dans les personnages, mais dans l’inspiration. Si vous me demandez mon avis (et j’imagine que si vous vous farcissez nos articles trop longs depuis plusieurs mois, c’est que ça doit quand même un peu vous intéresser), Incassable est la meilleure adaptation de comic books qui soit. Exit les Dark Knight et autres Watchmen pourtant géniaux. Là où ces films restent souvent classiques dans leurs mises en scène (je vise surtout Watchmen où Zack Snyder s’est contenté d’adapter case par case le travail d’Alan Moore (oui, l’auteur de V pour Vendetta) #Parenthèseception ), le travail de M. Night Shyamalan montre que le monsieur s’est approprié les techniques de narration de la bande dessinée et les a transposées à l’écran. Le cadre fait souvent ressentir les limites de la page et joue avec cette sensation d’enfermement directement héritée des cases pour créer une distance entre les personnages ou une tension extraordinairement bien maîtrisée.

David Dunn se prenant un râteau dans le train
Grâce un siège astucieusement placé entre les deux personnages, on créé une illusion de cases qui illustre la distance qui existe entre eux. Bien joué !

Bien entendu, le plus évident quand il s’agit de noter l’importance des comics dans ce film se trouve dans le personnage d’Elijah Price. Celui-ci, joué par Samuel L. Jackson, a développé une passion dévorante pour les bandes dessinées de super-héros grâce à sa mère. Elijah est effectivement atteint de la maladie des os de verres qui, comme son nom l’indique, le rend vulnérable au moindre choc. Effrayé par le monde extérieur et les multiples fractures qu’il pourrait s’y faire juste en trébuchant sur un trottoir, il aimerait ne jamais sortir de chez lui, ce à quoi sa mère remédie en lui offrant un comics à chaque fois qu’il acceptera de prendre l’air.

Elever ses enfants au chantage, c’est admettre qu’on ne sait pas les élever.

-Vous, peut-être, mais un peu moi aussi.

Plus ou moins la réaction de Samuel L Jackson quand tu lui dis que les comics, c'est pour les gosses.
Plus ou moins la réaction de Samuel L Jackson quand tu lui dis que les comics, c’est pour les gosses.

Détrompez-vous mauvaises langues ! Ce que fait en fait cette bonne dame, c’est donner un but à son fils, quelque chose qui le fera se prendre en main et grandir. Non seulement l’enfant devient un adulte collectionneur de bandes dessinées, mais il devient également un expert et gagnera sa vie en tant que marchant d’art dans une galerie consacrée aux plus belles planches et couvertures du neuvième art (oui, c’est officiellement reconnu comme un art #DédicaceAToiQuiNeMeLirasJamais).

De plus, la bande dessinée sert de moteur au personnage de Samuel L. Jackson. Lorsqu’il était enfant, c’était la carotte qui le faisait sortir et oublier sa maladie. C’est grâce à cela qu’il a commencé à vivre.

Peu à peu, il va même jusqu’à développer une logique qui continue de le faire avancer. Le mythe du héros sur-humain n’est pas né avec les comics de super-héros, mais remonte à l’antiquité (notamment avec des personnages comme Hercule). Comme tous les mythes, il n’est pas impossible qu’il soit d’ailleurs basé sur quelque chose de vrai, comme des humains plus intelligents ou plus forts que la moyenne. Or, si lui-même est né si faible, il doit bien y avoir quelqu’un dans le monde né plus résistant que n’importe qui d’autre.

D’accord, ça paraît tiré par les cheveux, et tout le monde le lui dit, mais c’est ce raisonnement qui va lui donner l’envie de continuer et de se battre chaque jour pour trouver cet être et lui faire prendre conscience de son côté exceptionnel.

Sous la plume de M. Night Shyamalan, Elijah Price est donc un personnage qui, lorsqu’il est désespéré et perdu, lève les yeux aux ciels, non pas pour voir Jésus, Superman ou Radioactive Man, mais pour voir un homme.

Bruce Willis dans le cinquième élément
En même temps, le mec profite de ses vacances pour sauver l’univers du Mal Absolu, je sais pas ce qu’il vous faut.

Avoir foi en l’homme

Je fais une pause ici pour prévenir qu’à partir de cette ligne, on entre dans une interprétation qui m’est propre. Avant d’aborder ce film, j’ai fais quelques recherches sur la filmographie de M. Night Shyamalan afin d’avoir des clefs de lecture et libre à vous de comprendre ce long-métrage différemment.

Pour moi, le vrai pouvoir évoqué dans ce film n’est pas celui de David qui lui permet de résister aux pires accidents, mais plutôt la foi dont fait preuve le personnage de Samuel L. Jackson.

Il est Indestructiboy !
Je sais bien que Buddy, c’est pas le fils de M. Indestructible. Fais pas genre du m’apprends MES classiques.

La survie de David est, vous l’imaginez, un électrochoc pour tout le monde dans l’entourage du personnage. Bien entendu, le personnage principal se demande ce qui a fait que lui, plutôt qu’un autre, ait survécu. Sa femme, avec qui tout allait de travers, s’interroge sur la possibilité de tout reprendre depuis le début dans leur vie de couple. Pendant ce temps-là, leur fils, plus prompt à croire à l’impossible du fait de son jeune âge, s’imagine que son père est une sorte de M. Indestructible et que logiquement, du fait de leur parenté, il pourrait être Indestructiboy.

« Et Elijah dans tout ça ? » vous me direz.

Bah oui, et Elijah dans tout ça ?

-Vous que je commence à connaitre un peu trop bien.

N’ayant que les bandes dessinées pour occuper son enfance, Elijah a élaboré sa petite théorie farfelue qui l’a aidé à tenir. Si la nature est bien faite et si Dieu est juste, alors il y a quelque part quelqu’un pour balancer son handicap. Mais sur quoi fonde-t-il cela ? Sur sa foi. Elijah croit en l’existence d’un homme supérieur sur le plan physique, et il désire le rencontrer pour lui faire prendre conscience de ses qualités et ainsi l’aider à devenir un homme meilleur.

Phil, personnage doublé par Patrick Timsit, dans Hercule
En fait, le but de Samuel L. Jackson dans la vie, c’est un peu de faire aussi bien que Patrick Timsit.

A terme, il espère que cette personne dont il sera le coach personnel pourra venir en aide à des dizaines de gens, qu’il aura ainsi indirectement aidés. C’est cet objectif qui aide le jeune homme à s’épanouir et à devenir un adulte déterminé.

Cette foi en lui, c’est cette chose dont David semblait justement manquer. Son couple bat de l’aile, il est passé à côté d’une carrière prometteuse suite à un accident, sa phobie de l’eau lui fait se sentir plus faible que faible et il doit se contenter d’un emploi de gardien de stade, faute de mieux.

Bruce Willis regardant par la fenêtre du train.
En plus, Bruce Willis, c’est le genre de gars à se sortir de n’importe quelle situation sans abîmer sa coupe de cheveux. Forcément, ça laisse rêveur.

Pourtant, c’est lorsqu’il va commencer à croire dans ses capacités que David va réaliser les choses les plus incroyables. Une scène (riche en sens, mais malheureusement beaucoup trop longue pour que je puisse la voir sans me mettre à bailler) montre Bruce Willis en train de s’entrainer dans sa cave.  Son fils, persuadé que son père est un être extraordinaire, l’assiste en ajoutant régulièrement des poids sur les altères. Petit à petit, la difficulté va augmenter sans trop que David ne s’en rende compte. Ce n’est qu’en réalisant qu’il vient de dépasser ce qu’il croyait être son maximum qu’il va se mettre à avoir confiance en lui. Il vient de se prouver qu’il avait tort à propos de lui tout ce temps, pourquoi ne pas pousser l’expérience ? Les poids s’ajoutent et la confiance du bonhomme gonfle en même temps que ses joues rougies par l’effort. Parce qu’il a accepté d’avoir foi en lui, il est parvenu à devenir plus fort.

Donner sa chance au héros qui sommeil en chacun de nous.

Ce qui me plait avec ce film, c’est que David n’est pas le seul à qui des choses bien arrivent. Outre la famille de ce dernier qui se resserre suite à l’accident du train, il y a d’autres personnages pour qui les choses vont aller mieux grâce au cheminement du protagoniste.

Bien évidemment, Elijah, qui voit sa théorie confirmée et de dures années de recherches récompensées, a enfin le sentiment de trouver sa place dans le monde. Il est celui par qui David s’est réalisé, celui sans qui, la famille Dunn se serait séparée, et sans qui les exploits à venir de son ami n’auraient jamais eu lieu, et savoir tout ça, ça lui fait un peu du bien.

Elijah Price, vraiment ultra expressif.
« Re-Yeeeaaaaaah ! »

En parlant des exploits de l’ami Bruce, les deux personnages qui me font croire que ce film est fondamentalement bienveillant sont deux enfants que sauve notre héros. Ils sont discrets et, comme David au début du film, mais finalement comme tous les personnages à un moment donné, ils sont surtout faibles et impuissants face aux événements. Malgré cela, et parce que notre Bruce national leur aura donné de l’espoir, ils vont devenir les héros d’un instant en allant jusqu’à sauver la vie de l’homme réputé «Incassable ».

Robin des années 60.
Oui Robin, même toi, un jour, tu serviras à quelque chose.

En fait, à travers ces enfants, j’ai le sentiment que M. Night Shyamalan nous explique qu’il n’y a pas de héros car tout le monde peut devenir un héros. A un moment donné dans notre vie, nous serons tous amené à prendre une décision qui viendra en aide à quelqu’un d’autre, et peut-être plus qu’on ne pourrait l’imaginer. Le message de ce film, c’est de ne pas laisser passer cette chance d’être le héros d’un autre et de ne rien attendre en retour, sinon la certitude que quelque part, quelqu’un fera pour nous un geste qui nous sortira d’un mauvais pas.

Je ne sais pas trop quoi ajouter à propos de ce film. Je ne le trouve pas parfait, et en fait, il souffre vraiment de son rythme que je trouve archi-lent. Il m’est impossible de le revoir sans faire quelque chose d’autre à côté, mais j’imagine que ça a à voir avec le fait que je le connaisse par cœur.

Si en revanche vous ne l’avez pas vu, c’est véritablement quelque chose que vous devez rattraper. Je n’ai parlé que d’une infime partie des idées géniales dont il recèle et je suis certain d’être moi-même passé à côté de certaines choses. Ce qui est sûr, c’est qu’il est dans le top 3 de mes films préférés grâce à son message humaniste et à ses personnages faibles et tourmentés. Et puis, il y a cette scène de fin dont je ne vous ai volontairement pas parlé et qui est ma scène de cinéma préférée de tous les temps. Rien que pour elle, vous pouvez y aller les yeux fermés.

Si vous doutez, je vous demande juste d’avoir foi en mon jugement. Vous n’avez rien à perdre de toutes façons.

Guillaume.


Crédits images :

M. Night Shyamalan, Incassable, Touchstone Pictures et Blinding Edge Pictures, 2000.

Will Smith tel que vu dans Wild Wild West de Barry Sonnenfeld, Warner Bros, 1999.

Quentin Tarantino, Pulp Fiction, Jersey Films et Miramax Films, 1994.

Luc Besson, Le Cinquième Elément, Gaumont, 1997.

Brad Bird, Les Indestructibles, Pixar Animation Studios et Disney Animation Pictures, 2004.

John Musker & Ron Clements, Hercule, Walt Disney Pictures, 1997.

Burt Ward en Robin tel qu’il apparaît dans Batman (série TV) à la fin des années 60.

3 commentaires sur « Incassable : le film dont vous êtes le héros ? (Incassable, M. Night Shyamalan, 2000) »

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