La Reine des Neiges: un film vraiment libéré ? (La Reine des Neiges, Chris Buck et Jennifer Lee, 2013)

Résumé :

Victimes d’un accident de patinoire, deux sœurs sont condamnées à grandir loin l’une de l’autre lorsque l’aînée, alors âgée de 6 ans, est envoyée dans sa chambre pour une durée indéterminée. Mais à sa majorité, alors qu’elle se fait couronner, elle est bien décidée à se faire accepter telle qu’elle est vraiment (enfin ça, c’était le brouillon du scénario…)

J’ai essayé d’aimer ce film. Je vous jure que j’ai fait des efforts. Je l’ai vu une première fois il y a quelques mois, et je me suis forcé à le revoir pour cet article. Je me suis dit que tous les gens l’aimaient autour de moi, alors je me suis tu jusqu’à penser comme eux. Je veux dire : un Oscar, une réputation de meilleur film des studios Disney et des fans qui se comptent par centaines de milliers. Qui suis-je pour oser avoir une opinion différente ? Comment pourrais-je vivre avec le regard accusateur que me porteraient les autres s’ils savaient que JE N’AIME PAS La Reine des Neiges ?

Voilà des questions que je ne me suis jamais posées. De façon assez instinctive, j’ai décidé de faire ce qui me semblait le plus juste devant ce film : faire valoir ma différence d’opinion en faisant assez de bruit pour qu’on me remarque et qu’on m’écoute.

N’ayant aucun penchant particulier pour la chanson, je n’ai pas trouvé le « courage » d’aller chanter ma frustration dans la montagne, ou personne ne m’entendrait ni ne me jugerait. En revanche, j’ai un blog, et il nous a servi jusque-là à parler de films qui nous ont plu.

Aujourd’hui donc, nous nous attaquons au film le plus « révolutionnaire », « fort », « poignant » et « moderne » du studio, et croyez-moi, je ne vais pas mettre de gants.

Elsa et Anna, les deux personnages principaux, dos à dos
Mesdames, messieurs : Elsa et Anna, nos victimes du jour.

Dans la famille « demoiselles en détresse », je demande les sœurs.

Je vais être honnête tout de suite, il y a de bonnes idées dans ce film. Le fait que « l’amour véritable » dont Disney nous bassine les oreilles depuis des décennies soit ici l’amour qui unit deux sœurs en est une. J’avoue que j’ai été surpris la première fois que j’ai vu le film, et que j’ai même esquissé un léger sourire, heureux de voir que La Reine des Neiges proposait quelque chose de basique, mais de jamais vu chez le studio (pas à ma connaissance en tous cas). Ceci dit, c’était une révélation logique puisque c’est cet amour qui pousse la plus jeune sœur, Anna, à aller chercher son aînée, soit disant pour protéger le royaume, mais surtout pour la sauver d’elle-même. Autre point positif : Kristoff dans sa grande simplicité m’a fait rire. Souvent, le personnage masculin est un modèle de vertu ou un Bad Boy énigmatique qui fait rêver la princesse. Ici, le gars c’est personne, mais il dit ce qu’il pense au cas où quelqu’un en aurait quelque chose à faire, et des fois, ça marche.

Kristoff jouant la sérénade pour son renne Sven
Kristoff est un homme simple : il aime les rennes et manger ses crottes de nez.

Ceci étant, la liste des points vraiment positifs ne va pas beaucoup plus loin. La plupart des éléments du film me sont désagréables, et quand j’entends notamment dire que les personnages féminins incarnent le modèle de la femme forte, je n’arrive pas à rester stoïque.

Même en le voyant deux fois (juste pour vous, je vous le rappelle), je n’arrive pas à voir laquelle des deux sœurs est vraiment indépendante. Instinctivement, j’aurais tendance à croire qu’il s’agit d’Elsa, mais la pauvre (oui la pauvre, je ne la considère responsable de rien, mais on y reviendra) est captive du début à la fin. Que ce soit parce qu’elle est enfermée dans sa chambre ou dans son château de glace, elle n’est jamais libre. Elle a beau dire le contraire en prétendant être libérée, délivrée, tant qu’elle refusera d’apparaitre en public de peur d’être rejetée, elle reste prisonnière de sa propre peur.

Anna et Elsa enfants dans le lit d'Elsa
Bon j’avoue, j’adore les 10 premières minutes du film… Anna y est trop choupie !

Anna alors ? Non. La cadette est décidément volontaire et pleine de vie, elle n’en demeure pas moins irresponsable. Le fait qu’elle ait grandi hors du temps entre les murailles de son palais royal la rend inconsciente du monde qui l’entoure. Elle prend des décisions  et est à l’initiative de l’expédition qui doit retrouver Elsa, mais sans Hans ou Kristoff pour lui offrir un cheval ou la sauver de sa propre ignorance, elle ne serait pas allée loin. Anna est aussi forte qu’une enfant de 5 ans : elle veut découvrir le monde par elle-même, s’habiller toute seule et faire ses devoirs sans l’aide de personne, mais au final, ça ne lui permet pas d’atteindre ses objectifs. Les quelques fois où Anna sauve Kristoff ne suffisent même pas à rectifier le tir puisque si on y réfléchit, c’est toujours l’irresponsabilité de la princesse et son manque de discernement qui les mettent en danger. Ah, et vous vous souvenez de ce twist final dans lequel on apprend que le prince est méchant et qu’il veut juste prendre le contrôle du royaume ? Ca n’est possible que parce qu’Anna qui ne le connait que depuis quelques heures a décidé que c’était l’homme de sa vie et qu’il serait parfait pour diriger le royaume en son absence (alors que j’imagine qu’elles ont des ministres, sinon qui aurait gouverné entre la mort du Roi et le couronnement de sa fille, trois ans plus tard ?)

J’ai plus souvent l’impression que ce film qui nous promet deux femmes fortes nous offre en fait deux demoiselles en détresse.

Mulan et Pocahontas, deux femmes fortes.
« Pardon cocotte, mais nous on le sauvait vraiment notre boyfriend, et c’était il y a presque 20 ans. »

Avant de continuer mon argumentaire, je voulais m’attarder un peu sur deux autres défauts de ce film : la musique et les décors.

l'affiche du roi lion
Disney aurait-il senti peser l’ombre de Mufasa ?

Alors oui, la chanson phare est pas mal, et j’avoue qu’en l’entendant en VO, j’ai dit un truc du genre « Hors contexte, c’est sans doute l’une des meilleures chansons Disney » juste avant d’ajouter « c’est dommage que dans le contexte, elle n’est que l’expression bruyante de l’incapacité d’Elsa à se faire accepter pour ses différences ». Il y a une ou deux autres chansons également bien sympas, mais sans plus. Pour ce qui est des autres, je les trouve en décalage total avec l’ambiance du film. Les petits rythmes jazzies de la plupart des morceaux sont surprenants, et la musique tribale du titre fait plus africaine ou à la limite amérindienne que slave ou finnoise. Ajoutez à cela qu’on compte une dizaine de chansons dans la première heure de film, et vous comprendrez que ce qui aurait pu être un petit désagrément sonore est en fait un vrai souci dans le rythme.

Si vous n’êtes toujours pas convaincus, laissez-moi vous parler des décors. Non, mieux ! Parlez-moi des décors. Réfléchissez trente secondes : quel environnement vous a fait vous dire « Mince, les artistes étaient inspirés pour ce film ? » Alors ? Aucun, on est d’accord.

Pendant tout le film, le décor se résume à des gros à-plats blancs par-dessus l’épaule des personnages. Il y a quelques moments où la caméra tente des trucs pour nous montrer du paysage, mais c’est tellement monochromatique qu’on dirait du dessin au feutre. Même le château de glace qui aurait pourtant dû être une source d’inspiration et d’ingéniosité est en fait un truc massif et moche. Vous avez déjà vu un flocon de neige ? C’est léger, c’est pur, c’est beau et raffiné. La glace, c’est de l’eau, et maniée par quelqu’un comme Elsa, ça devrait être à l’image de sa personnalité : tourmenté et élégant. Surtout pas plat et désespérément vide… Attendez… A moins que ce ne soit ça la personnalité d’Elsa…

Comparaison de la forteresse de solitude de Superman et du château d'Elsa.
A gauche : une forteresse de solitude laissant percevoir la force de caractère et la détresse de son propriétaire (Superman)
A droite : un diamant avec une porte… Elsa nous fait-elle passer un message ?

Etre une femme libérée, c’est pas si facile

Cette chanson… Cette satanée chanson… Entendre toutes ces petites filles chanter en boucle ce refrain mensonger. Voir ces parents leur montrer l’extrait parce qu’ils estiment que le personnage est un modèle pour leur progéniture. Me rendre compte que personne, PERSONNE, n’a fait attention aux paroles ou à ce qu’elles signifiaient dans le film. Je l’avoue, la version française n’est pas aussi catastrophique que la VO, mais je trouverai à y redire plus tard.

Elsa poussant une gueulante dans la montagne.
« ALLEZ TOUS VOUS FAIRE VOIR !  Mon Dieu, j’espère que personne ne m’a entendue… »

Ce titre, « Let it go » dans la langue de Paris Hilton, symbolise le moment où Elsa laisse tomber son rôle de princesse enfermée dans une case et devient une vraie femme, libre de vivre selon ses propres règles. « It » fait donc à la fois référence à sa personnalité et à ses pouvoirs. Le gros souci avec ça, c’est que ça sous-entend qu’à moins d’être seule, Elsa n’est jamais vraiment elle-même. Elle n’ose faire éclater sa personnalité que lorsqu’elle n’est certaine qu’absolument personne ne peut la voir et donc la juger. En somme, elle exprime son désaccord dans le dos des gens, parce qu’en face, ils pourraient lui dire des méchantes choses.

Désolée mesdemoiselles, mais être une rebelle dans sa chambre, ça n’est pas être une rebelle. Vous avez des rêves ? Allez-y, battez-vous pour en faire une réalité. Votre avis est différent de celui de votre interlocuteur ? Dîtes-le lui, n’attendez pas qu’il n’y ait plus personne pour vous inventer une conversation dans laquelle vous lui prouvez par A+B que c’est un sombre crétin. Vous imaginez où serait le monde si des gens comme Gandhi ou Martin Luther King avaient protesté en s’assurant que personne ne devait entendre parler d’eux ? Même les Anonymous qui, par définition, souhaitent rester anonymes, se font connaitre en tant que groupe pour faire valoir leurs idées.

En VF, la chanson n’a pas tout à fait la même portée. C’est son soulagement d’être libérée du regard des autres et des stéréotypes qu’elle chante. Il faut admettre que l’idée est bien pensée, d’autant qu’elle laisse tomber la robe de sacrement et la tiare pour quelque chose de plus personnel. C’est déjà arrivé que Disney fasse une chanson sur la difficulté qu’éprouve une fille à être elle-même dans un monde où on attend beaucoup d’elle. C’est cependant la première fois que l’héroïne passe de Charybde en Scylla (ou de la poêle à frire au feu de bois pour continuer à s’exprimer comme chez Paris Hilton, parce qu’avouons-le, c’est plus imagé).

Mulan et Pocahontas chantant le poids de leurs responsabilités
« C’est pas pour la ramener, mais ça AUSSI on l’a fait mieux que toi… »
Elsa, visiblement trop maquillée pour son âge.
Non, à ce niveau là on ne peut décemment plus parler de « voiture »

Elsa, enfin libérée de ses horribles oripeaux de princesse, choisi donc de s’habiller selon ses goûts et se design par la force des flocons de neige une robe de  libellule d’allumeuse… Meeerde quoi ! Elle est maquillée comme un camion volé, elle roule du fessier comme une fille de mauvaise vie (je surveille mon langage, ma maman lit ce blog) et se balade en robe de gala pailletée pour traîner de salle vide en salle vide dans son château loin de toute civilisation. Ça vous rappelle personne ? On dirait Jessica Rabbit, un personnage connu pour être l’archétype de la femme fatale, une personne dont le métier est d’exciter tout un tas de messieurs et de les laisser frustrés à la fin du show. Qu’Elsa aime ce genre de vêtements, ça ne me dérange pas, elle s’habille comme elle veut. Mais mince quoi, quitte à faire un personnage libéré du regard des autres, autant ne pas l’habiller de manière à ce qu’elle corresponde EXACTEMENT au cliché de la séductrice. Le personnage d’Elsa est captif des standards de beauté de notre monde. Elle n’a lieu d’exister sous cette forme que parce que des magazines prétendent que pour être une belle femme, il faut souffrir pour ressembler à ce qu’on n’est pas. Il n’y a rien de plus faux-cul que le concept de mode qui prétend aider les femmes à se sentir bien dans leur peau en les faisant toutes se ressembler afin de faciliter leur intégration. Qu’on ne se le cache pas, quand quelqu’un cherche à s’habiller à la mode, ça n’est jamais pour lui, mais pour ce qu’il renverra aux autres.

Jessica Rabbit et Elsa dont les silhouettes et les robes se ressemblent.
La silhouette, la tenue, la démarche : tout uni Jessica Rabbit à Elsa (qui en plus me fait vraiment penser à une grosse libellule)

Si Elsa est si libérée que ça, si elle s’en balance de l’opinion des habitants de son royaume, elle n’a pas à s’habiller comme ça. A se couvrir d’artifices, elle n’est pas naturelle comme elle le pense, mais elle continue d’avoir peur de ce que penseraient ses sujets s’ils la voyaient sous son vrai jour : en pantoufles.

Je sais que cet argument va en fâcher plus d’une. Je pose souvent la question aux femmes de mon entourage lorsque je les vois se maquiller pour sortir. Je leur demande quel est le besoin de faire ça alors qu’on est en famille et que personne ne portera de jugement sur leur tenue. On me répond toujours un truc du genre « je fais ça pour moi, j’aime être belle ». Pourtant, je ne connais personne qui se maquille pour aller aux toilettes ou regarder la TV. Naturellement, les femmes sont comme les hommes : on peut aimer avoir de beaux vêtements, mais on veut surtout quelque chose de confortable et de facile à mettre. Rien à voir donc avec la tenue de notre Reine des Neiges.

(Attention, je ne dis pas non plus que je suis totalement contre l’utilisation d’artifices, mais gardez à l’esprit que si vous trichez, ce n’est jamais totalement pour vous).

J’ai été très long sur ce point, mais je ne passerais pas à autre chose sans avoir réglé son compte à Anna. Elle croyait pouvoir m’échapper hein ? La petite ingénue de mes deux ! J’ai bien vu ce que tu essayais de faire : « Je vais incarner la femme moderne. Je n’ai pas besoin de prince, je peux avoir tous les hommes que je veux, et pourquoi ne pas tomber amoureuse de deux hommes en même temps ? » Bien tenté, sous tes airs d’ignorante petite fille se cachait en fait une jeune femme qui découvre son corps, fallait oser. Mais nom de nom ! Pourquoi mettre une romance dans une histoire qui aurait été d’autant plus intense si elle s’était concentrée sur l’amour fraternel ? Est-ce que Kenai a besoin de rouler un patin à une mignonne petite ourse bien foutue ? Non !

Kenai et Koda, deux bro' poilus mais gentils.
« Wesh bro’ ! On est sur LaQvs.com, et on a pas eu besoin de meuf ! »

Pendant tout le film, on parle d’amour véritable. Pour l’une, c’est la seule façon de contrôler ses pouvoirs ; pour l’autre, c’est comme ça qu’elle survivra à sa blessure. On te présente deux « princes », pour deux princesses. Logiquement, tu penses quoi ? Bah que les sœurs vont finir chacune avec un homme et vivre ensemble comme deux supers copines. Je veux dire, les deux mecs sont tellement présents qu’ils doivent bien servir à autre chose qu’à sortir Anna de la panade ?

Bah non. On te gonfle avec une énième histoire de triangle amoureux pour se rendre compte que c’est juste du McGuffin : un truc qui compte pour Anna, mais dont le spectateur se fiche totalement. On va même te faire une chanson dessus, et des moments de développement pour te faire comprendre à quel point ça tourmente la petite, et tout ça pour rien.

La Belle et la Bête : un film avec une histoire d'amour nécessaire.
« Bonjour, nous notre histoire d’amour était en fait une variante du syndrome de Stockholm. »

Je sais que je ne devrais pas m’énerver, mais Disney s’est senti tellement obligé de mettre une histoire d’amour dans ce film qu’on nous en sert une sans raison. C’est si révolutionnaire que ça d’imaginer une jeune femme motivée par l’amour qu’elle éprouve pour sa sœur et qui ne tombe pas amoureuse de tous les mecs qu’elle croise ? Anna est prisonnière du stéréotype de la romance de dessin animé, et là où dans d’autres Disney, c’était vraiment au centre de l’intrigue, ici, c’est là parce qu’on n’ose pas faire de film sans intérêt amoureux.

Mr Frezze de
« Reste cool. »

Pardon…

Elsa : punie car différente.

Je suis sincèrement désolé pour ce qui vient de se passer.  Vous devez vous dire que je cherche la petite bête et que je ne sais pas apprécier un long-métrage parce que je réfléchis trop, seulement c’est comme ça que j’aime voir mes films. Je ne peux pas m’empêcher d’étudier, analyser, décortiquer et, dans la limite de mes connaissances, expliquer ce que je suis en train de voir.

J’avoue que tous les points développés jusque-là ne relèvent que de mon avis personnel et il n’y a pas lieu de se fâcher sur ça. Pourtant, quand je vois l’amour inconditionnel de certaines personnes pour ce film et que je me souviens qu’il a eu un Oscar, je me dis que le monde marche sur la tête, d’autant que jusque-là, je n’ai fait que lister les défauts « mineurs » qui me dérangeaient. Il en reste un, cependant, que je me devais de mettre en lumière.

Le point suivant est la raison pour laquelle j’ai écrit cet article, mais c’est aussi l’une des choses qui m’ont fait me dire que le public pouvait se perdre à aimer de façon aveugle et déraisonnée un film qui ne le méritait pas. Pour vous dire, cette idée est à la base de la création de ce blog.

La Reine des Neiges justifie la discrimination.

Elsa, sous le choc.
OMG !

Attention, je ne dis pas que le film encourage le racisme, je dis qu’il donne raison aux personnes qui, naturellement, auraient des penchants racistes.  Selon la logique des personnages, quand quelqu’un est différent et que ça représente un handicap pour son intégration à la société, on l’enferme (même pas pour sa sécurité, mais pour celle des autres) et on lui apprend à vivre dans la peur et le dégout de sa personne. Super message !

« Guillaume… Tu fais celui qui s’excuse mais tu recommences. C’est de la haine gratuite vis-à-vis d’un pauvre film pour enfant. Si tu n’as plus ton âme de petit garçon, tant pis pour toi, mais ne vas pas chercher le mal là où il n’est pas »

Vous, qui trouvez que je m’acharne alors que non.

Il y a un truc que je détestais enfant, c’était qu’on me prenne pour un idiot. Lorsque l’on est jeune, on est souvent moins regardant qu’à l’âge adulte, et on tolère plus de choses. Pourtant, parmi les films que je déteste le plus, beaucoup me viennent de mon enfance. C’est insultant de penser qu’un gosse ne peut pas avoir un avis critique sur une œuvre, surtout si elle a été pensée pour lui. Plus important que ça, l’enfance est la période de la vie où on est le plus sensible aux messages des films. Inconsciemment, on va tous les percevoir et les intégrer pour faire un immense mélange de tout ce qu’on a vu ou entendu et qu’on appellera « personnalité ».

Les X-men et leurs étudiants
A la limite, je suis certain que Charles Xavier en aurait voulu dans son école…

L’histoire de La Reine des Neiges n’a lieu d’être que suite à un accident présenté en début de film. Âgée de quelque chose comme 6 ans, Elsa blesse sa sœur à qui on retire tout souvenir des pouvoirs de son aînée. En parallèle, on explique à cette dernière que son pouvoir est un don, mais qu’il peut devenir une malédiction si elle n’apprend pas à s’en servir. Il lui faut donc l’amour et le soutien de ses parents et de ses proches pour l’aider à se développer. Être effrayée de ses pouvoirs ne fera que compliquer les choses.

En toute logique, le Roi décide donc d’enfermer Elsa dans sa chambre, le temps qu’elle apprenne à maîtriser son don. Son explication ? « On t’aime chérie, et c’est pour ton bien, mais du haut de tes 6 ans, tu es bien trop dangereuse et nous devons t’isoler du reste du monde pour que tu ne blesses personne d’autre». De toute évidence, la petite fille qu’est Elsa doit être bien rassurée…

Le capitaine Picard e tenand la tête devant tant d'incompétence.
Capitaine Picard ? Vous ici ?

Tout le monde est tombé de vélo en apprenant, et parfois même, sur son petit frère ou sa petite sœur. Mais plutôt que de ne plus jamais remonter sur un vélo, on s’est relevé et on a recommencé, jusqu’à savoir en faire. Dans l’univers de La Reine des Neiges, lorsqu’un enfant a un accident et est sans doute effrayé par les conséquences que ça a eu sur son entourage, on l’enferme pour le faire se sentir différent et on lui apprend que la seule solution pour se montrer en public, c’est de faire croire à tout le monde qu’on est normal (parce que si on cache un problème, il n’existe pas ! #lol #ducon).

Disney n’a sans doute pas voulu dire que lorsqu’on a un enfant handicapé ou trop différent, on devrait le cacher du regard des autres pour le bien de tout le monde, mais c’est pourtant ce qu’il se passe, et personne ne s’en étonne. Si Kristoff, spécialiste du franc-parler, faisait au moins semblant de s’indigner en disant que ce n’est pas une solution, on se dirait que le roi a juste été idiot. Mais non ! Il semble tout à fait normal d’enfermer quelqu’un parce qu’on ne sait pas l’élever. En fait, quand le roi dit à sa fille de mettre des gants pour dissimuler son pouvoir et ainsi régler ses problèmes, il lui fait comprendre que si on la cache elle, c’est parce qu’elle EST un problème pour son père, lequel a sans doute honte de sa progéniture.

Dans le conte d’Andersen dont est inspiré le film, la Reine des Neiges est un personnage cruel et froid, retiré du monde. On aurait pu s’attendre à voir Elsa réagir violemment au rejet dont elle a toujours été victime, et devenir malgré elle la méchante de cette histoire. Ainsi, sa sœur aurait eu pour objectif de lui faire changer de regard sur le monde, ce qui aurait été possible grâce à l’amour qu’elle lui a toujours porté malgré sa différence. Pourtant, la plus « libérée » des princesses Disney demeure en fait toute sa vie prisonnière des a priori qu’elle a sur elle-même à cause de son père.

Les personnages du film Les Mondes de Ralph, malheureusement tombés dans l'oubli...
Mais si vous savez bien ! Ce film dont personne n’a parlé !

Le plus drôle dans tout ça, c’est que Disney n’avait pas prévu le succès de ce film. Les gars du studio estimaient qu’il connaîtrait la même réussite que Les Mondes de Ralph, que vous avez déjà tous oublié, et ce n’aurait pas été plus mal. Mais comme vous avez décidé de faire de ce film, que je ne trouve pas mauvais, mais qui n’est certainement pas bon, votre classique préféré, j’étais obligé de développer une réaction en équilibre avec la vôtre.

Dans un sens, si je l’ai fait, c’est aussi parce que j’estime que, vous mesdames, vous méritez mieux. Si vous vous reconnaissez dans Elsa, c’est triste, car vous n’êtes pas aux commandes de vos vies et encore moins de vos personnes. Si vous souhaitez que vos filles grandissent en pensant que la différence est honteuse et qu’elles doivent quelque chose aux hommes, continuez de leur passer ce film en boucle. Personnellement, j’estime qu’il y a assez de bons films pour ne jamais avoir à montrer La Reine des Neiges à mes enfants.

Guillaume.

(cet article, chargé en images, vous était proposé par  des Disney bien meilleurs que La Reine Des Neiges)


Chris Buck & Jennifer Lee, La Reine des Neiges, Walt Disney Pictures, 2013.

Darrell Rooney & Lynne Southerland, Mulan 2 : La Mission de l’Empereur, Walt Disney Pictures, 2004.

Mike Gabriel & Eric Goldberg, Pocahontas,  une légende indienne, Walt Disney Pictures, 1995.

Roger Allers & Rob Minkoff, Le Roi Lion, Walt Disney Pictures, 1994

Artwork de la Forteresse de Solitude telle qu’elle apparait dans le jeu DC Universe Online (image trouvée sur http://dcuniverseonline.wikia.com/wiki/Fortress_of_Solitude).

Tony Bancroft & Barry Cook, Mulan, Walt Disney Pictures, 1998

Robert Zemeckis, Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, Touchstone, Amblin Entertainment & Silver Screen Partners, 1988.

Robert Walker & Aaron Blaise, Frère des Ours, Walt Disney Pictures, 2003.

Gary Trousdale & Kirk Wise, La Belle et la Bête, Walt Disney Pictures, 1991.

Joel Schumacher, Batman et Robin, Warner Bros., 1997.

Frank Quitely, couverture de New X-Men : Imperial, Marvel Comics, 2004.

Les Landau, Star Trek New Generation S3E13 : Déjà Q, Gene Roddenberry, 1990

Rich Moore, Les monde de Ralph, Walt Disney Animation Studios, 2012.

23 commentaires sur « La Reine des Neiges: un film vraiment libéré ? (La Reine des Neiges, Chris Buck et Jennifer Lee, 2013) »

  1. Bonjour!Cela fait quelques heures que je lis ce blog,et j’admire votre travail à tous les deux,vraiment.Cependant,c’est justement pour ça que je prends la peine de répondre.Je trouve ton analyse par rapport à la discrimination assez primaire.On est pas obligé de montrer dans un film uniquement des bons personnages pour faire passer un message,si?C’est selon moi un non reproche à faire à un film.Je n’aime pas ce film,je ne l’aime pas,mais je tenais à le défendre sur ce point ^^. Comment peut-on penser sincèrement qu’on laisserait passer un message comme ça en 2013? De plus,les moeurs à l’époque de la Reine des Neiges n’étaient pas les même qu’à notre époque,et s’habiller comme une séductrice pouvaient représenter une certaine forme de rébellion,puisque ce style est clairement différent de celui qu’elle avait,après c’est comme ça que je l’ai naïvement interprété donc je ne pense pas forcément avoir raison.

    J'aime

    1. Bonjour Anna. Désolé pour le temps de réponse à ton commentaire et d’ailleurs, merci d’avoir pris la peine de donner ton avis.

      Tout d’abord, non, heureusement que tous les personnages ne sont pas bons (dans le sens où ils ne sont pas gentils ni infaillibles), c’est justement l’intérêt de beaucoup d’histoires de montrer que des personnages échouent.

      A propos du fait que ce message soit passé en 2013, je partage ton incompréhension. Je ne pense pas vraiment que Disney ait fait exprès de mettre ce message dans son film, seulement c’est ce qui en ressort quand on le voit. Peut-être que le scénario faisait état d’un père incapable de gérer la situation et qui préfère cacher sa fille plutôt que d’assumer la difficulté d’élever un enfant différent. L’idée était même sans doute de créer un parallèle avec le personnage d’Elsa qui, faute de meilleur repère, décidera elle-même de se cacher comme l’avait fait son père pour fuir ses responsabilités. Le fait est qu’à aucun moment, ce parallèle n’est affirmé : les personnages ne le font pas et le film ne nous pousse pas à le faire par sa mise en scène.

      Je pense que ce message ne se voulait même pas discriminatoire puisque la fin est heureuse et qu’Anna nous montre qu’on peut aimer tout le monde, même les gens différents comme sa soeur. Mais la façon dont c’est fait peut amener des enfants (le public visé par le film) à se méprendre. Un enfant n’arrivera pas aussi facilement qu’un adulte à remettre en question ce qu’il voit dans un film, il aura même beaucoup de mal à exprimer précisément ce qu’il ressent face à ce film. Dans le cas de La Reine des Neiges, comme le film nous présente le fait de fuir ses problèmes pour les oublier, mais qu’il nous présente dans le même temps le fait d’avoir un enfant différent (ici un enfant émotionnellement instable, comme pourrait l’être un enfant autiste) comme étant un problème, il est certain que de nombreux spectateurs vont prendre pour acquis que « enfant différent = problème = ne doit pas vivre en société.

      Je pense que ce message peut-être reçu du film tout simplement parce que les scénaristes n’ont pas réfléchis assez longtemps à propos de ce qu’ils écrivaient. Ils ont fait un raccourci, car c’est malheureusement trop commun de penser que le handicap d’un enfant est un échec pour les parents, mais ne l’ont pas fait délibérément.

      Enfin, ton argument sur « l’époque de la Reine des Neiges » n’est malheureusement pas valable. Il le serait si le film prétendait nous raconter de la façon la plus précise possible la vie d’un personnage historique. Seulement ce n’est pas le cas, les événements décris n’ont jamais eu lieu et sont purement fictionnels. Il faut donc garder à l’esprit que les choix de costumes ou de propos ont été fait par des gens de notre époques. La robe d’Elsa est d’ailleurs typiquement inspirée de la mode du XXe siècle. Le choix de cette robe n’est donc pas anodin et cette tenue n’est pas faite pour signifier quoi que ce soit aux personnages, mais pour signifier quelque chose aux spectateurs.

      Alors oui, la sexualisation de la femme est associée à sa libération, mais cela a vite dérivé au point que de nos jours, de nombreuses femmes souffrent de cette image qu’on leur associe. On fait croire à des jeunes filles qu’il n’y a qu’un type de femmes fortes : celles suffisamment belles pour séduire les hommes. Les réalisateurs du films auraient pu habiller Elsa comme n’importe quel autre personnage, c’est à dire avec un costume d’époque, mais ils ne l’ont pas fait. Ils sont tombés en plein dans le standard cliché, celui qui fait douter des millions de personnes parce qu’elles ne sont pas nées avec le corps parfait.

      Mais au-delà d’un simple choix de robe, ce que je reproche au film, c’est la façon dont le personnage principal se débarrasse des tracas causés par sa différence en tombant justement dans ce cliché. La solution des problèmes d’Elsa, à savoir son incapacité à assumer sa différence, est finalement de tomber dans le stéréotype. Le film, plutôt que de faire comprendre que le père avait tort au début du film, justifie son action en prétendant que la meilleure façon de s’accepter est de se forcer à ressembler à ce à quoi les autres voudraient que l’on ressemble. Encore une fois, je ne pense pas que ce soit voulu, mais ce qui en ressort est que plutôt que d’essayer de se battre pour faire valoir sa personnalité différente, il vaut mieux s’effacer, ressembler à tout le monde et espérer que personne ne voit qui on est vraiment sous la couche de maquillage.

      Je suis désolé pour la longueur de cette réponse, mais les points que tu soulevais méritaient que je sois le plus clair possible. Globalement, je reproche aux auteurs de ce film de ne pas avoir pris le temps de réflechir à la signification de ce qu’ils faisaient, et bien que La Reine des Neiges ne soit pas le seul film maladroit avec son propos, aucun autre n’a eu le succès de celui-ci. C’est l’idée d’imaginer que ce film sera montré en masse à des petites filles pendant les 30 prochaines années qui me fait réagir avec autant d’énergie quand on m’en parle.

      Quoi qu’il en soit, je te souhaite une excellente journée et je te remercie encore pour tes deux commentaires sur le blog.

      J'aime

  2. « Mais au-delà d’un simple choix de robe, ce que je reproche au film, c’est la façon dont le personnage principal se débarrasse des tracas causés par sa différence en tombant justement dans ce cliché. La solution des problèmes d’Elsa, à savoir son incapacité à assumer sa différence, est finalement de tomber dans le stéréotype. Le film, plutôt que de faire comprendre que le père avait tort au début du film, justifie son action en prétendant que la meilleure façon de s’accepter est de se forcer à ressembler à ce à quoi les autres voudraient que l’on ressemble. Encore une fois, je ne pense pas que ce soit voulu, mais ce qui en ressort est que plutôt que d’essayer de se battre pour faire valoir sa personnalité différente, il vaut mieux s’effacer, ressembler à tout le monde et espérer que personne ne voit qui on est vraiment sous la couche de maquillage. »

    ► Comment appliques-tu / expliques-tu par rapport à la fin du film ? Parce que j’ai beau avoir tout lu et essayé de chercher le maillon d’explication que j’ai visiblement manqué, je vois pas à quoi tu fais référence ici…

    J'aime

Qu'en pensez-vous ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s