Vercingétorix : était-ce utile d’être si bon élève ? (Vercingétorix, la légende du druide roi, Jacques Dorfmann, 2001)

Résumé

Vercingétorix est un petit garçon choupi qui rencontre l’amour le jour où son père meurt en la personne d’Epona qui lui donne un collier pourri. Il part chez un archidruide en cosplay de Gandalf le blanc apprendre des trucs de druide au milieu de jeunes éphèbes jouant au rugby torse nu pour devenir un homme. En revenant chez lui il rencontre Jules César, qui devient son poto et qui lui donne un cheval. Mais après il lui cause plus alors c’est la guerre. On ne sait pas trop qui gagne ou perd chaque bataille mais à la fin Vercingétorix est à genoux face à César, donc on suppose que Vercingétorix a perdu. 

Statue de Vercingétorix à Alésia.
Voici un fier guerrier. Voilà, vous avez votre dose, maintenant ils seront tous mauvais.

Gauloises, Gaulois : ce film est une légende. Ceux d’entre vous qui sont friands de nanars le connaissent déjà ; peut-être que même ceux qui n’ont pas vraiment travaillé à leur culture des mauvais films savent quand même de quoi on parle. Aussi il me semble inutile de faire la liste d’absolument tous les défauts du film.

Il semblerait qu’il soit ici question d’un film historique autour de la figure de Vercingétorix – on va me dire :

                « Facile, c’est dans le titre. »

– Vous, peut-être.

Sauf que « la légende du druide roi », ça me fait un peu douter. Je ne savais pas que Vercingétorix fût roi, encore moins druide. On va espérer que, comme pour Braveheart dont il semble vouloir s’inspirer, c’est juste pour renforcer la symbolique, tout ça…

Trop d’éléments « historiques » tue le film historique

Avant de rager sur trois fois rien – parce que j’ai envie – quelques points sur lesquels je veux défendre le film qui rentrent dans la tentative de précision historique.

Christophe Lambert en Vercingétorix.
« Beuh quoi, ils sont très bien mes cheveux ! »

On peut se moquer de la perruque et de la moustache postiche de Christophe Lambert qui incarne Vercingétorix. Effectivement ça ne marche pas vraiment très bien, c’est pas très esthétique, les maquilleurs auraient pu aller chercher autre chose pour au moins éviter à l’acteur d’avoir l’air bête. Mais il y a de l’effort, et sûrement un peu de recherche, donc je salue. La référence la plus évidente est la statue de Vercingétorix qui partage ses traits avec ceux de l’empereur Napoléon III (qui a remis les Celtes au goût du jour en France, donc merci Louis-Napoléon), avec ses cheveux longs et sa moustache imposante (celles de Vercingétorix, pas de Louis-Napoléon. Essayez de suivre un peu). Cependant, en plus de cette statue, peut-être que la description commune des Celtes par les témoins de l’époque aura joué son petit rôle, avec les cheveux longs, la moustache, ainsi que la torque, et donc à poil puisqu’ils étaient en train de se battre (#LogiqueCelte). Bon, par contre, le vrai Vercingétorix était sûrement à la mode romaine, étant un aristocrate ; mais qui aurait reconnu Vercingétorix imberbe et avec des bouclettes ?

Après le vrai Vercingétorix, visiblement, il avait quand même pas une tête de vainqueur #FrançoisHollande
Après le vrai Vercingétorix, visiblement, il avait quand même pas une tête de vainqueur #FrançoisHollande

De même, les costumes me semblent assez corrects, même si plusieurs portent leur broche comme des femmes. Oui, la broche qui maintenait la cape s’attachait sur l’épaule pour les hommes, sur la poitrine pour les femmes, mais le film semble hésiter entre les deux, donc tout le monde la porte un peu comme il veut. On essaie de nous donner quelques explications : mais la question de gauche ou droite, selon moi, ce n’est pas tant selon si on est pour les romains ou pas, mais surtout en fonction de la main avec laquelle on se bat. #SensCommun

MAIS. PAR. TOUTATIS.

Qui a pensé que c’était une bonne idée d’aller chercher tous les éléments datant VAGUEMENT de l’époque en question, venant de chez des Celtes au sens le plus LARGE du terme, et de TOUS les caser dans le film ?

QUE FAIT LE BOUCLIER DE BATTERSEA SUR TOUS LES PLANS DE CE BOUSIN ? POURQUOI ?

Epona, un petit garçon et le bouclier de Battersea.
CE bouclier, CELUI-CI, LAAAAAAAA !

Bon, c’est pas tout à fait le bouclier de Battersea reproduit à l’identique. Mais ce serait comme avoir mis partout une Joconde moustachue et avec un swap colour : on ne pourra pas vous dire que non, c’est pas DU TOUT la Joconde, absooooolument pas. Je me doute que c’est tentant d’avoir des objets historiques pour faire plus vrai : mais au moins se renseigner sur l’objet avant de le mettre partout ça aurait été sympa. Le bouclier de Battersea a été retrouvé dans la Tamise, en Grande-Bretagne donc, et ses dimensions font penser aux spécialistes de la question qu’il n’aurait jamais été utilisé en combat, mais plutôt qu’il s’agissait d’une offrande aux dieux – qui pouvaient se faire dans les cours d’eau. Alors oui, c’est un objet magnifique, oui, c’est un bel exemple de l’art Celte de la période de La Tène (-450 à -25), oui celui-ci n’est qu’inspiré du bouclier de Battersea : mais il est quand même TRES reconnaissable, et c’était une TRES mauvaise idée de le mettre autant en évidence, et même pas pendant les batailles avec ça. Il sort de chez Ikea ou quoi ? Ils l’ont TOUS accroché sur un mur, contre une balustrade, au-dessus de la cheminée, PARTOOOOOOOOOUT ! Pourquoi ne pas avoir casé vos boucliers moches, mais originaux, comme ça personne n’est choqué ? Pourquoi toujours le même fake pourri ?

Vercingétorix et son ami qui s'énervent contre la caméra.
« Wesheuh, comment elle parle mal de notre bouclier sa mère ! »

Je suis également persuadée d’avoir reconnu un certain nombre de torques, mais je préfère les oublier avant de me rendre compte qu’elles venaient d’Irlande ou d’Autriche. Une bonne chose cela dit : elles étaient portées correctement.

Et à côté de ça, Jacques Dorfmann, qui a essayé d’être super précis sur plein de détails inutiles, vous propose des Gaulois faisant des peintures rupestres. On est avant Jésus Christ, d’accord, mais la Préhistoire et l’Antiquité, c’est PAS pareil.

Vercingétorix, le destin d’un zéro

Une chose apparaît très clairement au début du film : l’histoire s’inspire du concept du Monomythe ou Voyage du héros théorisé par Joseph Campbell dans son livre Le Héros aux mille et un visages. Vous connaissez tous ce concept, puisqu’il est à l’origine de la première trilogie Star Wars, du Seigneur des Anneaux et de Bilbo le HobbitHarry Potter, Matrix, Mulan, et j’en passe. Tout se passe bien quand le scénario respecte la trame globale de ce Voyage du héros : appel à l’aventure, épreuves, succès, et utilisation de ses nouvelles capacités pour sauver le monde – puis retour à la normale.

C’est pas compliqué, non ? Votre petite sœur a réussi à le comprendre ? Eh bien qu’importe la simplicité, Vercingétorix essaie, mais échoue à l’exercice du Voyage du héros de toute façon.

Gandalf face à Dumbledore.
« Comment ça, nous ne sommes pas la même personne ? »

L’inspiration est flagrante quand on voit le personnage de l’archidruide, dont le nom est oubliable mais que j’ai envie d’appeler alternativement Gandalf Kenobi et Merlin Dumbledore, et qui répond à la caractéristique « vieux mentor ». Il prend le jeune Vercingétorix sous son aile pour en faire un druide en laissant sa mère veuve et sans son fils. Finalement la formation de Vercingétorix se termine dix minutes et trois lignes de dialogue plus tard, lorsqu’il demande à son élève de lui botter le cul. Rafiki le druide avait déjà espéré trouver plus compétent que lui de toute manière, en dirigeant Vercingétorix vers un grand maître plus sage encore. Ou plutôt une maîtresse, qui n’a rien d’un druide (pour la raison évidente qu’elle n’a pas de pénis), pas grand-chose d’une guerrière si ce n’est qu’elle a une épée, mais qui veut apprendre beaucoup de choses à Vercingétorix sur les femmes et le sang. Et à un moment elle paie ses boobs aussi. Pour séduire un mec et le déconcentrer. Sans se battre. Parce que c’est comme ça qu’une femme se bat. Cimer.

Mark von Sydow en robe blanche.
Utilise la Force, lecteur, pour percer le secret de mon utilité, un peu comme un vieil abcès plein de pus.

Revenons-en à notre héros : l’aventure l’appelle malgré lui, il accepte parce qu’il n’a pas d’autre choix, il a un vieux mentor à cheveux blancs et longue robe. Jusque-là on est bons, et on a même évité d’être original. Il se fait des alliés chez les Gaulois et en la personne de César, et il parvient même à convertir les Gaulois en question à la cause de César, sauf un qui s’enfuit et qu’il doit rattraper. Bon, on est encore dedans. Vercingétorix va chercher son ami (vivant) à la demande de César, mais deux Romains qui ont vu Rambo l’ont suivi et lancent un caillou sur son ami qui meurt. Vercingétorix n’est pas content, et il décide que César c’est plus son copain.

Et là les batailles s’enchaînent, elles sont moches, elles s’inspirent de Braveheart mais elles sont illisibles, Mushu le druide est toujours dans le coin mais il ne fait rien – ceci dit, s’il est le mentor de Vercingétorix, cela explique au moins pourquoi ce dernier ne fait rien non plus, même (et surtout) pendant les batailles. Je veux dire, à part regarder un point au-dessus de la caméra avec un air triste, il ne se bat pas beaucoup, le grand chef Arverne.

Et donc, là où le héros est censé avoir acquis un savoir, il semble qu’il n’en est rien puisqu’il ne fait rien qui relève particulièrement des fonctions du druide. Quand il est censé se battre, il ne fait rien d’autre que de s’attrister à chaque mort alors qu’il est lui-même en danger – enfin non, puisque l’histoire dit qu’il ne mourrait pas pendant une bataille, il n’y a aucun risque pour Vercingétorix à rester au milieu des combats sans rien faire. Quant à sa fonction de roi… A un moment il est debout sur un bouclier.

Autant vous dire que comme héros on a vu mieux.

Pourquoi il y avait besoin d’une voie romaine

Vers le début du film, notre ami le druide critique la construction des routes par les Romains, au prétexte que c’est moche. Je pense que le réalisateur se faisait à peu près la même idée d’une trame narrative.

Le film semble ne pas savoir précisément où il va ; s’il le sait, j’aurais bien aimé un peu de signalisation sur la route. En gros, on sait que Vercingétorix doit gagner des trucs et être un chef de guerre respecté, mais perdre à la fin. « Comment ? » et « pourquoi ? » ne font à mon avis pas partie des questions que se sont posées les scénaristes. On enchaîne les scènes avec plus ou moins de cohérence, et si au début on parvient à suivre, la fin est totalement #WTF parce que les combats s’enchaînent et, n’étant absolument pas remarquables, chaque plan de ces batailles tombe dans l’oubli à la minute où il disparaît.

Des figurants en costumes colorés.
Une scène de bataille. Ouais, ils ont plus l’air de figurants qui font gaffe à pas se casser la gueule que celui de guerriers en pleine charge.

En plus, un film dans lequel le héros peut rester debout à rien faire au milieu d’une bataille sans même avoir besoin d’esquiver un coup, parce que les ennemis ne s’intéressent pas à lui, c’est confusionnant #MotCompteTriple. Eh oui : on ne sait pas si la bagarre est finie ou pas, ou qui passe devant le héros puisqu’il ne l’attaque pas, à… qu..oi… pen..se donc… Vercin…gé.torix ?

L'armée romaine, de travers
Problèmes techniques – Pour patienter, mesdames et messieurs, l’armée romaine ! #nofilter #noretouche

Est-ce que l’article serait en train de lagger ? Non, c’est pas possible quand même… AH MAIS NON, c’est un effet de ralenti en fait ! Le même que dans le film ! Vous avez de la chance, je vous épargne la version électro-new wave du générique des dessins animés Astérix qui fait office de bande-son durant les affrontements.

Du coup, imaginez le carambolage : le réalisateur veut faire une copie de Braveheart, mais sur Vercingétorix parce que chauvinisme. Seulement il ne sait pas quoi faire, donc il regarde ses livres d’histoire de CP, il voit les dates des batailles, un peu, il regarde les objets qui existaient vaguement à l’époque. Et puis il se lance comme ça, ni une ni deux je te fais un film.

"Mamma mia, c'est vraiment pas gagné !"
« Mais le meeeeeeec quoi, je lui propose une couronne et une meuf, il me dit non, et après il tabasse mes soldats pour avoir la couronne et la meuf ! »

Et le héros de ce film est aussi paumé que le réalisateur. D’abord il dit à une gamine qu’il va en faire sa reine alors que son père se fait tuer parce qu’il veut devenir roi, puis quand César (qui fait un peu ce qu’il veut, que les Gaulois soient d’accord ou pas) lui dit qu’il a besoin d’asseoir un mec sur le trône de la Gaule, et donc d’en faire le roi, en lui proposant même de faire de sa copine la reine, il refuse. Puis il continue quand même sa conquête de la Gaule contre César. À un moment il se souvient que dès huit ans la gamine a dit qu’elle voulait du cul, alors il essaie de lui en donner – mais je crois qu’elle en veut plus en fait. Puis il veut se battre et à Alésia il veut plus.

En somme on passe plus de temps à chercher à comprendre où on est censés aller plutôt qu’à apprécier le film, même dans toute sa nullité flamboyante.

Vercingétorix jeune, Epona jeune, et Pedobear.
« Je sais que tu voudrais qu’il se passe autre chose entre un garçon et une fille, alors j’ai amené un pote à moi. »

Je n’aime pas dire d’un film qu’il est nul ; je n’aime même pas penser d’un film qu’il est nul. Je préfère toujours me dire, quoi qu’il arrive, que c’est surtout qu’il ne me plaît pas à moi, que pour mes goûts il est nullissime, et puis si les autres aiment c’est qu’ils ont d’autres opinions – les autres ont le droit d’avoir tort, après tout.

Mais là c’est au-delà de ça. Je ne pense pas que quiconque puisse penser sincèrement du bien de ce film. C’est comme si j’avais voulu défendre corps et âme mon projet de ciné-audio pour le bac il y a quelques années – sauf que je n’avais pas eu le choix, je devais présenter un court-métrage avec tout le non-talent du monde, et les moyens du bord aussi. Là c’est un film qui a été financé quand même, et personne n’a été forcé de le faire.

Bref, nous n’avons pas d’équivalent français à Braveheart, et c’était même pas bien essayé.

Vercingétorix rendant les armes, tableau.
« Putain vas-y j’suis trop soûlé, j’lâche mes armes j’vais jouer à la Wii ! »

Manon.

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Images :

Jacques Dorfmann, Vercingétorix, la légende du druide roi, producteur Jacques Dorfmann, 2001.

Image de Dumbledore et Gandalf : http://www.theloop.ca/j-k-rowling-shuts-down-the-westboro-baptist-church-in-epic-fashion/ (retouchée)

Image de Sciences et Vie Junior,  l’adresse https://twitter.com/tornad3/status/581019519453306880

Aimé Millet, Vercingétorix, 1865, Alésia.

Lionel Royer, Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César, 1899, musée Crozatier au Puy-en-Velay.

8 commentaires sur « Vercingétorix : était-ce utile d’être si bon élève ? (Vercingétorix, la légende du druide roi, Jacques Dorfmann, 2001) »

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