Rambo : Stallone plus subtil qu’il n’y paraît ? (Rambo, Ted Kotcheff, 1982)

Résumé :

John Rambo est un vétéran du Vietnam de retour au pays après plusieurs années de service et se retrouve réduit à vagabonder, victime de la réputation des soldats à une époque où on commence à remettre en question la pertinence de faire la guerre à l’autre bout du monde.

Au moment de trouver un sujet pour mon premier article, je me suis repassé en mémoire tout un tas de films que j’adorais afin de commencer sur une note positive, et comme vous avez eu un film de princesse la semaine dernière, j’ai choisi de traiter de quelque chose qui sentait bon la sueur, le musc et la testostérone reaganienne : Rambo !

Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce film sorti aux Etats-Unis en 1982 sous le titre de First Blood est une adaptation du roman du même nom, écrit par David Morrell et publié dix ans plus tôt. Evidemment, tout le monde croit connaître Rambo : un ancien béret vert, membre d’un commando d’élite, se baladant en forêt et faisant une collection de scalps à coups de sulfateuse et de flèches explosives. Pas grand-chose à dire a priori, sauf que ça, ce sont les suites. Le premier est en réalité victime de la réputation de ses successeurs, mais c’est bel et bien un film à l’écriture intelligente prenant le temps de réfléchir sur son époque, et où les morts se comptent sur le doigt d’une main, et ça m’énerve d’entendre les gens rire quand je leur dis que c’est un de mes films favoris.

Chuck Norris lève le pouce
« Bravo copain ! »

En plus, non seulement Stallone tient le premier rôle, mais il a aussi co-signé  le scénario, et ça c’est la grande classe ! (je sens que je viens de perdre le peu d’attention que vous daigniez m’accorder jusque-là).

Rambo, c’est un roc à l’extérieur, mais surtout une victime à l’intérieur (mais lui dites pas)

Commençons par le commencement : le film s’ouvre sur John Rambo, marchant le long de la route pour rejoindre la maison d’un ancien camarade de combat. En arrivant, il apprend que celui-ci est mort d’un cancer causé par une exposition prolongée à l’agent orange*, un herbicide que les américains lui balançaient eux-mêmes sur la tête alors qu’il était en mission. Ce décès fait officiellement de John Rambo le dernier survivant de son unité, et visiblement, cette nouvelle ne le fait pas sauter au plafond. N’ayant plus rien à faire dans la région, il reprend sa route au hasard.

Mr Orange, personnage de Reservoir Dogs
* « On est d’accord qu’on ne parlait pas de moi ? » Mr. Orange.

Ce qui étonne, c’est de constater que Rambo n’a pas de but, pas d’attache ni de foyer. Il s’était fixé comme objectif de retrouver ses camarades et parait perdu lorsqu’il apprend qu’il n’a plus personne à visiter. Le fait est qu’on apprendra par la suite que le bougre a été engagé dans l’armée alors qu’il était encore jeune, et qu’il n’a pas connu d’autre vie que le Vietnam. Nous y reviendrons plus tard, mais gardez en tête que Rambo est finalement plus une victime dans tout ce film qu’un bourreau.

Pour illustrer ce que je prétends, retrouvons Rambo à l’entrée d’une petite ville de montagne où le shérif l’interpelle. Ce dernier lui demande la raison de son arrivée en ville, et Rambo répond le plus calmement du monde qu’il ne fait que passer, mais qu’il aimerait bien casser la croute dans le coin. Il s’en faut de peu pour qu’il n’ajoute un « s’il vous plait, monsieur », mais faut pas pousser. Seulement le shérif, ça l’ennuie de voir des SDF dans sa ville, ça fait tache, et il l’accompagne en voiture à la sortie de la bourgade en lui faisant comprendre qu’il n’est pas le bienvenu. Comme Rambo a très faim, et qu’il est un peu têtu, il se dirige tout de même à nouveau vers la ville, ce qui lui vaut une petite garde-à-vue pour la forme.

Comme si ça ne suffisait pas à faire de Rambo la victime de l’acharnement de représentants de la loi ambitieux (parce qu’aux Etats-Unis, les shérifs sont élus, ce qui flatte toujours un peu l’égo), on apprend dans la scène suivante que le héros est hanté par des visions du Vietnam où il a été fait prisonnier et torturé. Les conditions de son arrestation et le comportement d’un gros policier moustachu à son égard lui font faire une rechute, et d’instinct, il fout quelques droites aux officiers, pique une moto, et se casse dans la forêt.

Le gros moustachu, vexé de s’être fait mettre un coquard par un SDF, le suit en hélicoptère et décide de lui tirer dessus au fusil de chasse alors qu’il est blessé et acculé au fond d’un ravin. En situation de légitime défense (parce que faut pas déconner, c’était une toute petite droite), Rambo riposte aux coups de fusils en lançant une pierre, ce qui surprend le pilote, lui fait faire un écart, et fait tomber le gros moustachu de son perchoir vers une fin de film vraiment trop vite arrivée, parce que merde ! La lose ! C’est le seul à mourir dans ce film quand même ! C’est là que tout part de travers.

Rambo, blessé, se rend à la police
« Rendez-vous maintenant ! J’ai encore plein de cailloux, et je sais m’en servir ! »

Se sachant coupable de la mort du policier, Rambo, toujours du fond de son ravin, se rend, sans arme, aux officiers qui le dominent. Ces derniers, plutôt que de négocier, ouvrent le feu. A ce stade, le passé de béret vert de Rambo n’a pas encore été révélé. Il faut donc imaginer cinq représentant de la loi tirer au fusil automatique sur un SDF blessé et coincé au fond d’une crevasse. Notre héros a donc un peu l’impression qu’on se fout de lui et après avoir pris une balle, décide de leur faire une guerre comme ils n’en ont jamais eu.

C’est à ce stade que je souhaiterais revenir sur le fait que Rambo ne s’est pas porté volontaire, mais qu’il a été recruté et a reçu pour formation professionnelle un stage intensif dans les commandos américains. L’idée était de le former à gagner la guerre, mais même ça il n’a pas pu le faire correctement, puisque les Etats-Unis eux-mêmes ont fini par capituler, volant ainsi tout espoir de victoire à ceux qui, comme Rambo, n’avaient que ça. Il faut comprendre que John Rambo a été dressé pour tuer, parce qu’on lui a appris que c’est comme ça qu’il rendrait service à son pays. Le problème, c’est qu’entre son départ et son retour, le pays a changé, et l’opinion publique a fini par se désolidariser du conflit pour taxer les soldats de barbares et de monstres en raison des violences qu’ils exerçaient sur des civils. Le brave John rentre donc la queue entre les jambes, un peu déçu d’avoir perdu, et se fait accueillir à coup de bâtons (ou de matraques dans le film) pour le punir d’avoir fait ce qu’on lui a demandé de faire.

Rambo ou la vie sauvage

Si vous avez suivi le bref résumé que je vous ai fait de la première partie du film, vous aurez compris où je veux en venir. C’est d’instinct que Rambo frappe les policiers lorsqu’il se sent menacé, c’est aux abois que le trouve le moustachu dans son hélicoptère, et ce n’est que blessé qu’il devient totalement incontrôlable.

En le recrutant à la sortie de l’adolescence, et en le formant pour le combat, l’armée a fait de John Rambo une bête, un chien dressé pour l’arène et que l’on pique lorsqu’il ne peut plus se battre. Les atrocités de la guerre ont fait disparaitre chez Rambo toute notion de bien et de mal : tout n’est plus que survie. Durant toute la partie où on le voit errer dans la ville, il n’échange que très peu de mots avec le shérif, toujours organisés en phrases courtes. Il n’est pas à l’aise dans cet environnement qui représente la société humaine, parce qu’il sait qu’il n’y a plus sa place.

« Ouais, enfin Stallone c’est pas un grand bavard non plus. Il est là pour les muscles, pas pour le jeu d’acteur. »

Vous, toujours convaincu que Sylvester est un sauvage.

D’une, Stallone est un de ces rares acteurs nommés la même année pour l’Oscar du Meilleur Acteur et l’Oscar du Meilleur Scénario Original (c’était pour Rocky en 1977). De deux, il suffit de le voir interagir avec la veuve de son compagnon mort d’un cancer ou avec le colonel Trautman, son ancien supérieur, pour comprendre que Stallone se débrouille aussi bien que beaucoup de stars d’aujourd’hui, et mieux que la plupart.

Rambo menaçant le shérif de son couteau.
Passé maître dans l’art du camouflage, Rambo nous présente sa tenue de fougère vénère.

C’est seulement dans la forêt que Rambo parait être chez lui. Il fait un temps de chien, il n’a finalement pas réussi à manger au restaurant du coin, et il a pris une balle, mais il s’éclate à tendre des embuscades et à  foutre la trouille aux gens du coin venus chasser le dahu. Rambo s’amuse tellement qu’on est obligé d’appeler la garde nationale pour aller le chercher.

Au final, c’est Trautman qui sera le seul à le raisonner. Le colonel, ayant lui-même sélectionné et formé Rambo, joue le rôle du maître. Il est le seul à qui l’animal fait confiance en toutes circonstances, et bien que responsable de la violence de son protégé, il parvient toujours à le calmer. Si Rambo semble faire confiance au militaire, le spectateur averti n’est pas dupe. Il est évident que Trautman est là pour éviter toute effusion de sang, ce qui pourrait lui coûter sa place à Washington puisqu’il s’agit de son « poulain », de sa responsabilité. Même le militaire, le père spirituel de John Rambo est donc présenté comme un homme égoïste et incapable de faire des sacrifices. Dans le livre, Trautman est forcé d’abattre Rambo, signe qu’il est capable de faire ce qui doit être fait lorsqu’il n’a plus d’alternative. Ici, il sait que ce serait une solution, mais en est incapable et préfère espérer que Rambo  se fera abattre par chance. Il refuse de prendre une décision.

Cette volonté de ne jamais vouloir se mouiller, de refuser de se sacrifier ou de faire le moindre choix engageant est commune à la majeure partie des personnages du film. Ce dernier interroge en effet le spectateur sur le devoir et sur ce qui fait les vrais héros.

Rambo contre le monde

On comprend en effet que la bête musculeuse et violente créée par Trautman est fidèle à une chose : son devoir. Alors qu’il s’est vu retirer toute possibilité de vivre une vie paisible comme n’importe quel américain moyen, John Rambo a du s’accrocher à ses ordres, lesquels lui donnaient un but à atteindre. On l’a formé pour qu’il soit fidèle à son pays, on a aiguisé son sens du devoir afin qu’il devienne la parfaite machine à tuer et appris à endurer les pires tortures, au nom de l’Oncle Sam.

Terminator
« Là on parle de moi? » Un mec qu’on recroisera.

C’est d’ailleurs par devoir que Rambo s’évertue à survivre à tout ce qui lui arrive. Dernier survivant de son unité, il est possible qu’il se sente coupable d’avoir survécu (certains dialogues vers la fin du film le suggèrent), et en mémoire de ses camarades morts au combat, il tient bon, peu importe ce qu’il lui arrive.

Quoi qu’il en soit, après des années de service loin de chez lui, il rentre pour se rendre compte que le pays pour lequel il a souffert ne veut plus de lui, il se sent trahi. C’est d’autant plus difficile qu’il sait que son devoir lui interdit de considérer les forces de l’ordre américaines comme l’ennemi. C’est sans doute pour cette raison qu’il ne fait que blesser les hommes à ses trousses et qu’il finit par se rendre. Il a foi dans le système représenté par Trautman : un système qui le manipule mais qui est sa seule raison d’être.

A l’inverse de John Rambo, on trouve une bande de personnages qui ont tous comme point commun d’être volontaires. Le shérif et ses hommes ont choisi de maintenir l’ordre en ville, et même si leur devoir leur impose d’abattre John Rambo, le fait qu’ils puissent rentrer chez eux le soir et embrasser leurs femmes les aide à assumer leurs responsabilités. Les militaires, quant à eux, sont membres de la garde nationale, et ils n’assurent leur fonction qu’à mi-temps. Lorsqu’ils ne sont pas de service, ils travaillent à la pharmacie, au bar ou à la poste du coin. Tous ont choisi de rejoindre la garde nationale en pensant accomplir leur devoir, mais lorsque la situation s’envenime et que John refuse de se rendre, aucun ne cherche à l’appréhender vivant, malgré les ordres. Ils décident donc de l’éliminer au lance-roquette avant de prendre fièrement une photo de groupe sur son cadavre.

Un soldat satisfait d'être crédité dans Rambo
« Quand je vais raconter ça à bobonne, c’est sûr, je vais passer une bonne soirée… »

Le fait qu’aucun d’entre eux n’est prêt à prendre la décision qui s’impose pour remplir ses objectifs, quitte à y laisser une jambe, les oppose très clairement à Rambo, qui lui a tout abandonné pour son pays. Cela suffit dans les années 80 pour faire d’un personnage un vrai héros.

En résumé, John Rambo est très loin de la brute épaisse et écervelée que l’on s’imagine trop souvent. Il faut le voir plutôt comme un enfant propulsé trop vite et contre son gré dans un monde violent et ingrat. Trahi par une société dont il pensait défendre les valeurs, il ne fait que rendre la monnaie de sa pièce à l’Oncle Sam en lui renvoyant au visage tout ce qu’il a appris.

Guillaume


Sources images :

Quentin Tarantino, Reservoir Dogs, Live America Inc., 1992
Ted Kotcheff, Rambo, Anabasis Investments N.V. and Elcajo Productions, 1982
James Cameron, Terminator 2, Carolco Pictures, Pacific Western and Lightstorm Entertainment, 1991

7 commentaires sur « Rambo : Stallone plus subtil qu’il n’y paraît ? (Rambo, Ted Kotcheff, 1982) »

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